vignette|La tour de la Chaîne et la tour Saint-Nicolas. La tour de la Chaîne est, avec la tour Saint-Nicolas et la tour de la Lanterne, l'une des trois tours du front de mer de La Rochelle, et l'une des deux tours emblématiques du Vieux-Port, dont elle constitue la majestueuse porte d'entrée. C'est de cette tour qu'était manœuvrée la chaîne, fixée dans la tour Saint-Nicolas sur l'autre rive, de manière à interdire l'accès au port. Elle a été classée monument historique le . .

La Rochelle ayant joué un rôle important dans l'aventure atlantique dès le , la tour de la Chaîne s'est inscrite dans la mémoire des migrants vers la Nouvelle-France comme l'une des dernières images de leur terre natale. Au , les navires assurant les voyages avec la Nouvelle-France, dont les tonnages accrus ne leur permettaient plus d'entrer dans le port ancien en voie d'envasement, étaient ancrés au large ; passagers et marchandises étaient alors chargés sur des chaloupes au pied de la tour.

Histoire thumb|La Grosse et la Petite tour de la Chaîne, selon Émile Couneau dans La Rochelle disparue, 1904 Il existait en fait à cet endroit deux tours de la Chaîne : une Petite tour de la Chaîne qui abritait le cabestan servant à tendre la chaîne ; une Grosse tour de la Chaîne destinée à loger le capitaine de la tour, sa famille et la garnison ; les deux tours étant reliées entre elles par une galerie à deux niveaux.

Construction

La date de construction précise est inconnue. D'après Claude Masse, la Grosse tour fut construite entre 1378 et 1380. D'après d'autres documents, la construction se situerait entre 1382 et 1390. La Petite tour aurait été bâtie à une époque antérieure.

Du au Grand siège

Un capitaine y réside jusqu'en 1472. Après l’élection du maire, les cent membres du corps de ville procédaient à l’élection des candidats, parmi lesquels le maire choisissait notamment les capitaines ou gardes des tours de Saint-Nicolas, de la Chaîne et de la Lanterne. Le capitaine est nommé par le maire, tous les ans. Ce poste était jugé d'une telle importance que le titulaire prêtait serment de fidélité dans les mains du maire. Il était tenu d'y résider avec sa famille (Statuts de la commune), sans découcher la nuit, afin d'exercer une active vigilance, en cas de surprise de l’ennemi. Il prélève les taxes dues par les bateaux utilisant le port et contrôle la chaîne qui permet d'en fermer l'entrée selon les directives du maire.

Lors de la visite du roi Louis XI, le , il visite la ville et monta dans la tour de la Chaîne. Contemplant la richesse de la ville, il grava, avec le diamant qu'il avait au doigt, sur la vitre d'une des fenêtres de la galerie, qui joignait les deux tours de la Chaîne les mots rapportés par tous les historiens : Oh! la grande folie! Il faisait allusion à la faute qu'il avait commise en abandonnant à son frère le duc de Guyenne, le pays d'Aunis et de Saintonge, et en particulier La Rochelle, qu'il considérait comme un port de première utilité pour la prospérité commerciale de son royaume. Le jour même, le Roi reçut la nouvelle que son frère était trépassé la veille à Bordeaux.

À partir de 1472, la tour devient la résidence du gouverneur de la ville.

La tour, comme les autres, a servi de prison comme le montre l'affaire de la Brodière, commandant de troupe, qui fut enfermé sous la pression des bourgeois en 1554, à la suite de l’assassinat de trois jeunes issus d’anciennes familles du corps de ville et des Maires.

Après la paix de Longjumeau, les Rochelais consentirent à recevoir leur gouverneur, le baron de Jarnac, qui arriva le . Malgré tout, les Rochelais n'étaient pas enclins à accéder à ses demandes pour l’élection d'un maire plus conciliant, ni pour celle du roi, de conserver dans ces fonctions Yves du Lyon, seigneur du Grand-Fief dans son rôle de capitaine de la tour de la Chaîne. On répondit que les statuts de la commune exigeaient que tous les capitaines des tours fussent changés chaque année, et un autre fut mis à la place du protégé royal.

