Le gouvernement Paul Reynaud ( - ) est l'avant-dernier gouvernement de la Troisième République. À partir de la fin du mois de , un conflit s'y déroule entre les partisans de l'armistice avec l'Allemagne et ceux qui souhaitent poursuivre la guerre.

C'est à l'issue de sa réunion à Bordeaux le que les premiers l'emportent et que Paul Reynaud présente sa démission au président de la République Albert Lebrun.

Composition Portefeuille Titulaire Parti Président du Conseil Paul Reynaud DVD Vice-président du Conseil Camille Chautemps PRRRS Philippe Pétain (à partir du ) SE Ministres d’État Ministres d’État Louis Marin (à partir du ) FR Jean Ybarnégaray (à partir du ) PSF Ministres Ministre des Affaires étrangères Paul Reynaud DVD Édouard Daladier (à partir du ) PRRRS Paul Reynaud (à partir du ) DVD Ministre des Finances Lucien Lamoureux PRRRS Yves Bouthillier (à partir du ) DVD Ministre de la Guerre et de la Défense nationale Édouard Daladier PRRRS Paul Reynaud (à partir du ) DVD Ministre de la Justice Albert Sérol SFIO Ministre de l'Éducation nationale Albert Sarraut PRRRS Yvon Delbos (à partir du ) PRRRS Ministre de l'Intérieur Henri Roy PRRRS Georges Mandel (à partir du ) DVD Ministre de la Marine militaire César Campinchi PRRRS Ministre de l'Air Laurent Eynac PRRRS Ministre du Commerce et de l’Industrie Louis Rollin DVD Léon Baréty (à partir du ) AD Albert Chichery (à partir du ) PRRRS Ministre des Travaux publics Anatole de Monzie USR Ludovic-Oscar Frossard (à partir du ) USR Ministre de l'Agriculture Paul Thellier AD Ministre du Ravitaillement Henri Queuille PRRRS Ministre des Postes, Télégraphes, Téléphones et Transmissions Alfred Jules-Julien PRRRS Ministre de l’Information Ludovic-Oscar Frossard USR Jean Prouvost (à partir du ) SE Ministre des Colonies Georges Mandel DVD Louis Rollin (à partir du ) DVD Ministre du Travail Charles Pomaret USR Ministre de la Santé publique (jusqu’au ), puis Ministre de la Famille française Marcel Héraud AD Georges Pernot (à partir du ) DVD Ministre de la Marine marchande Alphonse Rio USR Ministre des Anciens Combattants et des Pensions Albert Rivière SFIO Ministre de l’Armement Raoul Dautry SE Ministre du Blocus Georges Monnet SFIO Sous-secrétaires d’État Sous-secrétaire d’État à la Présidence du Conseil Paul Baudouin (du au ) DVD Sous-secrétaire d’État à la Vice-présidence du Conseil Robert Schuman PDP Sous-secrétaire d’État chargé de la Défense nationale et de la Guerre Hippolyte Ducos (jusqu’au ) PRRRS Charles de Gaulle (à partir du ) SE Sous-secrétaire d’État à l’Intérieur Louis Jacquinot (jusqu’au ) DVD Sous-secrétaire d’État à l’Économie nationale René Hachette (jusqu’au ) AD Sous-secrétaire d’État aux Finances Joseph Laniel (jusqu’au ) DVD Sous-secrétaire d’État aux Travaux publics Fabien Albertin (jusqu’au ) SFIO André Février (à partir du ) SFIO Sous-secrétaire d’État chargé des Affaires étrangères Auguste Champetier de Ribes (jusqu’au ) PDP Paul Baudouin (à partir du ) DVD Sous-secrétaire d’État à l’Armement François Blancho (jusqu’au ) SFIO Sous-secrétaire d’État aux Fabricants de l’Air Jules Mény SE Sous-secrétaire d’État à l’Information André Février (du au ) SFIO Sous-secrétaire d’État à la Marine marchande Noël Pinelli (jusqu’au ) DVD Sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie Amaury de La Grange (jusqu’au ) AD Sous-secrétaire d’État à la Marine militaire Jean Le Cour-Grandmaison (du 21 au ) DVD

Investiture Le gouvernement de Paul Reynaud obtient l'investiture à l'Assemblée nationale avec une voix de majorité, le .. À propos de cette majorité décrochée in extremis, le général de Gaulle rapporte dans ses mémoires que le président de la Chambre des députés, Édouard Herriot, lui aurait confié plus tard n'être

