thumb|280px|Une partie de la façade ouest de l'ensemble thermal : caldarium à gauche et sudatio à droiteVoir le plan des thermes dans .. thumb|280px|La cour nord des thermes.

Cassinomagus est le nom antique d'une agglomération dotée d'un ensemble monumental gallo-romain, établie entre le et le sur l'actuel territoire de la commune de Chassenon, dans le département de la Charente, aujourd'hui en France.

Ce site archéologique est célèbre pour l'état de conservation exceptionnel de ses thermes du , connus sous le nom de thermes de Chassenon ou « thermes de Longeas ».

Les constructions ont fait un usage particulièrement abondant d'impactite issue de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon.

Situation Le site se trouve à Chassenon, avec les principaux monuments publics en bordure sud-est du bourg. Il est situé sur la limite est du département de la Charente, avec Rochechouart à au sud-est dans la Haute-Vienne. Dans une plus large perspective, Angoulême est à au sud-ouest, Limoges à à l'est et Poitiers à au nord-nord-ouest.

Installé sur un plateau bordé au nord par la Vienne (affluent de la Loire), le site est à l'extrémité sud d'une vallée longue d'environ creusée par un petit ruisseau affluent de la Vienne en rive gauche.

Situation historique L'antique Cassinomagus, indiquée sur la table de Peutinger, est située dans la partie ouest du territoire des Lémovices, en position frontalière et à proximité de trois autres civitae : au nord et nord-ouest les Pictons (civitas : Poitiers / Lemonum) ; à l'ouest les Santons (futurs Angoumoisins, civitas Saintes / Mediolanum Santonum) ; et au sud les Pétrocores (civitas : Périgueux / Vesunna). Sur la carte, dans le sens des aiguilles d'une montre en partant du nord : Lemonum → Poitiers (Vienne) ; Caesarodunum → Tours (Indre-et-Loire) ; Augustoritum → Limoges (Haute-Vienne) ; Acitodunum → Ahun (Creuse) ; Augustonemetum → Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; Vesunna → Périgueux (Dordogne) ; Burdigala → Bordeaux (Gironde) ; Iculisma → Angoulême (Charente) ; Mediolanum Santonum → Saintes (Charente-Maritime) ; Aunedonnacum → Aulnay (Charente-Maritime).. Elle se trouve au carrefour de deux grandes voies : l'une est la voie d'Agrippa reliant Saintes (Mediolanum Santonum, à l'ouest) à Lyon (mais non Limoges.), qui passe probablement immédiatement au sud du complexe monumental de Cassinomagus par la rue de l'Aubert et le chemin de Champonger ; l'autre reliant Périgueux (Vesunna, au sud) et Poitiers (Lemonum) en passant la Vienne sur un pont au lieu-dit le Pilas, . ( N-E de Chassenon).

Une autre voie part de Cassinomagus pour rejoindre Aulnay (Aunedonnacum, Charente-Maritime).

L'abbé Michon (1844) décrit en détail l'itinéraire suivi par la voie reliant Saintes (Mediolanum Santonum) à Lyon.. Il précise aussi que la voie de la carte de Peutinger est celle qui passe à Charmé et à Aunay mais que ce n'est pas celle qui relie Limoges à Saintes :

Cassinomagus est ainsi doublement relié à son chef-lieu de l'époque, Limoges : par la route et par la rivière.

thumb|center|480px|Extrait de la table de Peutinger :Caßinomago à droite, entre Sermanicomagus et Augustoritum (Limoges).

Situation géologique Le site est à la jonction des granites du socle hercynien (plateau du Limousin) à l'est, et des calcaires de l'Angoumois à l'ouest. Il est surtout au cœur de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon, unique en France..

L'astroblème de Rochechouart-Chassenon

La géologie du site est dominée par un événement majeur : la chute de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon, une météorite. pouvant mesurer un kilomètre et demi de diamètre. percutant la Terre au lieu-dit de La Judie sur Pressignac, la commune limitrophe au sud-ouest. Cette chute a été datée en 2010 à environ , c'est-à-dire à la transition entre Trias et Jurassique. À l'époque, le climat est chaud ; et l'endroit de l'impact est près de la côte (océan Thétys mais semble-t-il encore sur la terre ferme (les brèches d'impact n'ont révélé aucun débris de roche sédimentaire marine).

