La cathédrale Saint-Martin de Mayence (en allemand Mainzer Dom ou Hoher Dom zu Mainz) est le siège du diocèse de Mayence en Allemagne. Son saint patron est Martin de Tours, l'un des Pères de l'Église. Son chœur est dédié à saint Étienne, premier martyr chrétien. La base de sa construction est une « basilique à colonnes » d'architecture romane possédant trois nefs (fin du ), à laquelle ont été ajoutés par la suite des éléments gothiques et baroques ( et s). Elle a fêté son millénaire en 2009.
Architecture et histoire de la construction
Construction par les archevêques Willigis et Bardo
Motivation
Probablement peu après sa nomination en 975, l'archevêque de l'époque, Willigis, décida de la construction d'une nouvelle cathédrale de style ottonien. Il est possible que ce haut-chancelier du Saint-Empire romain germanique — charge automatiquement conférée aux archevêques de Mayence — et ancien courtisan d'Otton ait commencé les travaux vers 998 pour s'assurer le privilège de sacrer le Roi de Germanie, mais la durée extrêmement brève qu'aurait nécessité leur achèvement laisse douter de cette théorie.
Toutefois, il reste sûr que l'édification de la cathédrale n'a pas été envisagée dans un but pastoral. Du temps de Willigis, la ville de Mayence certes prospérait, car elle était devenue le siège d'un des principaux Princes-Électeurs de l'Empire, mais non pas au point que ses quelques milliers d'habitants ne puissent trouver leur place dans la nouvelle cathédrale. Le nouvel édifice n'avait donc pas pour but d'assouvir les besoins des croyants. Il était destiné à être une cathédrale impériale, symbole architectural d'un empire qui finissait petit à petit à se constituer. Grâce à elle, on devait voir en l'Église de Mayence une Seconde Rome.
Exécution Willigis avait fait construire d'emblée une « basilique à colonnes » possédant deux chœurs, deux collatéraux de part et d'autre de la nef centrale et six tours. En forme de croix latine, elle ne possédait encore aucune voûte en raison de sa taille. Le sous-sol était encore de type marécageux à cause de la proximité du Rhin ce qui a posé des problèmes avec les fondations au cours des siècles.
Malgré divers ajouts et modifications, la cathédrale a gardé cette forme générale. Une petite église mariale indépendante y était reliée depuis l'est par une colonnade ; au cours du temps, cette église s'est transformée en la grande église diocésaine Sainte-Marie aux Marches (aussi Liebfrauenkirche - en français : église Notre-Dame). La nouvelle cathédrale fut édifiée là on l'on pensait se situer le quartier des temples pendant l'ère romaine. Il est possible qu'elle ait supplanté l'église voisine de Saint-Jean bien que le rôle de cathédrale de cette dernière n'ait pas été clarifié. De toute façon, l'abbaye Saint-Alban devant Mayence était à ce moment le lieu le plus important de l'archevêché depuis près de deux siècles : avec sa longueur exceptionnelle pour l'époque, d'environ 75 m, elle constituait le siège des synodes et réunions importants ; y étaient par ailleurs enterrés les archevêques de Mayence.
Les couleurs de la cathédrale à cette époque restent aujourd’hui un domaine de recherche important pour le conservateur. Ce n’est qu'en 2002, lors de la rénovation de la partie est, qui conserve beaucoup d’éléments de la construction originale, que des découvertes ont permis d’établir l’apparence de la cathédrale avant les travaux de l’empereur Henri IV. Par la suite, en effet, l'extérieur de la cathédrale a été blanchi à l’exception des bandes murales verticales (lésènes) et des corniches. L’intérieur a probablement été blanchi à son tour au durant l’épiscopat de Bardo ; la distribution de l’époque n’avait toutefois pas grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui (voir ci-dessous).
La décoration en couleurs du Moyen Âge tardif est quasiment inconnue. Il est toutefois possible que les travaux de restauration à venir nous donnent des indications. On connaît davantage les couleurs durant la période baroque et au (voir sections correspondantes).