À la fin des années 1560, La Rochelle s’affirme comme une capitale politique et militaire des protestants de l’Europe du Nord-Ouest. Outre son rôle dans la défense de la cité, la tour de la Chaîne est alors utilisée pour entreposer la part du butin qui revient à la cause huguenote, rapportée par les corsaires qui saisissent les navires espagnols et plus largement « papistes ». La tour sert aussi de réserve d’armes et de munitions.

Le , meurt François de Coligny, seigneur d'Andelot, colonel de l'infanterie française, frère de l'amiral et l'un des plus beaux caractères du parti réformé, dont il fut longtemps la tête la plus intelligente et le bras le plus héroïque. Peu de jours après, son corps, après avoir été embaumé, fut transporté à La Rochelle, au milieu de l'affliction générale. La reine de Navarre voulut suivre le convoi et accompagna les restes de celui dont elle comprenait la perte immense, jusqu'à la tour de la Chaîne, où ils restèrent jusqu'en 1579, époque à laquelle son fils ainé, le comte de Laval, les fit transporter à la Roche-Bernard, 176 (Suivant A. Barbot)..

Le , lors du siège de la ville, la tour et la muraille furent prises d'assaut, 106 (La Popelinière - Cauriana - Amos Barbot,&).

Elle conserve ces fonctions pendant le siège de 1628.

Le , le Parlement procède à l'enregistrement de la déclaration royale à la suite de la reddition de la Rochelle au roi Louis XIII. ... Que tous ses biens et revenus étaient réunis au domaine royal et que les murailles, remparts et fortifications de la ville seraient rasés et ses fossés comblés, de telle façon que la charrue pût passer sur leur emplacement, à l'exception toutefois des tours de Saint-Nicolas, de la Chaîne et de la Lanterne, et de la portion du mur d'enceinte qui faisait face à la mer...

La tour de la Chaîne échappe aux démolitions de l'enceinte dite protestante pour protéger la ville contre une descente anglaise.

La Fronde

La Rochelle est revenue sur la scène nationale et a participé malgré elle à la Fronde. Le comte du Daugnon, gouverneur général du pays d'Aunis ayant pris parti pour le prince de Condé contre le roi. Le comte s'était constitué une petite armée grâce aux taxes sur le sel et rançonnait fermiers et marchands.

La ville est dépourvue de fortifications depuis le grand siège, à l’exception du front de mer. Le comte décide de faire des tours son réduit de sûreté. Pour cela, il fait raser deux maisons contiguës à la tour et l'entoure d'une épaisse muraille, assez haute pour communiquer avec le mur d'enceinte, et à l'intérieur de laquelle il fait élever un rempart en terre.

Le , à l’arrivée des troupes du roi Louis XIV menées par Henri de Lorraine, comte d’Harcourt, le comte du Daugnon s’enfuit rejoindre le prince de Condé à Bordeaux, en laissant son lieutenant, de Besse, à la tête de quelques soldats réfugiés dans les tours. Pour les déloger, le marquis d'Estissac, lieutenant-général des armées du roi au pays d'Aunis, fait miner les tours et ouvre le feu au canon. Pour cela, il fait installer trois batteries. L'une sur la petite place voisine de la Grosse Horloge, l'autre sur le quai de la grande rive (au niveau de l'ancienne poterie) et la troisième devant l'église Saint-Nicolas à l'emplacement de l'ancienne porte de Vérité sur le port.

