La Fédération républicaine (1903-1948) est un grand parti de la droite républicaine libérale et conservatrice sous la République. L'autre grand parti de la droite libérale, plus laïque et centriste, était l'Alliance démocratique.

Histoire La Fédération républicaine, parti républicain La Fédération républicaine s'est créée en pour regrouper l'aile droite des républicains « modérés », aussi appelés « progressistes », qui refusaient le ministère de Bloc des gauches de Pierre Waldeck-Rousseau et l'alliance avec le parti radical-socialiste. Ces républicains conservateurs, issus de l'Association nationale républicaine, de l'Union libérale républicaine, de l'Alliance des républicains progressistes et des groupes parlementaires progressistesAuguste Avril, « Les Progressistes », Le Figaro, 19 novembre 1903, p. 3., sont les héritiers idéologiques de Jules Méline, Alexandre Ribot, Jean Casimir-Perier ou Charles Dupuy. C'est un parti de la bourgeoisie républicaine, notamment liée aux milieux d'affaires, très opposé aux réformes sociales et partisan d'une certaine décentralisation (on peut voir en elle un descendant des républicains girondins de la Révolution française).

Ce parti est favorable dès sa création au droit de vote des femmesMichel Winock, La Droite, hier et aujourd'hui, Perrin, 2012, 93..

Tout comme l'Alliance démocratique, la Fédération républicaine est un parti de notables et d'élus, reposant sur des comités électoraux locaux et comprenant à son sommet un ou plusieurs groupes parlementaires (lire plus bas). Elle n'aura jamais beaucoup de militants ( en 1926, en 1939).

Lors des élections législatives de 1919, la Fédération républicaine participe aux listes du Bloc national. Elle intègre l'Alliance libérale populaire, qui regroupait les catholiques jadis ralliés à la république. Anciens progressistes et anciens ralliés vont se retrouver à la Chambre des députés au sein du groupe de l'Entente républicaine démocratique (« groupe Arago »)Gilles Le Béguec (2003), Naissance et développement des groupes parlementaires sous la République (pdf, http://www.parlements.org).

L'orientation à droite (années 1920-1930) Dans l'entre-deux-guerres, la Fédération républicaine adopte une position de plus en plus à droite, quittant son image de républicains modérés pour adopter, sous l'influence des ligues et des nationalistes ainsi que par une modification de ses élites dirigeantes, celle de républicains de plus en plus « nationaux ».

En , le président du parti Auguste Isaac, lance au congrès du parti une redéfinition de sa doctrine et de sa structure. Il démissionne cependant et c'est Louis Marin qui le remplace. Celui-ci cherche à transformer le parti pour qu'il soit fédérateur en réconciliant modérés et catholiques. Il cherche à concurrencer l'Action française et le Parti démocrate populaire en renouvelant le programme religieux. L'objectif est de faire évoluer les lois de 1901 et 1905 pour mettre à égalité tous les types d'associations, professionnelles, sportives, culturelles ou cultuelles, ainsi que d'augmenter le financement de l'enseignement libre selon le nombre d'élèves inscrits. Enfin, le retour des congrégations dans l'enseignement est aussi une priorité pour le parti. La ligne nationale est conservée, notamment via l'influence de Louis Marin permettant d'attirer des nationalistes de la Ligue des patriotes. De nombreux transfuges sont accueillis comme Camille Blaisot (de la Ligue des patriotes), Édouard Soulier (du PRDS), Joseph Denais (de l'ALP, Pierre Taittinger ou Henri Becquart (des milieux plébiscitaires).

Si l'intégration des catholiques ralliés à la République de l'Action libérale populaire renforce la doctrine du catholicisme social au sein de la Fédération républicaine, elle signifie aussi un changement radical de l'équilibre au sein du parti.

