Pierre Nothomb, né le à Tournai (Belgique)Par amour pour l'Ardenne Pierre Nothomb travestissait parfois son lieu de naissance en 'Tournay' qui est un hameau d'Ardenne, près de la ville de Neufchateau et mort le au château du Pont d'Oye à Habay-la-Neuve (Belgique) est un poète, écrivain, avocat et homme politique belge francophone.
Il est l'auteur de plus d'une quarantaine de romans, d'essais et d'une vingtaine de recueils de poèmes d'où ressortent les thèmes du patriotisme, de la mystique chrétienne, de la nature et de la forêt, de la géographie et de l'histoire belge et européenne. En 1945, il devient Membre de l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.
Il siège au Sénat de Belgique de 1936 à 1965 en tant que sénateur de la Province de Luxembourg pour le parti catholique. Issu d'une famille d'hommes politiques et d'État dont Jean-Baptiste Nothomb et Alphonse Nothomb, il est notamment le père de l’écrivain Paul Nothomb et du ministre d’État Charles-Ferdinand Nothomb. Il est le grand-père de l’ambassadeur Patrick Nothomb et de l'homme politique François Roelants du Vivier et l’arrière-grand père de la romancière Amélie Nothomb.
Enfance et jeunesse
Pierre Frédéric André Marie Joseph Nothomb est le fils aîné de Paul Nothomb (1855-1916), magistrat à Tournai puis à Bruxelles, et d’Eugénie de le Court. Sa famille paternelle est originaire du sud-Luxembourg.
Après une scolarité au collège Notre-Dame à Tournai et au collège Saint-Michel à Bruxelles, il entreprend des études de droit à Louvain d’où il sort diplômé, en 1910, avec le titre de docteur en droit. C’est durant ces années qu’il commence à écrire et à publier, La Morte (1907 - théâtre) ; L’Arc-en-ciel (1909 - poésie), et notamment dans la revue catholique Durendal.
Au sortir des études, il s’inscrit au barreau de Bruxelles et se marie avec Juliette Bamps de Bavay (1910). De cette union naissent huit enfants.
Généalogie
Pierre Nothomb est le fils de Paul Nothomb (1855-1916) et d'Eugénie de le Court (1857-1941).
Des trois mariages de Pierre Nothomb naquirent treize enfants : en 1911, avec Juliette Bamps (1891-1926) avec laquelle il eut huit enfants, dont Paul Nothomb et Jean-François Nothomb, en 1928, avec Ghislaine Montens d'Oosterwyck (1899-1961) avec laquelle il eut cinq enfants, dont Simon-Pierre Nothomb et Charles-Ferdinand NothombÉloge au parlement, en 1963 avec Alice, baronne van Zuylen van Nyevelt (1901-1988), veuve de Henri Kervyn (1888-1961).
Il est aussi le grand-père de Patrick Nothomb et de François Roelants du Vivier, et l'arrière-grand-père d'Amélie Nothomb et de Juliette Nothomb.
Pierre Nothomb obtint concession de noblesse héréditaire en 1933 et le titre personnel de baron en 1937.
Engagements politiques et littéraires Avocat à Bruxelles à la veille de la Première Guerre mondiale, il entre au Cabinet du Ministre de la Justice Henri Carton de Wiart, qu'il suit avec le Gouvernement belge en exil au Havre (Sainte-Adresse) dès 1914. Il y est alors chargé par le Gouvernement de publier des livres à Paris, sur la Belgique dans le contexte de la guerre. Paraissent alors : La Belgique martyre (1914), Les Barbares en Belgique (1915 ; prix Marcelin Guérin de l’Académie française en 1917), Le Roi Albert (1915), Villes de Flandre (1916), L’Yser (1916), La Barrière belge (1916), La Belgique en France (1916), Petite histoire de Belgique (1916), Villes meurtries de Belgique : villes de Flandre (1917). Cette écriture de propagande de guerre l’amène à la fin du conflit à revendiquer, pour le futur traité de paix, le retour à la Belgique du Limbourg hollandais et du Grand-Duché de Luxembourg, qui avaient été cédés au roi de Hollande en 1839. Le Gouvernement belge ne le suit pas.
Dépité de l’attitude du Gouvernement, il se lance dans une action politique indépendante, se réclamant du « nationalisme belge ». Il expose alors ses théories dans un essai intitulé Étapes du nationalisme belge (1918).
