vignette|redresse=1|Couverture du , une publication officielle du gouvernement des États-Unis (Executive Office of the President, National Security Resources Board et Civil Defense Office) de 1950.
Le survivalisme est un terme qui désigne les activités de certains individus ou groupes d'individus qui se préparent à une catastrophe éventuelle (catastrophe naturelle, crise économique, crise sanitaire) à l'échelle locale ou globale, voire à un événement potentiellement cataclysmique (effondrement écologique, guerre nucléaire, invasion extraterrestre), ou plus généralement à un effondrement de la civilisation industrielle.
Les survivalistes se préparent en modifiant leurs habitations, en apprenant des techniques de survie et des rudiments de notions médicales, en stockant de la nourriture et des armes, en construisant des abris antiatomiques, ou en apprenant certaines techniques de bushcraft afin de s'abriter, se réchauffer, avoir de l'eau potable et se nourrir en milieu sauvage ou hostile (chasse, pêche, cueillette, production de feu).
Le mouvement émerge aux États-Unis dans les années 1960, sur fond de guerre froide. Il a plus récemment évolué en néosurvivalisme, qui est davantage un mouvement porté sur l'autonomie et l'indépendance par rapport au système économique global, et sur une plus grande proximité avec la nature..
Origines et historique Chronologie thumb|Couverture illustrée de Walden ou la Vie dans les bois d'Henry David Thoreau. Avant la perspective d'une catastrophe mondiale de grande ampleur, la question de la survie individuelle de manière autonome avait déjà été soulevée par certains penseurs et écrivains, notamment dans Robinson Crusoë de Daniel Defoe, publié en 1719 et tiré d'une histoire vraie (celle d'Alexander Selkirk, qui vécut en autonomie sur une île inhabitée de l'océan Pacifique, de 1704 à 1709).
De nombreux récits de pionniers, d'explorateurs, de trappeurs ou d'aventuriers fleurissent également au siècle, vantant les exploits plus ou moins mythiques de héros comme Davy Crockett, ou plus tard ceux de Jack London.
Le principal théoricien et promoteur du survivalisme est l'écrivain libertaire américain Henry David Thoreau, se vantant dans Walden ou la Vie dans les bois d'avoir vécu, à l'image des pionniers, dans une cabane prétendument faite de se mains, aux abords de l'étang de Walden, ne se nourrissant que du produit de sa récolte. Toutefois, cette expérience était en réalité loin d'être autonome, et se déroulait en fait sur la propriété de son ami Ralph Waldo Emerson à Concord (Massachusetts), où se mère venait chaque semaine faire sa lessive. Il n'empêche que l’œuvre connût un grand succès populaire, et demeure le livre de chevet fondateur du survivalisme américain, notamment dans sa tendance libertaire.
En 1902, l'officier de marine Georges Hébert coordonna le sauvetage de d'une éruption volcanique. Profondément affecté par cette expérience, il développa l'hébertisme, une activité physique qui permettrait d'« Être fort pour être utile », utile aux autres et par extension à soi-même. L'hébertisme est avant tout une méthode d'éducation physique complète, naturelle et utilitaire.
Dans les années 1960 aux États-Unis, l'inflation et la dévaluation ont incité certaines personnalités à conseiller aux populations de se préparer. En 1967, un architecte, commença à populariser l'idée d'un nécessaire de survie.
Au cours des années 1970, au début de la crise pétrolière de 1973, un livre du conseiller financier , Famine et survie en Amérique, diffusait l'information que différents métaux précieux, dont l'or, avaient plus de valeur et devaient être favorisés dans le cas d'un imminent effondrement économique.
De nombreux livres de « survie » furent publiés à la suite de celui-ci, dont celui de qui décrivait les méthodes des pionniers du . C'est Saxon qui utilisa le terme « survivaliste » le premier et qui prétend l'avoir inventé.. Par la suite, des auteurs comme (qui publia entre autres le bulletin « » de 1977 à 1982) publièrent des ouvrages sur le même thème.
