vignette|Points d'acupuncture dans l'oreille.

L'auriculothérapie, anciennement appelée acupuncture auriculaire, est une approche de médecine non conventionnelle. Elle est basée sur l'idée que le pavillon de l'oreille est un micro-système et un organe externe qui reflète l'ensemble du corps. Elle suppose que les affections physiques, mentales ou émotionnelles du patient peuvent être traitées par la stimulation exclusive de la surface de l'oreille. Des cartographies similaires sont utilisées par plusieurs autres modalités telles que la réflexologie et de l'iridologie. Ces cartographies ne sont pas basées sur des preuves scientifiques ou médicales et ne sont donc pas reconnues par la science. Cette approche est considérée comme une pseudoscience.

Principe Elle relève de la somatotopie (cartographie du corps, permettant ici de construire des représentations des différents organes du corps sur le pavillon de l'oreille, reconstituant grossièrement l'image d'un fœtus inversé. Selon Nogier, l'atteinte d'un organe se traduirait sur l'oreille par l'apparition de zones douloureuses à la pression. Et selon le René J. Bourdiol, il existerait une action sur l'organe en cas de puncture ou stimulation de la zone auriculaire correspondante chez l'homme et l'animal. Les mécanismes de cette action seraient sous-tendus par une convergence neuronale, réunissant, les signaux en provenance de l'organe malade, et des zones cutanées de l'oreille.

Elle se fonde sur l'idée que l'oreille serait un microsystème reflétant tout le corps, représenté sur la surface externe du pavillon. Les affections de santé physique, mentale ou émotionnelle du patient sont supposées être traitables par stimulation de la surface de l'oreille. Elle postule que des flux d'énergies non matérielles passent à travers des canaux hypothétiques dits méridiens énergétiques., centralisés sur la surface de la peau de l'oreille.

Il y aurait sur le pavillon auriculaire au moins deux sortes de points:

des points réflexes c'est-à-dire des points réagissant à la pression d'un palpeur correspondant à l'apparition d'une lésion périphérique. Une douleur du pouce se manifestera sur l'oreille par l'apparition d'un point douloureux à la pression d'un palpeur sur la representation du pouce. Le signe caractéristique du point reflèxe auriculaire étant le signe de la grimace.

des points fonctionnels généralement peu ou pas douloureux détectés par des appareils électriques. Le point d'auriculothérapie est un point électriquement perturbé en baisse d'impédance. La résistivité sur ce point est moindre et souligne un déséquilibre qu'il convient de traiter. C'est le docteur Niboyet qui en 1963 a montré les propriétés électriques du point d'acupuncture dans sa thèse " La moindre résistance à l'électricité de surfaces punctiformes et de trajets cutanés concordants avec les points et méridiens - bases de l'Acupuncture ".

C'est à partir de ces deux sortes de points que le docteur Paul Nogier a pu établir sa cartographie de l'oreille.

Des cartographies similaires sont utilisées dans de nombreuses zones du corps, par les pratiquants de réflexologie.

Ces cartographies n'étant pas étayées sur des preuves médicales ou scientifiques, elles sont considérées pour le moment comme des pseudosciences....

Historique .

Cette approche est actualisée par les travaux du , dans les . C'est notamment à la suite d'une conférence avec le médecin allemand Gerhard Bachmann en , que les premiers écrits en langue chinoise sur l'auriculothérapie voient le jour, article repris dans la revue Auriculomédecine, 21, , Maisonneuve, Sainte-Ruffine.. Selon Paul Nogier, la plupart des zones corporelles posséderaient sur l'oreille une correspondance précise et leur piqûre par une aiguille courte d'un millimètre d'épaisseur provoquerait « une vive douleur en même temps qu'une sédation ou une guérison de la maladie de l'organe correspondant ».

Certains la présentent comme l'une des formes de la neuromodulation..

Critiques et risques Manque de fondements théoriques Le mécanisme de fonctionnement de cette pratique ne correspond à aucune donnée physiologique humaine ou animale scientifiquement connu. Il n'y a pas de raison logique de croire que les cartes auriculaires sont valides.

Aucune voie anatomique ou physiologique connue relie les points de l'oreille au reste du corps, que ce soit par le biais de neurones, ou de méridien énergétique (dont le concept scientifique n'existe pas). Et si de nouvelles voies étaient découvertes, il faudrait encore expliquer comment les dysfonctionnements d'organes pourraient être détectés sur l'oreille, et comment les emplacements pourraient varier en fonction du stade de la maladie.

La communauté scientifique rejette le concept de méridien comme étant issu d'une vision obsolète de la médecine, tout comme la théorie des humeurs. Il n'existe pas de preuve scientifique de leur existence.

