La Scoumoune est un film franco-italien écrit et réalisé par José Giovanni, sorti en 1972.

Il s'agit de la deuxième adaptation au cinéma de son roman L'Excommunié, paru dans la collection Série noire de Gallimard en 1958 après Un nommé La Rocca de Jean Becker (1961), dans laquelle Jean-Paul Belmondo tenait déjà le rôle principal.

Né de la volonté de Giovanni et de Belmondo, tous deux insatisfaits de la version de Becker, à produire une nouvelle adaptation du roman, le film narre l'histoire, se déroulant entre les années 1930 jusqu'après la Libération de la France, de l'ascension d'un malfrat au sein du milieu et de sa fidélité envers un ami, condamné aux travaux forcés pour un crime qu'il n'a pas commis, qu'il s'est juré de faire libérer avant de se retrouver lui-même en prison et de trouver un moyen d'en sortir avec ce dernier. Le film met en vedette Belmondo aux côtés de Claudia Cardinale et Michel Constantin dans les autres rôles principaux. La musique est signée François de Roubaix. Tourné entre mai et principalement dans le Sud de la France, La Scoumoune sort dans les salles en avec de bonnes critiques et connaît un succès honorable au box-office avec près de deux millions d'entrées.

Synopsis Marseille, 1934. Xavier Saratov (Michel Constantin) est en prison pour un meurtre que Jeannot VillanovaJosé Giovanni, l'auteur du roman d'origine, L'Excommunié (1958), s'était inspiré pour Villanova de Simon Sabiani, pilier de la LVF, qui avait été son mentor au PPF, le parti fasciste antisémite de Jacques Doriot., le patron de la pègre marseillaise, lui a fait endosser en mettant un cadavre dans sa voiture. Georgia (Claudia Cardinale), sa sœur, et son ami Roberto Borgo (Jean-Paul Belmondo), surnommé « la Scoumoune » parce qu'il porte malheur à ses ennemis en dégainant et en tirant plus vite qu'eux, essayent de prouver son innocence.

Roberto élimine plusieurs tueurs de la pègre et finit même par abattre Villanova. Il reprend la gestion de son cabaret, dont il veut utiliser les bénéfices pour financer le procès de Xavier. Mais son ami, victime de son lourd casier judiciaire, est condamné à vingt ans de travaux forcés.

Roberto commence à échafauder un plan pour faire évader Xavier. C'est alors qu'entre en scène une bande de gangsters noirs américains, qui essaye de s'imposer avec brutalité dans le monde de la nuit marseillais. Au cours d'un affrontement, Roberto tue plusieurs d'entre eux, mais, blessé, finit par être arrêté. Il est condamné à son tour à vingt ans, et se retrouve dans la même prison que Xavier.

À la déclaration de guerre, les deux amis font une demande pour s'engager, mais la défaite prématurée de la France la rend caduque. Ils font quelques essais d'évasion, qui échouent.

À la Libération, l'État décrète des remises de peine aux détenus volontaires pour une mission périlleuse : contribuer au déminage de la côte Atlantique. Les deux amis, comme beaucoup d'autres, saisissent l'occasion. Mal équipés, peu instruits, traités avec mépris et haine par les techniciens, nombreux sont les détenus à sauter sur les mines. Roberto s'en sort indemne, mais Xavier perd son bras gauche.

Après leur libération, Roberto et Xavier sont d'abord engagés pour « remettre de l'ordre » dans le monde de la nuit. Mais Xavier, gaucher donc très handicapé par la perte de son bras, n'arrive pas à se réintégrer à la vie civile. Roberto décide donc d'acquérir par la force le cabaret de ses employeurs, avec l'intention de le revendre pour s'installer à la campagne avec Xavier et sa sœur. Mais le milieu a bien changé : il regorge de nouvelles bandes sans scrupules, formées d'anciens maquisards. Un jour, alors que Roberto est absent, Xavier est tué et Georgia blessée dans un affrontement contre l'une d'entre elles. Roberto jure de les venger.

