vignette|redresse=1.7|Extension géographique de la culture ibéromaurusienne
L’IbéromaurusienDans l'Antiquité, les Grecs appelaient Maurusiens les habitants de l'Afrique du Nord actuelle. est une culture archéologique préhistorique qui s'est développée sur l'actuelle Afrique du Nord, occupant une bande littorale allant du nord de la Tunisie au sud du Maroc. Cette culture du Paléolithique supérieur s'étend d'environ avant le présent (AP). Les abris sous roche de la Mouillah, près de Maghnia (Algérie), en sont le site type.
Origine L’Ibéromaurusien, issu des termes Ibérie et Maurétanie, a été nommé ainsi vers 1909 par Paul Pallary, qui avait cru trouver en cette industrie des ressemblances avec l’outillage microlithique que Louis Siret découvrait au même moment dans le sud de l’Espagne. La source de cette culture, qui émerge il y a environ et d'une durée de près de quinze millénaires, est débattue par les spécialistes, cependant, cette théorie sur la relation avec le sud de l'Espagne est maintenant généralement écartée.A.E Garrod (1938). "The Upper Palaeolithic in the light of recent discovery". Proceedings of the Prehistoric Society. 4 (1): 1–26. doi:10.1017/S0079497X00021113.
L'Ibéromaurusien a été précédé en Afrique du Nord par les industries atériennes, dont l'auteur était Homo sapiens, présent en Afrique du Nord depuis au moins .
Cependant, aucun lien ferme n'a pu être démontré entre cette culture lithique et les précédentes situées en Afrique du Nord. Son origine est l'objet de discussion et tend à soutenir l'hypothèse d'un lien avec le sud de l'Europe et la péninsule Italienne. L'analysé paléogénétique d'individus ibéromaurusien identifie quant à elle un lien avec des populations du Levant.
Description Les gisements ibéromaurusiens ont livré une industrie lithique microlithique à nombreuses lamelles. Celles-ci sont fréquemment transformées en lamelles à dos ou en segments, au moyen de la technique du microburin. Il existe une importante variabilité temporelle.
La chasse, la pêche et la cueillette fournissaient la totalité des ressources alimentaires; la principale espèce chassée était le mouflon à manchettes (Ammotragus lervia), associée à des bovidés, des cervidés et des suidés. Le recours à la pêche et à la collecte de coquillages et d'escargots gagne en importance à partir de AP. Ces différents éléments suggèrent le développement d'une certaine forme de sédentarité vers la fin de cette culture.
Des figurines animales en terre cuite très anciennes ( AP), des parures en coquille d'œuf d'autruche et de nombreuses traces d'ocre témoignent de préoccupations artistiques. De nombreuses sépultures primaires sont connues, parfois dans des tombeaux construits.
L'évolution technologique qui s'observe à partir de 12.000 ans AP provoque l'émergence de plusieurs autres cultures et la fin de la culture ibéromaurusienne.
Principaux sites L’ensemble industriel ibéromaurusien a recouvert une grande partie de l’Afrique du Nord ; il a occupé, depuis le nord de la Tunisie jusqu’au Maroc occidental, la zone phyto-climatique que les géographes appellent le Tell : région au relief contrasté occupée par de moyennes montagnes (Atlas tellien), coupée de vallées étroites et de plaines développées en chapelet, zone de climat méditerranéen qui, à l’époque, connaissait des précipitations nettement plus abondantes qu’aujourd’hui.
Tamar Hat (Algérie) Le site de Tamar Hat est un abri-sous-roche situé dans la commune de Melbou, à environ 35 km au sud-est de Béjaïa, sur la côte nord-est de l’Algérie. L’abri mesure approximativement 6 m de large sur 8 m de profondeur, s’ouvrant vers la Méditerranée à une altitude d’environ 20 m dans un paysage côtier mêlant montagnes et plaines. Le site est associé à la culture Ibéromaurusienne et présente une stratigraphie importante pour ce complexe en Afrique du Nord. Le site pourrait bien avoir été l'épicentre de la culture Ibéromaurusienne compte-tenu de sa datation de 25 000 cal BP qui est la plus ancienne.
