(latin : Flavius Valerius Leo Augustus), dit le Thrace, est empereur byzantin de 457 à 474.

Les origines de Léon sont méconnues mais il vient vraisemblablement de Thrace et s'élève dans la hiérarchie militaire. Officier d'une unité de gardes palatins, il est proche d'Aspar, général très influent à la cour byzantine, dont le rôle est sans nul doute déterminant pour expliquer l'arrivée sur le trône de Léon en 457, à la mort de Marcien. Pendant l'essentiel de son règne, s'efforce de se dégager de l'influence de son promoteur. Il finit par y parvenir en le faisant assassiner en 471, ce qui explique son surnom de « Boucher » par des chroniqueurs souvent hostiles. En parallèle d'Aspar, d'autres groupes d'influence sont à l'œuvre à la cour de l'empereur, âgé, dénué de descendance mâle et donc de successeur désigné. C'est l'Isaurien Zénon qui se montre le plus habile en épousant Ælia Ariadnè, fille de .

Le règne de Léon correspond aux derniers feux de l'empire d'Occident. Le rôle de Léon dans cet événement a été diversement apprécié, des chroniqueurs ou historiens lui reprochant sa relative passivité. Dans les faits, l'empire d'Orient manque de moyens pour inverser le cours des choses alors que les institutions de l'empire d'Occident s'effondrent. Malgré tout, s'immisce dans les arcanes politiques occidentales, parvenant par exemple à imposer sur le trône Anthémius. Seulement, il échoue à vaincre le royaume vandale, principal adversaire des Romains malgré une ambitieuse expédition conjointe en 468. Cette défaite scelle en bonne partie le destin de l'empire d'Occident, privant Léon de l'essentiel de ses capacités d'action.

Plutôt prudent en matière religieuse, il maintient difficilement la paix avec les Sassanides et s'efforce de conjurer les diverses menaces qui pèsent sur la souveraineté romaine dans les Balkans. S'il a parfois été considéré comme une marionnette aux mains d'Aspar, incapable de véritablement peser sur le cours de l'histoire romaine en Occident, les historiens modernes retiennent son autonomie d'action et, plus largement, la faculté qu'a l'empire d'Orient sous son règne à affirmer sa stabilité et la solidité de ses institutions. Toutefois, à sa mort, c'est son jeune petit-fils qui lui succède sous la régence de son père, Zénon, ouvrant une courte période d'instabilité politique à Constantinople.

Sources Sources primaires vignette|Priscus, l'un des historiens du règne de , représenté sur la toile Le Festin d'Attila de Mór Than (1870).|alt=Gros plan sur un personnage représenté sur une peinture plus grande. L’étude du règne de , comme des autres empereurs du , repose principalement sur un corpus fragmentaire, transmis de manière indirecte et souvent lacunaire. Comme le souligne Ł. Pigoński, . Priscus est la source fondamentale pour la première partie du règne, notamment pour les relations avec les Huns, la montée en puissance d’Aspar et le contexte politique de Constantinople.. Les fragments conservés, transmis notamment par les Excerpta de legationibus, fournissent des données précieuses sur la position d’Aspar, la perception de Léon comme empereur sous tutelle, et le développement des clientèles militaires gothiques. Candidus fournit un contrepoint intéressant, issu d’un milieu favorable aux Isauriens, ce qui permet de nuancer les accusations systématiques portées contre Zénon. Plusieurs auteurs modernes (Burgess, Mischa Meier) soulignent son importance pour comprendre la politique impériale du dernier tiers du .. Bien que souvent confus, Jean Malalas livre des détails uniques, notamment sur les émeutes à Constantinople et la perception populaire des Isauriens. Surtout, Philip Wood souligne que le chapitre consacré à Léon témoigne de l'influence de différents discours à propos de Léon, dont le règne fait donc l'objet d'avis ambivalents. Ainsi, il est notamment dépeint comme un quasi-barbare, un discours qui s'oppose vraisemblablement à une propagande impériale qui en fait l'obstacle à l'emprise des Barbares sur l'Empire, avec en point d'orgue l'élimination d'Aspar. L'origine provinciale et relativement modeste de Léon peut expliquer l'hostilité de certaines sources à son endroit..

D'autres auteurs peuvent être convoqués, comme Marcellinus Comes ou les fragments qui ont subsisté de Malchos de Philadelphie, rapportés par Photios et qui sont très défavorables aux Isauriens ainsi qu'à Léon.. Dans l'ensemble, beaucoup de ces sources accréditent l'idée d'une emprise d'Aspar sur Léon et ont contribué à la vision d'un empereur ayant les mains liées. Également, elles ont pu critiquer la violence dont fait preuve Léon en éliminant Aspar et agissant en cela comme un barbare mais d'autres chroniqueurs comme Procope de Césarée louent son initiative.

Comme souvent pour cette époque, les historiens ecclésiastiques permettent l'appréhension du contexte religieux de l'époque, à l'instar des écrits d'Évagre le Scholastique ou de Zacharie le Rhéteur. Les sources législatives sont plus éparses, même si certaines dispositions du Code Justinien datent du règne de Léon. D'autres sources écrites comme les hagiographies peuvent parfois apporter des compléments, comme celle de Daniel le Stylite.. De même, la numismatique peut éclairer sur certains aspects de l'idéologie impériale.

Historiographie Le règne de a longtemps occupé une place marginale dans l’historiographie de l’Antiquité tardive. Cette situation s’explique à la fois par la fragmentation des sources narratives, mais aussi par des choix historiographiques privilégiant soit la chute de l’empire romain d’Occident, soit les règnes mieux documentés et plus « réformateurs » des empereurs ultérieurs, notamment ( 491-518) et ( 527-565), sans compter la focalisation sur les controverses christologiques ou encore la biographie quasi-contemporaine d'Attila.

