Le Soukhoï Su-25 Gratch (en russe : , « corbeau freux » ; code OTAN Frogfoot) est un avion d'attaque au sol, de soutien aérien rapproché et de lutte antichar développé par l'URSS dans les années 1970. Il fut construit à plus d'un millier d'exemplaires et exporté dans de nombreux pays. Il est le de combat le plus utilisé dans le monde en 2020 avec, selon une estimation, en activité soit 3 % de la flotte mondiale d'avions de combat., et a connu deux améliorations importantes en 2006 et 2016.
Il peut être considéré comme le descendant de l'Iliouchine Il-2 Chtourmovik. Les principaux pays constructeurs du Su-25 sont la Russie (Soukhoï), et pendant un temps la Géorgie ()..
Conception du Su-25 Première génération (Su-25)
En 1968, l'URSS lança un programme destiné à équiper ses Forces aériennes d'un avion de soutien rapproché capable d'intervenir directement sur le front de bataille, ce qui supposait une grande manœuvrabilité et une bonne capacité à encaisser des tirs. Une vitesse subsonique était jugée suffisante. Le constructeur Soukhoï travaillait sur un projet désigné en interne T-8, qui subit quelques modifications (réacteurs plus puissants, augmentation de la charge emportée, etc.) avant d'être déclaré vainqueur de la compétition.
Le premier prototype fit son vol inaugural le , propulsé par deux réacteurs Toumanski R-95Sh de chacun. Dérivé du Toumanski R-13, il s'agissait d'une version sans post-combustion du réacteur du MiG-21, qui s'était imposée en remplacement des Mikouline RD-9 initialement prévue grâce à sa puissance supérieure et sa fiabilité reconnue. Un second prototype décolla fin avec quelques changements, tels qu' un canon de calibre à la place du canon de , des aérofreins, et des ailerons modifiés. L'avionique était en grande partie empruntée aux Su-17/Su-20, tandis que le système laser placé dans le nez était proche de celui du MiG-27.
Le premier avion de série sortit d'usine en 1979. En 1980, deux exemplaires furent envoyés en Afghanistan pour évaluer leurs capacités. Ils effectuèrent une centaine de vols d'essais, dont d'attaque réelles. Les livraisons aux unités opérationnelles commencèrent en 1981. En cours de production, le réacteur R-95Sh fut remplacé par un R-195 d'une puissance équivalente mais capable d'encaisser plus de dommages. Les retours d'expérience de l'Afghanistan aboutirent à l'installation d'une entre les deux réacteurs, d'un système extincteur d'incendie et de lance-leurres.
Une version Su-25UB biplace destinée à l'entraînement, mais conservant des capacités de combat, fut commandée à la fin des années 1970. Le prototype fit son premier vol le et la production en série commença l'année suivante. Soukhoï en dériva une version Su-25UTG destinée à l'entraînement des pilotes de l'aviation navale russe, dépourvue de tout armement mais équipée d'une crosse d'appontage et avec une structure renforcée.
Seconde génération (Su-25T)
En 1976, Soukhoï commença à travailler sur une version Su-25T spécialisée dans la lutte antichar, avec une autonomie plus grande, pouvant opérer de jour comme de nuit, et par tous les temps. La cellule de cette nouvelle version est basée sur celle du biplace Su-25UB, mais l'avion est un monoplace : en fait, le siège arrière et la bosse dorsale qui le prolonge ont été utilisés pour installer de l'avionique et du carburant supplémentaires. Les nouveaux équipements électroniques sont un système de visée Shkval (caméra TV + laser), un système de navigation et d'attaque Voskhod (altimètre radar, centrale à inertie, récepteurs de navigation par radio, etc.) ainsi que des systèmes de contremesures et de défense électronique (brouilleur électromagnétique, brouilleur infrarouge, etc.).
thumb|upright=1.3|Un des prototypes du Su-25TM/Su-39
Désigné T-8M1, le prototype du Su-25T a fait son premier vol le et l'avion effectua les différentes campagnes d'essais jusqu'à la fin des années 1980. À cause de la chute de l'URSS, seuls dix exemplaires de série furent produits. Le constructeur continua malgré tout à améliorer l'avion, aboutissant au Su-25TM (ou Su-39) dont trois prototypes furent construits à la fin des années 1990. Le Su-25TM est capable d'utiliser des systèmes de visée plus performants, d'apponter sur porte-avions, ainsi que de tirer les missiles Vympel R-77 et Kh-35. Aucune commande de cette version n'a cependant été enregistrée pour le moment.
