La guerre sino-indienne est un conflit ayant opposé la Chine et l'Inde en 1962, pour le contrôle de territoires himalayens. droite|vignette|Carte des revendications indiennes et chinoises de la frontière dans la région occidentale (Aksai Chin), la , la frontière du Foreign Office, ainsi que la progression des forces chinoises qui occupaient des zones pendant la guerre sino-indienne.
Préambule
Le conflit territorial opposant l'Inde à la Chine est hérité de partages coloniaux. En 1914, le Royaume-Uni, qui avait colonisé l'Inde, impose comme frontière la ligne McMahon, qui incorpore à l’Inde britannique des territoires que la Chine considère comme historiquement siens : l’Aksai Chin et l’Arunachal Pradesh.
La ligne McMahon ne sera jamais reconnue par les pouvoirs chinois successifs, mais la faiblesse de la Chine jusqu'aux années 1950 ne permet pas à Pékin de faire valoir ses droits face à l'Empire britannique.alt=Soldats indiens en patrouille pendant la guerre frontalière sino-indienne de 1962.|gauche|vignette|Soldats indiens en patrouille pendant la guerre frontalière sino-indienne de 1962. Après l'annexion du Tibet en 1951, la Chine a repoussé sa frontière sud-ouest au détriment de l'Inde. L'armée populaire de libération pénétra au Ladakh le , dans l'Himalaya occidental, et y construisit une route reliant l'Aksai Chin à la région autonome du Xinjiang.. En réaction, le gouvernement indien envoie une expédition militaire dans les territoires contestés de l’Arunachal Pradesh, suscitant l’inquiétude de la RPC, qui craint un encerclement issu d’une alliance militaire de l’Inde avec les États-Unis. Zhou Enlai, ministre chinois des Affaires étrangères, propose à Nehru des négociations, qui aboutissent en 1954 à la signature d’un accord d’amitié et de non-agression, lequel ne résout toutefois pas la question des frontières.
En , l'Inde reprend Goa à l’Empire colonial portugais, ce qui renforce les craintes de Pékin vis-à-vis des intentions indiennes dans l’Himalaya. Celles-ci se manifestent à travers la Forward Policy, une nouvelle orientation stratégique, considérée par la suite comme l’élément déclencheur des hostilités, qui consistait à édifier des postes et bases militaires les plus avancés possible dans les territoires disputés.
Conflit de 1962 alt=Des soldats indiens se rendent aux forces chinoises pendant la guerre sino-indienne de 1962.|gauche|vignette|Des soldats indiens se rendent aux forces chinoises pendant la guerre sino-indienne de 1962. alt=Prisonniers militaires indiens au Tibet devant le Potala.|gauche|vignette|Prisonniers militaires indiens au Tibet devant le Potala. Le , l’Armée populaire de libération lance soldats à l’attaque du territoire indien simultanément en Aksai Chin (à S K Shah, India and China: The Battle between Soft and Hard Power, Vij Books India Pvt Ltd, 2015, , ) et en North-East Frontier Agency, devenu en 1972 l'Arunachal Pradesh (à Tawang)..
Les faibles garnisons des forces armées indiennes le long des de la frontière dont l'altitude dépasse parfois les ne sont pas préparées à répondre à cette agression et battent rapidement en retraite, 80 % des soldats défendant les postes avancés périssent ou sont faits prisonniers..
L'armée chinoise occupe les territoires de l'Aksai Chin au Cachemire et du futur État indien de l'Arunachal Pradesh, dans l'Assam, des zones très montagneuses revendiquées par la Chine. Nehru réclame dans deux lettres envoyées au président américain John Fitzgerald Kennedy l’intervention aérienne des États-Unis.. Le conflit coïncide avec la crise des missiles de Cuba.. Selon Ted Sorensen, un des proches conseillers de Kennedy à l'époque, celui-ci craint que cette guerre n’aboutisse à .
Le , le premier ministre indien Nehru demande l'appui des forces aériennes des États-Unis alors que le programme d'acquisition de MiG-21 soviétiques est gelé par Moscou. Même si le président Kennedy n'a pas accepté la demande de Nehru concernant l'envoi de 12 escadrons d'avions de chasse américains, il a chaleureusement accueilli le geste amical de l'Inde et a accepté de fournir immédiatement aux Indiens une aide aérienne significative, ordonnant aux moyens de la marine américaine de s'approcher de l'océan Indien, près de l'Inde.
La Chine décrète unilatéralement un cessez-le-feu le , au lendemain du jour où les États-Unis ont mis fin à toutes leurs actions de quarantaine contre les Soviétiques dans les Caraïbes, mettant fin à la crise des missiles de Cuba..
Elle conserve – jusqu’à présent – la région de l’Aksai Chin, depuis revendiquée par l’Inde, et lui rend l’Arunachal Pradesh, qu’elle continue à revendiquer.
