L'Empire Plantagenêt (pour les Anglais Empire angevin) est l'ensemble d'États s'étendant des confins anglo-écossais aux Pyrénées et de l'Irlande au Limousin, et réunis au milieu du par Henri II Plantagenêt.

La formation de l'Empire Plantagenêt plonge ses origines au avec l'émergence du comté d'Anjou, qui, avec le comte Foulques Nerra jusqu'à Foulques V, réussit à asseoir sa domination sur les provinces environnantes du Maine et de la Touraine. Geoffroy Plantagenêt, fils de Foulques V, y ajoute la Normandie. Son propre fils, Henri II Plantagenêt, par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, étend son influence sur l'Aquitaine. À terme, il parvient à conquérir l'Angleterre et y est sacré roi en 1154.

L'influence et la puissance des Plantagenêts inquiète la dynastie capétienne française qui ouvre une période de conflits s'étalant sur une centaine d'années. Avec l'avènement de Jean sans Terre à la suite de la mort de Richard Cœur de Lion en 1199, tous deux fils et successeurs d'Henri II, Philippe Auguste se lance à la conquête de la partie continentale des territoires Plantagenêt en 1204 (dont seul subsiste le duché d'Aquitaine), mettant un terme à leur domination dans l'ouest de la France.

Origine du terme « Empire » thumb|left|300px|Le château d'Angers et ses murailles, siège de la dynastie. Le château actuel a été réaménagé après l'Empire Plantagenêt.

Le terme d'« Empire », pour évoquer les territoires sous contrôle d'Henri II et de ses descendants, est utilisé au moins une fois dès le , dans Dialogus de Scaccario de Richard fitz Nigel, paru vers 1179Per longa terrarum spatia triumphali victoria suum dilataverit imperium. Traduction française : « Par ses victoires, le roi élargit son empire au loin »..

Cependant, l'absence d'unité politique, administrative et financière, ainsi que l'existence éphémère de l'Empire (entre 1154 et 1204, date de la perte de la Normandie), ont fait naître des réticences chez les historiens quant à l'utilisation de cette expression. L’« Empire Plantagenêt » est en réalité un assemblage de plusieurs États : un royaume (l'Angleterre), deux duchés (l'Aquitaine et la Normandie) et plusieurs comtés. Son unité vient du fait qu'une même personne se trouve à leur tête, en l'occurrence Henri II. À l'évidence, l'« Empire Plantagenêt » est un conglomérat de principautés territoriales assez disparate puisqu'il est composé d'une partie souveraine (l'Angleterre) et d'une partie continentale comprise dans le royaume de France. Si à Londres Henri II Plantagenêt est l'égal du roi de France, à Angers, Bordeaux ou Rouen il en est le vassalMartin Aurell, « L'Empire Plantagenêt, c'est un homme », L'Histoire, coll. 59, avril-juin 2013, https://www.lhistoire.fr/lempire-plantagen%C3%AAt-cest-un-homme.

En 1984, Robert-Henri Bautier parle d'« espace Plantagenêt », en substitution d'« Empire ». Même s'il emploie l'expression, l'historien médiéviste Jean Favier trouve plus exact de parler de « complexe féodal » que d'empire. Nathalie Fryde parle elle-même d'anachronismeNathalie Fryde, Why Magna Carta? Angevin England Revisited, p.113. D'autres expressions sont employées, telles que « État » ou « fédération ». Cependant, en France, le terme d'« Empire Plantagenêt » reste le plus couramment utilisé dans les publications des historiens modernes pour nommer ce vaste espace, même si, comme le précise Martin Aurell, c'est . En Angleterre, on parle d'« Empire angevin » (Angevin Empire), terme utilisé pour la première fois par Kate Norgate dans sa publication de 1887, England under the Angevin KingsNorgate, Kate, England Under the Angevin Kings et faisant référence à l'origine de la dynastie Plantagenêt. Outre-Manche, certains vont même jusqu'à utiliser le terme de CommonwealthAurell, , p. 11.

