Élisabeth Catez, en religion Sœur Élisabeth de la Trinité, née le à Farges-en-Septaine (Cher) et morte le à Dijon, est une religieuse française, carmélite, béatifiée par le pape Jean-Paul II le et canonisée par le pape François le .

Élisabeth Catez naît dans une famille chrétienne. Elle développe très vite un attrait pour la prière et montre le désir de devenir religieuse au sein du Carmel. Dans un premier temps, sa mère s'oppose à sa vocation, puis lors d'une visite au Carmel de Tarbes (Hautes Pyrénées), son cœur est touché par la joie d'une jeune religieuse. Elle accepte la vocation d’Élisabeth pour y consentir définitivement en 1899, à condition qu'elle entre au Carmel lorsqu'elle sera majeure, en 1901.

Son nom , qui signifie en hébreu , devient le centre de sa spiritualité, ce que la doctrine chrétienne appelle l’"inhabitation de la Trinité dans l'âme"Bse Élisabeth de la Trinité, « Vivons dans le Ciel de notre âme », mystère de l’inhabitation de la sainte Trinité dans l’âme baptisée, La Porte Latine.. Élisabeth écrit alors la prière Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, qui résume sa spiritualité. Elle découvre, dans une épître de Paul, sa vocation, c'est-à-dire que sa vie consiste à être une à Dieu. Elle tombe malade et dit percevoir dans la souffrance une possibilité de vivre plus proche de Dieu. Elle meurt à l'âge de 26 ans.

Peu après sa mort, ses écrits sont publiés par la supérieure du Carmel et rapidement diffusés. Les tirages atteignent plus de exemplaires en 1935..

En 1931, l’évêque de Dijon, Pierre Petit de Julleville, ouvre une procédure en vue de sa béatification. Hans Urs von Balthasar affirme en 1960 :

Biographie

Jeunesse thumb|Élisabeth le jour de sa première communion. thumb|right|Élisabeth Catez jouant du piano. Enfance Élisabeth Catez est née à Farges-en-Septaine, près de Bourges, le , de Joseph Catez (Aire-sur-la-Lys, Pas-de-Calais, 1832-1887), lui-même issu de nombreuses familles de l'Artois., et de Marie Rolland (Lunéville, Meurthe-et-Moselle, 1846-1914). Elle est baptisée le 22 juillet.. Ses parents déménagent l'année suivante en Bourgogne à Auxonne, puis à Dijon en 1882, avant que la famille accueille une nouvelle fille, Marguerite, née le ...

Enfant, Élisabeth Catez se révèle avoir un très fort tempérament, colérique, avec une très forte volonté. ; son institutrice affirme .. Après la mort de sa grand-mère le , son grand-père vient habiter chez ses enfants, et y meurt le 39. Au cours de l’été, Élisabeth se confie à un religieux de passage et manifeste pour la première fois sa volonté d’être religieuse54. Quelques mois plus tard, le , son père meurt subitement dans les bras d’Élisabeth40. La mort subite de son père alors qu'elle n'a que 7 ans est l'événement le plus grave qu'elle ait vécu. Ce décès entraîne le déménagement de la famille ; Élisabeth et sa sœur Marguerite sont alors éduquées par leur mère45.

Vocation et vie mondaine Sa première confession la marque durablement, elle considère ce jour comme celui de sa , qui . À l’âge de 8 ans, en 1888, elle parle de sa vocation au chanoine Angles et lui dit qu'elle sera religieuse.

Élisabeth poursuit ses études ; devant ses difficultés en orthographe, sa mère lui fait suivre des cours particuliers48. Elle reste marquée par un caractère turbulent et commence le conservatoire de musique où elle se révèle être une enfant douée49. Encouragée par sa mère, Élisabeth se montre très vite une fille coquette, aimant porter des gants et des bijoux71.

Le , elle fait sa première communion65. Dans une de ses poésies elle écrit Poésies. , 19 avril 189819. Dans la soirée de sa première communion, Mère Marie de Jésus, la supérieure du Carmel, donne à Élisabeth une image avec l'explication de son nomTexte de l'image donné par Mère Marie de Jésus : ., c'est-à-dire 2975.

