Louis Legendre, né le à Versailles et mort le à Paris , est un homme politique français de la Révolution, proche de Danton de 1789 à 1794. Il est parfois appelé Legendre de Paris afin de le différencier de son collègue à la Convention Legendre de la Nièvre
Fils d'un boucher et lui-même établi comme boucher, il participe dès juillet 1789 aux journées qui marquent le début de la Révolution française (14 juillet, 5 et 6 octobre). En 1790, c'est l'un des fondateurs du Club des cordeliers, avec Danton et Desmoulins. Élu député de Paris à la Convention nationale en septembre 1792, il siège dans les rangs des montagnards et vote la mort de Louis XVI en janvier 1793.
Malgré ses réticences face à la politique menée par Robespierre à partir de la fin de 1793, il échappe à la Terreur, qui s'abat pourtant sur Danton et Desmoulins en mars-avril 1794 et participe activement à la chute de Robespierre le . Membre notable de la Convention thermidorienne, il est encore membre du Conseil des Anciens sous le Directoire.
Biographie Origines familiales et débuts professionnels Louis Legendre est le fils de « Pierre Legendre, marchand boucher, et de Françoise Marche, son épouse »Acte de baptême (voir : Liens externes) et biographie sur la base Sycomore (Liens externes)..
Il est matelot pendant dix ansBase Sycomore., avant de s'établir comme maître boucher à Paris.
Activité politique au début de la Révolution (1789-1791)
1789 : un combattant de la Bastille Son nom est mêlé à toutes les journées de la Révolution, qui débute lorsque les états généraux réunis le 5 mai 1789 au château de Versailles deviennent l'Assemblée nationale constituante le 9 juillet.
Le 11 juillet, le roi renvoie son ministre des Finances, Jacques Necker. Le , Legendre fait partie des « patriotes » qui manifestent en portant les bustes de Necker et du duc Philippe d’Orléans, lui aussi très populaire, malgré sa haute noblesse et sa grande richesse. Le lendemain, Legendre entraîne les habitants de son quartier à l'hôtel des Invalides afin de s'y emparer des armes entreposées, puis figure aux premiers rangs des combattants de la Bastille le 14 juillet.
Il entre ensuite dans les rangs de la garde nationale de Paris, créée à la suite de la prise de la Bastille. Chaque district de Paris doit équiper un bataillon.
Le 5 octobre 1789, il prend part à la marche sur Versailles dans les rangs de la garde nationale, accompagnant les femmes de Paris qui vont réclamer du pain à Louis XVI. Le 6 octobre, le roi et sa famille sont ramenés à Paris (au palais des Tuileries), ainsi que l'Assemblée nationale.
1790 : cofondateur du Club des cordeliers En 1790, il fait partie, aux côtés de Danton et de Desmoulins, des fondateurs du club des Cordeliers. Dès cette époque, il est déjà connu comme un chef populaire et comme l'une des notabilités révolutionnaires du district des Cordeliers.
1791 : la pétition et la fusillade du Champ-de-Mars (17 juillet) En juillet 1791, à la suite de la tentative de fuite du roi (20 juin), rattrapé à Varennes (département de la Meuse) le 21, mais maintenu ensuite sur le trône par l'Assemblée, sa déchéance est demandé par de nombreux révolutionnaires. Legendre signe la pétition du Champ de Mars demandant cette déchéance.
Mais, le 17 juillet, l'Assemblée déclare la loi martiale et envoie plusieurs bataillons de la garde nationale disperser les pétitionnaires, sous les ordres de La Fayette et de Bailly. Il s'ensuit une fusillade puis une vague de répression contre les partisans de la déchéance du roi, qui doivent se cacher (notamment Marat).
Legendre doit lui aussi se cacher, jusqu'à ce qu'une amnistie soit octroyée lorsque la constitution de 1791 prend effet ( octobre 1791), l'Assemblée constituante cédant la place à l'Assemblée législative.
Période de l'Assemblée législative (octobre 1791-août 1792) Legendre est désigné plusieurs fois comme orateur de sa section pour présenter des pétitions à la barre de l'Assemblée législative.
