Cet article traite des différents mouvements intellectuels en Iran, dans la période moderne, et de ses conséquences sur les arts, les sciences, la littérature et la vie politique depuis le .

Rôle de la pensée persane dans la modernité

Le conflit entre recherche de la modernité et l'obscurantisme religieux remonte en Iran à plus de mille ans : bien avant que la Renaissance ne bouleverse l'Europe, les hommes d'État, artistes et intellectuels persans débattaient d'idées d'une modernité surprenante.

Les Perses sont restés longtemps, du point de vue occidental, l'exemple même des étrangers. D'un autre côté, une croyance bien ancrée fait de l'Europe le berceau de la modernité. Les autres régions du monde, oubliées par les lumières de la Renaissance, n'auraient donc d'autre choix que de copier cet exemple pour expérimenter la modernité.

En fait, la Perse, avec son héritage culturel varié et riche, a eu un rôle formateur dans le processus de formation de la conscience occidentale. La Bible regorge de prières envers les Perses et ses rois. La façon dont est loué Cyrus le Grand est partiellement due au fait qu'il a libéré les judéens de leur exil à Babylone; le modèle de tolérance religieuse et culturelle établi par l'Empire Perse est aussi un exemple important.

De même, l'art, l'histoire ou la théologie portent les traces du rôle important joué par la Perse depuis l'Antiquité. Ainsi, la seule tragédie grecque qui ne traite pas d'un sujet grec est la pièce d'Eschyle, Les Perses.

Histoire des mouvements intellectuels iraniens Farhad Khosrokhavar distingue quatre générations qui se succèdent parmi les intellectuels iraniens.

Première génération d'intellectuels iraniens

Les réformateurs persans du , que l'on peut considérer comme la première génération d'intellectuels iraniens, ont pris conscience qu'il n'était pas suffisant de s'appuyer sur les principes de l'antique civilisation persane pour survivre. Ils ont essayé d'entrer en contact avec leurs dirigeants pour suggérer des réformes, mais ces efforts sont restés vains, et ces intellectuels ont dû affronter l'hostilité de la cour et des oulémas.

Révolution constitutionnelle persane et seconde génération d'intellectuels iraniens

Au début du , l'Iran est bouleversée par une révolution constitutionnelle qui met fin au règne du dernier Shah Qajar. Ce mouvement a fait entrer l'Iran dans la modernité en ré-introduisant les droits de l'homme (le texte du cylindre de Cyrus est souvent considéré comme la première "version" connue) et en créant un parlement.

Cette période est également marquée par l'apparition d'une presse très active et une intense réflexion autour de la seconde génération d'intellectuels iraniens qui tente de faire entrer le pays dans la modernité, non seulement en prenant modèle sur l'Occident, mais aussi en s'appuyant sur la culture européenne. Mohammad Ali Furughi appartient à cette génération.

La troisième génération d'intellectuels iraniens et les influences soviétiques

Alors que le seconde génération d'intellectuels iraniens se réclamait des Lumières, la troisième génération est attirée par l'idéologie marxiste et l'expérience soviétique. Ses travaux sont donc essentiellement une critique sévère de l'État et de la société iranienne de l'époque.

De la révolution islamique à l'Iran contemporain

En réaction à la génération précédente, la quatrième génération d'intellectuels iraniens prend ses distances vis-à-vis des philosophies marxiste et heideggerienne, et des idéologies en général. Cette génération, qui s'est exprimée dans des journaux tels que Goftegu ou Kiyan, se caractérise donc, d'une part par une pensée anti-utopique et, d'autre part par le désir d'établir un dialogue avec l'Occident, afin d'échapper à l'imitation pure et simple de ses valeurs.

