vignette|Colline de Visočica en Bosnie-Herzégovine.
La théorie des pyramides de Bosnie, bosniennes ou bosniaques (en bosnien ), est une théorie pseudoarchéologique et pseudoscientifique élaborée par l'entrepreneur américano-bosnien Semir Osmanagić qui affirme qu'un groupe de collines de Bosnie-Herzégovine autour de la ville de Visoko, au nord-ouest de Sarajevo, sont des pyramides construites par l'Homme. Ces collines sont toutefois unanimement reconnues comme étant un ensemble de chevrons par les géologues et les archéologues qui se sont intéressés au site.
L'une de ces « pyramides », la colline de Visočica, haute de et proche de l'ancien centre de la capitale médiévale bosnienne Visoko, a fait l'objet en , sous l'appellation de « pyramide du soleil » que lui a donnée son inventeur, d'une campagne médiatique la présentant comme la plus ancienne des pyramides édifiées de main d'homme. À partir de la constatation que la colline, vue sous certains angles, a une forme symétrique pyramidale, Semir Osmanagić a formulé la théorie à prétention archéologique que cette forme serait d'origine humaine. Cette théorie n'a reçu aucune reconnaissance de la part de la communauté archéologique internationale et a été dénoncée par une pétition d'archéologues comme étant une « imposture » et un « gaspillage de ressources Déclaration de l'European Association of Archaeologists du 11 décembre 2006. ». En dépit du désaveu de ce qu'il appelle « la science officielle », Semir Osmanagić poursuit son projet. Les fouilles continuent à être financées par les autorités et les pyramides sont présentées aux enfants des écoles de Bosnie comme faisant partie de leur patrimoine.
Théorie de Semir Osmanagić vignette|Semir Osmanagić en 2013.
Semir Osmanagić avance la théorie suivante : bien que la plus grande partie de l'Europe fût, il y a , couverte d'épaisses couches de glace, le bord méridional-européen, de l'Espagne à la Turquie, en passant par l'Italie, la Croatie et la Bosnie, était favorable au développement de civilisations. Le développement des civilisations du Pacifique, de l’Atlantique et des pays du Moyen-Orient, a laissé de fortes traces sur l’architecture et la vie spirituelle des civilisations du sud de l’Europe. La présence multimillénaire de la civilisation des Illyriens sur ces espaces a laissé derrière elle ces pyramides comme témoignage. Les couches glaciaires qui ont fondu à cette période, ont provoqué l’augmentation du niveau de la mer de plusieurs centaines de mètres. Les traces de ces civilisations auraient été ainsi recouvertes par la mer. Puis, avec le temps, le niveau de la mer a reculé laissant place au développement de la vie végétale sur les ruines de ces civilisations.
Les auteurs ont successivement publié plusieurs datations. Ainsi, en 2005, au moment de la découverte du site, Osmanagić déclarait que ces pyramides avaient été construites en Puis il a précisé, quelque temps plus tard, que la datation de ce site n’était pas encore certaine et que les pyramides avaient peut-être été construites entre 12000 et Article de Vesna Peric Zimonjic pour The Independent., pour ensuite, après les découvertes faites en 2006, déclarer que ces pyramides étaient peut-être les plus anciennes découvertes à ce jour.
Cette incertitude quant à la datation exacte de cette hypothétique pyramide, ainsi que ses théories discutables concernant l'existence de la cité d'Atlantide The World of the Maya., ont valu à Osmanagić de fortes critiques de la part d'experts internationaux.
Fouilles de la « Fondation du parc archéologique de la pyramide bosnienne du Soleil » Semir Osmanagić a créé la « Fondation du parc archéologique de la pyramide bosnienne du Soleil », laquelle est chargée des fouilles depuis l'année 2005. La fondation se présente comme composée d’une équipe internationale d’archéologues, d'historiens, d’anthropologues et d'égyptologues venus d’Australie, d’Autriche, de Bosnie-Herzégovine, d’Écosse, de Slovénie, d’Égypte et des États-UnisLa fondation a mis en avant le nom de l'archéologue australien Royce Richards, nom qui a été ensuite repris dans les médias, ainsi dans le Australian in Bosnia pyramid riddle, Sydney Morning Herald, 20 janvier 2006. Royce Richards a par la suite déclaré que son nom avait été utilisé à tort. Bosnian "Pyramids" Update, Archaeology Magazine Online, 14 juin 2006.