Sous l'impulsion de Marin, la Fédération républicaine tend à se conformer au modèle du parti que les gauches ont mis en place au début du vingtième siècle. Le parti devient plus hiérarchisé (création de section de jeunesse, sections départementales etc.), les militants ayant davantage de poids face aux élus. Louis Marin favorise la création de nouvelles fédérations départementales en fait passer le nombre en 52 mais seule une trentaine sont actives. François de Wendel est le principal soutien financier du parti. Cependant, la droitisation de la Fédération ne permet pas d'alliance solide avec l'Alliance démocratique. Début 1926, le groupe parlementaire suscite des remous et en mars, la ligne de Louis Marin sur le Traité de Locarno n'est pas suivi par plus d'un quart des députés. En mai, Louis Marin est officiellement contesté dans le parti pour sa vision doctrinaire et de discipline parlementaire. Il tient cependant bien le parti sans tenir les élus.

Aux législatives de 1928, la Fédération républicaine fait un de ses meilleurs scores électoraux, obtenant plus d'une centaine de députés, regroupés à la Chambre sous le nom d'Union républicaine et démocratique. Toutefois, une trentaine de députés, dont de nombreux anciens de la Fédération, quittent celle-ci pour créer l'Action démocratique et sociale (ADS), un groupe de centre-droit plus ou moins satellite de l'Alliance démocratique.

La Fédération est nettement affaiblie après les législatives de 1932 qui voient la victoire du second Cartel des gauches, passant d'une centaine de députés à un peu plus de 40, 18 députés ayant fait scission pour rejoindre le groupe parlementaire Républicain et social de Georges Pernot.

Si quelques membres de la Fédération républicaine, dont Louis Marin en personne, participent aux gouvernements Doumergue, Flandin et Laval de 1934-1935Gouvernement Doumergue II (9 février – 8 novembre 1934), puis Gouvernement Flandin I, puis Gouvernement Bouisson ( au 4 juin 1935), la majorité de la Fédération s'oppose à ce ralliement décidé par les dirigeants du parti et qui s'inscrit dans la doctrine de la « conjonction des centres » que défend l'AD. Après l'expérience du Bloc national et du Cartel des gauches en 1924, de nombreuses voix prônent l'unité des droites, position majoritaire à partir des émeutes du 6 février 1934. Dès lors, le parti se rapproche des ligues d'extrême-droite malgré l'attachement et la fidélité de la Fédération républicaine au parlementarisme.

La Fédération après 1936

En définitive, l'aile droite du parti l'emporte dans les années 1930 sur son aile gauche composé de notables proches de l'idéologie modérantiste qu'incarne l'Alliance démocratique, expliquant le départ dès les années 1920 de nombreuses figures de la Fédération d'avant la Première Guerre mondiale, tels Laurent Bonnevay.

La Fédération républicaine a alors une soixantaine de députés, soit environ 10 % de la Chambre, si on y inclut les apparentés au groupe. On y trouve essentiellement des conservateurs pragmatiques de droite, relativement modérés.

Cependant, elle devient également un lien de rencontre entre droite parlementaire et droites nationalistes et antirépublicaines par les liens de nombre de ses dirigeants avec l'Action française, les ligues nationalistes, ce qu'incarnent des hommes tels que Philippe Henriot (président de l'UPR de la Gironde, parti catholique affilié à la Fédération) ou Xavier Vallat, mais aussi Louis Marin, servant d'intermédiaires entre les cadres de la Fédération et la « nébuleuse fascistoïde » (selon l'expression de l'historien Philippe Burrin).

Un de ses vice-présidents, Xavier Vallat, se fait alors connaître pour ses positions antisémites lors de sa fameuse attaque à la Chambre visant Léon Blum, lors de son intronisation en tant que président du Conseil et du « choix de notre République bonne fille de mettre un juif à la tête du gouvernement ». Il est alors soutenu par deux autres parlementaires inscrits dans un autre parti, celui des Indépendants d'union républicaine et nationale, à savoir Joseph Massé et Louis Biétrix, ce dernier étant également proche du Rassemblement antijuif de Darquier de Pellepoix, etc.)Laurent Joly (2007), « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la République », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 3/2007 (n° 54-3), p. 63-90.. Ce courant relativement en vogue à cette époque à la suite des affaires Staviski, de l'instabilité politique et du marasme économique d'alors, .