Elle commence alors à lutter contre son tempérament colérique. Un jour après avoir communié elle affirme avoir entendu le mot . En 1894, âgée de quatorze ans, elle affirme avoir reçu, pendant l'action de grâce, un appel à se consacrer à Dieu, et fait alors le vœu de chasteté..

Elle désire entrer au Carmel. Elle passe de longs moments mélancoliques à observer le Carmel du balcon de sa chambre. Sa mère n'est pas convaincue de cet appel et pousse discrètement sa fille à découvrir la vie mondaine de l'époque.

Elle continue ses cours de solfège et se montre brillante en musique au point d’obtenir le premier prix du conservatoire de musique à l’âge de treize ans84. Elle participe aux soirées mondaines, 20. Elle est aussi invitée aux dîners mondains, où on lui demande de jouer au piano, art dans lequel elle excelle. Elle aime particulièrement Frédéric Chopin, Franz Liszt et Robert Schumann89.

Dans le même temps, elle participe aux activités de la paroisse : elle enseigne le catéchisme, participe à la chorale, entraîne des jeunes à l'église pendant le mois de Marie. Elle s'adapte à son public et fait preuve d'imagination : en sortant de l'église elle raconte aux enfants des histoires fantastiques en les emmenant se promener21.

Elle passe souvent les vacances en montagne en visitant sa famille ou des amis, dans les Pyrénées, le Jura, les Vosges et les Alpes suisses ou le bord de mer, ce qui est relativement rare pour l’époque90. Ces vacances sont l'occasion de rencontrer de nombreuses personnes, de danser, de faire de la musique, ainsi que de balades dans les montagnes22. Ces promenades donnent à Élisabeth l'amour de la montagneLettre du 21 juillet 1898 à Alice Cherveau, 237.

Premières grâces mystiques thumb|Portrait d’Élisabeth de la Trinité à l'âge de 20 ans. À l’âge de dix-huit ans, Élisabeth commence à écrire un journal de vie101. Elle y montre son goût prononcé pour la montagne, ainsi que pour les belles robes102.

Cette période de sa vie est aussi marquée par la lutte contre son tempérament, elle note quotidiennement dans son journal toutes ses victoires et défaites. Le , elle y écrit 24. Au cours du carême, elle suit les conférences de Carême d'Alphonse de Liguori ; elle désire prier et s’offrir pour la conversion d’un de ses voisins106. Alors qu’Élisabeth avait à de nombreuses reprises fait part à sa mère, Marie Catez, de sa volonté de devenir carmélite, celle-ci lui propose de se marier à un bon parti112. Élisabeth lui répond en réaffirmant sa volonté d’entrer au Carmel et le la mère d’Élisabeth accepte que sa fille entre au Carmel et elle l’autorise finalement à rencontrer la supérieure du couvent. Marie Catez refuse cependant que sa fille entre dans les ordres avant sa majorité, de vingt et un ans à l’époque La majorité à cette époque commence à l’âge de 21 ans100117.

C’est à la même époque qu’Élisabeth Catez reçoit ses premières grâces mystiques26. Au cours d’une retraite en , elle lit Chemins de perfection de Thérèse d’Avila et y découvre une nouvelle façon de faire l’oraison, elle est très touchée par la phrase de Thérèse d’Avila Extrait d’un Poème de Thérèse d’Avila envoyé à Alvaro de Mendoza., elle découvre ce que la théologie décrit comme , et dont elle fera au Carmel le centre de sa spiritualité73. Elle affirme avoir alors Extrait du Journal personnel d’Élisabeth de la Trinité, le 20 février 1899, œuvres complètes27.

Elle visite régulièrement le Carmel de Dijon et rencontre un père dominicain, le Père Vallée, qui la rassure pour ses nouveaux élans mystiques28. Elle rencontre alors régulièrement la Mère Marie de Jésus, supérieure du Carmel, qui l’aide et lui sert de directrice spirituelle jusqu’à son entrée au couvent : elle la forme à l’esprit carmélitain, et la conseille dans sa vie spirituelle.

