vignette|alt=homme assis sur un trône|Statue colossale de dans le temple de Karnak.
L'État pharaonique est l'ensemble des institutions en place en Égypte antique sous le pouvoir royal des pharaons, entre la fin de la Période prédynastique (vers -3150) et la conquête du pays par Alexandre le Grand en -332. Durant ces trois millénaires, le pays a connu une organisation et des administrations cohérentes. Tirant sa légitimité des dieux, le pharaon est l'État à lui seul et en assure les fonctions essentielles. Il est l'administrateur principal du pays, le chef des armées, le seul législateur, le premier magistrat et le prêtre suprême. Il lui revient de choisir seul la politique à mener. Cependant, il délègue l'exécution de ses décisions à une cohorte de scribes, de conseillers et de fonctionnaires. Pour cela, il s'appuie sur une administration chapeautée par un ou plusieurs vizirs et divisée en diverses sections dont le Trésor, le Grenier, les Archives et les Travaux royaux. Au niveau local, le pays est découpé en provinces appelées nomes. Chacune d'elles est dirigée par un fonctionnaire désigné par le roi, le nomarque. À l'intérieur de ces nomes, des districts, des villes et villages sont eux aussi administrés par des représentants royaux. Aux époques glorieuses (Ancien, Moyen et Nouvel Empire), le pouvoir pharaonique contrôle les zones limitrophes que sont les oasis du désert Libyque, la Nubie et la Syrie-Palestine. Irrigué par le Nil, la prospérité économique du pays repose sur son agriculture. L'État tire profit de cette richesse en taxant les revenus agricoles et profite de ces contributions pour payer ses fonctionnaires. Dans cette organisation étatique très hiérarchisée, les prêtres ont toute leur place en s'occupant, outre du culte aux dieux et aux défunts, de la gestion des domaines, de la transmission des savoirs et de la santé des individus. Il en va de même des militaires qui, avec leurs exploits à l'étranger, ont grandement participé à la grandeur du pays en lui procurant des tributs et une main-d'œuvre servile.
Généralités
L'État égyptien ou pharaonique
vignette|alt=homme et femme debout dans une posture raide et digne|Statue du pharaon Mykérinos et de son épouse Khâmerernebty - - Musée des Beaux-Arts (Boston).
Les Anciens Égyptiens n'ont pas dans leur vocabulaire un terme traduisible par « État ». Malgré cette lacune, l'Égypte des pharaons (entre -3150 et -332)Entre la fondation de la civilisation par les rois de la et la conquête du pays par Alexandre le Grand contre les Perses qui se sont eux-mêmes installés dans le pays en -343 en battant , dernier pharaon indigène. La période ptolémaïque représente une période de rupture et de changements avec la mise en place d'une administration hellénistique qui n'entre pas dans le cadre étroit de cet article. satisfait parfaitement à la définition moderne de ce qu'est un « État ». D'un point de vue sociologique, les Égyptiens vivent sur un territoire bien déterminé. Il s'agit de la vallée du Nil, depuis la cataracte jusqu'au delta du Nil inclus, bordée à l'ouest par le désert Libyque et à l'est par le désert Arabique. Les habitants de cette contrée sont soumis à un gouvernement bien discernable ; celui des pharaons (une trentaine de dynasties successives). Faute de documents écrits, il est difficile d'avancer une estimation de la population totale ; autour de quatre millions de personnes à la période ramesside.. D'une remarquable stabilité, malgré les vicissitudes de l'histoire, ce système monarchique a perduré sur près de .
D'un point de vue organisationnel, l'État pharaonique est un mode de gestion de la société égyptienne, en particulier de ses ressources agricoles dans le cadre d'une économie de redistribution (près de de terres cultivables).. Durant cette longue période historique, les Égyptiens acceptent le mode de gouvernement imposé par leurs rois. Il s'agit d'un système administratif complexe et hiérarchisé qui vise au bien-être collectif. Une multitude de scribes-fonctionnaires agissent par délégation de pouvoir au nom du pharaon dans tous les domaines de la société (économie, religion, armée). Sur le plan juridique, les pharaons détiennent leurs pouvoirs régaliens des dieux dont ils sont les successeurs. L'action royale est déterminée par deux maximes maintes fois énoncées dans les discours royaux. La première consiste à « amener la Maât », c'est-à-dire les aspects agréables de la vie comme la justice, la vérité ou la paix. La seconde revient à « chasser le chaos-isefet », c'est-à-dire les aspects négatifs de l'existence comme le tumulte, la maladie et toute forme de perturbation comme les invasions étrangères ou les guerres civiles.
Apports de l'égyptologie
vignette|gauche|alt=|Planche du papyrus Harris - (fac-similé).