Les fouilles ont commencé en , et pour le moment, aucune échéance n'a été annoncée. Elles ont porté tout d'abord sur la plus haute des trois collines, celle de Visočica présentée comme « la pyramide bosnienne du Soleil ». Puis les travaux se sont élargis aux deux collines voisines nommées « la Pyramide bosnienne de la Lune » (Plješevica) et « la Pyramide bosnienne du Dragon » (Buci), repérées par le satellite de la NASA (satellite haute résolution, NASA Landsat-7) et par photographie aérienne (le rapport fait mention de deux autres pyramides, dont l’une nommée « pyramide de la Terre » (Krstac), l'autre étant baptisée « pyramide de l'Amour » (Čemerac). La dénomination des deux premières collines trouverait sa source, selon Osmanagić, dans leur ressemblance avec les pyramides mexicaines du Soleil et de la Lune. Un rapport émis par la fondation énumère ses conclusions sur sa recherche piramidasunca.ba.. Ce rapport n’a obtenu aucune validation de la communauté scientifique internationale.
Position de la communauté scientifique vignette|La « Pyramide de la Lune ».
Les déclarations de la fondation ont été contestées par des experts qui l’ont accusée de promouvoir des notions pseudo-scientifiques et d’endommager des sites archéologiques médiévaux par ses fouilles.
Ainsi, Garrett Fagan, professeur à l'Université d'État de Pennsylvanie, a déclaré : Dans une lettre ouverte dans le journal The Times le , le professeur Anthony Harding, président de l’European Association of Archaeologists, a qualifié les théories d’Osmanagić de « farfelues et absurdes » et exprimé son inquiétude qu’aucune sauvegarde suffisante ne soit mise en place pour protéger le « riche patrimoine » bosnien de « pillages et d'une exploitation incontrôlée ou sauvage » Anthony Harding, Bosnia's rich heritage, Times Online, 25 avril 2006 (reproduit sur le site de The Bosnian Institute) : .
Le professeur Hermann Parzinger (président de l’Institut archéologique allemand de Berlin), le professeur Willem Willems (inspecteur général du Rijksinspectie Archeologie (RIA) de La Haye), Jean-Paul Demoule (président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) de Paris), le professeur Romuald Schild (directeur de l’Institut d'archéologie et ethnologie de l’Académie polonaise des sciences de Varsovie), le professeur Vassil Nikolov (directeur de l’Institut d'archéologie de l’Académie bulgare des sciences de Sofia), le professeur Anthony Harding (président de l’Association européenne des archéologues à Prague) et Mike Heyworth (directeur du Conseil pour l'archéologie britannique de York) ont lancé en une pétition internationale pour dénoncer l'« imposture » et le « gaspillage de ressources » que constituent les recherches de la fondationTexte de la pétition : source : e-a-a.org. Enver Imamovic de l’université de Sarajevo, ancien directeur du Musée national de Sarajevo, inquiet que les fouilles endommagent des sites historiques comme la capitale royale médiévale de Visoki, a déclaré que les fouilles Lucian Harris, Amateur to dig on site of medieval capital in search of Bosnia's own Valley of the Kings, The Art Newspaper, 15 avril 2006.
Les détracteurs de la fondation mettent aussi en avant le manque de compétence de certaines personnes ayant soutenu ces théories. Ainsi le directeur du musée de Visoko, Senad Hodovic, qui au début avait appuyé la fondation, était professeur de marxisme dans la république yougoslave et n'avait donc pas de compétence reconnue en archéologie ou en géologie (il s'est depuis éloigné du projet)Senad Hodović. Ces critiques indiquent également que Harry Oldfield a une formation initiale en médecine traditionnelle indienne, c’est aussi le cas du médium allemand Karin Tag.
