Catherine Clément (parfois Catherine Backès ou Catherine Clément-Backès), née le à Boulogne-Billancourt, est une philosophe et femme de lettres française.
Biographie Histoires de famille Née dans une famille mi-catholique, mi-juive, Catherine Clément passe une grande partie de son enfance sur les bords de la Loire avec sa grand-mère chrétienne, ce qu'elle raconte dans son livre Maison mèreÉditions Nil, 2006.. Elle a un frère cadet, Jérôme Clément.
Du côté paternel, catholique, l'un de ses arrière-grands-pères tient une pharmacie à Dinan. Catherine Clément témoigne : Elle que son arrière-grand-père et Mata Hari ont eu ..
Du côté maternel, sa famille est originaire de Russie via l'Azerbaïdjan. Les parents de la mère de Catherine Clément, Raymonde Gornick, s'étaient réfugiés à Bakou, fuyant les persécutions contre les juifs russes à partir des années 1870. Une communauté juive y a prospéré dans les années 1880. Monsieur et Madame GornickGeorges Gornick est né le à Odessa et Cipa Gornick, née Levitzki, est née le à Rommy. Voir, Klarsfeld, 2012. se réfugient finalement en France où le mari s'établit comme fourreur. En 1931, il est président du syndicat des fourreurs. Ils seront déportés, par le convoi , en date du , du Camp de Drancy vers AuschwitzVoir, Klarsfeld, 2012., où ils meurent à leur arrivée en . Cette occupe une place significative dans les livres de Catherine et de son frère Jérôme Clément.
Sa mère, pharmacienne, a été membre de la Mission Ramakrishna.
Parcours Elle intègre l'École normale supérieure de jeunes filles (ENSJF) en 1959, école dite de Sèvres, mais installée boulevard Jourdan à Paris. Elle est agrégée de philosophie à l’âge de .. D'abord professeur de philosophie au lycée de Beauvais, elle est assistante à la Sorbonne de 1964 (assistante de Vladimir Jankélévitch) à 1968, puis détachée au C.N.R.S. (section philosophie) de 1968 à 1972.
Sa rencontre avec Claude Lévi-Strauss, qui l’invite à décrypter un mythe africain devant son séminaire à l'EPHE en 1962, l’influence de manière décisive. Elle lui consacre d’ailleurs son premier essai Claude Lévi-Strauss ou la structure et le malheur, publié en 1970, et un Que sais-je ? paru en 2002.
À partir de 1959, elle suit le séminaire de Jacques Lacan, d'abord à l'hôpital Sainte-Anne, puis à l'École normale supérieure et à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et ce jusqu'à la fin . Membre de l'École freudienne à titre « profane », elle n'a jamais été psychanalyste.
Comme détachée au CNRS, elle prépare provisoirement une thèse sur Le Paradis perdu de Vladimir Jankélévitch. En 1976, après d'enseignement supérieur, elle démissionne de l'université. Fin 1976, elle entre au quotidien Le Matin de Paris comme cheffe de rubrique culture, chargée d'éditer les articles sur les livres, les expositions, le théâtre, la musique, à l'exception du cinéma ; elle est elle-même chargée de la critique des essais. Cet engagement dans un journal socialiste ne l'empêchait pas de militer au parti communiste français, dont elle est cependant exclue en . Elle déclare dans Le Monde être devenue comme . Elle réagit ainsi à l'affaire de l'envoi d'un bulldozer, fin , contre un foyer insalubre d'immigrés dans la municipalité communiste de Vitry-sur-SeineVoir sur liberation.fr.Voir sur causeur.fr. et à la campagne à Montigny début contre un présumé trafiquant de drogue immigré (mais non attaqué comme tel par le maire Robert Hue). Elle réalise par ailleurs de grandes interviews, notamment le dernier entretien avec Jean-Paul Sartre, un entretien avec Claude Lévi-Strauss sur ses expériences japonaises et le premier entretien de François Mitterrand au Matin de Paris.