La compréhension de l'Égypte antique et de son organisation étatique par les égyptologues s'appuie sur l'étude attentive et raisonnée d'un corpus de milliers de textes écrits sur tous supports (pierre, argile, bois, papyrus), que l’on a découverts dans toutes les parties du pays, en différentes écritures (hiéroglyphique, linéaire, hiératique et démotique). Les sources écrites, selon les supports utilisés et la localisation des centres administratifs, ont traversé le temps jusqu'à nous de manières très inégales. Certaines périodes sont obscures, d'autres mieux renseignées. Avant la , les documents sont très rares. Les rouleaux de papyrus du delta du Nil, zone humide, sont infiniment bien moins conservés que ceux de Haute-Égypte. La reproduction sur pierre (stèles, murs des temples) sont autant de témoins de papyrus originaux perdus. Certains domaines ne peuvent être appréhendés qu'à partir de fastidieuses et minutieuses enquêtes prosopographiques.. Les documents s'ils sont nombreux, sont tantôt lacunaires, tantôt imprécis ; leur interprétation est par conséquent d'une extrême difficulté. Aussi, comprendre et restituer l'État pharaonique n'est pas une chose aisée. De plus, la pensée administrative des Anciens Égyptiens est très différente de la nôtre et toute tentative de comparaison, même limitée, avec les structures des États contemporains est vouée à l'échec..
Les questions institutionnelles sont d'un intérêt ancien en science égyptologique. À la fin du , Eugène Revillout porte notamment ses recherches sur les documents contractuels égyptiens. Entre 1932 et 1935, Jacques Pirenne publie les trois tomes de son Histoire des institutions et du droit privé dans l'ancienne Égypte. Ce travail ne concerne toutefois que le seul Ancien Empire. Après la publication d'une série de dossiers papyrologique du Nouvel Empire dont les Ramesside administrative documents en 1948 par Sir Alan H. Gardiner., la perception de l'État pharaonique et de son fonctionnement est notablement transformée. D'autres comme Wolja Erichsen (1890-1966). ou Thomas Eric Peet. ont diversement contribué à cet effort de compréhension. Les fouilles du village de Deir el-Médineh ont mis au jour la vie quotidienne des petits fonctionnaires et des ouvriers de pharaon. Cet aspect a été révélé par Jaroslav Černý par l'étude des nombreux ostraca sortis de terre. Pour le Moyen Empire, d'autres dossiers papyrologiques ont été édités par W. C. Hayes., T.G.H James. et W.K. Simpson.. L'Ancien Empire n'est pas en reste avec la publication des Archives d'Abousir par Jean-Louis de Cenival et Paule Posener-Krieger.. Dans les dernières décennies, l'étude des aspects étatiques, juridiques et sociaux de la civilisation égyptienne s'est poursuivi, notamment avec les travaux de Bernadette Menu., Michel Baud., Pierre Grandet., Juan Carlos Moreno Garcia., Frédéric Payraudeau., etc.
Monarchie pharaonique
Pharaon
vignette|gauche|upright=0.8|alt=homme agenouillé|La pharaonne Hatchepsout faisant une offrande - - Metropolitan Museum of Art.
Le pharaon, roi d'Égypte, est indissociable de l'État égyptien. Lui seul, face aux dieux assure les fonctions essentielles. Dans une idéologie où le rationnel et l'irrationnel s'entremêlent, la plus simple de ses actions trouve une expression religieuse en devenant un rituel magique où le monde des hommes est associé à la bonne marche du cosmos. Responsable de l'humanité devant les dieux, le pharaon est à la fois prêtre, architecte, ingénieur des eaux, paysan, législateur et guerrier. Les murs des temples sont ainsi couverts de scènes d'offrandes, de fondations de nouveaux sanctuaires, d'ouvertures de canaux, d'élevages d'animaux domestiques, de sacrifices d'animaux sauvages, d'explorations et de conquêtes territoriales. Lorsque ces fonctions royales ne sont pas correctement remplies, les répercussions sont néfastes pour l'humanité tout entière (guerres civiles, famines, sécheresse). Toute décision royale s'insère dans un grand schéma idéologique où l'entretien de la Maât (Vérité-Justice) va de pair avec l'élimination de l’isefet (désordre).. Au cours des différentes ères historiques, l'image du pharaon s'est trouvée modifiée selon les aventures heureuses (Ancien, Moyen et Nouvel Empire) ou malheureuses (les trois périodes intermédiaires) que traversait le pays. Cependant, jamais le principe monarchique n'a été remis en question. Pas même durant les époques où plusieurs dynasties parallèles se sont affrontées. Mieux encore, des souverains étrangers (Nubiens, Libyens, Perses, Lagides et Romains) se sont reconnus dans les traditions politiques égyptiennes..
|+ |- ! scope="col" |Translittération ! scope="col" | Hiéroglyphe ! scope="col" | Traduction |- |align=center|nesou ||align=center|M23-X1:N35||align=center | roi de Haute-Égypte |- |align=center|bity ||align=center| L2-X1:Z4-A45 ||align=center | roi de Basse-Égypte |- |align=center|nesou-bity ||align=center|M23:X1-L2:X1||align=center | roi de Haute et Basse-Égypte |- |align=center|hemet ||align=center|U36-X1||align=center | Majesté (litt. : serviteur)
Palais royal vignette|alt=image d'une large maison|Essai de restitution du palais de Mérenptah à Memphis -