Il est un des meneurs lors de la journée du 20 juin 1792, durant laquelle les sans-culottes envahissent le palais des Tuileries et obligent Louis XVI à porter le bonnet phrygien et à boire en l'honneur de la Nation. Mais il refuse de reprendre les ministres girondins qu'il a renvoyés peu avant, un des motifs de cette manifestation.
Le 10 août 1792, Legendre participe à la journée insurrectionnelle au terme de laquelle, le palais des Tuileries ayant été pris d'assaut, Louis XVI est déchu par l'Assemblée, puis emprisonné.
Député à la Convention nationale (septembre 1792-octobre 1795) vignette|redresse|Gravure de François-Séraphin Delpech, souvent présentée, à tort, celle celui du mathématicien Adrien-Marie Legendre. Période du gouvernement des girondins (septembre 1792-mai 1793) L'Assemblée décide alors de convoquer une nouvelle assemblée constituante. Les élections ont lieu en août et septembre. Legendre est élu député de Paris (neuvième sur vingt-quatre).
La Convention nationale se réunit le 21 septembre et proclame la république le 22.
Dans cette assemblée, Legendre siège sur les bancs des montagnards avec Danton, Desmoulins, Marat, Robespierre et Saint-Just. Ils s'opposent aux girondins (Vergniaud, Brissot, Roland) ; la plupart des députés n'ont pas fait de choix catégorique, mais soutiennent d'abord la Gironde.
À la fin du procès de Louis XVI (novembre 1792-janvier 1793), Legendre vote pour la mort, sans appel au peuple et sans sursis, ainsi qu'une majorité de l'assemblée (c'est une victoire des montagnards). Louis XVI est exécuté le 21 janvier.
Le 22 janvier 1793, Legendre est élu membre du Comité de sûreté généraleArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 57, séance du 22 janvier 1793, p. 617., où il siège jusqu'en septembreArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 73, séance du 11 septembre 1793, p. 704. .
À la fin du mois de janvier, il est envoyé en mission avec son collègue Jean-Lambert Tallien à Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure) pour y constater le suicide de Philippe de Pâris, qui a assassiné du représentant Lepeletier de Saint FargeauRecueil des Actes du Comité de Salut public tome 2, Comité de Défense générale, 30 janvier 1793, p. 28. le 20 janvier.
En février, il est envoyé en mission à Lyon avec Stanislas Joseph François Xavier Rovère et Claude Basire.
De retour à la Convention, il attaque les girondins, particulièrement Jean-Denis Lanjuinais.
En avril 1793, Legendre est absent lors du vote demandé par les girondins concernant la mise en accusation de MaratArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62 séance du 13 avril 1793, p. 74..
En mai, il vote contre le rétablissement de la Commission extraordinaire des DouzeArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793, p. 536..
Durant les journées du 31 mai et du 2 juin, les girondins sont renversés par la Convention sous la menace des canons de la garde nationale de Paris, commandée par François Hanriot. La Convention décrète l'arrestation d'une vingtaine de députés girondins, qui seront presque tous guillotinés par la suite. Le gouvernement passe aux mains des montagnards.
Période du gouvernement des montagnards et de la Terreur (juin 1793-juillet 1794)
Legendre est exclu du club des Cordeliers pour avoir critiqué les mesures terroristes réclamées par Hébert.
Envoyé en mission à Rouen, il agit avec modération contre les royalistes et les fédéralistes.
À son retour au début de 1794, avec Danton et Desmoulins, il attaque les hébertistes et applaudit à leur proscription en mars 1794. Mais Robespierre et le Comité de salut public se retourne ensuite contre les dantonistes, les « Indulgents ».
En avril, Legendre proteste contre leur arrestation et demande que les inculpés soient entendus à la tribune de la Convention. Robespierre combat la motion, mais ne sévit pas contre Legendre. Danton et ses co-accusés sont jugés et condamnés à mort (exécutés le 4 avril 1794).
