Rodolfo Graziani, né le à Filettino et mort le à Rome, est un militaire et homme politique italien d'extrême droite.

Il sert dans l'armée royale italienne pendant la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale. Pendant l'entre-deux-guerres, il rejoint le fascisme, devenant l'une de ses figures de proue. Il obtient des commandements pendant les guerres coloniales italiennes lors de reconquête de la Libye italienne (1921-1931), puis prend part à la guerre d'Éthiopie et à la répression meurtrière contre la guérilla abyssine (1935-1937). Son rôle en Libye et ses méthodes brutales lui valent le surnom de « boucher du Fezzan ».

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il devient Gouverneur général et commandant en Libye succédant à Italo Balbo. Pendant la campagne d'Afrique du Nord, il commande l'armée italienne lors de l'invasion italienne de l'Égypte et de l'opération Compass, qui débouche sur une défaite militaire conséquence de ses choix stratégiques : les forces militaires italiennes, quatre fois supérieures en nombre aux troupes britanniques, mais inférieures en formation tactique et dépourvues d'armements et d'unités de corps, subissent l'une des plus grandes défaites de leur histoire.

Démis de ses fonctions, après une période de retrait, il accepte en 1943 le poste de ministre de la Défense nationale (Ministère des Armées à partir du ) dans le gouvernement de la République sociale italienne proposé par Benito Mussolini. Il occupe ce poste jusqu'à l'effondrement final de 1945, en participant à la lutte contre les anglo-américains et à la répression anti-partisane.

Dans la période d'après-guerre, en raison de l'utilisation de gaz moutarde et du bombardement des hôpitaux de la Croix-Rouge pendant la seconde guerre italo-éthiopienne, il est inclus par la Commission des crimes de guerre des Nations unies dans la liste des criminels de guerre à la demande du gouvernement éthiopien, mais il ne sera jamais jugé. La demande d'extradition présentée par l'Éthiopie est rejetée par l'Italie en 1949.

Il est jugé et condamné à 19 ans de prison pour collaboration avec les nazis, même si après avoir purgé quatre mois de peine, il est libéré de prison. Il rejoint ensuite le Mouvement social italien (néofasciste), dont il devient président d'honneur.

Biographie Premières années

Né dans une famille bourgeoise (son père est médecin), Rodolfo Graziani a d'abord été dirigé par ses parents vers des études religieuses au séminaire de Subiaco, mais il choisit de se tourner vers la vie militaire. Ne disposant pas d'un revenu suffisant pour entrer à l'Académie militaire de Modène, il fait son service militaire dans le peloton des cadets militaires de la de Rome. Il semble que dans sa jeunesse Graziani ait eu des sympathies socialistes, à tel point qu'en 1904, alors qu'il prépare l'examen pour passer sous-lieutenant, il est surpris par un officier en train de lire le journal Avanti ! et pour cela il risque d'être expulsé. Auparavant, il a déjà participé à une marche de protestation devant l'ambassade de Russie lors des premières émeutes, louant les insurgés. Le , il est promu au grade de sous-lieutenant et envoyé au à Viterbe. Lieutenant en 1906, il est affecté au de grenadiers basé à Rome.

En 1908, il est envoyé en Érythrée. Sur place, il apprend l'arabe et le tigrinya, langues qui lui seront très utile dans sa carrière. Il est mordu par un serpent en 1911, reste pendant près d'un an dans un état très grave et ne put participer à la guerre italo-turque à cause de cette blessure. Il est nommé capitaine et participe à la Première Guerre mondiale où, plusieurs fois blessé, il est décoré pour bravoure militaire.

En 1918, âgé de 36 ans seulement, il est nommé colonel, le plus jeune dans l'histoire de l'Italie. Après la guerre, il s'installe à Parme, où, au cours de la biennio rosso, il est secrètement condamné à mort par le comité révolutionnaire. Réalisant qu'il court de sérieux risques, Rodolfo Graziani renonce à son poste pendant un an pour se consacrer au commerce civil et militaire avec l'Orient, mais il obtient peu de résultats.