Une allure plus nationaliste de la Fédération républicaine apparaît dans la constitution en 1937 d'un Front de la liberté d'inspiration mussolinienne avec le Parti populaire français de Jacques Doriot et les petits Parti républicain national et social et Parti agraire et paysan français (Fleurant Agricola). Si le Front de la liberté fut théorisé par les instances du parti et par Louis Marin comme un moyen de lutter contre l'influence du Parti social français, cette union correspond de fait à l'idéologie de la classe dirigeante en province (tel Victor Perret dans le Rhône) et des militants prônant prioritairement l'union des droites, y compris nationalistes, contre la gauche et, dans une moindre mesure, contre les petites formations néo-centristes Alliance démocratique et Parti démocrate populaire.

La Fédération républicaine après 1940 Lors du vote des pleins pouvoirs à Pétain en , 35 députés de la Fédération républicaine votent « oui », un seul s'abstient et deux sont sur le Massilia. Aucun ne vote contre.

Au cours du régime de Vichy, sur les 94 parlementaires de la Fédération, 7 furent véritablement collaborateurs. Cependant, parmi les cadres et les adhérents la compromission était beaucoup plus grande, notamment dans la Légion française des combattants en raison du vieux fond patriotique et de l'imprégnation conservatrice des années 1930 (catholicisme traditionnel, priorité à l'anticommunisme, nationalisme conservateur) qui en prépare plus d'un à accepter la première période de la Révolution nationale de Vichy, comme Xavier Vallat, ainsi que la collaboration, comme Philippe Henriot ou Marcel Boucher.

La Fédération républicaine était l'un des six partis politiques membres du Conseil national de la Résistance, représentée par Jacques Debû-Bridel.

Bridel et Louis Marin tentent en vain de ressusciter la Fédération à la Libération. Il n'y a pas de scission officielle mais il existe deux lignes importantes qui divisent et déstabilisent le parti. L'une est officielle, et provient de Marin avec le soutien du secrétaire général et de la fédération de la Seine. La seconde ligne était celle de Joseph Denais, réactionnaire, refusant l'union nationale avec les communistes et modérant les épurations. Le , une réunion générale de la Fédération se réunit avec l'élection d'un nouveau bureau. Il est composé de 17 membres dont 12 vice-présidents et seulement deux nouveaux membres, Pierre Vernes et Pierre Lebon. Cependant, il n'y est présent que 19 personnes. Le Comité exécutif ne se réunit jamais et une réunion des Jeunesses de la Fédération n'attire que 12 personnes sur 190 convoquées. Le bulletin du parti reparait début 1945, les sièges sociaux à Paris sont réoccupés et les différentes fédérations départementales sont appelées à se refonder. Cependant, après les municipales de 1945, les résultats sont mauvais avec seulement 16 % des mairies sous le giron de la Fédération, contre 26 % en 1935. Dans l'année 1945, un certain nombre de fédération départementales étaient désaffectées, d'autres étaient dans une guerre intestine. De plus, les moyens financiers vinrent à manquer en raison du refus de dons par les responsables patronaux.

À l'été 1945, face aux complexités à venir pour les élections d'octobre, le « Comité d'entente républicaine pour la liberté et le progrès social » fut créé pour regrouper la Fédération républicaine dissidente pro-Denais, l'Union patriotique républicaine de Charles Vallin, le Parti de la rénovation républicaine d'André Mutter, des mouvements « Français libres » et le Parti radical indépendant. Cette alliance fut cependant très inégale selon les départements.