Rôle dans la chute de Robespierre (27 juillet 1794/9 thermidor An II) Lors de la séance de la Convention du 9 thermidor, un groupe de montagnards qui se sentent menacés par la Terreur (qu'ils ont antérieurement pratiquée contre leurs adversaires), notamment Tallien, lancent une attaque coordonnée contre Robespierre. Celui-ci se trouve un moment dans l'incapacité physique de répondre à ses adversaires.
Legendre aurait alors crié à son adresse : « C'est le sang de Danton qui t'étouffe ! ». Mais peut-être est-ce Garnier de l'Aube qui a prononcé ces paroles.
Robespierre aurait rétorqué : « Ah, c’est Danton que vous voulez venger ? Lâches, pourquoi ne l'avez-vous pas défendu ? ».
Toujours est-il que ce sont les rebelles qui l'emportent. Robespierre et ses proches partisans sont décrétés d'arrestation, puis, ayant refusé de se soumettre, exécutés sans jugement comme hors-la-loi.
Legendre joue ensuite un rôle central dans l'élimination des robespierristes et dans la fermeture du Club des jacobins.
Période du gouvernement des thermidoriens (août 1794-octobre 1795) Legendre est une figure centrale de la Convention thermidorienne.
Il revient au Comité de sûreté générale dès le Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 94, séance du 14 thermidor an II (1er août 1794), p. 26-27. . Il s'oppose dans un premier temps à l'arrestation des anciens membres du Comité compromis avec Robespierre (Jacques-Louis David, Grégoire Jagot et Louis-Charles de Lavicomterie)Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 94, séance du soir du 13 thermidor (31 juillet 1794), p. 23-24. .
En revanche, le 4 octobre 1794, il attaque à la tribune les robespierristes du Comité de salut public (Bertrand Barère, Jacques-Nicolas Billaud-Varenne et Jean-Marie Collot d'Herbois)Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 98, séance du 12 vendémiaire an III (3 octobre 1794), p. 250-258.. Barère (1755-1841), Collot d'Herbois (1749-1796) et Billaud-Varenne (1756-1819) sont jugés et envoyés en déportation en Guyane, où Collot décède rapidement. Barère réussit à s'évader avant l'embarquement et réapparait sous le Directoire.
En 1795, Legendre prend une part active à la répression des insurrections de sans-culottes des 12 germinal ( avril) et an (20 mai).
Par la suite, il se rend compte que les royalistes commencent à reprendre de l'influence.
Sous le Directoire (octobre 1795-1797)
Après la ratification de la constitution de l'an , qui instaure le régime du Directoire, il entre au conseil des Anciens, où il ne joue qu'un rôle effacé mais y reste jusqu'à sa mort.
Mort et funérailles
Par son testament, il lègue son corps à l'école de chirurgie, « afin d'être encore utile aux hommes après [s]a mort ».
Legendre dans la culture populaire
Dans le film La Révolution française de Robert Enrico et Richard T. Heffron, le rôle de Legendre est interprété par Jean-François Stévenin. Il y apparait notamment dans l'épisode de la journée du 20 juin 1792.
Notes et références
Médiagraphie Bibliographie Grand Dictionnaire Larousse du
Sitographie Acte de baptême de Louis Legendre, en ligne sur AD 78 Archives numérisées (Versailles, Baptêmes et naissances, 1752 / 1752-1752, vue 43/98, page 35) « Louis Legendre, le boucher sans-culottes » sur le site de la Société historique du VI° arrondissement « Dans le sillage de Danton Louis Legendre » sur le site des Amis de Robespierre « Legendre » sur le site 9 Thermidor
Liens externes
Catégorie:Député de la Seine Catégorie:Président de la Convention nationale Catégorie:Député de la Convention nationale Catégorie:Membre du Club des cordeliers Catégorie:Conventionnel régicide Catégorie:Membre du Conseil des Anciens Catégorie:Naissance en mai 1752 Catégorie:Naissance à Versailles Catégorie:Décès en décembre 1797 Catégorie:Décès dans l'ancien 10e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 45 ans