Programmes de remise à niveau (Su-25SM et KM)
À la fin des années 1990, un programme de modernisation des Su-25 russes a été lancé : nouveau système de navigation et d'attaque Pantera, récepteur GLONASS, révision et renforcement de la structure, etc. Le premier des deux Su-25SM a fait son vol inaugural le .
De façon similaire, une modernisation du Su-25K (version d'export) a été proposée en collaboration avec la société israélienne Elbit Systems : le Su-25KM « Scorpion Le Su-25 Scorpion, sur le site de la société Elbit ». Cette version dispose d'un poste de pilotage totalement revu avec des écrans couleur multifonctions, un système HOTAS, un GPS couplé avec un système de défilement de carte, etc. Le démonstrateur a fait son premier vol le .
Aucune commande ferme n'a cependant été encore enregistrée pour ces deux versions.
Su-25SM3 Supergratch (2016)
Fin 2016 apparaît en service actif dans l'aviation russe le Su-25SM3 Supergratch, troisième standard de modernisation du Su-25Les informations sur cet avion sont plutôt floues, secrètes. Ainsi, il semble que des Su-25 sont utilisés lors de la Guerre civile syrienne de 2018 à 2020, aux côtés de Soukhoï Su-30K, sans qu'il soit précisé si ce sont des avions du premier modèle (Su-25), du second (Su-25SM2) ou du troisième (Su-25SM3), les informations divulguées mentionnant toujours "Su-25". Par contre, ce sont bien des appareils du premier modèle, appartenant à l'armée de l'Air irakienne, qui combattent l'État islamique en Irak de 2014 à fin 2017..
Si la précision de largage est doublée pour le Su-25SM2 (accepté en service actif en 2006) par rapport au Su-25 d'origine, le Su-25SM3 est capable d'atteindre des cibles fixes ou mobiles de petite taille au sol, sans visibilité de jour comme de nuit..
Il est prévu d'ajouter à l'avion un système de ciblage utilisant l'intelligence artificielle (IA) qui permettra au pilote de sélectionner une cible, puis de laisser à l'IA la poursuite de l'attaque.
Caractéristiques du Su-25 400px Légende 1: Canon SPM-17A 2: Aérofrein 3: Contre-mesure électronique 4: Laser Station Maple-PS 5: Avionique 6: Système d'identification friend or foe 7: Tube de Pitot 8: Parachute de freinage 9: Réservoirs 10: Train d'atterrissage principal
11: Siège éjectable K-36L 12: Vitre blindée 13: Périscope 14: Turboréacteur 15: Prise d'air 16: Radionavigation 17: Tube de Pitot 18: Train d'atterrissage avant 19: Verrière 20: Viseur TSA-17 21: Echelle à articulation 22: Longeron
23: Dispositif hypersustentateur 24: Bec de sécurité 25: Empennage 26: Aileron 27: Contre-mesures infrarouges ASO-2V 28: Récepteur d'alerte radar SPO-15 29: Volets de queue 30: Point d'attache CDD-25 31: Démarreur AAP-60 Le cockpit, muni d'un affichage tête haute, est protégé par un blindage en titane d'une épaisseur de . La voilure, au dièdre négatif prononcé, est fine et dispose de becs de bord d'attaque et de volets à double fente qui garantissent au Frogfoot de bonnes performances en matière de décollage () et de manœuvrabilité.
L'appareil possède plusieurs systèmes de guerre électronique installés à l'intérieur de l'avion, un transpondeur identification ami-ennemi (sigle anglais IFF), ainsi que des récepteurs passifs d'alerte radar installés dans le cône de queue et aux extrémités d'aile (qui préviennent le pilote qu'un radar ennemi est en train d'illuminer l'avion).