Tafoghalt (Maroc) Le gisement ibéromaurusien de la grotte des Pigeons ou Ifri n Tafoughalt en amazigh, à Tafoughalt (ou Taforalt), est situé dans le massif montagneux de Béni-Snassen, à du village de Taforalt, dans le nord-est du Maroc, dans la province de Berkane, dans la région d’Oujda, Oriental (Maroc). Il s'agit d'une grotte de trente mètres d'ouverture et de vingt-huit mètres de profondeur d'avant en arrière. La grotte des Pigeons a été fouillée de 1951 à 1955 par l'abbé Jean Roche. L'étude stratigraphique de la grotte a mis en évidence dix niveaux ibéromaurusiens surmontant un niveau atérien.
L'étude paléoanthropologique du site réalisée par Denise Ferembach en 1962 a inventorié les restes fossiles de 86 adultes et de 98 enfants, en bon état de conservation, répartis dans les 40 sépultures de la grotte. Les sépultures, datées d'au moins , ont été découvertes dans les dix niveaux ibéromaurusiens. Les hommes de Taforalt étaient de type Mechta-Afalou.
Une étude de 2013 a montré que le site avait été occupé par des groupes atériens jusqu'à AP (date radiocarbone calibrée), période suivie d'un hiatus archéologique, après lequel une industrie ibéromaurusienne apparait il y a AP R.N.E. Barton, A. Bouzouggar, J.T. Hogue, S. Lee, S.N. Collcutt, P. Ditchfield, Origins of the Iberomaurusian in NW Africa : New AMS radiocarbon dating of the Middle and Later Stone Age deposits at Taforalt Cave, Morocco, Journal of Human Evolution, Available online 24 July 2013, ISSN 0047-2484, https://dx.doi.org/10.1016/j.jhevol.2013.06.003.. Cette dernière se poursuit jusqu'à AP.
Afalou Bou Rhummel (Algérie)
Fouillé à l'origine par Camille Arambourg en 1928, le site d'Afalou Bou Rhummel, près de Béjaïa, en Algérie, avait livré à l'époque les premières sépultures anciennes connues en Afrique du Nord-Ouest. Il a été occupé entre AP et AP. Le faciès de l'Homme de Mechta-Afalou a été reconstitué en statue de cire par Élisabeth Daynès..
Le site a mis en évidence une cinquantaine de pièces de céramique en argile cuite qui représentent des figurines anthropomorphes et zoomorphes ainsi que des morceaux d'argile brûlés. Elles ont été trouvées dans des niveaux datés entre 11 500 et 15 000 bp.
Columnata (Algérie)
Le gisement préhistorique de Columnata est situé sur le territoire de la commune de Sidi Hosni, à environ du village du même nom dans la wilaya de Tiaret. Sur un total de 116 sujets dans la nécropole, 48 adultes et 68 enfants et adolescents ont été dénombrés.
Kef Oum Touiza et Demnet Elhassan (Algérie) Ces Ibéromaurusiens sont situés dans la région montagneuse de la commune de Seraïdi, dans la wilaya d'Annaba, et vont être classés dans la liste des sites préhistoriques algériens..
Akarit (Tunisie) À partir du fond du golfe de Gabès et plus exactement à partir de l’oued Akarit, on retrouve en Tunisie des industries à lamelles attribuées à l’Ibéromaurusien par certains (Menchia, fouille A. Gragueb) et rattachées à un autre “cycle” par d’autres (Gobert 1962).
Ouchtata (Tunisie) Des gisements appartenant à l'industrie ibéromaurusienne ont été trouvés à Ouchtata, lieu qui a donné son nom aux lamelles d'Ouchtata. Gobert et Vaufrey dénombrent 8 microburins, burins tardenoisiens du type de « la mèche » de Vignard, à Ouchtata et 2 à Aïn-Roumane. Les lamelles à retouches semi-abruptes ont été dénommées « Ouchtata » par J. Tixier. Les habitats de l'Homme ibéromaurusien retrouvés à Ouchtata sont souvent des habitats de plein air établis sur des sols sablonneux, de préférence sur des dunes fixéesLouiza Aoudia-Chouakri. Pratiques funéraires complexes: réévaluation archéo-anthropologique des contextes ibéromaurusiens et capsiens (paléolithique supérieur et épipaléolithique, Afrique du Nord- Ouest). Sciences agricoles. Université Sciences et Technologies - Bordeaux I, 2013. Français. . C'est grâce à l'étude du gisement tunisien d'Ouchtata que furent définis et précisés les caractères de la culture ibéromaurusienne.
