La Grande Jacquerie, qui a lieu en et , est un soulèvement de paysans des campagnes d'Île-de-France, de Picardie, de Champagne, d'Artois et de Normandie, survenu au cours de la guerre de Cent Ans, dans un contexte de crise du royaume de France. En effet, le roi Jean le Bon est en captivité en Angleterre tandis que le dauphin Charles doit faire face à l'opposition de deux puissants personnages : le roi de Navarre (dit « le Mauvais »), prétendant au trône de France, et le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel.
Ses causes sont multiples : impopularité de la noblesse après la défaite de Poitiers ; insurrection de Paris menée par Étienne Marcel à partir de ; agitation dans les villes du comté de Flandre..
Cette révolte est courte : elle éclate à la fin du mois de mai 1358, peut-être le 23. ou le 28, dans le Clermontois au nord de l'Île-de-France, plus particulièrement dans le bourg de Saint-Leu-d'EsserentRaymond Cazelles, Société politique, noblesse et couronne sous Jean le Bon et Charles V, Librairie Droz, 1982, 321.Georges Duby, Histoire de la France - Dynasties et révolutions, de 1348 à 1852, Larousse, 1975, 16. (actuel département de l'Oise). Elle prend fin les 9 et quand la principale troupe des révoltés est écrasée à quelques kilomètres de là, à Mello, par une armée de nobles rassemblée par Charles le Mauvais.
Le nom de « Grande Jacquerie »
Cette révolte tire son nom de Jacques Bonhomme, archétype du « vilain » (paysan), puis sobriquet désignant les paysans français en général, probablement du fait qu'ils portaient des vestes courtes, dites « jacques » (cf. la « jaquette »). Elle eut pour chef un dénommé Guillaume Carle, aussi nommé Jacques BonhommeOn trouve aussi Cale, Caillet ou Callet, Karle….
Cette révolte est à l'origine du terme « jacquerie » repris par la suite pour désigner toutes sortes de soulèvements populaire par le chroniqueur Nicole Gilles (mort en 1503) dans Les chroniques et annales de la France parues dès 1492.
Contexte historique
Difficultés du royaume
Cette révolte s'inscrit dans une période difficile, marquée par la guerre de Cent Ans, commencée en 1337, et par l'épidémie de peste noire à partir de 1348.
La France a subi plusieurs défaites, notamment à Crécy en 1346, sous le règne de Philippe VI, et à Poitiers en septembre 1356, sous le règne de Jean le Bon, depuis lors prisonnier des Anglais d'abord à Bordeaux (capitale du duché de Guyenne, fief de France tenu par le roi d'Angleterre), puis à Londres ().
Ces défaites ont jeté le discrédit sur la noblesse française, imbue de chevalerie, mais incapable de vaincre une armée anglaise, moins chevaleresque, mais plus efficace.
Le pouvoir exercé en l'absence du roi par le dauphinCharles est le premier prince héritier de France à porter le titre de dauphin, institué pour lui en 1349. Charles (1338-1380) est contesté : le roi de Navarre Charles II (1332-1387), petit-fils de Louis X le Hutin par sa mère Jeanne de Navarre, se considère comme spolié de la couronne de France par le choix fait en 1328 d'exclure les princesses royales de la succession ; à Paris, Étienne Marcel, prévôt des marchands, souhaite établir un certain contrôle sur la monarchie dans le cadre des états généraux.
Conséquences de la captivité du roi En , une trêve d'un an a été conclue ; mais cela signifie que des compagnies de mercenaires démobilisés, les « grandes compagnies », n'ayant plus de solde, pillent les villages et rançonnent les villes.
Charles de Navarre, incarcéré par Jean le Bon en À Rouen, le 5 avril, au cours d'un banquet organisé par le dauphin, duc de Normandie, pour la haute noblesse normande, notamment Charles de Navarre, comte d'Évreux, et Jean V d'Harcourt, qui est exécuté le soir même pour trahison., est libéré par le dauphin en 1357, ce qui lui permet de reprendre ses intrigues avec succès.
Cela pousse Jean le Bon à conclure avec Édouard III un traité assez défavorable (), ce qui provoque la rébellion ouverte d'Étienne Marcel (). Paris passe aux mains du prévôt des marchands et le dauphin met la ville en état de siège.
Problèmes économiques et sociaux des villes et des campagnes Agitation dans les villes du comté de Flandre, fief du royaume de France, notamment à Bruges et à Gand, avec qui Étienne Marcel entretient des relations anciennes.
Aux difficultés liées à la guerre, notamment les grandes compagnies, et à la peste, s'ajoute pour les paysans l'accroissement dans les années 1340 et 1350 de la pression fiscale royale du fait de la guerre (et de la rançon qui devra être payée aux Anglais), mais aussi des exigences des seigneurs fonciers qui cherchent à compenser la baisse de leurs revenus, liée notamment aux mutations monétaires fréquentes.
Histoire vignette|Gaston Fébus et Jean de Grailly chargent les Jacques et les Parisiens qui tentent de prendre la forteresse du marché de Meaux où est retranchée la famille du Dauphin (). Enluminure ornant les Chroniques de Jean Froissart, .
vignette|Paysans révoltés massacrant un noble au XIVe siècle. Chroniques de Froissart.
