Léon le Grand (en latin Leo Magnus) est évêque de Rome de 440 à 461. Il est connu pour son intervention dans les controverses christologiques du : sa position doctrinale exprimée dans le Tome à Flavien est adoptée comme la doctrine orthodoxe au concile de Chalcédoine en 451. Face au délitement du pouvoir impérial, il négocie en 452 avec Attila la retraite des hordes hunniques, et en 455 avec Genséric la survie de Rome. Il est considéré comme saint et docteur de l'Église par l'Église catholique, qui le célèbre le .
Origines Ses origines sont mal connues. Né à Rome en 391, fils d'un dénommé Quintianus, il est archidiacre de Rome sous le pontificat de (422–432), puis de (432–440) dont il est l'homme de confiance. À la mort de ce dernier, le , Léon est en Gaule à la demande de la cour de Ravenne, afin d'arbitrer un conflit entre le patrice Aetius et le préfet du prétoire des Gaules Albinus.
Élection Sa réputation et son influence sont si grandes qu'il est élu pape par le peuple romain pendant son absence en Gaule. Il rentre à Rome en septembre pour être sacré le . Il a pour conseiller Pierre Chrysologue.
Personnalité Léon fait peu de confidences sur sa personne, contrairement à nombre de ses successeurs"Nulle part on ne voit de personnalité païenne défendre efficacement la société romaine contre les Barbares. Partout cette défense est assurée par les évêques qui seront ainsi les derniers représentants authentiques de la romanité, le pape saint Léon à Rome". (Jean Dumont, L'Église au risque de l'histoire, préface de Pierre Chaunu de l'Institut, Éditions de Paris, Ulis 2002, ).. De son pontificat on ne connaît que son activité pastorale et théologique. Il ignore probablement le grec, ne goûte guère la philosophie et les auteurs classiques, dont on ne trouve quasiment pas de citations dans la centaine de sermons que l'on possède de lui. Mais Léon possède au plus haut point la conscience de la dignité de sa fonction d'évêque de Rome, dont il justifie la primauté par sa qualité de successeur de Pierre..
De fait, il privilégie clairement la fonction plutôt que la personne qui l'assume. D'ailleurs, en 445, l'empereur romain reconnaît officiellement la primauté du pape à la suite de la condamnation de l'évêque d'Arles, Hilaire d'Arles. Il est de caractère énergique et serein, tenace et résolu.
Positions Juridiction vignette|redresse=1.0|Le Concile de Chalcédoine, par Vassili Sourikov, 1876.
Sa juridiction s'exerce sur trois zones. Tout d'abord la ville de Rome et l'Italie, où il réprime la secte des manichéens et le pélagianisme. En 443, il rassemble à Rome de nombreux évêques et prêtres pour les mettre en garde contre les sectes et inviter ceux qui le souhaitent à se rétracter de leurs erreurs. Beaucoup, semble-t-il, se rétractent ; quant aux récalcitrants, ils sont sanctionnés. Léon oblige aussi les évêques à assister chaque année au synode de Rome. Il leur rappelle les conditions d'admission à l'épiscopat.
Elle s'exerce ensuite sur la Gaule, l'Espagne et l'Afrique du Nord, où elle encourage la lutte contre le priscillianisme, invitant l'évêque d'Astorga à réunir un concile contre cette hérésie. De même, il exprime sa réprobation à Hilaire d'Arles qui s'arroge un pouvoir sur les évêques de Gaule.
En Orient, enfin, il exerce sa juridiction sur l'Illyrie (les régions balkaniques) par l'intermédiaire de l'évêque de Thessalonique, dont il fait son vicaire. Surtout, il intervient de façon décisive dans les troubles qui agitent l'Orient à la suite de l'enseignement d'Eutychès, qui ne veut voir dans le Christ qu'une seule nature, la divine (monophysisme). Il adresse à Flavien de Constantinople une lettre (le « Tome », Épître XXVIII) qui expose avec netteté et fermeté le dogme des deux natures dans l'unique personne du Christ. Après l'échec du concile convoqué par l'empereur byzantin (le « brigandage d'Éphèse », en 449), Léon, en accord avec le nouvel empereur byzantin Marcien, sait imposer ce dogme au concile de ChalcédoineSaint Léon le Grand, pape, docteur de l'Église († 461), héraut de la Romanitas..