Fiche technique

Titre original : La Scoumoune Titre de travail : L'Excommunié Réalisation : José Giovanni Assistant réalisateur : Philippe Lefebvre et Bernard Mazauric Scénario : José Giovanni, d'après son roman L’Excommunié Musique : François de Roubaix Décors : Jean-Jacques Caziot Costumes : Jacqueline Moreau Photographie : Andréas Winding Son : René-Christian Forget Photographe de plateau : Yves Mirkine Montage : Françoise Javet Production : Raymond Danon et Ralph Baum Sociétés de production : Lira Films (France) ; Praesidens (Italie) Société de distribution : Fox-Lira Pays de production : et Langue originale : français (avec quelques dialogues en anglais) Budget : 9,17 millions de francs. (soit environ en ) Format : couleur — 1,66:1 — 35 mm — son monophonique Genre : policier Durée : Date de sortie : France : Classification CNC. : tous publics (visa d'exploitation délivré le La mention « tous publics » délivré par le CNC en septembre 1989 remplace celui d'origine () et la classification « interdit aux moins de 13 ans », devenu « interdit aux moins de 12 ans » lors de la réévaluation du barème de classification en 1990. Source : .) Affiche : René Ferracci (France)

Distribution

Production Genèse et développement En 1958, José Giovanni publie son quatrième roman, L'Excommunié, paru aux éditions Gallimard, qui s'inspire du véritable gangster Antoine La Rocca. Trois ans plus tard, le roman connaît une première adaptation cinématographique, Un nommé La Rocca, réalisé par Jean Becker (dont il est également l'adaptateur), avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal, alors en pleine ascension suite au succès récent de À bout de souffle. Le film connaît un accueil critique mitigé et parvient à totaliser à peine le million d'entrées au box-office à sa sortie en 1961... Cette première version sur grand écran insatisfait Giovanni, bien qu'en étant le dialoguiste, mais également Belmondo, qui se trouvait trop jeune pour le rôleLaurent Bourdon, Les Remakes, Ed. Larousse .

En 1972, José Giovanni est entretemps devenu réalisateur et vient de connaître deux succès avec Le Rapace et Dernier Domicile connu, mais également deux échecs commerciaux successifs récents avec Où est passé Tom ? et Un aller simple.. Giovanni reçoit un appel téléphonique de René Chateau qui l'invite à dîner avec Belmondo, qui s'est assuré que les droits du roman sont libres afin de lui proposer de réaliser une nouvelle version plus fidèle au livre, à la grande satisfaction de Giovanni. L'acteur propose à Giovanni de se rapprocher de son agent Gérard Lebovici et du producteur André Genovès, avec qui Belmondo a débuté sa carrière de producteur avec Docteur Popaul. Toutefois, Giovanni préfère s'adjoindre les services du producteur Raymond Danon.

Hormis Belmondo qui reprend le rôle qu'il avait incarné dans la version de Becker, le casting s'étoffe avec la présence de Claudia Cardinale, interprétant l'unique rôle principal féminin, qui accepte la proposition de Giovanni de faire le long-métrage avant de partir en Afrique pour un safari. L'autre rôle important est incarné par Michel Constantin, qui avait interprété le chef des racketteurs américains dans Un nommé La Rocca, reprenant cette fois-ci le rôle de Pierre Vaneck dans la première adaptation. Belmondo se montre heureux de retrouver Cardinale avec qui elle avait tourné Le Mauvais Chemin et Cartouche, à tel point qu'il va la venir chercher à Paris pour l'accompagner sur le tournage dans le Midi. Dominique Zardi reprend également son rôle de prisonnier démineur dans la première version, tandis que Jacques Debary joue le rôle de Carl, l'homme ayant élevé les personnages de Belmondo, Cardinale et Constantin, personnage absent de la première adaptation. Parmi les seconds rôles on retrouve également deux comédiens alors débutants, à savoir Andréa Ferréol en prostituée déprimée et Gérard Depardieu en jeune homme de main brutal. Giovanni a choisi le jeune acteur de vingt-quatre ans qu'il avait découvert en raison de son regard chargé d'une qui l'impressionait.

