Sousse (, , ) est une ville portuaire de l'Est de la Tunisie, située à au sud de Tunis, et ouverte sur le golfe d'Hammamet (mer Méditerranée).
Capitale du Sahel tunisien — elle est parfois surnommée la « perle du Sahel » — et chef-lieu du gouvernorat du même nom, elle est la troisième municipalité du pays après Tunis et Sfax, et la quatrième agglomération, Nabeul étant la troisième.
La médina de Sousse est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1988.
Toponymie Des noms semblables peuvent être trouvés en Libye et au sud du Maroc, comme avec la région du Souss. Souss en marocain est synonyme de rief, ce qui désigne les nomades ou plus généralement les campagnards. Toutefois, le terme de Sousse est ici attribué à une ville, à l'époque symbole de puissance et de sédentarité.
Géographie vignette|Carte de la circonscription de Sousse. Situation Sousse occupe un emplacement géographique au centre de la Tunisie, sur le littoral du Sahel donnant sur la mer Méditerranée bordant l'Est du pays.
La ville s'étend sur et se situe à d'altitude..
Administration
vignette|Drapeau de la municipalité de Sousse.
La municipalité de Sousse est le chef-lieu d'un gouvernorat qui s'étend sur .. Elle est divisée en quatre arrondissements municipaux. : Sousse Nord, Sousse Sud, Sousse Médina et Sousse Riadh. Les deux premiers sont créés le et les deux derniers le . Ses principales circonscriptions et délégations sont au nombre de quatre : Sousse Sidi Abdelhamid, Sousse Médina, Sousse Jawhara et Sousse Riadh.
Son code géographique est le 31.
Démographie Poids démographique
vignette|Vue aérienne de Sousse et ses alentours.
En 2016, l'aire urbaine de Sousse-Monastir est la seconde du pays et comprend plus d'un million d'habitants.
La population de la municipalité de Sousse atteint habitants en 2014 pour une densité de près de alors que son agglomération (Grand Sousse) avoisine les habitants en 2004., en 2015 puis habitants en 2017, ce qui la place en quatrième position des agglomérations du pays..
Statistiques Le taux de croissance démographique (2,6 %) du Grand Sousse en 2004 est le plus élevé des grandes villes tunisiennes et ce, grâce au pouvoir attractif de la ville, de son littoral et des agglomérations voisines ayant bénéficié notamment de coûts relativement bas des terrains et des loyers pour les migrants tunisiens venus à la recherche d'emplois dans l'aire urbaine et dont le flux s'intensifie à partir des années 2000. Ils occupent principalement des emplois dans le bâtiment (23,8 %) ou dans l'administration, l'éducation, la santé (21,2 %), quand celui des anciens résidents prédomine dans le secteur industriel (29,2 %).
Le taux d'analphabétisme à Sousse est inférieur à 10 %, avec une prépondérance de la population féminine. Le taux d'activité de la population soussienne âgée de plus de quinze ans est supérieur à 50 %. Celui du chômage de la population de Sousse Médina s'élève à 9,5 % en 2014, quand celui de Sousse Jawhara est de 10,2 % avec, dans ces chiffres encore, un taux de chômage supérieur frappant la population féminine. Pour autant, l'ensemble reste inférieur à la moyenne nationale s'élevant à 15,5 % en 2018. Il est à remarquer que, tout sexe confondu, le taux d'emploi est notablement plus élevé parmi les personnes ayant fait des études secondaires par rapport à celles relevant de l'enseignement supérieur.
Par ailleurs, plus de la moitié des ménages est propriétaire de son logement..
Pyramide des âges
Religion En 2018, 98 % de la population soussienne sont musulmans et 2 % sont chrétiens, juifs ou relevant d'autres religions.