Cette recherche s'est continuée, d'après certains chercheurs, lors de la Révolution iranienne qui apparait alors non plus comme une défaite de la modernité laïque face à la tradition religieuse, mais comme une tentative de concilier modernité et identité iranienneIntellectual Discourse and the Politics of Modernization - Cambridge University Press

Plus récemment, l'élection du président Mohammad Khatami en 1997 s'est accompagnée de l'émergence d'une nouvelle force politique, jeune, attirée par la démocratie et incompatible à la fois avec les idéaux de la troisième génération d'intellectuels iranien et les préceptes de la révolution islamique. Cette nouvelle atmosphère est d'autant plus sensible que les nouveaux moyens de communications facilitent aujourd'hui les contacts avec l'étranger et la réintroduction de valeurs un temps écartées.

Saïd Hadjarian apparaît comme le théoricien des réformes de 1997, il affirme que pour la survie même de la république islamique, la religion ne doit pas empiéter sur la politique. Rejetant ainsi l'autorité du Velayat-e faqih et encourageant la sécularisation de la vie politique. Il appelle des réformes plus profondes qu'il tente de placer dans la continuité de la révolution constitutionnelle. Ce courant s'appelle le postislamisme.

Les courants artistiques modernes en Iran

L'expérience iranienne de la modernité a conduit à un style unique, notamment dans les domaines de la peinture, de la musique et du cinéma.

Cinéma

La nouvelle vague, un mouvement qui a touché le cinéma persan a trouvé une audience mondiale grâce à un style profondément poétique et philosophique. Abbas Kiarostami est la figure emblématique cette nouvelle vague qui dans les domaines artistique et esthétique peut apparaître comme post-moderne.

Poésie

Le fondateur de la poésie moderne en Iran est Nima Yushij, les principales figures en sont :

Ahmad Shamlou Mehdi Akhavan-Sales Fereydoon Moshiri Sohrab Sepehri Manouchehr Atashi Mohammad Taghi Bahar Mohammad Reza Shafiei-Kadkani Forough Farrokhzad Simin Behbahani Nader Naderpour Mohammad Hoqouqi Bijan Jalali

Littérature

La critique littéraire et la littérature comparée iraniennes sont entrées dans une nouvelle ère au . La littérature persane a profité de l'influence de personnages tels que Sadegh Hedayat, Ahmad Kasravi, Abdolhossein Zarinkoub, Shahrokh Meskoub, Ebrahim Golestan et Sadegh Choubak.

Les mouvements scientifiques modernes

L'histoire des sciences modernes en Iran remonte à 1851 et à l'établissement de Dar-ol Fonoun, le premier établissement d'étude supérieures en Perse, fondé grâce aux efforts de Amir Kabir pour former des experts iraniens dans tous les domaines scientifiques. C'est ensuite Abbas Mirza qui, le premier, envoya des étudiants iraniens en Europe pour qu'ils y obtiennent une formation occidentale.

Après la création de l'université de Téhéran, de nouvelles perspectives s'ouvrent pour la science iranienne. Mahmoud Hessaby, Ali Asghar Hekmat, Moslem Bahadori et beaucoup d'autres ont permis l'émergence de ce mouvement qui, finalement, a permis à des chercheurs iraniens diplômés dans leur pays d'obtenir une renommée internationale. Quelques-uns de ces chercheurs sont Ahmad Reza Dehpour, Reza Malekzadeh, Mohammad Khorrami, Vahid Karimipour ou encore M.M. Sheikh-Jabbari.

La modernisation de la médecine iranienne n'est pas passée par un remplacement de la médecine traditionnelle persane mais par un long phénomène de réinterprétation des théories anciennes et d'assimilation de la médecine européenne au travers à la lumière de la médecine traditionnelle.

Un des principaux mouvements scientifiques de la fin du en Iran a été dans le domaine de la chimie et de la chimie fine. Les principales figures de ce mouvement, qui s'est traduit par des centaines de publications, sont : Abbas Shafiy, Taher Movassaghian, Bijan Farzami, Mohammad-Nabi Sarbolouki, Issa Yavari et Ahmad Reza Dehpour.

