Jan Švankmajer, né le à Prague, est un réalisateur surréaliste tchèque connu notamment pour ses films d'animation.
Son dernier film, Insect, en prises de vue réelles, est sorti dans les salles en 2018. Son travail a notamment influencé les frères Quay, Tim Burton et Terry Gilliam.
Biographie Après avoir étudié la création de décors à l'École des arts appliqués de Prague de 1950 à 1954, Jan Švankmajer entre à la faculté d'art dramatique de l'Académie des beaux-arts de Prague, dans la section marionnettes. Il commence sa carrière avec le Théâtre de masques et le Black Theater avant d'intégrer en 1962 le célèbre théâtre de marionnettes Laterna magika.
Jan Švankmajer réalise son premier court-métrage en 1964 : Le Dernier Truc de M. Schwarzwald et de M. Edgar (Poslední trik pana Schwarcewalldea a pana Edgara), influencé (comme pour tout le reste de sa carrière) par le théâtre de marionnettes, le surréalisme et le maniérisme.
À la fin des années cinquante, il rencontre la peintre tchèque Eva Dvořáková avec qui il se marie en 1960. En 1970, par l'intermédiaire du peintre surréaliste d'origine cubaine Jorge Camacho, membre du groupe surréaliste parisien de passage à Prague, tous deux prennent contact avec le poète et théoricien surréaliste tchèque Vratislav Effenberger. Ils intègrent peu après le Groupe surréaliste de Prague, dont Jan Svankmajer fait toujours partie.
Surréalisme André Breton eut une relation privilégiée avec le premier groupe surréaliste de Prague, regroupé autour de Vítězslav Nezval et de Karel Teige. Dans le Manifeste du surréalisme écrit en 1924, André Breton définit ce courant comme « une association du réel et du rêve » qui vise « une réalité supérieure ». Le surréalisme est également influencé par les thèses psychanalytiques de Sigmund Freud. Chez Jan Švankmajer on retrouve le concept freudien d'inquiétante étrangeté avec l'utilisation quasi systématique des marionnettes. Une grande partie de ses films traitent aussi de l'enfance et de ses inquiétudes comme Alice (adaptation du roman de Lewis Carroll Alice au pays des merveilles). Le surréalisme et l'absurde chez Jan Švankmajer apparaissent surtout dans les thèmes plus que dans son esthétique : dans son court-métrage Nourriture, des hommes se transforment en machines le temps d'un repas.
Maniérisme alt=Hiver, Arcimboldo|vignette|Hiver, Arcimboldo, 1573 L'esthétique de Jan Švankmajer a pu être qualifiée autant de baroque ou de maniériste que de surréaliste. Dans son film Les Possibilités du dialogue, il rend hommage à la figure emblématique du maniérisme, le peintre Giuseppe Arcimboldo connu pour ses œuvres comme Été, Automne, Hiver et Printemps où des éléments organiques sont assemblés pour composer un portrait. De même, l’œuvre de Jan Švankmajer est caractérisée par les collages, les assemblages, et donne de l'importance aux corps (dans notamment). De plus, l'une des particularités de Jan Švankmajer est d'associer prises de vue directes et cinéma d'animation qui se fondent dans une même image, pour créer un univers fictif unique.
Cinéma d'animation À propos du cinéma d'animation, Jan Švankmajer explique (dans une interview au Festival d'Annecy en 2002) : Il arrive à l'animation par la marionnette, pratique traditionnelle en Tchécoslovaquie.
Son esthétique est caractérisée par le mélange d'animation et de prise de vue directe (dans Alice notamment), le stop motion (dans par exemple), un montage fractionné très rapide et beaucoup de mouvements de caméra.
L'animation est aussi caractéristique de l'absurdité surréaliste, avec des personnages qui agissent comme des machines et un environnement qui n'obéit pas aux règles du réel.
Švankmajer et le communisme Les événements du Printemps de Prague coïncident avec la réapparition publique du groupe surréaliste de Prague, semi-clandestin depuis la mort de Teige. Durant sa carrière, Jan Švankmajer, comme les autres membres du groupe, subit la censure du parti communiste : beaucoup de ses scénarios ne voient pas le jour et un grand nombre de ses films sont censurés dès leur sortie. Il lui est d'ailleurs interdit de filmer durant six ans, mais il profitera ultérieurement de sa notoriété pour pouvoir réaliser à l'étranger. La censure communiste a aussi influencé le travail de Jan Švankmajer d'un point de vue formel et thématique : l'animation et le théâtre de marionnettes subissaient moins le joug de la censure que la fiction réaliste. De plus, ses films mettent quasi systématiquement en scène des personnages qui subissent des événements, des traumatismes. On retrouve de même dans les films après 1968 beaucoup plus d'évocations du quotidien (voitures, meubles, rues de Prague).
Comme tout le groupe de Prague, Švankmajer s'est généralement tenu à égale distance de la dissidence et du régime, pratiquant ce que le théoricien du groupe, Vratislav Effenberger, appelle la « double isolation ». Les membres du groupe ont néanmoins signé la Charte 77.
Prix et honneurs 2014 : FIAF Award décerné lors du Festival international du film de Karlovy Vary. 2009 : Globe de cristal spécial au Festival de Karlovy Vary pour sa contribution au cinéma mondial. 2001 : Dragon des dragons prix d'honneur au festival du film de Cracovie. 1989: Grand prix du long métrage au Festival international du film d'animation d'Annecy pour Alice. 1983 : Grand prix au Festival international du film d'animation d'Annecy pour Les Possibilités du dialogue. 1983 : Ours d'or du meilleur court-métrage au Festival international du film de Berlin pour Les Possibilités du dialogue.
