L'ordre Teutonique (en allemand : der Deutsche Orden, littéralement « l'ordre Allemand ») ou ordre des chevaliers Teutoniques (Der Deutsche Ritterorden), dont les dénominations officielles (en latin) ont été Domus Hospitalis Sancte Marie Theutonicorum Hierosolymitani (maison de l'hôpital de Sainte-Marie-des-Allemands à Jérusalem, en allemand Haus des Hospitals Sankt Marien der Deutschen zu Jerusalem), puis Ordo Domus Sanctæ Mariæ Teutonicorum (ordre de la maison de Sainte-Marie-des-Teutoniques), en abrégé les Teutoniques, est un ordre militaire chrétien créé à la fin du dans le cadre des croisades en Terre sainte, mais qui est plus connu en raison de son implication dans les croisades baltes, notamment dans les territoires de Prusse.
Les débuts La fondation en Terre sainte : un ordre hospitalier (1190-1198) En 1190, des pèlerins originaires de Brême et de Lübeck fondent un hôpital de campagne lors du siège de Saint-Jean-d'Acre au début de la troisième croisade en 1190., afin de soigner leurs compatriotes. Ils nomment cette institution le fratres hospitalis S. Mariae Theutonicorum in Accon. Cherchant à lui donner une origine plus ancienne et prestigieuse, les chroniques de l'Ordre le font remonter à un hôpital allemand construit dans la ville sainte de Jérusalem vers 1128.
Le , le pape offre privilège et protection à cet hôpital, qui prend le nom de fratrum Theutonicorum ecclesiae S. Mariae Hierosolymitanae.. Les frères hospitaliers obtiennent ainsi de Clément III le droit de nommer leur propre maître ainsi que le droit d'enterrer tout chrétien décédé pour autant que l’Église catholique n'ait pas prononcé contre le défunt une excommunication ou un interdit. Les frères font vœu de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.
Une des premières personnalités de haut rang à demander à être inhumée dans leur cimetière est le , fils de , empereur du Saint-Empire romain germanique. Malade, le duc de Souabe avait écrit à son frère , roi de Germanie et futur successeur de son père à la tête du Saint-Empire, afin de lui demander de faire reconnaître par la papauté cette institution naissante. Selon la chronique De Primordiis Ordinis Theutonici Narratio, accède à cette demande et soutient l'ordre hospitalier, notamment en leur faisant don de propriétés foncières dans la région des Pouilles. C'est là le début du patronage de la maison de Hohenstaufen envers les frères. Les frères cependant peuvent compter sur un soutien financier et politique beaucoup plus large : de la part de chevaliers prenant part aux croisades successives, mais également de membres de la noblesse effectuant un pèlerinage en Terre Sainte. Dès le départ, des liens étroits se nouent entre les frères du futur ordre Teutonique et de nombreuses personnalités haut placées originaires du Saint-Empire romain germanique..
La transformation en ordre militaire (1198-1220) Différentes bulles papales permettent de suivre l'évolution des droits qui sont peu à peu accordés aux frères, des textes qui attestent d'une militarisation de l'institution, dont les activités au service des malades (soins médicaux) et des pèlerins pauvres s'accompagnent désormais d'un volet militaire. Le processus de militarisation est souvent daté comme ayant eu lieu en 1198, dans le contexte de la croisade allemande (1197-1198). Le premier dirigeant de l'institution à prendre le titre de grand maître (Hochmeister) est Heinrich Walpot, élu en Terre sainte en 1198. À cette époque, outre la maison mère à Saint-Jean d'Acre, le nouvel Ordre est installé en Terre Sainte à Gaza, Jaffa, Ascalon, Rama et Zamsi.
Après la mort de le , appelle les chrétiens à la croisade contre les peuples païens baltes. Les chevaliers teutoniques sont envoyés en Livonie et combattent les latgaliens, les oesoliens, les couroniens, les samogitiens, les estoniens et les sémigaliens.