Les autres scientifiques iraniens d'envergure internationale au sont : Reza Mansouri et Yousof Sobouti (physique), Abolhassan Farhoudi (immunologie), Mohammad Reza Zarrindast (pharmacologie), Fereydoon Davachi (rhumatologie), Taher Movassaghian (chimie), Ardeshir Ghavamzadeh (hématologie) , Ali Radmehr (radiologie), Hossein Najmabadi (génétique), Hormoz Shams (ophtalmologie), Moslem Bahadori (médecine), Hormoz Dabirashrafi (obstétrique et gynécologie), G.R. Baradaran Khosroshahi (mathématiques) et Caro Lucas (électrotechnique).

Les femmes dans la modernité iranienne Voir aussi Féminisme islamique.

Le rôle des femmes dans tous les mouvements intellectuels du iranien (science, littérature, cinéma, défense des droits de l'homme, etc.) a été remarquable. D'après les chiffres du ministère iranien de la recherche, 56 % des étudiants en sciences sont des femmes, ainsi qu'un docteur ès philosophie sur cinq. Les femmes représentaient 35 % de la population universitaire en 1999La place des femmes en Iran, Conférence de Nouchine Yaffari d'Hellencourt, 9/9/1999 (consulté le 16 août 2006)

Au cinéma et dans les arts graphiques, Tahmineh Milani, Rakhshan Bani Etemad et Samira Makhmalbaf ont contribué à l'émergence d'un nouveau style qui a trouvé une audience partout autour du monde et dans de nombreux festivals internationaux.

En 2003, Shirin Ebadi a reçu le Prix Nobel de la paix pour son action en faveur de la démocratie et des droits de l'homme, notamment en direction des femmes et des enfants. Quelques années plus tôt, en 1997, une autre femme iranienne, Simin Behbahani, avait été en nomination pour le Prix Nobel de littérature, un de ses romans Savushun traite précisément de l'expérience iranienne de la modernité. Enfin, Shahla Sherkat a fondé la revue Zanan (Femmes), la plus importante revue féminine depuis la Révolution de 1979, et lieu important d'élaboration du féminisme musulman.

Les courants intellectuels iraniens à la fin du

Après la Révolution iranienne, on peut distinguer plusieurs courants intellectuels en Iran.

Les révolutionnaires

Les principales figures de ce courant sont : Ali Chariati, le principal théoricien de la Révolution iranienne, considéré comme l'un des plus importants penseurs de la période précédant la révolution. Son influence continue à se faire sentir dans l'opinion iranienne. Jalal Al Ahmad Morteza Motahhari

Les réformateurs Voir aussi Islam libéral.

Les principaux représentants de ce courant sont Mehdi Bazargan, Abdul Karim Soroush, Mohammad Mojtahed Shabestari, Mostafa Malekian, Ehsan Naraghi, Mohsen Kadivar, Alireza Alavitabar, Hossein Bashiriyeh ainsi que Shahla Sherkat, féministe musulmane et fondatrice de la revue Zanan (Femmes).

Ces intellectuels souhaitent des réformes de la pensée islamique, la démocratie et une plus grande tolérance pour les autres religions, ils refusent de reconnaitre la suprématie de la loi islamique (Velayat-e faqih). L'apparition de penseurs religieux est sensible dans les écrits de Abdul Karim Soroush, son idée directrice est qu'au-delà des vérités qu'elle enseigne, la religion reste soumise aux progrès de la science et de la philosophie. À la différence d'Ali Chariati qui s'est tourné vers le marxisme, Soroush affirme la possibilité de ce qu'il nomme démocratie religieuse.

Influencé par le mysticisme persan, Soroush était partisan d'un Islam réformiste et allait au-delà de la plupart des penseurs libéraux musulmans du en affirmant qu'il est possible de réconcilier Islam et démocratie en ne se limitant pas à chercher dans le Coran des phrases en accord avec la science moderne, la démocratie et les droits de l'homme. Se fondant sur les travaux de Molana, Emmanuel Kant, G.W.F. Hegel, Karl Popper, et Erich Fromm, Soroush appelle à une révision des principes de l'Islam, mais souhaite maintenir l'esprit originel de cette religion de justice sociale et d'ouverture aux autresIran :: Internal reform -- Britannica Online Encyclopedia.