Siège du gouvernement vignette|Une du journal L'Ouest-Éclair du , évoquant la formation du gouvernement Paul Reynaud. À la suite de la guerre d'Hiver contre la Finlande lancée par l’URSSL'URSS est encore officiellement alliée de l’Allemagne à la suite du pacte germano-soviétique et de l'attaque conjointe de la Pologne en , elle craint toutefois une intervention allemande contre la Finlande qui menacerait son propre accès à la mer Baltique, dans le cas d'un encerclement de Leningrad et des pays baltes., et de la non-intervention de la France, le gouvernement Daladier est renversé le . Le président Albert Lebrun nomme Paul Reynaud le , président du Conseil et ministre des Affaires étrangères. Édouard Daladier est néanmoins présent en tant que ministre de la Défense nationale et de la Guerre dans le cabinet de son successeur.

Le , en prévision de l'entrée des Allemands à Paris, les pouvoirs publics se réfugient à Tours, puis à Bordeaux, le . Le président du Conseil s'installe dans l’hôtel du commandant de la région militaire dont le bâtiment est situé rue Vital-Carles, non loin de l'hôtel du préfet de la GirondeSite rue89bordeaux.com, article "Le 16 juin 1940 : une république est morte à Bordeaux", consulté le 22 octobre 2020..

Drôle de guerre

Dès avril, un rapport du député français Pierre Taittinger signale les faiblesses militaires françaises du secteur de Sedan. Mais rien n'y fit, bien que le commandant en chef français, le Général Gamelin, eût été prévenu, en janvier, que l'Allemagne allait attaquer dans les ArdennesKarl-Heinz Friezer, Le mythe de la guerre éclair, , l'« incident de Mechelen-sur-Meuse », éd.Belin, Paris 1995..

À la suite de sabotages attribués aux communistes, des accidents surviennent à des avions sortant des usines Farman de Boulogne-Billancourt, provoquant la mort de pilotes. Le décret-loi du , présenté au président de la République par le ministre SFIO Albert Sérol (J.O. du ), prévoit la peine de mort pour propagande communiste, l'assimilant à la propagande nazie. En avril-mai, une deuxième vague de répression contre les communistes fera grossir le nombre des internés d'au moins 160Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, juin 1940, la négociation secrète, Les éditions de l'Atelier, 2006, ..

Les mines de Kiruna (Suède) fournissent la moitié des importations en fer de l'Allemagne et 10% pour le Royaume-Uni, indispensable pour la guerre. Le fer suédois transitait alors par la ligne de chemin de fer Malmbanan/Ofotbanen jusqu'au port de Narvik (Norvège) qui offrait un accès direct à la mer de Norvège et qui est le seul port praticable en hiver, en raison des glaces qui obstruent les ports du nord de la Baltique. Les Britanniques et Paul Reynaud, voulant occuper la Norvège pour interrompre l'approvisionnement de minerai de fer de Suède vers l'Allemagne, lancent l'opération franco-britannique de Narvik pour mouiller des mines dans les eaux territoriales de la Norvège sans avoir obtenu au préalable l'autorisation du gouvernement d'Oslo. Reynaud proclame alors : . Le , les Allemands envahissent le Danemark et la Norvège : opération Weserübung. Les Alliés s'engagent à venir au secours de la Norvège et envoient un corps expéditionnaire franco-anglais. Le , les Allemands se réfugient dans les montagnes enneigées qui bordent Narvik laissant la ville aux mains des Alliés jusqu'au départ des troupes alliées rembarquées pour la bataille de France.

Invasion allemande de la France

vignette|Maxime Weygand, Paul Baudouin, Paul Reynaud et Philippe Pétain en mai 1940. Daladier et le généralissime Gamelin sont les adversaires de Reynaud qui a en tête de remplacer Gamelin. Devant la tournure que prennent les événements, une crise gouvernementale éclate aboutissant à la démission de Reynaud le , mais le Fall Gelb (Plan Jaune), dans la nuit du 9 au 10, à 4h30 aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg, mettant fin à la drôle de guerre, conseille au président Lebrun de demander à Reynaud de se rétracter le . Paul Reynaud songe à utiliser le prestige du maréchal Pétain auprès des Français et lui propose en vain, début mai, d'entrer au gouvernement.. Pour Reynaud, il s'agit de remonter le moral des Français, de resserrer les rangs et de renforcer sa propre image au parlement.. Comme la plupart de ses ministres ou des parlementaires, Paul Reynaud sous-estime le vieil homme initialement taciturne et passif qu’est Pétain, et il n’imagine pas qu’il puisse jouer plus qu’un rôle purement symbolique.. Franco avait conseillé à l'ambassadeur de ne pas accepter d’apporter sa caution à ce gouvernement.