Pour Curtis Runnels, expert en préhistoire de la Grèce et des Balkans à l'université de Boston,
Selon une source ancienne, le , des membres d’une équipe universitaire, avec à leur tête le professeur Vrabac, ont effectué des fouilles sur Visoko et ont donné une conférence de presse à Tuzla afin d'en présenter les résultats. Les universitaires de la Faculté des mines, de géologie et de génie civil the Faculty of Mining and Geology. de l’université de Tuzla University of Tuzla., dirigés par le professeur Sejfudin VrabacProfesseur Sejfudin Vrabac, ont conclu que la colline est une formation géologique naturelle, composée de couches de sédiments clastiques de densités variées, et que sa forme est la conséquence de processus endodynamiques et exodynamiques au cours de l’ère post-Miocène. Selon le professeur Vrabac, spécialiste en paléogéologie, il existe des douzaines de formations de morphologie semblable dans le seul bassin minier de Sarajevo-Zenica. Le rapport de l’équipe géologique sur Visoko, basé sur les données de six carottages de 3 à de profondeur, est appuyé par le Conseil de recherche et d’enseignement de la Faculté des mines, de géologie et de génie civil, ainsi que par l’Association des géologues de Bosnie-Herzégovine.
Pour Stjepan Coric, géologue à l'université de Vienne, invité par Osmanagic à examiner le site, celui-ci s'explique par des formations naturelles. Les blocs de rocher ont été formés au fond d'un lac il y a 7 millions d'années, ce sont des brèches soulevées par des forces tectoniques qui leur ont donné leur forme géométrique. Les tunnels appartiennent sans doute à une ancienne mine, sans que l'on puisse préciser leur âgeCité par J. Bohannon dans Science, traduit pour Le Figaro..
Après s'être rendu sur le site et l'avoir examiné, Robert M. Schoch, de l’université de Boston, a conclu qu'il s'agissait d'une formation uniquement géologique de blocs de grès rompus par les forces tectoniques. Chaque trait mis en avant par Osmanagic comme étant d'origine humaine peut, selon Schoch, recevoir une explication géologique parfaitement raisonnable. Pour Schoch, qui a par ailleurs écrit deux ouvrages sur les constructeurs de pyramides, il n’y a aucune pyramide à Visoko, mais en revanche il y a une richesse géologique« I believe that the real treasure of Visoko may be a huge fossil biota just waiting to be uncovered, not some imaginary pyramids ». et d’importants sites archéologiques pour les époques médiévales et néolithiques. L’inscription trouvée par l’équipe d’Osmanagic dans les tunnels n’est pour lui qu’un canular récent R. M. Schoch, « The Bosnian Pyramid Phenomenon », in The New Archaeology Review, volume 1, issue 8, pages 16-17, September 2006 : .
Le , un collectif de chercheurs géologues, historiens et archéologues de Bosnie, d'Europe et d'Amérique a envoyé une lettre ouverte à M. Schwarz-Schilling, représentant de l'Union Européenne en Bosnie. Ils y dénoncent l'amateurisme des fouilles pratiquées à Visoko et les interprétations de la fondation texte de la lettre ouverte à M. Schwarz-Schilling, représentant de l'Union Européenne en Bosnie..
La fondation, ni aucun des experts dont elle se recommande, n'ont jusqu'à présent publié de résultats dans un colloque scientifique ou dans une revue scientifique.
Images du site Ces images sont celles de formations géologiques naturelles (grès et autres roches sédimentaires)Géologie des "pyramides" de Bosnie, Le site d'Irna, 25 novembre 2006.
Dans la culture Dans le téléfilm américain La Légende des crânes de cristal () de 2014, les protagonistes se rendent à Visočica qui y est présentée comme la « pyramide du Soleil ».
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie