thumb|300px|Au lendemain de la révolution belge de 1830, les frontières initiales du Royaume, incluaient le grand-duché de Luxembourg et l'actuel Limbourg néerlandais, qui était unifiées jusqu'au traité des XXIV articles, signé le . Cet article traite de ces différentes évolutions territoriales de la Belgique et de leurs racines.
Le royaume de Belgique fut proclamé indépendant du royaume uni des Pays-Bas le à la suite de la révolution belge. Ses frontières initiales furent toutefois modifiées à plusieurs reprises au cours de son histoire.
Contexte et situation
La situation géographique de la Belgique dans l’Europe occidentale est particulière. Elle est entourée par quatre États, dont deux importants, l’Allemagne et la France, sans compter le Royaume-Uni, séparé de la Belgique par la mer du Nord. Cette situation privilégiée du point de vue économique, l’est moins si on considère les vicissitudes que cette position a provoquées durant l’histoire. Les frontières actuelles du pays sont fixées depuis le traité des XXIV articles du , soit presque neuf ans après la révolution belge. Mais, si l’on étudie l’histoire de la Belgique depuis son indépendance, on remarque qu’elles ont varié ou auraient pu varier à plusieurs reprises et pendant des durées fort variables. Dans ce deuxième cas, le mot « variation » aurait d’ailleurs plutôt dû être remplacé par « disparition ».
Origine du tracé des frontières de la Belgique
Période espagnole Le tracé des frontières du territoire qu'occupe actuellement la Belgique a lentement émergé au cours de l'histoire. On peut remonter à 1609, quand l'Espagne conclut une trêve de douze ans avec les Provinces-Unies, reconnaissant donc leur indépendance . Ce sont les territoires compris entre les Provinces-Unies et la France qui deviendront finalement la Belgique. À l'époque cette zone n'est pas unifiée politiquement : l'essentiel des terres constitue certes les Pays-Bas espagnols, mais la principauté de Liège et deux entités mineures, la principauté de Stavelot-Malmedy et le duché de Bouillon, échappent à la domination espagnole. Les liens qui unissent les différents États des Pays-Bas méridionaux sont d'ailleurs très lâches.
Ce territoire va alors être régulièrement diminué au profit de ses voisins :
En 1648, par le traité de Westphalie, la Flandre zélandaise, le Brabant-Septentrional (qui deviendra le Brabant des États) et Maastricht sont cédés par l'Espagne aux Provinces-Unies, dont elle reconnaît par ailleurs l'indépendance.
En 1659, le traité des Pyrénées donne l'Artois (Arras, Hesdin, Saint-Pol-sur-Ternoise), une partie du Hainaut (Avesnes-sur-Helpe, Landrecies, Le Quesnoy), Gravelines, Thérouanne, une partie du duché de Luxembourg (notamment Thionville et Montmédy) et quelques enclaves (Philippeville, Mariembourg) à la France et Dunkerque à l'Angleterre.
En 1668, le traité d'Aix-la-Chapelle donne à la France de nombreux territoires en Flandre (Bergues, Furnes, Courtrai, Tielt, Menin, Lille, Tournai) et en Hainaut (Ath, enclave de Binche), ainsi que l'enclave de Charleroi.
Au traité de Nimègue, la France et l'Espagne pratiqueront un échange de territoires : l'Espagne récupérera Binche, Charleroi, Ath, Tielt et Courtrai, alors que la France, à la suite de la bataille de la Peene à Noordpeene, annexera le reste de la Flandre maritime (Saint-Omer, Cassel, Hazebrouck, Bailleul, Ypres, Roulers), le Cambraisis (Cambrai, Le Cateau-Cambrésis) et des terres en Hainaut (Valenciennes, Maubeuge).
Aux traités de Ryswick (1697) et de Lille (1699), la France recevra encore la partie du Tournaisis qu'elle ne possédait pas encore (la rive droite de l'Escaut) et l'enclave de Givet.
Au traité d'Utrecht (1713), les Pays-Bas, qui passent aux mains des Autrichiens, doivent céder la partie de la Gueldre qu'elle détenait aux Provinces-Unies (Venlo) et à la Prusse. Par ailleurs, elle récupère des terres en Flandre (Furnes, Roulers, Ypres, Menin) et le Tournaisis. Après la conclusion de ce traité, les Autrichiens, les Français et la principauté de Liège pratiqueront diverses modifications de frontières, dont l'effet principal fut de désenclaver le territoire français de Givet.
La convention du 16 mai 1769 met fin à divers prétentions territoriales de la France, et fait disparaitre des enclaves françaises dans les actuelles provinces de Flandre-Occidentale, de Hainaut et de Luxembourg.
Période française
En 1794, au lendemain de la Révolution française, la France envahit les Pays-Bas autrichiens et le Pays de Liège. Le décret du 14 fructidor an IIIIsidore Plaisant, Pasinomie, ou Collection complète des lois, décrets, arrêtés et règlements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique de 1788 à 1832, tome 7, Bruxelles, 1835 () par lequel la Convention nationale française adopte une nouvelle division de l'ensemble territorial formé par les ci-devant Pays-Bas autrichiens, les anciennes principautés de Liège et de Stavelot-Malmédy ainsi que le ci-devant duché de Bouillon en neuf départements français. Le décret du 9 vendémiaire an IV () établit unilatéralement la réunion de cet ensemble territorial à la France. Le traité de Campoformio, en octobre 1797, règlera cette situation en droit.
Période néerlandaise Après la défaite de Napoléon lors de la bataille de Waterloo le , le Premier Empire français cesse d'exister et un nouvel État est créé par le Congrès de Vienne la même année : le royaume uni des Pays-Bas. Celui-ci reprend alors les départements réunis à la France (sauf le département des Forêts) et les anciennes Provinces-Unies (la « Hollande »). Le département des Forêts, pour sa part, amputé de ses territoires situés à l'Est des rivières Moselle, Sûre et Our (Bitburg, Neuerburg, Nittel...), mais augmenté à l'Ouest de quelques lambeaux de territoires anciennement luxembourgeois, sera érigé en État membre de la Confédération germanique (1815-1866) sous la forme d'un grand-duché, le grand-duché de Luxembourg, et confié en toute propriété au roi grand-duc Guillaume des Pays-Bas, d'où un régime d'union personnelle entre les deux États. La Prusse, elle, réussira à obtenir - par le biais de la Confédération germanique - le droit de garnison dans la forteresse - désormais fédérale - de Luxembourg, droit qu'elle exercera dans les faits jusqu'en 1867.
Par rapport aux frontières de l'Ancien Régime, on peut remarquer que le territoire « belge » a été diminué à l'Est au profit de la Prusse : Eupen, Malmedy, Schleiden... Par ailleurs, une enclave française (Barbançon) a été récupérée. Enfin, la province de Limbourg rassemble des territoires qui faisaient auparavant partie des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège, mais aussi du duché de Juliers, de la Prusse et des Provinces-Unies (notamment Maastricht et une partie des territoires perdus en 1713).
Évolution du territoire
Frontières initiales À la suite de la révolution belge de 1830, les huit provinces méridionales du Royaume uni des Pays-Bas proclament leur indépendance sous le nom de « Belgique ». Il s'agit des provinces d'Anvers, de Brabant, de Flandre-Occidentale, de Flandre-Orientale, de Hainaut, de Liège, de Limbourg et de Namur.
Annexion du Grand-duché de Luxembourg
La révolution belge, qui avait commencé lors de l'insurrection d'août 1830 à Bruxelles, se propage rapidement dans le grand-duché de Luxembourg, territoire qui était, à l'époque, une possession personnelle de Guillaume d'Orange-Nassau et formait une union personnelle avec le Royaume uni des Pays-Bas, Guillaume étant à la fois roi des Pays-Bas et grand-duc de Luxembourg. Les luxembourgeois se rallient massivement aux insurgés belges et à la guerre belgo-néerlandaise. A ce titre, le , soit douze jours après l'indépendance, le gouvernement provisoire de Belgique annexe le Grand-duché et en fait la neuvième province du royaume : la province de Luxembourg.
Toutefois, le contrôle n'est pas total : un réduit territorial demeure sous administration du gouverneur du Luxembourg dans un rayon de quatre lieues autour de la puissante forteresse de Luxembourg, où résidait une garnison de l'armée prussienne, eu égard à l'appartenance du Grand-duché à la confédération germanique. Ce rayon sera réduit à deux lieues par la convention militaire belgo-luxembourgeoise de 1831 mais inclura toujours la ville de Luxembourg, capitale de l'état, qui ne sera jamais sous contrôle belge. Cela impliquera notamment le transfert du chef-lieu de la province à Arlon.
Si la scission de la Belgique et des Pays-Bas est reconnue internationalement par la conférence de Londres, il n'en est pas de même pour l'annexion du Luxembourg, dont les puissances précisent qu’elle devra faire l'objet de négociations distinctes avec la confédération germanique et le grand-duc Guillaume. Le traité des XVIII articles du ouvre la possibilité d'un rachat du Luxembourg par la Belgique mais il restera caduque avec la reprise de la guerre lors de la campagne des Dix-Jours.
Perte territoriale de 1839
Malgré la victoire, la décrédibilisation de la Belgique lors de la campagne des Dix-Jours mène à la signature d'un nouveau traité par la conférence de Londres : le traité des XXVII articles du , qui entérine la première perte de territoire belge dans deux régions : Le grand-duché de Luxembourg est scindé en deux sur base de critères linguistiques : le « quartier wallon » demeure belge et devient la province de Luxembourg actuelle, tandis que la partie de langues germaniques est cédée à Guillaume Ier et repasse sous le giron de la maison d'Orange-Nassau, en union personnelle avec les Pays-Bas suivant les contours des actuelles frontières du Luxembourg. Une exception notable se trouve avec le Pays d'Arlon, région de patois luxembourgeois (l'Areler), mais laissée sous contrôle belge de par l'insistance du ministre français Talleyrand, qui ne voulait pas que la route menant de Metz à Liège (empruntant une partie du tronçon de la nationale 4) ne soit sous contrôle de la confédération germanique, dont le Grand-duché était alors un état-membre. Le Limbourg est également scindé le long de la Meuse : la partie occidentale devient le Limbourg belge et la partie orientale redevenant le duché de Limbourg, rendu à la confédération germanique en contrepartie de la perte du « Luxembourg occidental ».
Toutefois, Guillaume s'oppose à la signature de ce traité et à l'idée du morcellement du Royaume uni des Pays-Bas, espérant toujours reconquérir les Pays-Bas méridionaux. Il faut attendre le et la signature du traité des XXIV articles pour que les modifications territoriales soient définitivement entérinées, et le Traité de Maastricht du pour définir avec exactitude la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, ainsi qu'installer les bornes sur la frontière entre la Belgique et le Luxembourg.
Gains de 1919
La Première Guerre mondiale et l'occupation allemande font des ravages dans le royaume, qui est dévasté. La Belgique exige alors des compensations à l'Allemagne, ce qu'elle obtient lors de la signature du Traité de Versailles le : Les trois cantons de l'Est (Eupen, Malmédy et Saint-Vith) passent de l'Empire allemand à la Belgique et sont rattachés à la province de Liège. La ligne de chemin de fer du Vennbahn, située partiellement en Allemagne et créant cinq enclaves allemandes en Belgique.
Menaces des frontières belges Les menaces néerlandaises
thumb|Carte de la Belgique en 1843 avec les frontières d'alors : Maastricht et le Limbourg oriental font partie des Pays-Bas et les cantons de l'Est de la Confédération germanique.