thumb|upright=0.55|Art wisigoth couronne votive du roi Réceswinthe, (Musée Archéologique National, Madrid).

Le royaume wisigoth est un royaume barbare du haut Moyen Âge issu des troubles du , qui a existé de 418 à 720.

Les Wisigoths pillent Rome en 410. L'empereur d'Occident Flavius Honorius leur donne l'Aquitaine seconde, territoire à pacifier ; les Wisigoths sont également invités à pacifier la péninsule Ibérique, qu'ils vont conquérir entre 415 et 418, et qu'ils administreront comme territoires vassaux.

Le fœdus de 418 officialise ce nouveau royaume, sous le statut de peuple fédéré à Rome, responsable des territoires de Novempopulanie et d'Aquitaine seconde. Les Wisigoths font de Toulouse leur capitale. Leur territoire englobe alors la partie de la France actuelle située entre la Loire et les Pyrénées et une bonne partie de la péninsule Ibérique.

Euric rompt le fœdus quand la famille impériale disparaît, constituant un royaume de facto autonome. Les conquêtes continuent alors en Ibérie, en Auvergne et en Provence, consolidant le royaume.

Les guerres franco-wisigothiques, notamment liées à la religion (Francs nicéens contre Wisigoths arianistes), aboutissent à une défaite majeure face aux Francs. En 507, ces derniers, menés par , gagnent la bataille de Vouillé contre les Wisigoths menés par Alaric II. Les Wisigoths perdent alors la majorité de leurs possessions en Gaule aquitaine, dont Toulouse en 508. Ils transfèrent leur capitale à Narbonne puis à Barcelone. Au nord des Pyrénées, ils ne conservent que la Septimanie (correspondant au Languedoc) et une partie de la Provence avec l'aide des Ostrogoths d'Italie.

Les conflits religieux restent vifs jusqu'au concile de Tolède (en 589), qui amène à la conversion des Wisigoths au chalcédonisme, majoritaire en Europe occidentale.

Après l'annexion du royaume des Suèves en 585, les Wisigoths contrôlent militairement toute la péninsule Ibérique, sauf les zones montagneuses du nord occupées notamment par les Basques. On parle alors de l'Hispanie wisigothique, qui culmine avec le choix de Tolède comme capitale centralisatrice vers 560. Les Romains d'Orient hispaniques sont absorbés dans les années 620.

Le royaume dispose alors d'un corpus législatif, le Code de Recceswinth, ou Liber Iudiciorum.

Le soulèvement de la Septimanie et des Vascons en 673, suivis de raids musulmans venus d'Afrique du nord, ainsi que des épidémies et des rébellions des vassaux, fragilisent les successions à la tête du royaume. Profitant de la situation, les Omeyyades débarquent à nouveau en , et, le , remportent une victoire facile face à une armée wisigothe qui y perd son roi, Rodéric, trahi par certains des siens, ainsi qu'une bonne partie de sa noblesse. Du fait du morcellement des forces wisigothes, le royaume est conquis par les Omeyyades (Tolède est prise fin 711). La wilaya d'al-Andalus est fondée.

Les Wisigoths se disputent autour de la succession royale, subissant la conquête en 711-712, et finissent par se réfugier en Septimanie. Leur royaume disparaît définitivement par la conquête de ce territoire par les Omeyyades en 719, et la mort d'Ardo en 720.