Histoire Hadrim Si les Peuples de la mer se sont sans doute fixés antérieurement dans la région de Sousse, c'est aux Phéniciens que l'on attribue le premier nom connu de la ville. Au apparaît le toponyme Hadrim qui désigne, selon M'hamed Hassine Fantar., un enclos ou un quartier d'habitation. Les vestiges archéologiques du site ne remontent cependant guère au-delà du , période où Hadrim passe sous l'autorité de Carthage et vit avec elle les guerres puniques tout en maintenant une identité phénicienne comme l'attestent notamment les pratiques funéraires locales. Après avoir perdu la bataille de Zama, Hannibal Barca, qui a des propriétés dans les environs de Hadrim, fait effectuer des travaux civils à ses soldats et est à l'origine de la plantation de nombreux oliviers dans la région.
Hadrumète
vignette|Triomphe de Bacchus au musée archéologique de Sousse.
Hadrim se libère progressivement de la tutelle carthaginoise en établissant des relations économiques et diplomatiques directes avec Rome dont elle prend le parti durant la troisième guerre punique. Après la destruction de Carthage, les Hadrumétins deviennent, selon l'expression d'Appien, les « amis du peuple romain » et la ville, rebaptisée Hadrumète (Hadrumetum), devient une cité romaine privilégiée et libre, et s'enrichit de décorations de l'époque encore visibles aujourd'hui. En , elle perd une partie de ses privilèges et se trouve frappée d'une lourde amende lorsqu'elle choisit le camp des Pompéiens contre le victorieux Jules César.
gauche|vignette|Sol en mosaïque d'une maison romaine de Sousse.
À la fin du , Hadrumète est la première cité africaine à bénéficier du statut de colonie honoraire qui est attribué par l'empereur Trajan.. En reconnaissance, des monuments glorifiant le généreux empereur sont érigés : arc de triomphe, théâtre, amphithéâtre, thermes La prospérité de la ville culmine au sous les règnes de la dynastie des Sévères. . La ville frappe même sa propre monnaie. La ville connaît une période de déclin à la suite de sa participation en 238 à la lutte qui oppose et son fils à , fidèle à . Des monuments publics et des villas sont rasés et le port autrefois si actif perd de son importance.
La cité retrouve une prospérité relative lorsqu'en 297 l'empereur Dioclétien fait de Hadrumète la capitale de la nouvelle province de Byzacène qui s'étend sur le centre du pays.
Hunericopolis et Justinianapolis Quand en 439 les Vandales chassent les Romains et détruisent l'enceinte de la ville, Hadrumète prend le nom de Hunéricopolis tiré du nom de Hunéric (fils du chef vandale Genséric).. Elle végète pendant un siècle avant sa destruction par des pillards venus du sud du pays et ce peu avant l'arrivée des troupes byzantines. Le port, complètement ensablé, est remis en état par l'empereur byzantin Justinien dont la ville prend le nom en 535 (Justinianopolis) et devient le chef-lieu de l'une des sept provinces du diocèse d'Afrique. La période byzantine dure environ .
Sousse
vignette|Tour du ribat de Sousse. vignette|Vue de Sousse vers 1899.
Débuts de l'islam Le début de la période arabo-musulmane peut être fixé à 670, lorsqu'Oqba Ibn Nafi al-Fihri assiège la ville qui prend le nom de Sousse. Elle est d'abord une agglomération pourvue en 787 d'un ribat et habitée essentiellement par des ascètes chargés de la défense des côtes. Le nouvel essor de Sousse vient du second prince aghlabide Ziadet-Allah qui dote la ville d'un chantier naval (821) d'où partent les navires à la conquête de la Sardaigne (821), de Malte, de la Sicile (827) ou de Rome (846).
Au , la ville s'est ouverte et accueille des musulmans, des chrétiens et des juifs. Elle devient alors la seconde ville de l'Ifriqiya et la première du Sahel. Durant la période fatimide, la prospérité de Sousse ne souffre que modérément de la fondation de Mahdia. La ville, qui exporte ses étoffes en Orient et en Occident, est aussi une prospère cité oléicole.
Moyen Âge Jusqu'en 1159, Sousse subit les assauts puis l'occupation des Normands de Sicile qui la conquièrent en 1148.. Mais sa décadence, à partir du , est surtout due à la promotion de Tunis comme capitale sous le règne des Hafsides, à l'appauvrissement de l'arrière-pays dont elle constitue le débouché maritime et, au , à la concurrence des textiles exportés depuis l'Europe, période durant laquelle des Génois s'installent à Sousse.