Son aficion pour l'art de la tauromachie est développée dans un livre écrit avec François Coupry, Torero d'or, dont Le Matin de Paris, en 1981, fait l'éloge en ces termes : Le livre a créé un véritable événement médiatique, déchaînant des passions contradictoires, et un débat enflammé aux Dossiers de l'écran quelques semaines plus tard, annoncé dans Le Monde du , avec un article vengeur d'Andrée Valadier qui considère l'ouvrage comme Jean Lacouture écrit quant à lui dans Le Monde du :
En 1982, elle est nommée au ministère des Relations extérieures, à la tête de l'Association française d'action artistique (AFAA), chargée de la diffusion et de l'accueil de la culture française à l'étranger et se rend souvent à Cuba. Mais sur demande de l'Association professionnelle des agents diplomatiques et consulaires, le Conseil d'État annule, en , la nomination de Catherine Clément, pour avoir été prononcée par une autorité incompétente.
André Lewin deviendra son mari après avoir pourtant, selon elle, saisi le Conseil d'État contre sa nomination à l'AFAA. Il lui reproche d'être seulement normalienne et pas énarque. Le conflit dure trois ans. Pour les réconcilier, le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Roland Dumas, les présente au cours d'un déjeuner de . C'est comme cela qu'ils se sont connus.
Elle séjourne quatre années en Inde, de 1987 à 1991, comme compagne d'André Lewin qui est alors ambassadeur de France., puis cinq ans en Autriche, et enfin trois ans au Sénégal (1996-1999)..
À l'époque, quand elle part pour l'Inde, elle a déjà publié cinq romans et huit essais. L'Inde lui inspire plusieurs ouvrages, Pour l'amour de l'Inde (Flammarion, 1993), Le voyage de Théo (Seuil, 1998), Promenade avec les dieux de l'Inde (Panama, 2005), La Princesse mendiante (Panama, 2007).. Par ailleurs, elle est aujourd'hui membre du Forum franco-indien qui s’efforce de .
Depuis 2002, elle dirige l'Université populaire du quai Branly, qui se déroule dans le théâtre Claude Lévi-Strauss, au sein même du Musée du Quai Branly. Elle a produit de 2009 à 2011 une émission sur France Culture chaque mercredi à intitulée Cultures de soi, cultures des autres.
Le , face notamment à Dany Laferrière, Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier, elle est candidate au fauteuil 2 de l'Académie française laissé vacant par Hector Bianciotti. Elle recueille trois voix et c'est finalement Dany Laferrière qui est élu« Dany Laferrière, élu à l'Académie française », lefigaro.fr.« Élection de M. Dany Laferrière (F2) » sur academie-francaise.fr..
Durant l'été 2014, elle propose du lundi au vendredi à 14h23 sur France Culture Nous serons comme des dieux, une série de feuilletons de 6 minutes contant les légendes et mythes de la Grèce antique, de l'Inde ou encore des cultures amérindiennes et africaines. Les épisodes racontent la vie et les mœurs des dieux sur un ton humoristique mais très documenté, et sont classés selon des thématiques hebdomadaires telles que : Les procréations assistées, Les amoureux massacrés, Les déesses vierges ou encore Quand les bêtes sont des dieux.
Vie personnelle Elle est la sœur de Jérôme Clément, également auteur, ex-président d’Arte et de la Fondation Alliance française, et a été la compagne de l’ambassadeur André Lewin jusqu'à la mort de celui-ci.
Prix
Lauréate en 2021 du prix de la Fondation Renée-et-Léonce-Bernheim pour les arts, les sciences et les lettres .
Décorations Décret du 30 décembre 2017 Décret du 14 novembre 2012.