Pensée théologique Christologie Les innombrables querelles sur la personne et la nature du Christ permettent à Léon d'en imposer aux théologiens byzantins. Dans le Tome à Flavien, lettre publiée le et adressée au patriarche de Constantinople, il exprime de façon magistrale la doctrine de l'unicité de la personne du Christ, subsistant en deux natures distinctes, et réfute ainsi clairement le monophysisme. convoque un concile à Éphèse en 449, mais Eutychès empêche les représentants du pape de prendre la parole (le brigandage d'Éphèse)Nous possédons la lettre de Théodoret de Cyr à Léon de Rome où il en appelle au verdict romain contre la condamnation qu'il a encourue à Éphèse sans avoir été entendu. Théodoret de Cyr, Correspondance, , Éditions du Cerf, Paris.. Le triomphe d'Eutychès est de courte durée, car après la mort accidentelle de , la nouvelle impératrice Pulchérie et son mari Marcien, favorables à l'orthodoxie, convoquent un nouveau concile à Chalcédoine en 451. Léon fait triompher son point de vue et, à la lecture de son Tome à Flavien, l'assemblée se lève et s'écrie : « C'est Pierre qui parle par la bouche de Léon ! ». Si le triomphe doctrinal est complet, il n'en va pas de même sur le plan politique. Léon accuse un échec avec le du concile, qui affirme l'égalité de droit des sièges de Rome et de Constantinople, les deux villes étant cités impériales. Pour Léon, c'est inacceptable, car sa primauté, estime-t-il, vient non pas du prestige de la ville mais de sa qualité de successeur de Pierre. Cette tension, source de bien des conflits dans l'avenir, reste à ce moment contenue, car Léon est conscient de l'importance pour la papauté d'être présente à Constantinople.
Liturgie
La foi permet à celui qui entend la lecture de l'Évangile d'être présent spirituellement à l'événement. Il est commémoré, mais l'action du Christ est rendue présente et agissante (sous la forme du pain et du vin). La célébration des mystères est une source de joie, en même temps qu'un moyen d'affermir la foi des fidèlesComment grandir dans la foi ?..
Morale
Chaque sermon part de la contemplation du Mystère célébré, et aboutit à une parénèse, une exhortation. Le Christ est sacramentum et exemplum : il procure la grâce par la vertu de son action, et témoigne du chemin à suivre.
Action politique vignette|redresse=1.0|Léon et Attila, peinture de Raphaël (peintre).
L'action politique de Léon n'est pas négligeable. L'épisode le plus célèbre est la rencontre avec Attila en 452 à Mantoue, où le pape persuade le conquérant de faire demi-tour. Il est vrai que l'intervention de l'empereur byzantin Marcien sur les arrières des Huns n'est sans doute pas étrangère au retrait d'Attila, plus sans doute que le pouvoir de persuasion du pape. En 455, il lui est impossible d'empêcher le deuxième pillage de Rome par Genséric et ses Vandales, mais il parvient quand même à obtenir que la ville ne soit pas incendiée et qu'il n'y ait ni meurtres, ni viols, ni violences.
Héritage Saint Léon meurt le . Il est enseveli sous le portique de la basilique Saint-Pierre. Avec et Nicolas (non officiel), il est le seul pape qualifié de « grand ». Il est fêté le Voir saint Léon le Grand sur Nominis.. dans le rite romain post-conciliaire, le dans le rite romain pré-conciliaire. et le selon le calendrier oriental julien ( dans le calendrier grégorien, les années bissextiles)..
On possède de lui , qui sont autant de documents précieux sur la vie de l'Église et de la papauté. Il est aussi le premier pape dont nous ayons les Sermons, 97 en tout, prononcés généralement lors des grandes fêtes de l'année liturgique ou des temps privilégiés. On en lit des extraits dans la liturgie des heures (office des lectures ou matines), par exemple à Noël.. ou (selon le rite dominicain) les trois jours du triduum pascal..