Géographie L'Empire Plantagenêt est constitué du royaume d'Angleterre et du sud du Pays de Galles, de la seigneurie d'Irlande, du duché de Normandie ainsi que du duché d'Aquitaine (le duché d'Aquitaine, élargi du comté de Poitiers, du duché de Gascogne, du comté de Périgord, du comté de la Marche, du comté d'Auvergne et de la vicomté de Limoges), et du comté d'Anjou (élargi du comté du Maine et du comté de Tours). Autour de 1170 le duché de Bretagne est rattaché à ce conglomérat par le mariage de , fils d', avec l'héritière du duché. Son influence s'étend dans le royaume d'Écosse et le comté de Toulouse, bien que ces territoires ne fassent pas partie de l'empire.

Les frontières sont parfois bien connues, comme celle séparant la Normandie du domaine royal. D'autres, en revanche, sont plus floues, spécialement à la frontière est de l'Aquitaine, avec une divergence entre les frontières revendiquées par Henri II Plantagenêt et l'influence réelle de son pouvoir.

Organisation du territoire Une des caractéristiques les plus importantes de l'empire Plantagenêt est sa nature polycratique, un terme utilisé par Jean de Salisbury dans son pamphlet politique Policraticus.

Administration L'Angleterre était une des régions les mieux administrées. Le royaume était divisé en shires, avec un shérif pour faire respecter le common law. Un Justiciar, administrateur général, était désigné par le roi quand celui-ci se trouvait hors du royaume. L'absence prolongée des rois d'Angleterre, plus souvent en France, favorisa curieusement l'administration anglaise. Sous le règne de Guillaume le Conquérant, les nobles anglo-saxons furent évincés au profit des nobles normands, qui ne purent posséder de grandes portions de terres de façon contiguë, ce qui ne leur permettait pas de s'élever contre le Roi, tout en défendant leurs terres en même temps. Ce faisant, bien que les Earls possédassent un statut similaire à celui des comtes continentaux, aucun d'eux n'était assez puissant pour défier le roi.

L'Irlande était dirigée par le seigneur d'Irlande, titre créé par Henri II en même temps que la seigneurie d'Irlande lors de sa conquête de l'île en 1171. Il eut du mal à imposer son autorité. Dublin et Leinster étaient les deux places fortes principales des Plantagenêts, tandis que le comté de Cork, de Limerick et d'Ulster étaient aux mains des nobles anglo-normandsSeán Duffy, Medieval Ireland, p. 58-58.. L'Écosse était un royaume indépendant, mais après la désastreuse campagne militaire de Guillaume contre Henri II, des garnisons anglaises furent établies dans les châteaux d'Édimbourg, de Roxburgh, de Jedburgh et de Berwick en Écosse du sud, comme défini dans le Traité de Falaise. Le Pays de Galles fut en bons termes avec les Plantagenêts, auxquels le royaume paya un hommage et les reconnut comme seigneurs. Cependant, le Pays de Galles continua à se diriger par lui-même, fournissant aux Plantagenêts coutiliers et archers, utilisés bien plus tard avec grand succès, principalement contre les troupes françaises durant la Guerre de Cent-ans.

La Normandie était probablement une des régions les mieux administrées de l'empire Plantagenêt. Les prévôts et vicomtes avaient perdu leur influence à l'avantage des baillis qui possédaient le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. Ils ont été mis en place au en Normandie, et organisaient le duché sur le modèle des sheriffs anglais. L'autorité ducale y était forte.

Dans le Grand AnjouLe Grand Anjou est un terme utilisé pour désigner le comté d'Anjou, agrandi du comté de Touraine et du comté du Maine, deux charges se partageaient l'administration : les prévôts et les sénéchaux. Ces derniers étaient basés à Tours, Chinon, Baugé, Beaufort, Brissac, Angers, Saumur, Loudun, Loches, Langeais et Montbazon. Les autres seigneuries étaient administrées par d'autres familles que les Plantagenêts. Le Maine fut, dans un premier temps, largement dépourvu d'administration centrale. Les Plantagenêts y installèrent de nouveaux administrateurs, comme le sénéchal du Mans. Cependant, ces réformes vinrent trop tard, et les Capétiens furent les seuls à en bénéficier, après avoir annexé le Grand Anjou.