Les autorités belgesle 10 mai 1940 les autorités belges avaient raflé et déporté vers la France tous les ressortissants allemands âgés de 17 à 56 ans exilordinaire.org expulsent en France des milliers de juifs, dont Léo Ansbacher et Nathan KornweitzTraces & empreintes, « Les arrestations du 10 mai 1940 », sur le site jewishtraces.org. qui sont internés au camp Saint-Cyprien .

Percée de Sedan

Le , les Allemands atteignent la Meuse française, et la franchissent. Le soir vers 21h00, les Allemands attaquent vers Sedan. Toute la semaine suivante sera caractérisée par une consternante absence de réaction du haut commandement.

Le , les troupes allemandes traversent les Ardennes, franchissent la Meuse au cours de la journée et encerclent Sedan.

Le , elles enfoncent le département de l'Aisne. Le général Gamelin n'a pas de réserve française pour contre-attaquer. Une circulaire du Gouvernement Reynaud prévoit le regroupement et l'internement dans des camps de tous les ressortissants étrangers des nations ennemies âgés de 17 à 56 ans, sans exemption possible. Ils sont dirigés vers le camp de Saint-Cyprien et ceux qui sont dangereux, vers Le Vernet d'Ariège. Alfred KantorowiczAlfred Kantorowicz, Exil in Frankreich, Hambourg, Christian Verlag, 1983, p. 35. , écrivain juif allemand réfugié en France, est interné au camp des Milles.

Le , journée "de la tragédie et de la psychose" selon MandelB. Favreau, Georges Mandel ou la passion de la République, Fayard, 1996, p. 367, "grande peur du " selon WeygandTémoignagne de Weygand au Procès Pétain, août 1945, sténographie du Procès, p. 378., les nouvelles sont catastrophiques. On annonce la descente des Allemands sur Paris par Reims, Laon et Châlons. Au Quai d'Orsay, Reynaud appelle Mandel, Jeanneney, Herriot, Daladier, Chautemps, Rio, Roy, Monzie. Les archives sont brûlées dans la cour intérieure du ministère. La peur est celle de l'entrée des Allemands dans la capitale, elle plane sur les discussions des ministresB. Favreau, Georges Mandel, p. 367. L’État-major français ordonne le repli sur une ligne allant de Anvers à Laon. Les civils se ruent sur les routes à la suite de l’armée française en un véritable exode. Paul Reynaud reprend alors le portefeuille de la Guerre à Édouard Daladier.

Le , alors que jusqu'à présent l'internement des étrangers ennemis ne concerne que les hommes, les mêmes mesures touchent les femmes de 17 à 67 ans (sauf les femmes mariées à un Français ou les mères d'enfants français). Hannah Arendt, Adrienne Thomas, Lou Albert-Lasard, Charlotte Salomon, Thea Sternheim, Greta Saur et Maria Leitner, réfugiées juives allemandes pour les cinq premières et austro-hongroises pour les deux dernières, qui avaient fui le régime nazi, sont internées au camp de Gurs, comme la Russe Mollie SteimerCamp dont elles parvinrent à s'enfuir avant de rejoindre les États-Unis pour les deux premières et Marseille pour la dernière.. Le camp de Gurs enferme 12 860 juifs immigrés de toutes nationalités – sauf français. Les militantes politiques sont internées à Rieucros.

Le , Reynaud s'adjoint le maréchal Pétain comme vice-président. Georges Mandel, ancien chef de cabinet de Clemenceau, et partisan résolu de la guerre, passe des Colonies à l'Intérieur. Le général Weygand arrive en France le et remplace le général Gamelin qui, trop passif, est limogé. La nomination de Pétain est bien accueillie dans le pays, au Parlement et dans la presse, quoiqu'elle reçoive moins de publicité que celle de Weygand comme généralissime ou que celle de Georges Mandel.. Weygand et Pétain sont en réalité déjà convaincu que la situation est perdue.