Le chœur ouest La plupart des églises de l'époque avaient un chœur principal situé à l'est (chœur dit « orienté »). Willigis fit construire a contrario un édifice dirigé vers l'ouest à l'instar des grandes cathédrales de Rome. L'édifice de Willigis, avec son atrium faisant face à l'église, ses arcades et sa nef de décharge à l'ouest, offre une ressemblance particulière avec l’ancienne basilique Saint-Pierre de Rome, et il entrait en effet certainement dans les intentions de l'ambitieux archevêque de Mayence de fonder ses prétentions au pouvoir par cette réminiscence architecturale : vers la fin du premier millénaire, les rôles politiques dans le Saint-Empire n'étaient pas aussi clairement définis qu'ils allaient le devenir peu à peu au cours du Moyen Âge. Le , jour prévu de la consécration (mais d'autres sources évoquent le ), un incendie ravagea l'édifice. L’origine de ce sinistre est attribuée aux lustres suspendus dans la cathédrale à l'occasion de la cérémonie, car il était fréquent au Moyen Âge d'éclairer les églises avec des torches pour ce genre d'occasion.
Sous le règne des successeurs immédiats de Willigis, Archambaud et Aribon, La cathédrale resta en chantier. Il devait revenir à l'archevêque Bardo (1031-1051) de parachever l'œuvre de ses prédécesseurs, si bien que c'est le qu'en présence de l'empereur Conrad II la cathédrale fut consacrée. On ne reconstruisit pas les colonnades ouvertes menant à l'église Sainte Marie. Aribon fut le premier évêque à y être inhumé, avec son tombeau placé dans le chœur occidental d'une cathédrale toujours en devenir. Avant la construction de la cathédrale, les archevêques préféraient se faire inhumer dans l’abbaye Saint-Alban, alors sanctuaire de rayonnement interrégional. Willigis, quant à lui, avait été inhumé dans la deuxième église qu'il avait fait construire, l’église Saint-Étienne.
Le chœur est de l'empereur Henri IV
Le financement de l'empereur Henri IV du Saint-Empire a une grande importance dans la construction de la cathédrale. L'incendie de 1091 avait alors gravement endommagé l'édifice. Ainsi, vers 1100, Henri IV, qui avait aussi fait restructurer la Cathédrale de Spire, commença des aménagements de la cathédrale abîmée en s'inspirant du style lombard. À l'extrémité du chœur est, il fit construire une abside à arcades fausses avec un déambulatoire, similaire à celle de Spire, et remplaça la tour d'origine, probablement carrée, par une coupole octogonale.
Sous le chœur orienté, l'empereur ordonna le creusement d'une crypte tripartite, qui pour le style empruntait sans doute également à la cathédrale de Spire. Celle-ci devait cependant être démantelée au cours du chantier, en tout cas avant 1230, au profit du rétablissement d'une continuité de niveau du plancher.
En outre, sous le règne de l'empereur Henri IV, la partie orientale de la nef fut rehaussée et deux grands portiques à colonnade, qui comptent parmi les plus anciens à ce jour, furent édifiés près de l'abside. En 1106, à la mort de l'empereur et donateur, plusieurs parties de l'édifice étaient encore en travaux. On peut encore le voir aujourd’hui : tandis que la porte méridionale arbore de précieux chapiteaux richement ouvragés, les chapiteaux de la porte septentrionale et du triforium sont restés inachevés jusqu'à ce jour. Avec la cessation des subsides royaux, les Magistri Comacini– éminents tailleurs de pierre venus de Lombardie – se retirèrent. La mort de l'empereur inspira à ses biographes des complaintes prosaïques qui expriment clairement ce que cette disparition impliquait pour la cathédrale : . La cathédrale de Mayence, par le fait qu'avec Henri IV un empereur s'y est impliqué, appartient, avec la cathédrale de Worms et la cathédrale de Spire aux trois cathédrales impériales de Rhénanie.