La ville subit une courte occupation espagnole entre 1537 et 1574. Pendant l'époque ottomane (1574-1881), la ville retrouve son importance. Sousse est alors, au , le deuxième port de commerce du pays.
Époque moderne Aux brodeurs et tisserands s'ajoutent des artisans potiers qui exportent leur production dans tout le bassin méditerranéen. À la fin du , la ville souffre des bombardements français (1770) et vénitiens (1784 et 1786). La ville s'enfonce dans le déclin après 1864 lorsqu'elle se range contre Sadok Bey dans une insurrection antifiscale.
Elle passe, comme toute la Tunisie, sous le protectorat français à partir de 1881. La création d'un nouveau port (1884) lui redonne toutefois son rôle de débouché maritime des produits de la steppe. La municipalité de Sousse est instituée le ...
À partir de ces dates de la fin du , Sousse voit l'arrivée et l'installation de nombre d'Européens, particulièrement d'origine française et italienne, qui devront quitter le pays après notamment son accession à l'indépendance..
Le , un attentat terroriste islamiste survient dans la station balnéaire voisine de Port El-Kantaoui située au Nord-ouest de la ville. Perpétré par Seifeddine Rezgui et revendiqué par l'organisation État islamique, il fait et .. Il choque l'opinion publique par le nombre élevé de victimes, d'autant qu'il constitue la pire attaque dans l'histoire récente de la Tunisie.
Architecture et urbanisme
vignette|Grande Mosquée de Sousse.
Le flanc oriental de la médina est complété par un port agrandi à partir de 1899. Plus au nord s'étend la ville nouvelle construite sous le protectorat français et caractérisée par ses larges rues rectilignes et sa promenade dominant la mer où s'alignent les hôtels en direction de Port El-Kantaoui.
Médina
La médina de Sousse, tout comme celle de Tunis, est classée au patrimoine mondial de l'Unesco (inscrite en 1988).. L'un des éléments qui la distinguent est l'emplacement de la principale mosquée qui n'est pas au centre de la ville. Comme le ribat, elle était chargée de protéger le bassin artificiel de l'arsenal, ce qui explique son allure militaire.
vignette|gauche|Kasbah dominant les toits de la médina.
Le ribat a vu le jour durant le règne de la dynastie des Aghlabides (821) mais, après l'édification des murs de la ville en 859., perdit peu à peu sa fonction militaire. Alors qu'à l'étage se trouve une petite mosquée, le sous-sol est aménagé en divers locaux et magasins alors que des traces d'une presse à olives subsistent. L'imposante entrée flanquée de deux piliers de style corinthien est conçue comme une double porte, ce qui permettait de bloquer l'accès à la forteresse. Quant à la kasbah, elle se situe dans la partie la plus haute de la médina et date de l'année 844.
En 853, un phare de de haut est baptisé du nom d'un eunuque du souverain aghlabide Ziadet-Allah (Khalaf El Fatâ). C'est dans ses murs qu'est logé le musée archéologique de Sousse depuis 1951..
Remparts et portes
vignette|Aperçu des remparts de la médina. vignette|Place de la médina.
Les remparts, flanqués de tours carrées ou barlongues, se déploient tout autour de la médina. Les pierres sont posées en assises horizontales avec intercalation de joints et, à certains endroits, en opus africanum. Intégrant la kasbah du côté occidental, ils sont couronnés de merlons arrondis et percés par plusieurs entrées à arcs brisés et outrepassés, reposant sur des pieds-droits et inscrites dans un cadre rectangulaire paré de pierres ; un chemin de ronde en occupe la partie supérieure.
Les murs du côté de la porte de Bab El Bhar se caractérisent par la présence dans leur partie supérieure de deux séries d'arcades voûtées et superposées, ouvertes sur l'intérieur de la ville et se prolongeant sur une vingtaine de mètres.
Édifices religieux Grande Mosquée
vignette|Grande Mosquée dans son environnement urbain.