Origines
Les origines immédiates de cette révolte sont mal connues mais semblent résulter d'échauffourées survenues entre des hommes d'armes et des paysans.
Les violences antinobiliaires dans le nord du royaume Quelle que puisse être l'étincelle qui déclenche la révolte, celle-ci enflamme, de proche en proche, la moitié nord du pays. Elle est tout de suite décrite avec horreur sous le terme d'« effrois » et les chroniques dressent un catalogue des violences antinobiliaires.
Ainsi, le chroniqueur Jean Froissart, dépeint, sous le terme de cruautés des « Jacques Bonhommes », un tableau pour le moins sinistre des méfaits de ceux qu'il qualifie de « chiens enragés ». Ce récit est ponctué de faits qui veulent souligner l'animalité des émeutiers :
Le pseudo-Jean de Venette, un frère carme d'origine modeste, est plus favorable aux paysans . : De fait, quel que soit l'effroi réel des contemporains, d'autres chroniqueurs se montrent eux aussi moins éloquents sur les atrocités et moins favorables aux nobles que Froissart. Ainsi, Pierre Louvet, dans son Histoire du Beauvoisis, rappelle que et le cartulaire d'une abbaye de Beauvais souligne que
La campagne du roi de Navarre contre les paysans Répression L'issue de la révolte, une forme de contre-jacquerie, est caractérisée par une grande violence qui marqua autant les contemporains que celle commise par les paysans. Après avoir exterminé bon nombre de révoltés, le comte de Foix et le captal de Buch, Jean de Grailly, assiégèrent la ville de MeauxGallica, Les chroniques de sire Jean Froissart. dont quelques quartiers furent incendiésFrançois Tommy Perrens, Étienne Marcel et le gouvernement de la bourgeoisie au quatorzième siècle, Hachette, 1860, 259-260.. De son côté, Charles le Mauvais participa à la répression et, le , lors du carnage de MelloMarie-Thérèse de Medeiros, Jacques et chroniqueurs: une étude comparée de récits contemporains relatant la Jacquerie de 1358, Honoré Champion, 1979., il mit fin à la révolte à grand renfort d'atrocités. Le chef des révoltés, Guillaume Carle, ayant reçu l'assurance d'une trêve et d'une rémission, fut entraîné par traîtrise dans le camp des nobles où il fut supplicié et décapité. Cependant, par la suite, une certaine clémence royale se manifesta envers les principaux meneurs sous la forme de « lettres de rémission » qui constituent une autre source pour l'histoire de la Jacquerie.
Interprétations Les interprétations de cette révolte sont nombreuses et, au-delà de son caractère circonstanciel, elle peut être rattachée à nombre des révoltes et des émotions paysannes médiévales.
Elle a ainsi pu être comparée à la révolte anglaise de 1381, dite révolte des travailleurs d'Angleterre, à l'insurrection des remensas en Catalogne, au mouvement taborite en Bohême ou encore au mouvement hussite. Dans une certaine mesure, la révolte de 1358 fait le lien entre les révoltes paysannes du Moyen Âge central et les mouvements messianiques de l'époque moderne.
Les historiens débattent de son caractère de lutte des classes et, étant donné la présence d'éléments nobles au sein du camp des Jacques, s'interrogent sur l'homogénéité du mouvement. Enfin, au-delà d'un refus de la pression fiscale, la révolte de 1358 peut se lire comme l'expression d'une revendication à la dignité de la part des masses paysannes et d'une perte de légitimité de la noblesse. Clairement, ce sont les nobles et le régime seigneurial en crise qui sont visés tandis que les habitants des petites villes comme Senlis sont plutôt favorables aux Jacques.
La Jacquerie devait profondément marquer les esprits et son nom a été retenu par la suite pour désigner toute révolte paysanne.
Notes et références
Voir aussi Sources primaires Jean Froissart, Chroniques, publiées avec les variantes des divers manuscrits par Joseph Kervyn de Lettenhove, t. VI, 1867-1877. Réimpression : Osnabrück, 1967. Chronique dite de Jean de Venette, éditée, traduite et présentée par Colette Beaune, Le Livre de poche, coll. « Lettres gothiques », Paris, 2011 .
Bibliographie
Ouvrages généraux Pierre Bonnassie, Les Cinquante mots clefs de l'histoire médiévale, Toulouse, Privat, 1981. . .
Histoire de la jacquerie de 1358 .
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Le cas du Beauvaisis .
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Analyses . . . , . Fabrice Mouthon, Les communautés rurales en Europe au Moyen Âge. Une autre histoire politique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, . .
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Articles connexes Guerre de Cent Ans Liste des batailles de la guerre de Cent Ans Jacquerie
Liens externes
Les violences de la Jacquerie par Froissart (Ricardo da Costa). Rebellion of the Remences. La Grande Jacquerie de 1358 (Alain Mourgue). Radio Goliard(s). La Grande Jacquerie. Émission consacrée à la Jacquerie avec Jean-Philipe Genet, professeur à l'université Paris 1, et Gaëtan Bonnot, auteur d'un mémoire de master 2 sur le sujet.
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