La guerre d'indépendance de la Slovénie (slovène: Slovenska osamosvojitvena vojna), aussi appelée guerre des Dix Jours (slovène: Desetdnevna vojna), est un conflit militaire qui opposa la république fédérative socialiste de Yougoslavie à la république de Slovénie en 1991 à la suite de la proclamation de l'indépendance de cette dernière .

Origines

L'histoire du peuple slovène est une succession de conquêtes par différentes puissances étrangères qu'elles soient austro-hongroise, française ou italienne. Les Slovènes, un peuple slave, ont ainsi longtemps appartenu à l'empire austro-hongrois et cela jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. À la fin de cette guerre qui vit la défaite et la dissolution de l'empire austro-hongrois, les peuples slaves du sud souhaitèrent former une grande nation slave. L'État des Slovènes, Croates et Serbes fut alors créé en 1918 qui, la même année, devint le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, renommé en 1929 royaume de Yougoslavie. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la région fut envahie par les forces de l'Axe. Les Italiens, alliés des Allemands, participèrent ainsi à l'occupation et le territoire du Royaume fut démembré.

Après la défaite de l'Allemagne nazie, l'État d'avant-guerre fut recomposé et, en 1945, il devint la république fédérative socialiste de Yougoslavie, pays communiste dirigé par le maréchal Tito. Cette fédération était découpée en six républiques disposant de quelques pouvoirs locaux. La république de Yougoslavie, bien que composée essentiellement de Slaves, connaissait en son sein des différences régionales, notamment sur le plan de la religion, des langues et de l'économie. La région slovène, nommée république socialiste de Slovénie, était ainsi essentiellement catholique, alors que la Yougoslavie était également composée d'orthodoxes et de musulmans. La situation économique de la république slovène, située à la frontière de la riche Europe de l'Ouest (Italie et Autriche), était par ailleurs meilleure que celles des autres parties du pays et un désir d'indépendance finit par s'exprimer.

Le pouvoir central de la République fédérale était établi en Serbie, et plus particulièrement à Belgrade, la capitale de la fédération yougoslave. La Serbie était alors la région la plus peuplée de Yougoslavie, un yougoslave sur deux était serbe et elle comptait une majorité de chrétiens orthodoxes, relevant de l'Église orthodoxe serbe. Le pouvoir central, porté par la personnalité et le rayonnement de Tito a maintenu une certaine unité dans le pays jusqu'au début des années 1980. La mort de Tito, survenue en 1980 et plus généralement la crise du modèle fédéral a réactivé les antagonismes nationaux au sein de la fédération. Le , la République slovène, toujours membre de la fédération, organisa un référendum en vue de son indépendance par rapport à l'entité yougoslave. Le résultat fut d'environ 88 % en faveur de la séparation.

Préparatifs de guerre thumb|right|200px|Janez Janša, le ministre de la défense slovène en 1991. Le gouvernement slovène était conscient que le pouvoir central yougoslave n'accepterait pas l'indépendance de la république et qu'il pourrait user de la force pour l'empêcher. De la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'en 1990, la politique nationale de défense de Tito avait toujours été appliquée. Cette politique laissait à chacune des républiques une force armée autonome dénommée Défense territoriale (). Le pouvoir central, de son côté, disposait de l'Armée populaire yougoslave (JNA) qui était bien mieux armée et qui couvrait tout le territoire. Le cas échéant, la JNA pouvait demander un appui aux différentes forces territoriales locales.

Le , le gouvernement slovène fit voter un amendement constitutionnel stipulant que la défense territoriale serait désormais placée sous les ordres directs du gouvernement slovène et non plus ceux de la JNA. Au même moment le gouvernement créa une structure secrète de commandement alternatif dénommée Manevrska struktura narodne zaščite (MSNZ). Cette structure devait permettre au gouvernement de disposer d'un organe militaire de commandement pour diriger la force territoriale avec autant d'efficacité que le faisait précédemment le pouvoir central yougoslave.

Dès , le pouvoir central souhaita réformer cette politique de défense en créant une organisation centrale et non territoriale. Cela aurait eu comme effet de retirer le pouvoir de décision aux différentes entités locales tout en renforçant le pouvoir fédéral. Les unités territoriales auraient ainsi été désarmées ou intégrées totalement dans la JNA, commandée directement à partir de Belgrade. Quand le pouvoir central apprit l'existence de la MSNZ, il essaya alors de prendre le contrôle de la Défense territoriale slovène. Mais cette Défense territoriale fut immédiatement placée sous le contrôle de la MSNZ, qui était indépendante de Belgrade.

Vu l'impossibilité d'obtenir de Belgrade son indépendance par la voie diplomatique et sans l'appui de puissances étrangères, la Slovénie décida de recourir aux armes pour arriver à ses fins.

De fait, sept mois avant le début du conflit, les Slovènes s'étaient préparés à l'affrontement et ils avaient établi des plans en vue d'une campagne militaire pour défendre leur territoire contre les attaques de la JNAGow, James & Carmichael, Cathie. Slovenia and the Slovenes, . C. Hurst, London, 1999.. Ils étaient néanmoins conscients de leur infériorité militaire par rapport aux forces fédérales ; c'est pourquoi le ministre slovène de la défense, Janez Janša, et ses stratèges travaillèrent à une approche de guerre asymétrique qui se fondait sur le concept de la guérilla. Il s'agissait d'utiliser des armes légères anti-chars et anti-aériennes pour arrêter les forces yougoslaves mieux armées, le but étant de monter des embuscades dans des endroits propices. Des armes furent également achetées en secret à l'étranger, notamment des missiles sol-air 9K32 Strela-2 et des lance-missiles d'origine allemande de type Armbrust. La tactique slovène asymétrique se résumait ainsi à une formule : « Frapper et courir » (hit-and-run en anglais).