Le duché de Gascogne était un territoire pauvrement administré, où les administrateurs résidaient seulement à Entre-deux-mers, Bayonne, Dax, ainsi que le long des chemins de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle et de la Garonne jusqu'à Agen. Le reste du territoire était dépourvu d'administrateurs, et représentait une vaste part du duché en comparaison des autres provinces. Il était difficile pour les Plantagenêts, comme il le fut pour les comtes du Poitou, d'asseoir leur autorité sur le duché. Cette partie de la Gascogne était relativement peu attractive à cause du paysage (zones humides et désertiques, marécages) et de la difficulté d'y installer un pouvoir fort. Dans l'ouest du Poitou et de l'Aquitaine, on pouvait trouver de nombreux châteaux dans lesquels résidaient les représentants officiels, alors que dans l'est de ces provinces, ils étaient totalement absents. Les seigneurs locaux dirigeaient ces régions comme s'ils se trouvaient souverains, et possédaient des pouvoirs forts, tel que celui de frapper monnaie. Richard Cœur de Lion y trouva d'ailleurs la mort en combattant un seigneur local dans le Limousin. Certains seigneurs locaux pouvaient être de puissants rivaux, tel que la maison de Lusignan, dans le Poitou. Le comte de Toulouse était lié par un lien de vassalité, qu'il honorait rarement. Seul le Quercy était directement administré par les Plantagenêts, et resta une terre contestée.

Enfin, la Bretagne, une région où les nobles sont traditionnellement fortement indépendants, était sous contrôle des Plantagenêts (régent puis ducs) de 1166 à 1203. Nantes était indiscutablement sous domination angevine alors que les Plantagenêts s'immisçaient souvent dans les affaires bretonnes, installant des évêques et imposant leur autorité dans la région.

Revenu L'économie de l'empire Plantagenêt se trouve être complexe du fait de la diversité des territoires qui le compose. Des régions comme l'Angleterre, avec un pouvoir centralisé, génèrent plus de revenus que des régions comme le Limousin, mal contrôlé, où les seigneurs locaux frappaient leur propre monnaie. Seules l'Angleterre et la Normandie avaient des revenus consistants. Il est communément admis que l'argent levé en Angleterre a été largement utilisé pour résoudre les problèmes des territoires continentaux.

Les revenus de l'Angleterre ont pu varier d'année en année. Au couronnement d'Henri II, les revenus anglais arrivaient tout juste à par an, la moitié du revenu anglais sous Henri d'Angleterre. Ceci était dû en grande partie à la guerre civile anglaise et au règne d'Étienne d'Angleterre. Avec le temps, Henri II établit son autorité, et les revenus augmentent jusqu'à atteindre par an. Lors de la préparation de la troisième croisade, les revenus augmentent jusqu'à par an, mais retombèrent à pendant l'absence de Richard Cœur de Lion. Enfin, sous Jean sans Terre, le revenu reste stable à par an. Afin de financer la reconquête de la France, il enregistre un revenu de , sans tenir compte de toutes les sources financières, comme la taxation des juifs, qui aurait pu l'augmenter jusqu'à pour l'année 1211.

En Irlande, le revenu était bas, tout juste en 1212. Cependant, les données sont manquantes pour une bonne partie de la période.

La Normandie fut sujette à des fluctuations financières en raison de la politique du duché. En 1180, les revenus normands atteignent seulement , puis augmentent jusqu'à en 1198, plus que l'AngleterreCrises, Revolutions and Self-sustained Growth: Essays in European Fiscal History 1130 - 1830, Section: The Norman fiscal revolution, 1193-98, V. Moss, éditions Stamford.. Le fait est d'autant plus impressionnant que la population normande était considérablement plus réduite que la population anglaise, environ 1,5 million contre 3,5 millions d'anglais"King John, new interpretations", Section: "The English economy in the early thirteenth century", J.L. Bolton, éditions S.D. Church..