Le bilan, côté indien, est de soldats morts, disparus et prisonniers ; les Chinois n’ont jamais donné le leur.
Suites et conséquences thumb|Tawang : Mémorial de la guerre sino-indienne de 1962. Après la fin de la guerre, la Chine conclut rapidement une série de traités avec la Birmanie, le Népal et le Pakistan, grand rival de l’Inde dans la région. Via Cairn.info.. François Bougon de Mediapart estime en 2020 que ce conflit a .
Cette guerre eut une influence notable sur la rupture sino-soviétique, le gouvernement soviétique ayant pris implicitement parti pour l'Inde Andreas Hilger, The Soviet Union and the Sino-Indian border war, 1962, in The Sino-Indian War of 1962: New Perspectives, eds. Amit R. Das Gupta, Lorenz M. Lüthi, Taylor & Francis, 2016, , : , alors que le gouvernement des États-Unis la soutint ouvertement... Si, dans le contexte de la guerre froide, la Chine est alors présentée, selon François Bougon, , . Cependant, pour d'autres spécialistes, Nehru est critiqué pour avoir sacrifié le Tibet pour développer l'amitié entre l'Inde et la Chine. Pour Claude Arpi, le conflit est la réponse des dirigeants chinois au refuge accordé par l'Inde au dalaï-lama et aux Tibétains en 1959. Le lien entre ces événements est indiqué par l'identité du lieu où le dalaï-lama passa la frontière entre l'Inde et le Tibet et où le conflit sino-indien débutaClaude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, 2000, Calmann-Lévy, ..
En , le Consulat général de l'Inde à Lhassa est fermé et n'a pas été rouvert depuis lorsClaude Arpi, An Indian Consulate in Lhasa?.India can reopen consulate in Lhasa : Chinese foreign ministry official, 25 août 2009..
Le , vers la fin de la guerre sino-indienne, le gouvernement de Nehru ordonna la formation d'une force d'élite de guérilla, les Forces spéciales des frontières, incorporant essentiellement des réfugiés tibétains Lt Col M. C. Sharma, Paramilitary Forces Of India, Gyan Publishing House, 2008, , ..
Des Lockheed U-2 de la CIA sont appelés à surveiller la frontière sino-indienne dès le depuis la Thaïlande puis à partir de la , près de Cuttack en Inde, de fin jusqu'en ..
En 1965, durant la deuxième guerre indo-pakistanaise, la Chine a menacé d'intervenir militairement au côté du Pakistan..
Jawaharlal Nehru, qui avait tenté de se rapprocher de la Chine, fut brisé par la guerre sino-indienne et prit conscience qu'il avait été trompé par Mao Zedong et Zhou Enlai. Après sa mort le nouveau Premier ministre, Lâl Bahâdur Shâstrî, adopta une attitude plus ferme au sujet du Tibet et son gouvernement vota en faveur de la résolution sur l'autodétermination du Tibet de 1965, contrairement aux résolutions de 1959 et 1961Claude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, 2000, Calmann-Lévy, ..
En , un accord sino-indien est intervenu afin de régler leur différend frontalier, accord fixant les « grands principes » pour un règlement « définitif » du contentieux frontalier qui les oppose le long de l'Himalaya depuis la guerre de 1962.
Les violations de frontière par les forces chinoises restent malgré cela fréquentes avec, en 2008, 270 cas recensés entraînant une augmentation de la présence militaire indienne sur la zone.. En 2010, le différend frontalier n'est toujours pas réglé..
En 2011, la Chine renforce ses troupes le long de la ligne de démarcation, déploie des missiles balistiques et multiplie les incursions en territoire indien, provoquant ainsi un regain de tension. En réponse, l'armée indienne a prévu de recruter sur cinq ans pour les déployer aux abords de la ligne de contrôle et d'y installer des missiles de croisièreLe Nouvel Observateur, , 17 au 23/11/2011..
Quelques années plus tard, en 2017, la Chine a entrepris la construction d'une route à usage militaire dans le Doklam, une région montagneuse frontalière du Bhoutan, de la Chine et de l'Inde. La construction de cette route stratégique, permettant à la Chine d'acheminer rapidement hommes et matériels à sa frontière avec l'Inde, a provoqué pendant plusieurs mois un face à face extrêmement tendu entre les deux nations, avant qu'un accord ne soit finalement signé le .. Au mois de , des images satellites fuitant dans la presse indienne ont toutefois révélé un déploiement massif des forces chinoises et une fortification de la région frontalière, en totale contradiction avec les termes de l'accord de désengagement signé le .. Sans autre justification, tout porte à croire que le conflit frontalier n'a pas encore été réglé..
Des accrochages reprennent lors du combat de la vallée de Galwan en 2020.
Notes et références
Articles connexes Conflit frontalier sino-indien Rupture sino-soviétique Programme nucléaire indien Histoire de l'Inde Relations entre la Chine et l'Inde Relations entre la Chine et le Pakistan
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