Répression de la révolte en Libye vignette|Parade des troupes coloniales libyennes dirigées par Rodolfo Graziani pendant la visite du roi italien Victor-Emmanuel III en février 1932. En 1921, Rodolfo Graziani est envoyé en Libye italienne et achève la en 1924, ce qui lui vaut les honneurs du Parti national fasciste et de la Cyrénaïque en 1928-1930, à la suite de laquelle le il est nommé vice-gouverneur de la Cyrénaïque italienne. Il a compris que la vitesse dans les mouvements et les déplacements est essentielle pour ne pas laisser de répit à l'ennemi et ce faisant l'apport de la cavalerie indigène et des méharistes intégrés dans les « colonnes mobiles » est fondamental, comme c'est le cas avec la , prise aux Sanoussis.

En 1931, il est envoyé en Cyrénaïque italienne pour réprimer la révolte anticolonialiste menée par Omar al-Mokhtar depuis vingt ans. Il déménage son quartier général à Zouara et réussit à reprendre le contrôle (y compris au niveau de la politique) de la quasi-totalité de la Cyrénaïque. Pietro Badoglio, désireux de terminer le conflit avec les rebelles libyens, ordonne à Rodolfo Graziani de retirer la population de Djebel Akhdar où Omar al-Mokhtar a trouvé refuge et protection, et la transfère dans des camps de concentration spéciaux sur la côte.

La décision de créer des camps est prise avant la nomination de Rodolfo Graziani comme vice-gouverneur. Sa hiérarchie, avant sa nomination, souligne que l'option militaire à elle seule ne suffit pas à affaiblir la résistance libyenne, mais que toute la population apportant son aide aux rebelles doit subir la répression. Les populations du désert du Djebel sont ensuite déplacées vers les camps spéciaux construits sur la côte, dont les plus importants sont Marsa Brega, , Ajdabiya, El-Agheila, Sidi Ahmed ed El-Abiar. La construction de ces camps n'a pas manqué de susciter la polémique dans tout le monde arabe. Le choix de cette politique s'est avéré décisif pour vaincre la rébellion en Cyrénaïque, ainsi qu'Omar al-Mokhtar lui-même l'a reconnu plus tard., en séparant définitivement les populations fidèles des rebelles qui avaient fait preuve d'un certain dynamisme.

La plupart des populations semi-nomades de l'intérieur ont ensuite été emmenées dans les camps de concentration comme les .. Dans ces camps, le taux de mortalité est très élevé, en raison des terribles conditions sanitaires et d'une alimentation insuffisante, ainsi que de la qualité de l'eau qui coûte la vie à des dizaines de milliers de personnes. Le dans la plaine du Got-Illfù, après avoir été repéré par l'aviation italienne, le chef libyen Omar al-Mokhtar est fait prisonnier. Il est ensuite condamné à mort sur ordre exprès de Pietro Badoglio, à l'issue d'un procès sommaire, le . En , Rodolfo Graziani est remplacé en Cyrénaïque par le nouveau vice-gouverneur Guglielmo Nasi.

Pour toutes ces actions, les populations locales surnomment Graziani le « boucher du Fezzan »David M. Hart, Muslim Tribesmen and the Colonial Encounter in Fiction and on Film: The Image of the Muslim Tribes in Film and Fiction, .. En mars 1934, après la fin de l'intervention militaire, Rodolfo Graziani confie la Cyrénaïque au nouveau gouverneur Italo Balbo.

Campagne d'Éthiopie

vignette|La situation dans la corne de l'Afrique au milieu des années 1930.

Rodolfo Graziani de 1935 à 1936 commande les opérations militaires contre l'Abyssinie à partir de la Somalie italienne, sur le front sud. Les premiers affrontements soutenus commencent au moment où Pietro Badoglio est engagé dans la bataille d'Amba Aradom. Les troupes de Ras Desta se dirigent en effet vers Dolo pour attaquer l'armée de Rodolfo Graziani. Il reçoit l'ordre de maintenir une défense active afin de maintenir engagées dans le sud le plus grand nombre de troupes ennemies et de ne pas passer à l'offensive. Rapidement informé du mouvement des troupes de Ras Desta, les troupes italiennes sont prêtes à l'affrontement. Les colonnes de l'armée abyssinienne sont décimées par l'aviation italienne. C'est à cette occasion que sont utilisés pour la première fois les gaz asphyxiants.