En 1918, Il fonde le Comité de Politique Nationale (C.P.N.) afin de regrouper des généraux, des hommes d'affaires, des juristes, des hommes de lettres, des politiciens autour de ses idées. Mais l'engouement pour ce premier mouvement s'estompe rapidement après l'échec des plans d'annexion du Limbourg hollandais et du Grand-Duché de Luxembourg. Pierre Nothomb n’obtient que la restitution des « cantons de l’Est » d’Eupen-Malmedy, qui avaient été rattachés à la Prusse en 1815. À la suite de cet essoufflement, il crée un nouveau mouvement, l’« Action Nationale », à partir 1920, ainsi que les « Jeunesses nationales », de tendance nationaliste catholique et influencées par le maurrassisme et les thèses d'Enrico Corradini, corporatistes et très opposées aux courants et politiques de gauche. Dans ce contexte, il est proche des écrivains nationalistes italiens comme Gabriele D’Annunzio ou français comme Maurice Barrès, rencontré à plusieurs reprises et avec qui il a entretenu une correspondance. Pierre Nothomb est également proche de François Mauriac ou encore de Georges Bernanos avec lesquels des liens d'amitiés perdurent.
En 1925, il fonde avec Jacques Pirenne le « Parti National Populaire » et se présente aux élections à la Chambre à Bruxelles, où il n’est pas élu. Cette même année, il s’installe au château de Chavanne à Nassogne en province de Luxembourg, mais reste domicilié à Bruxelles où il se présente encore aux élections de la Chambre en 1925, aux élections communales en 1926 (élu conseiller communal de Saint-Josse-ten-Noode). La même année, son épouse Juliette Bamps décède de la tuberculose. Il se remarie, en 1928, avec Ghislaine Montens d’Oosterwyck. Cinq enfants naissent de ce second mariage
À côté de ses investissements en politique, il ne cesse de publier dans tous les genres. En poésie, on remarque notamment Marisabelle (1920), recueil de poèmes en vers libres dédié à son enfant décédée prématurément et Vie d’Adam (1928), que Charles Bertin juge comme le meilleur ouvrage écrit par Pierre Nothomb durant cette période: « C’est moins un récit qu’un poème en prose, mais il vibre d’un bout à l’autre de spiritualité et de douleur. (...) Le paradis perdu de La Vie d’Adam est le vrai Paradis, ce premier jardin des hommes où l’union de la chair et de l’esprit fut possible un jour. »
En 1923 paraît une œuvre singulière dans la production de l’écrivain, une science-fiction chrétienne : La Rédemption de Mars. Dans ce roman, deux astronomes, l’un chrétien, l’autre athée, débarquent sur Mars et y rencontrent un peuple « d’avant la faute », ne connaissant ni le péché, ni le malheur. Le chrétien, en diffusant ses valeurs, apporte sur cette planète la connaissance du bien et du mal, ce qui engendre une catastrophe. La même année paraît La Méditation sur Ormont. En 1926, il publie Le Lion Ailé, à la gloire de Venise et de l’aventure de D’Annunzio à Fiume, ainsi que Risquons-Tout, roman historique traitant de l’épisode frontalier de Risquons-Tout lors de la révolution française de 1848.
En 1930, il reçoit le Grand prix littéraire du Centenaire de la Belgique pour sa série d’ouvrages parus la même année consacrés à la naissance du pays, Le Roman de 1830, Les Trois Saisons de 1830, Le Pont de Waelhem, suivis de Le Sens du pays (1930) et La Révolution de 1831 (1931).