Au , Edward Gibbon, qui s'attarde surtout sur les tentatives de d'aider l'empire d'Occident, affirme , tout en s'étonnant que l'épithète de « Grand » lui soit adjointe, montrant selon lui le peu d'exigence des « Grecs » à l'endroit de leur souverain.. Cependant, ce surnom de « Grand » vise plutôt à le distinguer de son jeune petit-fils et éphémère successeur, , lui-même parfois appelé le « Petit ». Pendant une grande partie du , a été décrit comme un empereur essentiellement dominé par le magister militum Aspar, selon une lecture largement tributaire des sources antiques (Priscus, Malchos, Candidus, Procope, Jordanès). John Bagnell Bury le dit dénué d'une bonne éducation mais doté de bon sens. Cette tradition historiographique a contribué à réduire Léon à un rôle passif, simple relais d’un pouvoir militaire d’origine « barbare ». Gereon Siebigs, qui a produit une étude d'ampleur sur le début du règne de Léon, a critiqué cette vision. Il estime que son rôle supposé de marionnette explique son absence dans l'historiographie. À l'instar de ce travail de l'historien allemand, plusieurs études ont récemment remis en question cette interprétation simplificatrice. Les travaux de Brian Croke, Philip Wood et plus récemment Michael Edward Stewart ont montré que la relation entre Léon et Aspar était évolutive, marquée par des phases de coopération, de tension, puis de rupture progressive. Michael Edward Stewart souligne ainsi que Léon a été largement éclipsé dans les synthèses modernes, alors même que son règne est crucial pour comprendre la survie de l'empire d'Orient et sa capacité à se défaire des influences extérieures incarnées par Aspar. Il en fait même le premier empereur byzantin, dès lors que son règne symbolise les évolutions différenciées entre l'empire d'Occident et l'empire d'Orient, ce dernier parvenant à se défaire des influences des généraux barbares et à stabiliser ses institutions politiques.

Origines vignette|Le monde romain vers 450. L'empire d'Orient est en jaune.|alt=Carte des deux parties de l'Empire romain vers 450. Comme d'autres empereurs d'Orient de cette époque, Léon, qui naît vers 401, vient des Balkans et semble d'origine modeste. Soldat de métier, cette origine atteste l'importance stratégique de cette frontière, pourvoyeuse de généraux voire de souverains. Selon Candidus Isaurus, il aurait une ascendance dace, mais d'autres chroniqueurs, comme Jean Malalas, évoquent une origine besse, ce qui le rapprocherait des Thraces. Anthony Kaldellis, étudiant les origines de Justin et les réseaux militaires d’où émerge Léon, rappelle que les sources antiques l’appellent indistinctement « Thrace », « Besse », « Dace » ou « Illyrien », témoignant d’une identité régionale composite caractéristique des populations militaires du diocèse de Thrace au . Ces identifications ne renvoient pas à des ethnies rigides, mais plutôt à des catégories géographiques approximatives employées dans l’armée romaine tardive.

Léon épouse Vérine, dont les origines sont inconnues et qui semble assez nettement plus jeune que lui. Elle donne naissance à leur fille aînée, Ælia Ariadnè vers 450.

Léon apparaît dans les sources sous Marcien comme un officier expérimenté, déjà intégré aux réseaux militaires d’Aspar. Son origine provinciale n’empêche pas une ascension régulière, conforme aux pratiques de recrutement de l’armée d’Orient. Il occupe le grade de tribun des Mattiarii et la fonction de comes, en particulier dans la région de Selymbria, où la légion palatine dite des Mattiarii « est probablement l’une des six légions sous le commandement d’Aspar ». La même source souligne que Léon, quoique présenté par certaines traditions comme un personnage d’origine obscure, devait être en réalité « un officier relativement expérimenté et de rang sérieux », et qu’il est même possible qu’il ait été curateur (gestionnaire) des propriétés d'Aspar selon Théophane le Confesseur.

Cette proximité professionnelle avec Aspar, documentée dans plusieurs récits fragmentaires, explique que les historiens de l’Antiquité tardive aient largement interprété la carrière de Léon dans la continuité d’une clientèle militaire associée au général gotho-alain. Celui-ci ne peut accéder au pouvoir du fait de ses origines et fait donc en sorte de promouvoir certaines personnalités. Aspar est en effet l’un des personnages les plus influents de l’armée d’Orient. Kaldellis rappelle que « son pouvoir repose largement sur des clientèles gothiques stationnées dans et autour de la capitale ». La dépendance structurelle de Léon à ce réseau militaire est attestée par l’ensemble des sources classiques (Priscus, Malchos, Candidus, Procope, Jordanès), qui le décrivent comme un homme sur qui Aspar peut compter pour ses projets politiques ou dynastiques. Cette perception doit toutefois être nuancée : Léon, loin d’être un soldat anodin, a eu une carrière suffisamment longue et solide pour être reconnu par les milieux militaires et sénatoriaux de Constantinople. C'est ce sur quoi insiste notamment Brian Croke, se distinguant par exemple d'A. Lee ou de Roger Blockley, qui préfèrent mettre l'accent sur la modestie de ses origines et sa faible notoriété en 457.

Accession au trône vignette| représenté dans le Mutinensis gr. 122, manuscrit du .|alt=Portrait d'un homme plutôt âgé sur la page d'un manuscrit.

Les circonstances