Chronologie du conflit thumb|right|Carte des manœuvres de la JNA durant la guerre des Dix Jours. Finalement, la Slovénie déclara officiellement son indépendance le , alors qu'elle avait annoncé qu'elle le ferait le lendemain ; cette anticipation avait comme but de prendre au dépourvu le pouvoir central. Le même jour, la république de Croatie faisait de même. Ce stratagème jouait un rôle important dans le plan slovène pour obtenir un avantage stratégique au début du conflit. En effet, le gouvernement slovène prévoyait que Belgrade répondrait avec force après la déclaration du . De fait, Belgrade fut ainsi pris au dépourvu, ce qui permit aux Slovènes de mieux préparer leurs positionsBalkan Battlegrounds, (Central Intelligence Agency, 2002).

Les dirigeants yougoslaves étaient opposés à l'indépendance slovène mais il existait des dissensions au plus haut niveau du pouvoir fédéral quant à la manière de répliquer. Le colonel général de la JNA, Blagoje Adžić, envisageait une vaste opération militaire visant à renverser le gouvernement slovène et à le remplacer par un pouvoir ami. Son supérieur politique, le ministre yougoslave de la défense, Veljko Kadijević, insista pour une réaction moins violente, c'est-à-dire une démonstration de force de l'armée dans le but de faire peur au gouvernement slovène et de le forcer à reculer. Cette solution plus douce fut après débats préférée à la méthode forteAllcock, John B. et al. Conflict in the Former Yugoslavia, . ABC-CLIO, Denver, 1998. On ne connaît pas très bien le rôle des membres civils du gouvernement dans la prise de décision d'attaquer la Slovénie. Ante Marković, le président du Conseil exécutif fédéral yougoslave (l'équivalent du Premier ministre), déclara plus tard que le gouvernement n'avait pas été informé des actions militaires envisagéesMesić, Stjepan. "The Road to War", in The War in Croatia and Bosnia-Herzegovina, 1991–1995, ed. Branka Magaš and Ivo Žanić. Frank Cass, London, 2001.

26 au 30 juin 1991

Dès le , le gouvernement slovène avait pris possession des postes frontières situés à la limite de l'ancienne république socialiste, ainsi que de l'aéroport de Brnik, situé juste au nord de la toute nouvelle capitale Ljubljana. Le personnel des postes frontières était en majorité slovène et il suffit de changer leurs uniformes. Tout cela se fit sans combatQuoted in Balkan Battlegrounds, ibid.. Ces positions défensives permettaient de se prémunir des attaques de la JNA mais elles avaient aussi pour but de pousser les forces de la JNA à attaquer les premières, avec comme but de leur donner un rôle d'agresseur aux yeux de l'opinion internationale.

Le , des unités du corps de la JNA quittèrent leurs casernes de Rijeka (ville aujourd'hui située en Croatie) en direction de la Slovénie pour prendre position à proximité de la frontière Italienne. Cette avancée provoqua une forte réaction de la part des Slovènes de la région qui organisèrent des barricades et des manifestations face à la JNA. Il n'y eut au départ aucun combat, chaque camp ayant comme politique de ne pas ouvrir le feu le premier.

Dès le début du , d'autres unités yougoslaves se mirent en route. Une colonne de tanks et de véhicules blindés de transport de troupes de la première brigade blindée de la JNA quitta la base de Vrhnika, située en Slovénie non loin de Ljubljana, et firent route en direction de l'aéroport de Brnik. Quelques heures plus tard, la JNA prit le contrôle de l'aéroport. De fait, en tant que force fédérale, la JNA disposait de bases militaires sur tout le territoire yougoslave, y compris en Slovénie. Des unités basées à Maribor, la seconde ville de Slovénie, se dirigèrent vers Šentilj et Dravograd. L'aviation yougoslave larguait par voie aérienne des tracts invitant les Slovènes à la paix et à la coopération, indiquant également que toute résistance serait écraséeQuoted in Balkan Battlegrounds, .

Le commandement slovène fut informé des mouvements des forces fédérales. Le commandement du cinquième district militaire, qui englobait la Slovénie, était en contact téléphonique avec le président slovène Milan Kučan. Le message disait que la mission des troupes de la JNA était uniquement de reprendre les postes frontières et l'aéroport de Brnik. Une réunion des Slovènes fut organisée et il fut rapidement décidé de résister par les armesSilber, Laura & Little, Allan. The Death of Yugoslavia. Penguin, London, 1995.

Le gouvernement slovène fut averti que la JNA envoyait par hélicoptères des troupes spéciales aux points stratégiques. En réponse, le gouvernement rétorqua au commandement du cinquième district basé à Zagreb que le vol des hélicoptères au-dessus du territoire slovène devait cesser, sinon ces appareils seraient abattus. L'avertissement ne fut pas pris en compte par les dirigeants yougoslaves qui pensaient encore que les Slovènes préféreraient reculer plutôt que d'aller jusqu'à la confrontation totale. L'après-midi du 27, les forces slovènes abattirent deux hélicoptères yougoslaves au-dessus de Ljubljana. Les équipages, dont un pilote slovène, furent tués. Les Slovènes prirent également position autour de différentes bases de l'armée de Yougoslavie et lancèrent des attaques à travers toute la Slovénie. À Brnik, une unité slovène attaqua les troupes yougoslaves qui tenaient l'aéroport et à Trzin une escarmouche causa la mort de quatre soldats de l'armée yougoslave et d'un soldat slovène. Le reste des troupes yougoslaves impliquées se rendit. Une colonne de tanks de la JNA fut attaquée à Pesnica, Ormož et Koseze. Une autre colonne de la brigade mécanisée de la JNA fut arrêtée à Ormož.