Type humain associé Morphologie L'industrie lithique ibéromaurusienne est l'œuvre d'un type d'homme moderne, l'Homme de Mechta-AfalouCette appellation a progressivement remplacé l'appellation ancienne dHomme de Mechta El-Arbi.. Plusieurs origines ont été proposées pour expliquer son apparition en Afrique du Nord, notamment une origine européenne via l'Espagne ou une origine proche-orientale. Selon cette dernière théorie, défendue par plusieurs auteursVallois, Movius 1952, Balout 1954, l'Homme de Mechta-Afalou pourrait provenir d'un foyer commun proche-oriental d'où se seraient développées deux branches : l'une vers la corne de l'Afrique, d'ou la présence du marqueur commun E1B1B, et l'autre vers l'Afrique du Nord, donnant l'Homme de Mechta-Afalou.
Contrairement à leurs prédécesseurs atériens, les restes fossiles de l’Homme de Mechta-Afalou sont très nombreux et s’élèvent à près de 500 spécimens. Ils constituent l'une des collections de fossiles humains les plus volumineuses au monde.
Génétique Les différentes études génétiques menées depuis 2005 ont produit des résultats partiellement contradictoires, peut-être dus en partie à la divergence potentielle entre ADN mitochondrial et ADN nucléaire, et à la mise en avant d'horizons temporels différents au sein des génomes étudiés.
Origine locale et eurasienne Une étude génétique de Rym Kefi en 2005, ayant analysé le génome mitochondrial (lignée maternelle) extrait d'une trentaine de squelettes de Tafoghalt (datés de AP), proposait d'écarter une origine subsaharienne des Ibéromaurusiens et de conclure sur une origine locale de cette populationRym Kefi, Alain Stévanovitch, Eric Bouzaid, Eliane Béraud-Colomb, « Diversité mitochondriale de la population de Taforalt (12.000 ans BP - Maroc) : une approche génétique à l'étude du peuplement de l'Afrique du Nord », Anthropologie, Volume 43/1, 2005, pp. 1-11 ().
Une nouvelle étude du même auteur en , portant sur l'ADN mitochondrial de 38 squelettes trouvés sur les sites de Tafoghalt au Maroc et d'Afalou en Algérie, a confirmé l'absence de traces subsahariennes chez les Ibéromaurusiens, mais a relevé en sus de l'ascendance locale une part d'ascendance eurasienne.
Origine levantine et africaine En , une étude génétique réalisée en collaboration par des chercheurs de l’Université Mohammed Ier (Oujda), de l’Université d'Oxford, du Musée d'histoire naturelle de Londres et de l’Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig (Allemagne), a analysé l'ADN nucléaire extrait de plusieurs squelettes de Tafoghalt datés d'environ AP Scientists discover genomic ancestry of Stone Age North Africans from Morocco, Science Daily, 15 mars 2018.
Les résultats suivants ont été obtenus concernant les haplogroupes des lignées maternelles (ADN mt) et paternelles (Y-ADN) : Exemplaire ADN mt Y-ADN TAF009 U6a6b E1b1b1a1b1 TAF010 U6a7b E1b1b1a1 TAF011 U6a7 E1b1b1a1 TAF012 U6a7 N/A TAF013 U6a7b E1b1b1a1 TAF014 M1b E1b1b1a1 TAF015 U6a1b E1b1b
L'haplogroupe maternel U6, peu fréquent aujourd'hui, se retrouve surtout en Afrique du Nord (notamment 28 % chez les Mozabites, 9 % au Maroc, 5-6 % en Algérie et en Tunisie) et aux Îles Canaries (16 %), alors que l'haplogroupe paternel E1b1b1a (E-M78) se retrouve principalement en Afrique du Nord et de l'Est. Il faut noter que les Maghrébins modernes appartiennent toutefois très majoritairement à l'haplogroupe E-M183 (environ 60 % en moyenne) et plus rarement à E-M78 (0-10 %) Marieke van de Loosdrecht et al., Pleistocene North African genomes link Near Eastern and sub-Saharan African human populations, Science, 4 mai 2018.