Le royaume de Toulouse (418–507)

Les origines : les Wisigoths au service de l'empereur d'Occident Après avoir occupé l'Italie, mis à sac Rome, en 410, les Goths dirigés par Alaric I partent vers le Sud de l'Italie et notamment la Sicile, mais soudain Alaric meurt, et Athaulf est élu roi. Il décide alors de se mettre au service de l'empereur d'Occident Flavius Honorius. Ce dernier les incite à repartir en Gaule pour mater les barbares et les rébellions des militaires romains et en particulier mettre fin à l'usurpation de Jovin. En échange il leur donne l'Aquitaine. Toulouse, Bordeaux et Narbonne accueillent les Wisigoths en pacificateurs. Athaulf s'installe à Narbonne, où il épouse en 414 sa jeune captive, Galla Placidia, fille de Théodose et sœur d'Honorius. Il devient ainsi le beau-frère de l'empereur, ce qui déplaît à ce dernier, qui doit s'en accommoder. Il incite alors les Wisigoths à reconquérir l'Hispanie, envahie par les Suèves, les Alains et les Vandales. Ils traversent les Pyrénées et s'installent à Barcelone, mais Athaulf est assassiné en 415. Wallia lui succède. Il continue la conquête de l'Espagne jusqu'à Gibraltar. Après une longue guerre de 415 à 418, il chasse tous les barbares ennemis de l'Empire romain.

La réussite de cette entreprise conduit l'assemblée générale des Sept-provinces méridionales, réunie en Arles le , à faire la demande à l'empereur Honorius de rappeler les Wisigoths pour y restaurer la sécurité et repousser les SaxonsGeorges Labouysse, Les Wisigoths, à 43..

Le royaume fédéré (418–466) Le fœdus de 418 autorise alors les Wisigoths à se fixer en Novempopulanie et en Aquitaine seconde, ce qui permet enfin une installation durable. Théodoric choisit Toulouse comme capitale du nouveau royaume. Les Wisigoths s'entendent avec les riches propriétaires fonciers gallo-romains. L'ordre social existant est ainsi maintenu. Toujours comme fédéré, Théodoric combat alors aux côtés d'Aetius contre Attila en 451, mais trouve la mort (probablement de la main du roi ostrogoth Valamir) à la bataille dite des Champs Catalauniques.

Le royaume autonome (466–507) Le roi Euric (466–484) rompt le fœdus après la disparition de la famille impériale. Il en profite alors pour agrandir son territoire aux dépens du royaume suève, battu en Hispanie en 468, et des Gallo-Romains alliés aux Bretons de Riothamus, ce dernier étant vaincu à la bataille de Déols. En 475, il se fait concéder officiellement par Julius Nepos l'Aquitaine première, l'Auvergne des Arvernes par le traité dit honteux qui la cède à Euric en échange de la Provence que l'empire récupère, la Gaule narbonnaise et l'Hispanie.

Des relations entre le régime impérial romain et l'épiscopat, les Wisigoths ont hérité de la notion de statut divin du monarque qui, sous l'influence de l'arianisme, établit une analogie entre la subordination du Fils au Père et celle due à un roi qui reçoit « directement de Dieu sa sacralisation et sa mission de conduire les hommes au salut ». Tête de l'Église chrétienne de son peuple, le roi l'est également de l'Église à laquelle appartiennent ses sujets romains. La politique des rois wisigoths envers les évêques dépendant du pape est en général placée sous le signe de la tolérance. Alaric II convoque même le concile d'Agde en pour tenter de parvenir à la réconciliation entre ariens et trinitaires.

Alors que les Suèves subsistent en Galice, le Nord de l'Italie est conquis dès 487 par les Ostrogoths de Théodoric et, à l'est du Rhône, les Burgondes fondent un royaume qui atteint les rives de la Mer Méditerranée. Enfin, au bord de la Loire, les Francs se regroupent autour de Clovis, qui se convertit au christianisme nicéen vers 496–499. Clovis occupe le royaume de Toulouse (wisigoth) tandis que les Wisigoths se replient au sud des Pyrénées.

L'Hispanie wisigothique (fin du –720) thumb|upright=1.5|left|Évolution du royaume wisigoth jusqu'au :

Autrefois Hispanie romaine, la péninsule Ibérique devient lHispanie wisigothique à partir du .