Et l'acupuncture, supposée reposer sur la connaissance des méridiens, n'a pas été démontrée plus efficace que l'effet placebo.

Le modèle théorique de l'auriculothérapie n'est pas scientifiquement validé. Et pour l'INSERM, l'enseignement et la pratique de l'auriculothérapie en France sont insuffisamment structurés. L'enseignement est majoritairement associatif. Il existe une formation universitaire (DIU), mais elle n'est pas reconnue par le Conseil national de l'Ordre des médecins et n'a été suivie que par peu de praticiens. Il existe de ce fait une hétérogénéité certaine des pratiques.

Évaluation d'efficacité/inefficacité de l'auriculothérapie en situation clinique Les critiques, dont émises par la plupart des médecins, se basent sur l'absence de preuve scientifique des assertions de l'auriculothérapie. Les données cliniques n'indiquent pas de corrélation entre une maladie présente dans le corps et la convergence d'informations sur la peau du pavillon de l'oreille.

Une évaluation approfondie, basée sur une revue de la littérature, titrée Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'auriculothérapie (224 pages) a été faite par l'unité à la demande du ministère français de la Santé (direction générale de la Santé), publiée en .. Selon cette expertise :

Concernant la cocaïnomanie, une méta-analyse () publiée par l'organisation Cochrane a conclu à l'absence de preuve d'efficacité dans le traitement de cette dépendance..

Concernant le sevrage tabagique : un rapport () de la Haute Autorité de santé (HAS) ne recommandait pas l'utilisation de l'auriculothérapie, arguant qu'elle n'avait pas fait la preuve de son efficacité thérapeutique..

En , le Conseil national de l'Ordre national des infirmiers en France note que la quinzaine de méta-analyses existantes recensant plus de menées sur l'auriculothérapie concluent à l'absence de preuves concernant son efficacité réelle sur la santé des patients..

L'Inserm note que l'auriculothérapie a été reconnue comme médecine traditionnelle par l'OMS en , mais ne bénéficie d'aucune reconnaissance officielle en France. Le Conseil national de l'Ordre des médecins et la Miviludes soulignent le danger de la pratique lorsque celle-ci est utilisée comme traitement de substitution.

Sur l'utilisation commerciale Sa pratique commerciale a été contestée en France en par une décision de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé : une équipe de commerciaux non-médecins s'est vue privée de toute publicité dans la mesure où pour cette technique , Journal officiel de la République française, , , , NOR MESM0022205S, sur Légifrance..

Emprise En , le ministère de la santé français annonce la mise en place d'un « comité d'appui pour l'encadrement des pratiques de soins non conventionnelles » dont l'ostéopathie . L'auriculothérapie peut donner lieu à une mise sous emprise, sur laquelle alerte régulièrement la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), celle-ci observe une augmentation des signalement depuis 2015.

Recherches Quelques résultats d'effets bénéfiques sur l'insomnie., la diminution de la douleur post-césarienne. ou encore dans le syndrome prémenstruel. pourraient être dû à des biais de publications, des faiblesses méthodologiques ou bien aux effets positifs de la stimulation du nerf vague.

Il est nécessaire d'attendre de nouvelles publications scientifiques afin d'évaluer le périmètre d'action de cette méthode.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Acupuncture Iridologie Médecine non conventionnelle Pseudosciences Réflexologie Neurostimulation

Bibliographie

Raphaël Nogier, Introduction pratique à l'auriculomédecine. La photoperception cutanée., Haug international, 1993. Nogier et al. Revue Auriculomédecine à 37 de 1975 à 1984 Y. Meas/ Y. Rouxeville, Panorama de l'auriculothérapie et de l'auriculomédecine , Springer, 2011 André Lentz : Auriculomédecine rénovée et simplifiée ( édition) , éditeur lulu.com, 2020 Bernard Leclerc, Auriculomédecine : Contribution personnelle à une histoire en marche (La saga de l'oreille) GLEM, 1998 Jean Armani, De l'auriculomédecine à ses applications dentaires Tec & Doc , 1999 La Latéralité et L'auriculomédecine - Lise Couture, chez AuthorHouse, 2013 ICAMAR , Revue de l'international college of auriculomedicine and auriculotherapy en ligne consultable sur www. icamar.org Vers une Médecine de l'Information : Épistémologie d'un élargissement aux travaux du Paul Nogier, père de l'auriculo-médecine : acupuncture auriculaire, diagnostic et chromophotonique des champs péri-somatiques Daniel Courty Dans Hegel 2014/2 (), pages 136 à 145 Inserm : Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'auriculothérapie – 2013-Inserm

Catégorie:Médecine non conventionnelle Catégorie:Acupuncture Catégorie:Pseudoscience