Enracinement en Luxembourg
En 1932, il s’installe définitivement avec sa famille au château du Pont d’Oye à Habay-la-Neuve en province de Luxembourg, où il déclare « reprendre racine » dans cette région qui fut celle de ces ancêtres. Il fait de ce lieu chargé d’histoire le centre de son activité littéraire. Ces années prolifiques sont marquées par la publication de nombreux ouvrages en lien avec le patrimoine de la région : Jean-Baptiste Nothomb et ses frères (1932), Le Blason champêtre (1932) et Les Dragons de Latour (1934). En 1935, il publie le roman La Dame du Pont d’OyeLes Éditions Weyrich de Neufchateau en publient une nouvelle édition en 2017; 295pp., consacré à la vie de Louise de Lambertye, dernière marquise du Pont d’Oye. En 1937, avec l'appui de ses amis écrivains Thomas Braun et Adrien de Prémorel, il fonde la bénédiction de la Forêt à Habay, une cérémonie religieuse et littéraire dédiée à la nature et à la forêt, toujours célébrée aujourd’hui. Chaque année, une messe est organisée spécialement à l'orée de la forêt d'Anlier le dernier dimanche de septembre. Après la célébration religieuse, une personnalité, le plus souvent un écrivain, est invité à déclamer un discours. En 1957, Pierre Nothomb y invita Maurice Genevoix et, en 1963, Camille Lecrique. D'autres écrivains comme Francis André, Frédéric Kiesel ou Claude Raucy ont également pu s'y exprimer. En 2019, l'écrivain invité fut Armel Job. En 2024, l'auteur de bandes dessinées Jean-Claude Servais a livré un discours et parrainé l'édition.
Dans l'entre-deux-guerres, Pierre Nothomb publie également en Belgique dans la Revue générale et aux éditions Durendal et Rex (maison d'édition alors propriété de Léon Degrelle), issues de l’action catholique. Il publie notamment chez Rex le livre Le Roi Albert dans l’émotion du décès accidentel du souverain en 1934. La même année, il cofonde l’Académie luxembourgeoise, réunissant écrivains, peintres et musiciens de la Province de Luxembourg, dont il sera président après la guerre pendant près de vingt ans.
Pierre Nothomb rompt dès 1936 avec Rex, maison d'édition dont il fit partie des fondateurs, car celle-ci devient officiellement un mouvement politique. Aux élections du , il se présente contre Rex aux élections sénatoriales dans la province de Luxembourg sur la liste du parti catholique. Il est alors élu sénateur du parti catholique, fonction qu’il conservera jusqu’en 1965. De 1938 à 1958, il est également conseiller communal à Habay-la-Neuve.
En 1942 paraît Curieux personnages, présentant des portraits de personnalités et d’épisodes de l’histoire de la Belgique et, en 1944, est publié La Ligne de faîte, une promenade historico-poétique où il décrit avec son regard de poète de nombreux lieux qui jalonnent la dorsale géologique lui évoquant l’ancienne Lotharingie.
Durant la Seconde Guerre mondiale, deux de ses fils, Paul et Jean-François, servent dans la résistance sont condamnés à mort par l’occupant nazi, peines qui ne seront pas exécutées.
L'après-guerre, l'aboutissement À partir de , il publie une grande œuvre historique et géopolitique en cinq tomes, Le Cycle d’Olzheim, où il souligne de manière poétique et prophétique le rôle que doivent jouer les « pays d’entre-deux » de l’ancienne Lotharingie dans la nécessaire construction de la paix et de l’Europe. Cette série de cinq romans suit les péripéties du prince fictif Jean-Lothaire d’Olzheim, dernier descendant direct de Charlemagne, dans les intrigues politico-historiques qui agitent l’Europe de la moitié du siècle : Le Prince d’Olzheim (1944), Le Prince d’Olzheim II : Les Elie-Beaucourt (1945), ces deux livres sont publiés sous le pseudonyme d’Henri Créange, Visite au Prince d’Olzheim (1949), Le Prince d’Europe (1959), Le Prince du dernier jour (1962).
Le critique littéraire et écrivain belge Marc Quaghebeur fait l'éloge de cette série qualifiée comme un « cycle historico-métaphysique qui se termine en apocalypse » : Le , Pierre Nothomb est élu à l’Académie Royale de Langue et Littérature françaises de Belgique au fauteuil 29, succédant à George Garnir. La même année, il publie un roman mystique, L'Égrégore.De 1948 à 1966, il préside l’Académie luxembourgeoise.
Il soutient ardemment de 1945 à 1950 la cause du roi Léopold III, en exil en Suisse.
En 1954, il reçoit la reine Élisabeth au Pont d’Oye pour une représentation de sa pièce La Dame du Pont d’Oye, adaptée de son roman. Il fonde en 1955 le Groupement Européen des Ardennes et de l’Eifel, qu’il présidera jusqu’à sa mort. La même année, il est nommé délégué de la Belgique à l’Assemblée générale de l’ONU, ce qui lui vaut de composer un essai historique et mystique, Dieu à New York (1957).