Ces lettres sont d'une grande simplicité et souvent assez courtes. Elles exposent les mystères du Christ, préconisent le jeûne et la générosité et prêchent le dogme de l'Incarnation tel qu'il est défini au concile de Chalcédoine. Certaines d'entre elles expliquent aussi sa conception du rôle du souverain pontife, lequel est l'héritier de l'autorité conférée par Jésus à Pierre. Ce dernier, selon Léon, est toujours présent dans l'Église et transmet à son successeur son autorité suprême. C'est pourquoi seul le siège apostolique, le siège de l'Apôtre, c'est-à-dire Rome, doit recevoir la mission de diriger l'Église universelle (catholique). Il considère qu'à la grandeur passée de la cité impériale doit succéder l'humilité de la Rome des apôtres Pierre et Paul.
Saint Léon a permis le premier missel qui, modifié, est devenu le Sacramentaire léonien, une compilation de textes liturgiques des , . Le Sacramentarium Leonianum contient probablement des éléments qui remontent à saint Léon.
Il est proclamé « docteur de l'Église » (Doctor unitatis Ecclesiae) en 1754 par son lointain successeur .
Léon est le sujet d'une tragédie de Juliana Cornelia de Lannoy, intitulée Léon le Grand (1767 en littérature). Dans le roman historique Le trône du monde (1946), réédité sous le titre Attila le Hun, Louis de Wohl fait intervenir Aetius, Attila, Honoria et Léon .
Écrits
Léon le Grand, pape et docteur de l'Église, a largement contribué à formuler contre les hérésiesIl lutte contre les hérésies : manichéisme en Italie (notamment à Rome), pélagianisme, nestorianisme, monophysisme ou eutychianisme [Eutychès (378–454), moine byzantin, défend le monophysisme (la nature divine de Jésus a absorbé sa nature humaine)], priscillianisme en Espagne. la doctrine chrétienne de l'incarnation, ..
Faire nous-mêmes ce qu'il fait
Évite le mal, fais ce qui est bien
Paroles de Léon dit le Grand vignette|redresse=1.0|Sermones (italien) - Imprimé à Florence : Antonio Miscomini, le XXI mai MCCCCLXXXV (21 mai 1485). - 174 c. Biblioteca europea di informazione e cultura.
Extrait et sermons Léon dit le Grand, pape.« Sermon pour la Passion » de Saint Léon le Grand. : Sermon pour la Passion du pape Léon le Grand « Gloire et Puissance de la Croix » : Le Seigneur est livré à ceux qui Le haïssent. Pour insulter Sa dignité royale, on L'oblige à porter Lui-même l'instrument de Son supplice. Ainsi s'accomplissait l'oracle du prophète Isaïe : Il a reçu sur ses épaules le pouvoir. En se chargeant ainsi du bois de la Croix, de ce bois qu'il allait transformer en sceptre de Sa force, c'était certes aux yeux des impies un grand sujet de dérision mais, pour les fidèles, un Mystère étonnant : Le Vainqueur glorieux du démon, l'Adversaire tout-Puissant des puissances du mal, présentait sur Ses épaules, avec une patience invincible, le Trophée de Sa victoire, le Signe du salut, à l'adoration de tous les peuples. Il y a des pièges dans l'abondance des riches, il y en a aussi dans la pauvreté. L'opulence rend hautain et vaniteux, le dénuement engendre l'aigreur et l'amertume. Ne jugeons pas l'héritage (spécialement chrétien) sur l'indignité des héritiers. Reconnais, ô chrétien, ta dignité. Tu participes à la nature divine, ne retourne donc pas à ton ancienne souillure par une manière de vivre indigne de ta race... Tu as été transféré dans le royaume de lumière qui est celui de Dieu. (Sermon pour Noël). Le Christ aime l'enfance par laquelle il a débuté, en son âme comme en son corps, modèle de douceur. C'est vers elle qu'il ramène les adultes, c'est vers elle qu'il ramène les vieillards. Ce n'est pas aux amusements de l'enfance ni à ses tâtonnements maladroits que nous devons retourner. Il faut lui demander le rapide apaisement des colères, le prompt retour au calme, l'indifférence aux honneurs, l'amour de l'union mutuelle. (Sermon pour l'Épiphanie).