Œuvres Romans Bildoungue ou La vie de Freud, Christian Bourgois, 1978 La Sultane, Grasset, 1981, roman inspiré par la vie de Roxelane, épouse de Soliman le Magnifique. Le Maure de Venise, Grasset, 1983 Bleu Panique, Grasset, 1986 Adrienne Lecouvreur ou Le cœur transporté, Robert Laffont, 1991, (réédition J'ai lu 3957) La Senora, Calmann-Lévy, 1992 (réédition LGF-Livre de Poche 8717), roman inspiré par la vie de Gracia Nassi. Pour l'amour de l'Inde, Flammarion, J’ai Lu, 1993 La Valse inachevée, Calmann-Lévy, 1994 (réédition Le Livre de Poche 13942) La Putain du diable, Flammarion, 1996 (réédition J'ai Lu 4839) Le Roman du Taj Mahal, Noésis, 1997 Les Dames de l'agave, Flammarion, 1998 Le Voyage de Théo, Seuil, 1998 (Points Seuil n°P680) Martin et Hannah, Calmann-Lévy, 1999 (réédition Le Livre de poche 14798) Afrique esclave, Noésis, 1999 Jésus au bûcher, Seuil, 2000 Cherche-midi, Stock, 2000 (réédition Le Livre de poche 30048) Les Mille Romans de Bénarès, Noésis, 2000 Le Sang du monde, Seuil, 2004, suite du Voyage de Théo Les derniers jours de la déesse, Stock, 2006 La Princesse mendiante, Panama, 2007 (sur la vie de Mirabai) Dix Mille Guitares, Seuil, 2010
La Reine des cipayes, Seuil, 2012 Les Ravissements du Grand Moghol, Seuil, 2016 Indu Boy, Seuil, 2018 L'allemand de ma mère, Seuil 2023
Essais Lévi-Strauss ou La structure et le malheur, Seghers, en 1970, en 1974, dernière édition entièrement remaniée Le Livre de poche, « Biblio essais », en 1985 Le pouvoir des mots, Mame, coll. « Repères Sciences humaines », 1974 Miroirs du sujet, 10/18, coll. « Esthétiques », 1975 Pour une critique marxiste de la théorie psychanalytique, Éditions sociales, 1976 Les fils de Freud sont fatigués, Grasset, coll. « Figures », 1978 L’Opéra ou La défaite des femmes, Grasset, coll. « Figures », 1979 Vies et légendes de Jacques Lacan, Grasset, coll. « Figures », 1981, et Le Livre de poche, coll. « Biblio essais », 1983 Rêver chacun pour l’autre essai sur la politique culturelle, Fayard, 1982 Le Goût du miel, Grasset, coll. « Figures », 1987 Gandhi ou L'athlète de la liberté, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (), 1989, , 1990 La syncope, philosophie du ravissement, Grasset, coll. « Figures », 1990 La pègre, la peste et les dieux, chroniques du Festival d’Avignon, Éditions théâtrales, 1991 Sissi, l’impératrice anarchiste, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (), 1992 Sollers, la fronde, Julliard, 1995 Les révolutions de l’inconscient : histoire et géographie des maladies de l’âme, La Martinière, 2001 Le divan et le grigri, avec Tobie Nathan, Odile Jacob, 1998 La folle et le saint, avec Sudhir Kakar, Seuil, 1999 « Torero d'or », avec François Coupry, Paris, Hachette, 1981, réédition Robert Laffont, 1992, Claude Lévi-Strauss, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2003 La nuit et l’été : rapport sur la culture à la télévision, Seuil/La Documentation française, 2003 Pour Sigmund Freud, Mengès, 2005 Promenade avec les dieux de l'Inde, Panama, 2005 Maison mère, NIL, 2006 Qu’est-ce qu’un peuple premier ?, Panama, coll. « Cyclo », 2006 Mémoire, Stock, 2009 Éloge de la nuit, Albin Michel, 2009 L'appel de la transe, Stock, 2011 Dictionnaire amoureux des dieux et des déesses, Plon, 2014 Aimons-nous les uns les autres, Seuil, notice de l'éditeur sur l'ouvrage Faire l'amour avec Dieu, Albin Michel, 2017 Mémoires du dieu Phallus, TohuBohu éditions, 2019 Le musée des sorcières, Albin Michel, 2020
Contributions à des ouvrages et revues Collectif (participation sous le nom de Catherine Backès), « La séduction du diable » , dans Actes du Colloque du CICL « Entretiens sur l'Homme et le Diable » du au , dirigé par Max Milner, publié sous le titre Entretiens sur l’Homme et le Diable aux Éditions Mouton & Co, 1965Catherine Backès, « La séduction du diable » : Discussion (extraits), avec Maurice de Gandillac, Marina Scriabine, Jean-Louis Backès, Gilbert Lascault, Michel Drucker, Erwin Reisner et Robert Mandrou, dans . Collectif (sous le nom de Catherine Backès), « Psychanalyse et philosophie », in La psychanalyse, Éd. SGPP, coll. « Le Point de la question », 1969 Articles de critique littéraire et philosophique pour Le Matin de Paris Membre du comité de rédaction de la revue littéraire L'Arc, responsable entre autres des numéros consacrés à Hegel, Deleuze, Lacan, Jankélévitch et Derrida Membre du comité de rédaction de La Nouvelle Critique, revue des intellectuels communistes, disparue en Membre du comité de rédaction de la revue Opéra International Responsable de nombreux numéros du Magazine littéraire
Série radiophonique