Édifice à deux chœurs Le sens ou l'idée qui se cachent derrière la structure à double chœur font toujours objet de débat. Avant, on supposait souvent que les chœurs en vis-à-vis renvoyaient de façon imagée aux concepts de sacerdotium à l'ouest et d'imperium à l'est, c'est-à-dire aux pouvoirs spirituel (incarné par l'évêque) et temporel (incarné par le roi). Cette théorie ne peut être établie. Actuellement, on attribue une fonction liturgique à la conception de l'édifice : la structure permettait des processions solennelles entre les deux chœurs. Au début, ceux-ci étaient utilisés à égalité. Plus tard, le chœur a davantage servi aux messes paroissiales et le chœur principal (ouest) fut employé par l'évêque pour les messes pontificales. Au cours des siècles, le chœur a vu son emploi décliner progressivement. Aujourd'hui s'y déroulent les Heures canoniales du chapitre de la cathédrale.
La construction de la nef actuelle thumb|left|Vue sur la nef principale et le chœur ouest. thumb|left|Chapelle Saint-Godehard, vue de la Place du Marché Le chantier de la cathédrale fut repris par la suite par les archevêques. Toutefois l'interruption des subsides royaux se traduisit par une nef de qualité inférieure à celle du chœur occidental. Pour ce dernier, l'empereur avait fait rapporter depuis les monts de Spessart et le val du Haardt (Pfälzerwald) un grès de haute qualité, qu'on avait déjà employé pour la cathédrale de Spire et la chapelle de l'abbaye de Limburg. Par la suite, on se rabattit sur le calcaire coquiller des carrières de Weisenau. On ignore toutefois précisément à quel moment la construction de la nef a débuté, mais probablement à la suite de l'incendie qui ravagea la cathédrale en 1190De 1190 à 1239 c'est la collégiale Saint-Pierre (Peterkirche, détruite depuis) qui fait office de cathédrale (voir Le Roman de La Rose ou de Guillaume de Dole, présentation et notes de Jean Dufournet, )..
L'archevêque Adalbert de Sarrebruck (1110 † 1137) fit ériger une chapelle romane à deux niveaux jouxtant la cathédrale, dite Chapelle Saint-Gothard (d’après Gothard de Hildesheim), en tant que chapelle princière de l'archevêque. Comme les ogives de cette chapelle sont identiques à celles de la nefL'emploi de simples voûtes d'arêtes pour des nefs aussi larges que celles de la cathédrale de Spire ou comme ici, à Saint-Martin de Mayence, est selon H. Focillon (Moyen Âge roman et gothique, chap. II, §4, ) l’un des aspects les plus admirables de l'architecture religieuse rhénane., il est possible qu’Albert ait aussi été le premier maître d'ouvrage de la nef remplaçant celle de Willigis. Les sources évoquent un « tectum » (ce terme pouvant désigner les ogives ou la charpente) somptueux.
Pour ce qui est de la conception de la nef, les maîtres d’œuvre se tournèrent de nouveau vers la cathédrale de Spire, qui, en tant que premier grand édifice à travée ogivale au-delà des Alpes, donnait pour l’Allemagne le modèle de l'architecture romane. Toutefois la nef centrale à Mayence ne pouvait en être une simple copie, parce qu'il fallait régler la construction sur la hauteur du chœur oriental attenant. C'est pourquoi la nef centrale fut construite considérablement moins haute que dans le modèle de Spire : au lieu de , mais comme une basilique à colonnade. C'est pourquoi les baies de la claire-voie devaient être adossées par paires. Ainsi, il n'était plus possible de cerner les fenêtres hautes de baies aveugles comme on l'avait fait à Spire. À Mayence, ces baies aveugles culminent sous les fenêtres hautes et forment ainsi une brèche tripartite du mur, ce qui pour l'époque était une nouveauté.
Dans l'ensemble, la nef est d'un style dépouillé : on a renoncé aux ornements majestueux de Spire. Quant aux murs extérieurs, ils étaient vraisemblablement conçus de façon purement fonctionnelle. Ils ont presque entièrement disparu lors de l'édification de la chapelle gothique latérale commencée en 1279.