Dans les années 1980, l'auteur et commentateur politique de tendance libertarien publie La Stratégie Alpha (Alpha Strategy: The Ultimate Plan of Financial Self-Defense for the Small Investor.) Fiche du livre sur goodreads.com (consulté le 12 septembre 2020)., qui devient un best-seller et est considéré encore aujourd'hui comme une référence parmi les survivalistes américains... À la même période, où voit se dérouler la course aux armements nucléaires entre les deux blocs, paraît le livre Life After Doomsday: A Survivalist Guide to Nuclear War and Other Major Disasters (1980) de .
Dans les années 1990, le mythe du « bogue de l'an 2000 » redonne une seconde vie au courant survivaliste.
Dans les années 2000, les événements des attentats du 11 septembre 2001 et la guerre contre le terrorisme ravivent également la crainte d'un désastre imminent, comme imaginé dans les années 1960 et 1970. La crise financière de 2007-2009 poursuit le phénomène, ainsi que les catastrophes naturelles qui suivent (par exemple, les tempêtes de décembre 1999 en Europe, le séisme de 2004 dans l'océan Indien, la tempête Xynthia en 2010).
Plus récemment, c'est la peur d'une catastrophe écologique globale du fait du réchauffement climatique qui a pu motiver certains citoyens à se préparer au pire : cela a notamment donné lieu au courant de la collapsologie.
Inspirations religieuses Le survivalisme est parfois lié à des croyances religieuses diverses, il s'est développé dans les pays protestants où l'eschatologie est très présente et où le public apprécie les romans et les films ayant pour thème une grande catastrophe de fin du monde.
Bien que les Églises évangéliques intègrent dans leur prédication le temps de la « grande tribulation » et la nécessité de s'y préparer, ceci n'a rien à voir avec la notion de survivalisme. Aucune notion de préparation physique n'est promulguée. L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours donne consigne aux familles de stocker de la nourriture.. La prédiction d'un changement radical en décembre 2012, issue d'une interprétation du calendrier maya, a ravivé également les préparatifs des survivalistes religieux.. Plus généralement, cette peur d'une grande catastrophe est celle de la peur de la mort.
Néosurvivalistes (preppers) Plus récemment, le besoin d'être simplement prévoyant de la part de certains individus. ainsi que de se distancier des connotations sectaires, extrémistes., et/ou ultra-individualistes. collant au survivalisme, en particulier aux États-Unis, a donné naissance au terme « prepper » (de prepping. : diminutif informel de « se préparer »).
Les néosurvivalistes, craignant des rapports officiels qui sont de plus en plus angoissants, pour rester dans l'idée du « Teotwawki » (« the end of the world as we know it », en français « la fin du monde tel que nous le connaissons »), préfèrent se baser sur la culture populaire comme le cinéma, la littérature, la télévision ou le jeu vidéo..
Ainsi, des réseaux de preppers ont vu le jour au Canada et aux États-Unis (comme l'American Preppers Network) pendant la guerre froide (à l'origine). Ces développements ont conduit Gerald Celente, le fondateur du « Trends Research Institute » à relever l'émergence de ce qu'il appelle le « néosurvivalisme ». En , il définit ce phénomène dans une interview accordée à :
Selon une étude du sociologue Bertrand Vidal., une évolution du survivalisme s'est bien produite au début du :
Principes
Types de problèmes envisagés vignette|Vue idéalisée de l'intérieur d'un abri antiatomique (1957) où l'humanité devait continuer à vivre malgré les retombées dans l'environnement.
Le survivaliste se prépare en fonction de la situation anticipée.
La préparation la plus importante est celle pour un événement qui touche personnellement les individus, comme : un accident (de la route, domestique) ; un incendie au domicile ; un cambriolage ; une agression ; une situation d'isolement dans la nature : le canadien Les Stroud, parfois qualifié d'expert survivaliste., en est le représentant canadien le plus médiatisé.