Le , le pape , à travers la bulle autorise l'hôpital fratrum Theutonicorum ecclesiae S. Mariae Hierosolymitanae à célébrer la messe selon l'ordre des Templiers pour les clercs et les chevaliers et selon l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem pour l'hôpital et les pauvres. Le , le pape va dans le même sens et proclame que l'Ordre doit suivre, dans l'administration de son institutionCitation complète : , rapportée par ., la règle de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en ce qui concerne les pauvres et les malades et celle de l'ordre des Templiers en ce qui concerne les clercs et les chevaliers. En , Honorius III octroie à l'ordre Teutonique les mêmes privilèges que ceux de deux ordres précités.
Outre leurs activités de bienfaisance, la particularité de l'Ordre est cependant de s'engager dans le combat armé pour la défense de la chrétienté..
Il est composé pour l’essentiel de chevaliers allemands. Peu à peu, l'Ordre se dote d'une force militaire importante et participe aux guerres contre les Turcs.
L'ordre Teutonique s'implante également sur le territoire de l'actuelle Suisse en 1199, en Thuringe en 1200, dans le sud du Tyrol en 1202, à Prague et en Bohême en 1202, et à Liège en 1259. En 1220, l'Ordre compte une douzaine de maisons en Terre sainte, en Grèce, en Italie méridionale et en Germanie.
En 1220, l'Ordre achète le château de Monfort à Othon de Henneberg. La forteresse, qui faisait alors partie du royaume de Jérusalem, devient le siège des trésoriers de l'ordre Teutonique en Palestine..
Intervention en Transylvanie (1211-1225) En 1211, fait appel à l'ordre Teutonique en Transylvanie afin d'intervenir contre la menace que représentent les Coumans et l'accroissement de leurs raids. Dans sa charte de 1211, il octroie à l'ordre Teutonique le Pays de la Bârsa afin qu'ils puissent mener leur mission. En effet, la région subit de nombreux raids Coumans et l'objectif du roi de Hongrie en installant temporairement l'ordre Teutonique à cet emplacement est de dissuader les nomades d'établir tout campement. Il est également demandé à l'ordre Teutonique de contribuer à l'expansion territoriale de la Hongrie en contre-attaquant sur le territoire Couman au-delà des Carpates..
Cependant, dans une seconde charte, en 1212, le roi rapporte que malgré la présence de l'ordre Teutonique, les raids Coumans ne s'interrompent pas et parviennent même à envahir une portion de la région du Pays de la Bârsa. La fréquence des raids empêchent l'ordre Teutonique d'établir un campement durable. En 1215, ils semblent parvenir à construire une forteresse qui leur permet de restaurer un contrôle sur le territoire. Enfin, en 1222, l'ordre Teutonique parvient à étendre le territoire jusqu'au sud de l'actuelle Moldavie ainsi que le long du Danube dans le nord-est de la Valachie. En 1225, le pape fait expulser les chevaliers, soulignant au roi de Hongrie que leur action a permis d'ériger cinq forteresses et perdu suffisamment d'hommes.
Croisade contre les Prussiens (1226-1230)
thumb|upright=1.5|Une carte des peuples baltes vers 1200. Les Baltes orientaux sont représentés en marron, tandis que les Baltes occidentaux sont représentés en vert. Les frontières sont approximatives. Les croisades baltes commencent à la fin du sous les pontificats de et surtout d', pape à partir de 1198. À ce moment, il existe un établissement chrétien à Riga, mais il est assez précaire ; les populations, de la Prusse à l'Estonie sont hostiles à la christianisation. Les chevaliers Porte-Glaive réussissent cependant à prendre le contrôle de la Livonie entre 1200 et 1220, mais les Prussiens restent païens et menacent constamment les Polonais au sud, notamment dans la région de Chelmno conquise en 1220 par le prince polonais Conrad de Mazovie.
L'ordre de Dobrin, fondé en 1216 par Christian d'Oliva, premier évêque nommé pour la Prusse, se montrant incapable de convertir les Prussiens, Conrad de Mazovie propose en 1226 à Hermann von Salza, quatrième grand maître de l’Ordre d'intervenir. Le grand maître sollicite alors l'Empereur pour consolider la position des Teutoniques dans cette région. Frédéric II, par la Bulle d'or de Rimini (1226), accorde à l'Ordre la souveraineté sur les territoires qu'il conquerrait en Prusse.
