La dictature militaire d'Augusto Pinochet gouverna le Chili pendant seize ans, du coup d'État du 11 septembre 1973 jusqu'au , à la suite du référendum de 1988.
Cette période de dictature militaire commença quand les commandants des forces armées et de la police renversèrent par un coup d'État le gouvernement du président démocratiquement élu Salvador Allende, et se termina par un référendum révocatoire perdu par Augusto Pinochet qui, au bout d'une brève transition, permit la restauration de la démocratie le .
Le régime autoritaire et conservateur qui gouverna le Chili, sous la présidence du commandant des forces armées, le général Augusto Pinochet, est connu pour ses multiples atteintes aux droits de l'homme (plus de et « disparus », autour de torturées, plusieurs centaines de milliers d'exilés) et pour sa politique économique de privatisations - fréquemment qualifiée de néolibérale - menée par les « Chicago Boys », inspirés par les conceptions économiques développées par Milton Friedman. Il est aussi à l'origine de la constitution chilienne de 1980, qui a depuis été largement modifiée, en supprimant ses en 1989 et surtout en 2005La Constitution sur le site de la présidence du Chili. Le texte a été amendé en 1989, 1991, 1994, 1997, 1999, 2000, 2001, 2003, 2005, 2007 et 2008..
Dans la vie politique interne du Chili, les partisans du coup d'État et de la junte font référence à cette période sous le nom de « gouvernement militaire » alors que les opposants désignent cette période sous le terme de dictature militaire. La commission Vérité et réconciliation (rapport Rettig) utilise celui de régime militaireLa commission Vérité et réconciliation utilise celui de « régime militaire » Voir lien sur bajar archivo pour désigner l'époque du régime dictatorial de la junte et celui de la période constitutionnelle régie par la « carta fondamentale » de 1980Contradictions chiliennes : l'héritage de la dictature, Stéphane Boisard, université de Paris III, site de l'université de Toulouse Le Mirail, au profit de celui de . Le rapport Valech parle entre autres de « régime dictatorial ». Il y a eu des exécutions sanglantes et des tortures systématiques.
Le coup d'État du 11 septembre 1973
thumb|Soldats chiliens brûlant des livres de gauche en 1974 Le coup d'État du 11 septembre 1973 a été mené par une junte militaire, dirigée par un conseil de quatre officiers. Il y a tout d'abord le général Augusto Pinochet, chef de l'armée de terre (), rallié in extremis aux putschistes. Puis le général Gustavo Leigh Guzmán, général en chef de l'armée de l'air (). Ensuite l'amiral José Toribio Merino Castro, commandant en chef de la marine (). Et enfin le général César Mendoza, quatrième officier commandant des carabineros ().
Contexte Ce coup d'État eut lieu dans un contexte international marqué par la guerre froide et dans un climat interne propice à la guerre civile, marqué par une polarisation politique extrême et une crise économique et sociale.
Sur le plan international, la politique chilienne du gouvernement de l'Unidad Popular avait été marquée par le rapprochement avec Cuba et l'ouverture vers l'URSS provoquant le mécontentement des États-Unis, hostiles à Salvador Allende avant même son entrée en fonctionCité dans le rapport Rettig, , situation du Chili au 11 septembre 1973, la polarisation finale. Les États-Unis tentèrent alors en représailles de déstabiliser l’économie chilienne..
Sur le plan économique, une crise économique « dévastatrice » sévit depuis 1972 Cité dans le rapport Rettig qui parle de l'« ingouvernabilité du Chili ». Cette « polarisation politique extrême du Chili » en 1973 a encore été rappelé dans la déclaration de la « table de dialogue » sur les droits de l'homme, signée par les militaires en 2000 par laquelle ils reconnaissaient pour la la violation des droits de l'homme durant le régime militaire. Voir également article de Time Magazine du 23 août 1973. Selon l'historienne Verónica Valdivia Ortiz de Zárate, « l'opposition cherche à miner l'autorité présidentielle, à générer un contexte de chaos économique »Verónica Valdivia Ortiz de Zárate, « Construction du pouvoir et régime militaire sous Augusto Pinochet », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, numéro 105, janvier-mars 2010, ..
Sur le plan politique, la situation s'est encore dégradée en 1973. À gauche, après la surenchère de Carlos Altamirano, le secrétaire général du Parti socialiste, Salvador Allende est déstabilisé et en vient à asseoir son pouvoir davantage sur le Parti communiste, plus stablePierre Ostiguy, La transformation du système de partis chilien et la stabilité politique dans la post-transition, vol. 24, , 2005, , Éditeur : Société québécoise de science politique, 2005, . Quand Allende s’oppose à toute dérive par rapport à l’ordre institutionnel et constitutionnel, Altamirano se rapproche du Mouvement de gauche révolutionnaire (MIR) pour tenter de favoriser une rébellion dans la marine contre les officiers militaires suspectés de préparer un coup d'État. À droite, le Parti national et le Parti démocrate-chrétien du Chili ont fait alliance au sein de la Confédération démocratique, qui remporte les élections législatives de sans disposer toutefois de la majorité constitutionnelle pour forcer Allende à la démission. Dans les rues, les milices d'extrême-droite frappent le pavé avec celles d'extrême-gauche. En , une tentative de coup d'État, le Tanquetazo, échoue grâce notamment au loyalisme de Carlos Prats, général en chef des armées chiliennes et de son commandant en second, le général Augusto Pinochet. Mais en juillet, Altamirano incite les travailleurs des cordons industriels à s’armer et à former des milices populaires, rejetant tout accord avec la Démocratie chrétienne, qualifié de parti réactionnaire et contre-révolutionnaire, mais plutôt, selon ses propos, appelle à l'armement des afin de sauver le gouvernementDiscours de Carlos Altamirano aux travailleurs des cordons industriels en 1973, publié dans Chile Hoy, , 13 juillet, cité par Pierre Ostiguy, . En août, la majorité parlementaire, hostile au gouvernement demande lors d'un vote, l'intervention des institutions civiles et militaires pour que le gouvernement change de politique.