Ensuite, viennent les événements locaux, touchant une zone limitée, par exemple des suites du mauvais temps ou de troubles sociaux : coupure d’électricité, de gaz ou d'eau ; rupture des circuits d'approvisionnement en nourriture ; rupture des services publics (interruption des services de police, de pompiers) ; catastrophes naturelles (tornades et ouragans, tremblements de terre, blizzards, inondation, éruption volcanique, tsunami...) ou non (accident nucléaire, rupture de barrage).
Enfin, viennent les événements à échelle régionale, nationale ou mondiale. Lors de ces événements, chaque individu est livré à lui-même : catastrophe économique ; catastrophe naturelle mondiale (réchauffement climatique) ; pandémie ; guerres, et conflits humains (guerre nucléaire, guerre biologique, guerre chimique, guérilla, attaque terroriste, guerre civile) ; désordre consécutif à la catastrophe primaire, ou à l'effondrement global : pénurie en eau potable, aliments sains, énergie et médicaments, dissolution de l'ordre social, développement de conflits autour des ressources restantes.
Pour résumer tout cela, se protéger contre une épidémie de type « zombie » est une métaphore courante. Ce type de catastrophe fictive rassemble presque tous les risques possibles.
Préparatifs vignette|Un kit de préparation « prêt à l'emploi » de la Croix-Rouge américaine.
Les préparatifs courants comprennent la création d'un lieu de retraite clandestin ou défendable, d'un refuge en plus du stockage de nourriture non périssable, d'eau, d'équipement de purification de l'eau, de vêtements, de semences, de bois de chauffage, d'armes de défense ou de chasse, de munitions, de matériel agricole et de fournitures médicales. Certains survivants ne se préparent pas de façon aussi poussée et intègrent simplement un point de vue « Soyez prêt » dans leur vie de tous les jours.
Il est possible de créer un sac d'équipement, souvent appelé sac d'évacuation (BOB) ou « sac d'esquive » (get out of dodge ou GOOD), qui contient les nécessités de base et des articles utiles. Il peut être de n'importe quelle taille, pesant autant que l'utilisateur est capable de transporter.
Solutions développées Compétences de survie (maîtrise du feu, nœuds), et d'autosuffisance. Élaboration de kits de survie (sac d'évacuation, EDC, kit voiture, trousse de secours). Élaboration d'une stratégie financière d'urgence (stockage de lingots d'or, d'argent et de matières premières comme des lingots de cuivre). Mise en place d'une base autonome durable (BAD) qui doit comporter une réserve et un approvisionnement en eau potable, en nourriture, en énergie, en soins, en défense, en distraction, en informations et en relations humaines. Sa surface doit donc être assez grande pour cultiver des produits agricoles et élever des animaux ou de la volaille. Des évacuations (sortie de secours, ordures, excréments, urines...) sont indispensables.
Dans le monde La préparation survivaliste, individuelle ou en groupe, qu'elle soit formelle ou informelle, ainsi que les forums et blogs dédiés, sont populaires dans le monde. Ils sont présents notamment en Australie.., Autriche., Belgique., Canada., France..., Allemagne. (souvent sous l'appellation de clubs de sports extrêmes), Pays-Bas., Nouvelle-Zélande., Suède.., Royaume-Uni. et surtout aux États-UnisValérie de Graffenried, « Des survivalistes nichés dans la Silicon Valley », Le temps, 4 octobre 2018 (page consultée le 4 octobre 2018)..
En Europe, de façon plus générale, le survivalisme se rapproche davantage du concept d'autosuffisance que de prepping et d'apocalypse. On y traite bien sûr de la survie en milieu rural ou urbain et des premiers soins, mais également de la permaculture, des énergies vertes, de la conception d'habitats durables ainsi que de météo en plus du prepping.