Elle laisse un cratère d'environ de diamètre.. En 1967, François Kraut (1907-1983), géologue, démontre l'origine de ces roches. que l'on pensait jusque là d'origine volcanique.

Aujourd'hui, l'érosion a effacé toute trace dans le relief ; Par contre, le sous-sol conserve les marques d'intense dislocation ; et de nombreuses roches fracturées, fondues, projetées par l'impact puis retombées, que l'on appelle des impactites ou brèches polygéniques de retombée. À Chassenon, deux types de brèches ont été identifiés : les impactites de type Chassenon, qui contiennent des inclusions vitreuses riches en fer et en nickel (résidus de fusion de la météorite) ; et les impactites de type Rochechouart, qui n'en contiennent pas. La couche d'impactites atteint en certains endroits d'épaisseur.

Ces brèches sont utilisées pour la construction, non seulement des monuments gallo-romains, mais des habitations qui se succèdent au cours des siècles y compris dans Chassenon même..

Étymologie Le nom de Cassinomagus. serait issu du gaulois cassano- ou cassino qui a donné chêne en français chasne en francoprovençal et casse, cassagne en occitan ; suivi de l'appellatif toponymique -magos, « plaine » puis « marché ». La signification serait donc « champ ou marché des chênes »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise : Une approche linguistique du vieux-celtique continental, Éditions Errance, collection des Hespérides, 2003, p. 108.. Le premier élément Cassino- peut représenter aussi le nom d'homme gaulois Cassinus[Dauzat & Rostaing 1989] ...

Le nom de Longea ou Longeas s'explique par la forme allongée des « caves », (dont reproduction du plan par Précigou (1889) des « caves », comme sont encore appelés les thermes). du « palais », « longae Cavae. » : l'ampleur de cet ensemble a longtemps inspiré la tradition locale à y voir les vestiges d'une résidence de grande classe, avant que Jean-Henri Moreau ne les identifie en 1961 comme le rez-de-chaussée de thermes..

Histoire du site Préhistoire Quelques vestiges attribués à l'âge de la pierre taillée et de la pierre polie ont été retrouvés, attestant de l'occupation humaine pendant la préhistoire.

Protohistoire, époque gauloise Le site a été occupé pendant le second âge du fer (la Tène, seconde moitié du ou début du .), témoins deux fossés découverts en 2008 lors d'une fouille programmée visant à explorer l'aqueduc. Les deux fossés ont un profil en V à fond plat, avec de profondeur. L'un d'eux (fossé FO 40170, largeur au fond et en haut) est creusé dans l'argile. Deux de ses trois couches de remplissage ont livré des céramiques - principalement des tessons d'amphores -, un soc d'araire et un ciseau à douille en fer, et des fragments de torchis. La couche la plus ancienne porte un trou de piquet.

L'autre fossé découvert (FO 40214, largeur au fond et en haut) est presque parallèle à l'aqueduc. Deux sondages d'étude (SD1 et SD2) ont été pratiqués à de distance. En SD1, le remplissage n'est formé que de deux niveaux dont le plus important, qui comble presque tout le fossé, est fait d'impactites avec quelque mobilier (tessons de céramique et d'amphores) ; le niveau supérieur de ce sondage est une couche charbonneuse qui déborde sur les côtés du fossé et contient quantité de fragments de céramique, d'amphores et de torchis.

Le sondage SD2 montre quatre couches qui comprennent toutes des impactites de tailles variées, des galets et des fragments de céramique et d'amphores. Une écuelle presque entièrement reconstituée dans le sondage SD2 démontre que le remplissage de ce fossé a été effectué très rapidement.