L'offensive italienne suivante disperse le reste de l'armée abyssinienne. Le , Rodolfo Graziani occupe la ville de Neghelli. Après la victoire de Rodolfo Graziani sur Ras Desta, le Négus confie le commandement à Vehib Pacha, un général turc au service de l'empereur d'Éthiopie. Vehib Pacha essaye d'attirer Rodolfo Graziani dans un piège en lui faisant pousser le plus possible dans le désert de l'Ogaden. Mais dans l'accomplissement de cette opération, les troupes italiennes sous le commandement de Guglielmo Nasi et du général Franco Navarra infligent des pertes sérieuses aux Abyssinniens, ce qui pourrait mettre en péril la survie même de l'armée d'Abyssinie.

Emploi des gaz vignette|Militaires italiens analysant des tables de tir pour l'artillerie en Éthiopie en 1936. Le , l'assassinat brutal du pilote Tito Minniti, qui s'est écrasé en territoire ennemi - il est torturé, émasculé, puis décapité - constitue un prétexte idéal pour l'utilisation du gaz moutarde. Des études récentes ramènent en fin de compte la responsabilité de l'utilisation de ces armes (interdites par la Convention de Genève de 1925) directement à Benito Mussolini, qui dans divers ordres télégraphiés aux deux commandants du front aurait autorisé leur usage en cas d'extrême nécessité..

Les C500T constituent un exemple de bombes au gaz moutarde (T est l'abréviation de l'italien ) : il s'agit d'un mécanisme de fusée qui explose à environ d'altitude, ce qui permet d'augmenter le rayon d'action. Elles sont utilisées sur le front sud commandé par Rodolfo Graziani dans les alentours de Dolo. Le , peu avant d'attaquer la forteresse de Gorrahei, Graziani reçoit ce télégramme de Benito Mussolini : . Les gaz toxiques ne sont pas utilisés dans l'attaque de la forteresse de Gorrahei, mais le , il envoie trois Caproni 101 bis à Areri pour attaquer les troupes de Ras Desta avec des bombes remplies de gaz moutarde et de phosgène. Ces attaques se répètent le 25, le 28, le 30 et le , pour un total de 125 bombes.

Le , Rodolfo Graziani déclare dans une dépêche télégraphique au général Giuseppe Bernasconi que . Les protestations internationales ne tardent pas : le lors d'un bombardement italien de Malca Dida mené avec des armes chimiques, un hôpital suédois est touché dans le sillage des troupes éthiopiennes, causant la mort de vingt-huit détenus et d'un médecin suédois.

Globalement sur le front somalien (celui commandé par Rodolfo Graziani) 41 raids aériens de « type C » (C pour Chimique) sont menés, au cours desquels un total de 128 bombes C500T modernes chargées de gaz moutarde sont larguées, ainsi que 446 petites bombes de modèle archaïque, pour un total de 574 bombes (en moyenne 14 pour chaque raid) chargées d'environ 30 tonnes de produits chimiques agressifs.

Rodolfo Graziani justifie l'utilisation des gaz de combat, pendant et après la guerre, mais aussi dans son livre intitulé Front Sud en 1938, en reprenant à son compte la propagande fasciste qui avance l'utilisation par les soldats abyssins d'armes prohibées et de « méthodes de guerre barbares ». Les Éthiopiens sont notamment accusés d'avoir utilisé des balles dum-dum, interdites par la première conférence de La Haye, qui leur auraient été régulièrement fournies par le Royaume-Uni. L'utilisation éthiopienne de balles à fragmentation et l'implication britannique sont réfutées dès 1936 par Anthony Eden.. Le fait est en lui-même est assez improbable étant donné que les Éthiopiens utilisent principalement des armes de calibre 7,9 mm (Mauser), tandis que les troupes britanniques, indiennes et africaines de l'Empire britannique utilisent le calibre classique 7,7 mm (soit le .303 britannique).