Tournage Le tournage de La Scoumoune débute le .. Les prises de vues se font à Paris, en Corse, à Nice, notamment aux Studios de la Victorine et à Perpignan.. La première scène du film a été tourné à la Place La Fontaine à Gilette, dans les Alpes-Maritimes. Les scènes de la prison où sont incarcérés Roberto et Xavier est situé au fort pyrénéen de Bellegarde. Les scènes de déminage furent filmés à Saint-Tropez. Le tournage se déroule au mieux, malgré un préavis de grève lancé par l'équipe technique en solidarité avec des collègues d'une autre production. Connaissant le délégué syndical du film, Giovanni consent à ce que s'en tienne . Le tournage continue, ponctué par les innombrables chahuts et blagues initiés par Belmondo, à savoir les déménagements de chambres d'hôtel et une variante, le déménagement nocturne d'une chambre d'un lit occupé par sa fidèle habilleuse, Paulette Breil. Lors de la scène du réfectoire, où les assiettes volent bas, Belmondo vise particulièrement la haute silhouette de Constantin, qui disparaît sous une montagne de lentilles. Néanmoins, selon Giovanni, Constantin, qui s'entend toutefois avec Belmondo durant le tournage, n'apprécie guère cette blague et lancera à la directrice de production, . Afin d'assister au match de boxe entre Jean-Claude Bouttier et Carlos Monzon pour le titre mondial des poids moyens qui se déroulait pendant le tournage, Belmondo a fait jouer une clause de son contrat afin de se rendre à Colombes pour y assister.. Le tournage se conclut en .

Bande originale

La bande originale du film est signée par le compositeur François de Roubaix, qui avait signé toutes les musiques des films de Giovanni depuis son premier long-métrage, La Loi du survivant en 1967.

Sortie et accueil Réception critique

Le film connaît de bonnes critiques à sa sortie en salles, que beaucoup qualifieront de , notamment Le Canard Enchaîné et L'Aurore. Robert Chazal de France-Soir, qui venait également de publier un livre sur Belmondo aux éditions Denoël, écrit que l'acteur est .. Françoise Guérin de France Inter, déclare que malgré les quelques faiblesses du récit durant les cinq premières minutes, le film prend , tout en ajoutant que les comédiens , tandis que Michel Duran du Canard Enchaîné salue la performance de Belmondo, le trouvant qu'.

Box-office La Scoumoune sort en salles le en France avec une interdiction aux moins de 13 ans, faisant face à une forte concurrence tels que Cosa Nostra, Les Charlots font l'Espagne, Le Grand Blond avec une chaussure noire et la reprise en salles des Les 101 Dalmatiens. Pour sa première semaine d'exploitation, il occupe la cinquième place du box-office avec , pour un cumul de entrées avec les avant-premières., dont sur parisiennes.. Pour la deuxième semaine, bien qu'en septième place du box-office, il enregistre , pour un cumul de ., tandis que pour sa troisième semaine d'exploitation, c'est pas moins de qui se sont déplacés en salles, le portant en sixième place du box-office et portant le total à depuis sa sortie..

Le long-métrage débute l'année 1973 à la cinquième place du box-office avec en quatrième semaine d'exploitation, lui permettant d'atteindre le demi-million d'entrées ().. Il atteint pour la deuxième place du box-office en cinquième semaine avec , score relativement en baisse par rapport à ses débuts en salles quand il n'était que dans le top 10 hebdomadaire, mais qui voyait ses entrées augmenter au fil des semaines., mais pour un cumul atteignant . Le film continue son parcours au box-office et atteint le million d'entrées au début du mois de février., avant de connaître une forte baisse de fréquentation au milieu de ce mois-ci, quittant le top 10 hebdomadaire auquel il était depuis sa sortie.. Après avoir quitté le top 30 à la première moitié du mois d'avril., il y revient brièvement à la fin du mois d'avril avec un cumul de 1,6 million d'entrées.. La Scoumoune enregistre 1,8 million d'entrées sur une année d'exploitation en salles..