Le , par le traité de Kruschwitz, Conrad de Mazovie accorde à l'Ordre le pays de Chełmno (en allemand : Culm), reconnaît son autonomie et la souveraineté sur les territoires qui seraient conquis en Prusse, entérinant ainsi la bulle de Frédéric II. .
La première implantation des Teutoniques est le fortin (puis château de bois) de Vogelsang, près de la future ville de Toruń.
Les débuts de l'État teutonique de Prusse et en Livonie (1230-1291)
Très rapidement, les chevaliers envahissent les provinces de Varmie, de Natangie et de . Ils créent ainsi l'État monastique des chevaliers Teutoniques en 1226. Ils établissent des villes nouvelles comme Thorn dès 1231, et plus tard, Königsberg (1255) ou Marienbourg (1280) qui devient leur capitale en 1309.
En 1235, l'ordre Teutonique absorbe l'ordre de Dobrin. À la bataille de Saule, les chevaliers Porte-Glaive subissent une défaite importante face aux Samogitiens. Le maître Volkwin est tué.. En 1237, les chevaliers teutoniques fusionnent avec les chevaliers Porte-Glaive., ou ordre de Livonie, qui conservent néanmoins une certaine autonomie. L'État teutonique étend désormais son influence de la Prusse à la Sémigalie (région du sud de l'actuelle Lettonie) et à la Livonie (nord de l'actuelle Lettonie).
vignette|Carte de l'expédition en Russie.|gauche
L'objectif suivant est de convertir la Russie orthodoxe au catholicisme. En 1240, une campagne militaire débute dans l'ouest de la Russie. Les chevaliers teutoniques alliés au Danemark. et à l'évêché de Dorpat vainquent une première fois les principautés russes leur permettant d'annexer Pskov et ses alentours.. Les russes contre-attaquent en 1242. L'armée d'Alexandre Nevski et d' écrasent les catholiques à la bataille du lac Peïpous. La campagne et l'idée de convertir les principautés russes sont abandonnées. et les terres nouvellement conquises sont rétrocédées.
vignette|L'État teutonique vers 1260.
Le , par le traité de Christburg, l'Ordre accorde des privilèges à la noblesse prussienne qui semble se soumettre au nouvel ordre des choses. Après plusieurs soulèvements de 1260 à 1283, une grande partie de ces nobles quitte le pays ou est exilée, perdant ainsi leurs droits. Ceux qui restent sont progressivement assimilés.
Dans les régions frontalières telles que la Sambie, les paysans sont privilégiés par rapport à ceux de territoires plus peuplés comme la Pomésanie. .
Beaucoup de chevaliers de l'ouest de l'Europe (Angleterre, France), participent à des campagnes saisonnières en Prusse et contre le grand-duché de Lituanie, certains pour obtenir le pardon de leurs péchés, d'autres pour acquérir de l'expérience militaire. Les chevaliers se joignent à eux et orientent progressivement leurs actions vers la Lituanie. En 1290, les derniers peuples de Livonie sont vaincus..
La fin de la présence en Terre sainte (1291) Près d'un siècle après la fondation de l'Ordre, la prise de Saint-Jean-d'Acre par les mamelouks en 1291 oblige les chevaliers à quitter la Terre sainte. ; ils installent provisoirement le siège de l'Ordre à Venise, où ils envisagent de repartir à la conquête de la Terre sainte.
Expansion et déclin dans les pays baltes Les conquêtes en Pologne (1306-1343)
vignette|Par l'accord de Soldin, la Pomérélie est inféodée à l'État monastique des chevaliers teutoniques.
Après la mort de Venceslas, roi de Pologne en 1306, les nobles de Pomérélie demandent l'aide des margraves de Brandebourg pour contester à la succession du duché de Poméranie. En 1308, toute la région est occupée à l'exception de la citadelle de Dantzig (Gdańsk). Incapable de résister, Ladislas demande à son tour l'aide des chevaliers teutoniques..