Neuf trous de poteau ont été identifiés avec certitude (sur un total de 23 trous possibles), ce sur la très petite surface des sondages. Ils se trouvent de part et d'autre du fossé. Ceux au nord, plus nombreux mais plus petits et assez grossiers, sont comblés de sédiment contenant des impactites. Ceux au sud, plus larges, plus profonds et mieux taillés, sont comblés d'un sédiment argileux parfois charbonneux, parfois fait d'impactite. L'un de ces trous est recouvert par la dernière couche de comblement du fossé : la structure à laquelle il appartenait a donc déjà été abandonnée lors du comblement du fossé. Deux trous de poteau ont fourni quelques tessons de la Tène.

Céramiques et amphores Les céramiques dans le comblement des fossés permettent de dater le remplissage de ces derniers à la Tène D1 : seconde moitié du . Gomez & Rocque (2012) détaillent les céramiques trouvées dans ces deux fossés laténiens à l'extrémité ouest du pont de l'aqueduc.

Les amphores Elles sont du type gréco-italique et/ou gréco-italique de transition (Dressel 1 et Dressel 1A), datées principalement de la seconde moitié du au début du (fin de La Tène C2 mais surtout Tène D1).

Le statut du site laténien L'ensemble céramique du fossé FO 40214 (celui perpendiculaire à l'aqueduc) est typique d'un site au statut particulier, avec un accent vers la céramique relativement luxueuse ; et, pour les amphores, vers la consommation cérémonielle de vin, ou bien la présence d'un habitat riche, ou encore indiquant une ou des tombes aristocratiques.

Situation du site laténien Ces fossés étudiés se trouvent à l'est du complexe thermal gallo-romain. Deux structures jumelles, que l'on suppose être des temples ou fana, se trouvent également à l'est des thermes mais au nord du fossé FO 40170 longé par l'aqueduc. Ce décalage du site laténien vers l'est pourrait expliquer l'absence de découvertes de vestiges de cette époque du côté des thermes et du temple de Montélu.

. Une découverte confirmant les conclusions de l'étude des fossés et de leurs céramiques permettrait d'établir la présence d'un sanctuaire sur le site avant la période gallo-romaine, une existence déjà suggérée par son nom.

À l'aube de l'ère gallo-romaine Avec ou sans sanctuaire pré-gallo-romain, des installations existent donc déjà au moins avant l'invasion romaine.

Au sud de l'aqueduc se trouvent les vestiges d'un bâtiment construit en terre et bois, qui a précédé les bâtiments ultérieurs du quartier d'habitat gallo-romain installé là.. Dans cette zone se trouve aussi le puits de Longeas ; détails montrant les structures hydrauliques »., un puits-regard muni d'une galerie s'étirant vers le nord pour alimenter un supposé bassin localisé plus ou moins entre les (futurs ?) thermes et les deux structures jumelles interprétées comme des temples, peut-être pré-romains (voir plus haut la section « Protohistoire, époque gauloise »).

Dans le bourg de Chassenon, plusieurs puits ont été relevés lors de fouilles anciennes : Barrière (1937), Delage (1935), Masfrand (1945b et 1947)..

Des structures datées du tournant du , début de l'époque gallo-romaine, sont mises au jour dans le bourg de Chassenon en 2007.. Les céramiques associées au remplissage d'un puits dans le bourg sont datées du premier quart ou premier tiers du (le puits lui-même pré-datant lesdites céramiques).

L'agglomération gallo-romaine thumb|upright=2.7|center|Maquette de l'ensemble vu vers le sud-est : villa (en bas), amphithéâtre, thermes (à gauche), temple de Montélu (au centre), aqueduc longeant derrière, les deux fana (au fond à gauche).

Le Cassinomagus gallo-romain si réputé est une agglomération urbaine secondaire, c'est-à-dire que sans être un chef-lieu c'est cependant une cité importante. Il commence son développement à la fin du ou au tout début du . ; la construction des thermes s'étale par étapes sur environ , débutant vers l'année 90 et se terminant vers l'année 180..

Dans le courant du , ce développement atteint une surface de - en incluant les zones à faible densité d'habitat. L'ensemble monumental est au centre et au nord-est et a fourni la plus grande densité de vestiges archéologiques ; l'artisanat et l'habitat sont au nord-ouest, à l'est et au sud. L'agglomération s'étire selon l'axe de la voie gallo-romaine qui passe au sud du bourg actuel.