Le Su-25 est un avion peu cher, d'une grande robustesse et très efficace. Son équivalent américain est le Fairchild A-10 Thunderbolt II. Cependant, le Su-25SM3, depuis sa dernière modernisation, est un appareil grandement différent de son aîné, beaucoup plus coûteux.
vignette|gauche|lang=fr|upright=1.8|Détails des blindages de l'avion|alt=schémas des emplacements des blindages
Versions Su-25 « Frogfoot A » : version initiale. (environ 580 exemplaires)
Su-25BM « Buksir Misheney » : est une version de fin de production avec une fonction supplémentaire de remorquage de cibles. Moteurs R-195 (50 exemplaires). Su-25BMK : est la version d'exportation du Su-25BM. Su-25K « Kommercheskiy » : version d'export du Su-25. (environ 180 exemplaires). Su-25KM : version modernisée du Su-25K. Su-25KM Scorpion : est un programme de modernisation entrepris conjointement par Elbit Systems et TAM ().. L'avion a reçu un système de mission intégré autour d'un ordinateur modulaire multirôle (MMRC) fabriqué par Elbit, un cockpit en verre et de nouveaux dispositifs de navigation et de communication. Conservant la capacité de transporter des armes russes, l'avion a également été équipé de bombes israéliennes Lizard à guidage laser. et Opher à guidage IR. Le prototype unique a été présenté pour la première fois à Tbilissi le . Su-25M1 : est une modernisation des avions de l'armée de l'air ukrainienne entreprise par l'usine de réparation de Zaporijia; cinq avions ont été modernisés en 2010-2012, ainsi qu'un avion d'entraînement Su-25UBM1. L'équipement comprend un nouveau viseur optique et un récepteur GPS. Le Su-25M2 devrait faire l'objet d'une mise à niveau plus profonde. Su-25T et Su-25TM (T-8M, Su-39) : étaient des versions dédiées à la destruction des chars, dotées du système d'attaque/navigation PrNK-25TM (izdeliye 56TM), similaire à celui utilisé plus tard dans les améliorations du Su-25SM, du viseur Shkval EO, des missiles guidés antichars Vikhr (ATGM) et d'autres armes guidées. Le T8M-1 a volé pour la première fois le . Vingt Su-25T ont été construits à Tbilissi en 1990-1991 (le premier ayant été achevé le ); huit d'entre eux ont été transférés en Russie et les autres sont restés à Tbilissi. La production ultérieure a eu lieu à Oulan-Oudé, en Russie, mais seuls deux appareils (Su-25TM) y ont été achevés. Quelques appareils se trouvent encore au centre d'évaluation de Lopetsk, mais ne sont plus en état de vol. Su-25U : est un Su-25T converti en version d'entraînement biplace avec le fuselage avant (provenant d'un Su-25UB) acheté à l'usine d'Oulan-Oudé. Deux appareils ont été acquis par la Force aérienne géorgienne. Su-25SM (programme de modernisation à mi-vie) : Ce vaste programme a été lancé en 1999 dans le but de remplacer l'ensemble des équipements embarqués par le nouveau système de mission PrNK-25SM, y compris le radar RLPK-25SM Kopyo intégré dans le nez de l'appareil. Les instruments du cockpit devaient être remplacés par deux grands écrans à cristaux liquides (sigle anglais LCD). Cependant, l'armée de l'air russe a toutefois commandé une option plus modeste, à savoir un Su-25SM sans radar, mais avec la même désignation. Les mises à jour sont effectuées par l'usine de réparation ARZ-121 à Koubinka. Tous les Su-25SM reçoivent des numéros individuels. Les avions Su-25SM-1 à SM-4 ont été modernisés en 2002-2004 et ont été utilisés pour des essais. Au cours de la période 2006-2010, un premier lot de 39 avions numérotés Su-25SM-5 à Su-25SM-43 a été modernisé (les six premiers ont été remis à l'armée de l'air russe le ) ; cette version est parfois désignée sous le nom de Su-25SM1. Su-25SM2 : sont les 36 avions suivants, numérotés de SM-44 à SM-79, modernisés entre 2011 et 2013. Les désignations SM1 et SM2 ne sont pas officielles. Su-25SM3 : est la dernière mise à niveau qui a commencé en 2014 avec le Su-25SM-80. Un premier lot de 50 avions Su-25 doit être mis à niveau au standard SM3. Par la suite, tous les avions Su-25SM précédemment mis à niveau seront également mis à niveau au standard SM3.