Élisabeth veut imiter les religieuses et commence à se mortifier en 104. Après quelque temps, très volontaire dans sa mortification, elle montre des signes de fatigue. C’est la mère supérieure du carmel qui la modère, lui affirmant que la mortification ne consiste pas seulement en des jeûnes mais aussi à vivre avec foi l’opposition de sa mère à son entrée au Carmel128.

Elle continue ses voyages, participe à l’exposition universelle de 1900 à Paris et visite à cette occasion la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre et la basilique Notre-Dame-des-Victoires122. Au cours des mois qui suivent, ses élans mystiques se font plus rares, au point qu’elle se dit , ne croyant que par volonté pure127.

Le Père Vallée la conforte dans ses intuitions de la présence de Dieu en elleLa théologie développe cette conception de la présence dans l’âme humaine à travers l’expression : d( (cf le paragraphe Héritage)138. Elle continue à avoir des difficultés dans la prière, se décrivant comme étant en face d’un mur épais144. Après des mois d’attente, sa mère qui s’opposait à l’entrée de sa fille au Carmel finit par accepter141. Initialement la mère supérieure du Carmel de Dijon voulait qu’Élisabeth fasse partie des religieuses qui fondent un carmel à Paray-le-Monial ; sa mère Marie Catez s’y oppose. Élisabeth entre donc au carmel de Dijon et fait ses adieux à sa mère et à sa sœur.

Vie religieuse au Carmel thumb|Façade nord du Carmel de Dijon. Noviciat Elle entre au Carmel de Dijon le 30. Le début de son noviciat est marqué par des grâces sensibles, et Élisabeth se montre joyeuse, surtout dans ses lettres à ses proches, où elle affirme être accueillie et soignée « comme un bébé »15834. Elle y montre son amour du silence du Carmel, qu'elle considère comme permettant d'être 33. 37. Mère Germaine, une religieuse du Carmel cherche à corriger ces défauts. Alors qu'elle contemplait les étoiles, Mère Germaine lui dit 35.

Cette période n’est pas sans angoisse du fait du gouvernement anticlérical Combes165 au pouvoir. Les sœurs devant demander l’autorisation légale pour rester, et ne recevant la réponse que très tardivement, Élisabeth demandera même à sa mère de lui envoyer un habit civil en cas d’exil forcé des sœurs. Le , en présence du Père Vallée, Élisabeth de la Trinité est admise à la profession temporaire, en présence de Le Nordez, elle prend l'habit et reçoit son nom de religieuse 172.

Peu de temps après, Élisabeth ne ressent plus les grâces et les joies dans la prière. C’est pendant cette période, dès février 1902, qu’elle lit les écrits de Jean de la Croix, dont Le Cantique Spirituel et La Flamme d’Amour qui vont influencer sa spiritualité180, ainsi que les écrits de Catherine de Sienne. Elle découvre aussi ceux d’une carmélite normande morte peu auparavant, Thérèse de Lisieux, qui la marque profondément185. L'année qui suit est pour elle une année de doutes, d'impuissance, de lassitude. Elle devient scrupuleuse et doute de sa vocation, au point qu’on fait venir un prêtre, Edmond Vergne, la veille de sa profession perpétuelle ; celui-ci arrive à dissiper ses doutes189.

Alors même qu'elle avait des difficultés dans la prière, elle passe la nuit en oraison, comme c'était la coutume la veille de la profession religieuse dans le Carmel. Elle affirme alors avoir reçu sa vocation : Lettre du 15 juillet 1903 au chanoine Angles, 48638.

Vocation de la Louange de Gloire Le elle prend le voile187. Dans ses lettres à ses amies elle décrit sa vie de carmélite comme étant une vie remplie de Dieu : 40. Élisabeth écrit beaucoup de lettres notamment à sa sœur, où elle lui donne rendez-vous à des horaires précis pour prier ensemble196. Elle se montre très réjouie quand elle apprend la naissance de la deuxième fille de sa sœur Guite197, enfant qu'elle voit au parloir.

Le , lors de la fête de la Présentation de Marie au Temple, Élisabeth de la Trinité écrit d'une seule traite une prière qui deviendra le symbole de sa spiritualité Ô mon Dieu, Trinité que j’adore41199.

thumb|left|210px|Photographie d'Élisabeth de la Trinité au Carmel.