Bien que les Wisigoths aient commencé à s'établir en Espagne depuis la fin du , leur installation ne se fait pas sans difficultés. Trop peu nombreux pour occuper toute la péninsule, le peuple wisigoth est surtout établi au nord de la Meseta, entre le Tage et l'Èbre, s'implantant dans ces régions montagneuses et boisées au rude climat plutôt qu'en Bétique et sur la côte méditerranéenne. Peut-être qu'en groupant les Goths dans ces terres peu peuplées et moins romanisées du Nord, leurs rois ont voulu ainsi préserver la cohésion nationale, évitant ainsi une romanisation rapide et une absorption parmi la masse hispano-romaine de la moitié sud du Royaume. On estime la population wisigothe, et plus largement « barbare » (car les Wisigoths étaient constitués, en plus de Goths, d'autres peuplades) à au maximum pour une population ibérique estimée à 3 ou 4 millions d'individus. De plus, ils se heurtent à la résistance des élites urbaines dans les provinces profondément romanisées de la Bétique (Andalousie actuelle) et de la Lusitanie (Estrémadure et Portugal) ; ils occupent donc majoritairement le centre de la péninsule. Les nécropoles wisigothiques se concentrent surtout au centre de la péninsule, en Vieille-Castille, notamment dans l'actuelle province de Ségovie, et dans une moindre mesure en Nouvelle-Castille (cf. nécropoles de Cacera de las Ranas, de Castiltierra, de Duratón, d'El Carpio de Tajo, de Herrera de Pisuerga, de Vicálvaro).

La domination wisigothe est donc surtout militaire. Ils cantonnent des troupes dans les principales cités d'Espagne. En effet, depuis l'arrivée des Wisigoths en Gaule en 412 puis, après leurs premières expéditions en Espagne quelques mois plus tard pour combattre Vandales, Suèves et Alains à la solde de Rome, les Wisigoths ont régulièrement lancé des raids militaires pour affirmer leur puissance face aux autochtones mais surtout face aux Suèves, organisés en un petit royaume dans le nord-ouest du pays. En 476, Euric, l'un des plus grands rois goths, étends son contrôle sur la majeure partie de l'Hispanie (à l'exception du royaume suève au nord-ouest). ; son fils et successeur Alaric II amorce la colonisation wisigothe dans le nord du pays. Ne disposant pas de l'intégralité de ses troupes et de la célèbre cavalerie wisigothe, il enrôle dans son armée de nombreux Gallo-romains pro-wisigoths mais peu aguerris et motivés, ce qui aurait contribué à sa défaite face au roi franc Clovis (bataille de Vouillé en 507, au cours de laquelle Alaric II est tué). Ce dernier doit aussi affronter des désordres civils, ses sujets nicéens lui reprochant d'adhérer à l'arianismeBruno Dumézil, , L'Histoire , novembre 2007, ..

Les suites de la défaite contre les Francs (507–531) Lors de sa plus grande extension, avant l'année 507, le royaume wisigoth comprend l'Aquitaine, la Septimanie, la Provence ainsi que la majorité de la péninsule Ibérique, à l'exception du nord et du nord-ouest, respectivement occupés par les Vascons et le royaume suève.

En 508, moins d'un an après la bataille de Vouillé, les Francs de Clovis prennent avec Toulouse le contrôle de l'Aquitaine et obligent les Wisigoths à se replier dans un premier temps à Narbonne, où Geisalic est proclamé nouveau roi wisigoth. L'Auvergne tombe progressivement à partir du décès d'Apollinaire de Clermont malgré les résistances de sa famille qui se poursuivent jusqu'à Arcade de Bourges.

La pression franque pousse ensuite les Wisigoths, qui ne conservent au nord des Pyrénées que la Septimanie, à se replier en masse sur l'Hispanie où ils établissent leur capitale à Barcino (Barcelone) de 531 à 542, avant de se replier définitivement plus au sud, à Tolède. Une nouvelle période commence, qui va durer un peu plus de deux siècles et unir indissolublement les Wisigoths à la péninsule Ibérique.