Par ailleurs, l'astéroïde porte son nom.
Filmographie Courts métrages 1964 : Le Dernier Truc de M. Schwarzwald et de M. Edgar (Poslední trik pana Schwarcewalldea a pana Edgara) — 12 min 1965 : J. S. Bach : Fantaisie en sol mineur (Johann Sebastian Bach : Fantasia G-moll) — 10 min 1965 : Jeux de pierres (Hra s kameny) — 8 min 1966 : La Fabrique de petits cercueils (Rakvickarna) — 10 min 1966 : Et caetera (Et cetera) — 8 min 1967 : Histoire naturelle (suite) (Historia Naturae, Suita) — 9 min 1967 : L'Homme et la Technique (Člověk a technika) — 0:51 min 1968 : Le Jardin (Zahrada) — 19 min 1968 : L'Appartement (Byt) — 12 min 1969 : Pique-nique avec Weismann (Piknik s Weissmannem) — 13 min 1969 : Une semaine tranquille à la maison (Tichý týden v dome) — 19 min 1970 : L'Ossuaire (Kosnice) — 10 min 1970 : Don Juan (Don Šajn) — 31 min 1971 : Jabberwocky ou les vêtements de paille d'Hubert Paglia (Zvahlav aneb Saticky Slameného Huberta) — 13 min 1973 : Le Journal de Léonard (Leonardův deník) — 11 min 1977 : Le Château d'Otrante (Otrantský zámek) — 17 min 1981 : La Chute de la maison Usher (Zánik domu Usheru) — 15 min 1982 : Les Possibilités du dialogue (Možnosti dialogu) — 12 min 1982 : Dans la cave (Do pivnice) — 15 min 1983 : Le Puits, le Pendule et l'Espoir (Kyvadlo, jáma a naděje) — 15 min 1988 : Une autre sorte d'amour (Jiný druh lásky) 1988 : Jeux virils (Mužné hry) — 12 min 1989 : Viandes amoureuses (Zamilované maso) — 1 min 1989 : Obscurité, Lumière, Obscurité (Tma/Svetlo/Tma) — 8 min 1989 : Flora —1 min 1989 : Self-Portrait (Autoportrait) — 25 min 1990 : La Fin du stalinisme en Bohême (Konec stalinismu v Čechách) — 10 min 1992 : Nourriture (Jídlo) — 17 min
Longs métrages 1988 : Alice (Něco z Alenky) - 84 min 1994 : La Leçon Faust (Lekce Faust) - 95 min 1996 : Les Conspirateurs du plaisir (Spiklenci slasti) - 78 min 2000 : Otesánek - 125 min 2005 : Les Fous (Šílení) - 118 min 2010 : Survivre à sa vie (Théorie et pratique) (Přežít svůj život [teorie a praxe]) - 85 min 2018 : Insect (Hmyz) - 98 min. Ce film, dont la production a été rendue possible grâce à un financement participatif (crowdfunding) sur la toile, seul moyen pour le réalisateur d'obtenir des fonds, sera le dernier film de Svankmajer (selon ses propres mots) (Svankmajer sur le site Indiegogo pour la campagne de levée de fonds de son dernier film, auprès des internautes)..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Gilles Dunant, Michel Dubret, Goïta Recio, Naïla Attia, Vince, La Flèche par le jet, parcours autour de la projection de six films de Jan Švankmajer, Genève, 1981, 32 p. Peter Hames, Dark Alchemy: The Films of Jan Švankmajer, Praeger Publishers, 1995, 208 p. Jan Švankmajer : un surréaliste du cinéma contemporain, catalogue du musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg, Éditions Ciné-fils, 1999, 74 p. Anna Pravdová, Bertrand Schmitt, « Les derniers gardiens de phare, entretien avec Jan Švankmajer », in L'Art brut tchèque (coordonné par Martine Luzardy - Alena Nádvorníková), La Halle Saint Pierre, 2002, . Charles Jodoin-Keaton, Le Cinéma de Jan Švankmajer : un surréalisme animé, Laval (Québec), Les 400 Coups, 2002, 143 p. . Bertrand Schmitt, František Dryje, Švankmajer. Dimensions of dialogue. Between Film and Fine Art, Arbor Vitae, Prague, 2012, 508 p. Xavier Kawa-Topor, Philippe Moins, « Jan Švankmajer, l'alchimiste des rêves », in: Stop Motion, un autre cinéma d'animation, Capricci, 2020, pp. 226–241 Bibliographie sur yrol.free Articles Articles sur Jan Švankmajer dans Positif Bertrand Schmitt, « Entretien avec Jan Švankmajer. Les éclairs de l'inconscient », in: Positif, , Bernard Bourrit, sur Coaltar, 2009
Film documentaire Michel Leclerc, Bertrand Schmitt, Les Chimères des Švankmajer, 24 Images-Canal 8-France 2, 2001 - 79 et 56 min
Articles connexes Art Clokey pour ses animations à base de pâte à modeler
Liens externes
Une interview de Jan Švankmajer sur le site 1Kult Information sur AWN sur le site Animation World Network Animation of Jan Švankmajer sur Keyframe (the Animation Resource)'' Panorama de son œuvre
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