Après s'être rendu maître de la tour de la Lanterne, d'Estissac avait songé à s'emparer de celle de la Chaîne. Nonobstant les grands feux d'artifice, les canonnades et mousqueteries des soldats des tours (de l'entrée du port), les troupes royales s'étoient emparées d'une maison joignant lescalier de la muraille de la Chaisne. Dans la nuit du 19 au 20, les soldats des gardes et quelques habitants avec eux, malgré une grèle de mousquetades et de pierres qu'on leur tiroit au travers des machicoulis et des canonnières, vont à la barrière qui estoit à l'entrée de ceste tour sur la muraille, la rompent, enfoncent la première porte de la galerie, gaignent le premier pont, l'abattent et estant attachés au second, et le mineur s'estant fait ouïr au pied de la tour, où déjà il avoit advancé sont travail, les ennemis, saisis de frayeur, abandonnèrent ceste tour pour aller en l'autre et, en la quittant, ils mirent le feu aux poudres et aux artifices qui estoient dedans, tellement qu'en une matinée, la fureur des rebelles détruisit un pompeux édifice, pour qui l'insolence des temps avoit eu du respect (Mercure Rochelais)L'édifice s'effondre, le , sous une formidable explosion. L'explosion détruisit sa toiture, les mâchicoulis et le chemin de ronde. Elle restera près de 300 ans à ciel ouvert. Les assiégés, sains et saufs, se sont réfugiés dans la tour Saint-Nicolas. Bien que partiellement ruinée, La tour de la Chaine est intégrée dans la nouvelle enceinte de 1689 dite de Ferry (du nom de l’ingénieur ayant la charge de la construire).

Du au thumb|Au premier plan à gauche, vue de la Casemate qui remplace l'ancienne petite tour de la chaîne. Sur sa partie basse, on peut observer le passage de la chaîne pour sa manœuvre.

Le , lors d'une descente d'une flotte anglaise sur l'Île d'Aix, les Rochelais paniqués redoublèrent leurs efforts pour achever les fortifications de la ville. Les négociants demandèrent l'établissement de batteries sur les murs. L'une se situait au pied de la tour de la Chaîne. Elle fut opérationnelle en moins de deux jours. Elle fut en partie réalisé grâce à l'aide des enfants de la ville si bien que la batterie fut communément appelée la batterie des enfants (Relat. hist. - Ms. 8435).

Dans la moitié du , on perce la muraille qui relie la tour de la Chaîne à la tour de la Lanterne permettant une communication entre le port et l'espace qui deviendra l'emplacement des chantiers navals. La porte créée est nommée la porte des Dames.

En 1811, on construisit le bastion bas, protégeant la tour de la Chaîne et l'entrée du port.

En 1824, la petite tour de la Chaîne fut détruite pour élargir l'entrée du port qui est maintenant de 40. On en profite pour réaménager le bastion bas qui est doté d'un fossé et on reconstruit le pont de la porte des Dames. Le corps de logis reliant les deux tours de la Chaîne est également transformé en terrasse remparée avec casemate. Seule est conservée une partie de la galerie abritant le mécanisme (le cabestan) de lever de la chaîne permettant de barrer l'entrée du port. La galerie et le cabestan existent encore de nos jours. thumb|upright|À gauche le bastion, au premier plan le corps de logis transformé en terrasse remparée avec casemate. On peut voir la restitution du toit en tuile faite au . Vue depuis la partie haute de tour Saint-Nicolas, là où aurait dû démarrer l'arche qui aurait rejoint la petite tour de la chaîne, dont l'emprise se situait dans le prolongement de la casemate.

La tour est classée monument historique le .

En 1909, l’architecte Albert Ballu entreprend les premières restaurations. Dans un premier temps, on restaure les parties supérieures (couronnement en mâchicoulis). Fortement contestés, ces travaux sont interrompus en 1915. Ils ne reprendront qu’après la Seconde Guerre mondiale et se poursuivront jusqu’à ce que la tour reçoive sa couverture en béton imaginée par l’architecte Georges Jouven, en 1952.

Restée vide durant plusieurs années, la tour accueille un café qui occupe alors le deuxième niveau et le bastion haut (La terrasse). L'entrée se faisait alors au niveau du mur d'enceinte. Le premier niveau accueille, lui, une maquette de la ville d'autrefois, l'accès à la salle se faisait depuis le port.