Déroulement du coup d'État thumb|L'attaque contre le palais de la Moneda le 11 septembre 1973 thumb|Le gouvernement de la junte militaire au grand complet avec César Mendoza, José Toribio Merino, Augusto Pinochet, Fernando Matthei et Humberto Gordon Carlos Altamirano, le chef du parti socialiste chilien avait été averti d’un possible coup d'État de la part de la Marine et avait prononcé un discours incendiaire invitant le Chili à devenir un second Viêt Nam héroïque. Le , Pinochet avait été convaincu par le général Leigh et l'amiral Merino de se joindre aux putschistes. Le général César Mendoza, commandant-adjoint des carabiniers, contacté par Leigh le , était le quatrième membre du complot militaire.
Le coup d'État a commencé dans la nuit du 10 au .
En , comme chaque année, l'US Navy et la marine chilienne organisaient des manœuvres communes. Les troupes d'infanteries de marine passèrent ainsi la journée du avec 4 navires de la Navy au large de Valparaíso. De retour dans la soirée du dans la cité portuaire, les troupes d'infanteries chiliennes commencèrent à couper les communications, s'emparant de la ville dès 3 heures du matin, sans coup férir.
À du matin, le , l'opération militaire s'étendait à tout le pays et se réalisait sans résistance importante à l'exception de Santiago. Gustavo Leigh, le gestateur du coup d’État, était le premier des chefs des forces armées à signer le document qui formalisait le putsch. À 9 h du matin, le palais de la Moneda où était arrivé dès le président Allende, était assiégé par l'armée de terre. Le vice-amiral Patricio Carvajal lui proposa alors par téléphone un sauf-conduit pour quitter le Chili sain et sauf avec sa famille. Mais il refusa, convaincu que c'était un piège, ce qui était effectivement le casComme le montrent .. Il fit néanmoins évacuer sa famille et le personnel et se retrancha dans le palais présidentiel, avec 42 de ses gardes du corps, déclarant être prêt à mourir les armes à la main.
Peu avant midi, depuis son quartier général à Las Condes, Leigh ordonna de bombarder le palais de la Moneda. Deux chasseurs de l’armée de l'air bombardèrent le palais présidentiel à coups de roquettes avant que celui-ci fût investi par les chars.
Peu après , Salvador Allende fut retrouvé mort. Il s’était suicidé à l'aide d'une arme automatique. Il avait répondu quelques heures plus tôt au téléphone à l’un des putschistes : « Le président de la République élu par le peuple ne se rend pas ».
Alors que les démocrates chrétiens et les conservateurs s'attendent à ce que le pouvoir leur soit remis, la junte militaire décide de conserver les commandes du pays, dissout le parlement, et établit une dictature militaireLe site internet de la présidence chilienne utilise le terme de « dictature d’Augusto Pinochet ». La commission Vérité et réconciliation utilise celui de « régime militaire » Voir lien sur bajar archivo pour désigner l'époque du régime dictatorial de la junte et celui de la période constitutionnelle régie par la « carta fondamentale » de 1980..
Les 17 années de régime militaire Les atteintes aux droits de l'Homme
thumb|250px|Mémorial en hommage aux victimes assassinées par la dictature militaire chilienne, entre 1973 et 1990 : une partie des noms des militants politiques exécutés. Dans les trois jours suivant le coup d'État, plus de deux cents personnes sont assassinées par les militaires aux ordres des putschistes. La majorité des dirigeants du gouvernement de l’Unité Populaire et autres dirigeants de la Gauche sont arrêtés. Des milliers d’opposants sont parqués au stade de Santiago, de très nombreux prisonniers sont torturés, d'autres « disparaissent » (ils sont assassinés et leurs corps sont dissimulés). Des camps de concentration sont organisés à la hâte : en , ils renferment .
Résolument anti-marxiste, le général Leigh apparait alors comme le membre le plus impitoyable de la junte, promettant d'« éradiquer le cancer marxiste ». C'est sous ses ordres que les forces aériennes procèdent d'abord à l'épuration au sein de ses rangs des opposants au coup d'État puis aux interrogatoires contre certains de ses plus hauts gradés comme le général Alberto Bachelet.
La Villa Grimaldi, l'Estadio Chile, Cuatro Álamos sont utilisés comme camps de détention et de torture, de même que le site de la société d’extraction de salpêtre Oficina Salitrera Chacabuco, l’île Dawson en Patagonie, le port de Pisagua, le bateau-école Esmeralda et la colonie Dignidad. La junte confie également au général Sergio Arellano Stark la mission de traquer les militants de l'Unidad Popular et du MIR figurant sur une liste préétablie. À la tête d'une caravane de la mort qui parcourut le Chili du nord au sud du au , Stark ordonne l'exécution d'au moins 72 militants de l'UP et du MIR et la torture sur une dizaine d'autresDes crimes de la dictature chilienne sanctionnés, Lamia Oualalou, Le Figaro, 17 octobre 2008.