Clássico dos Milhões (littéralement en français le « Classique des Millions », autrement dit « Le Derby des Foules ») est le nom attribué à la rencontre traditionnelle entre les équipes de football brésiliennes du Club de Regatas Vasco da Gama et du Clube de Regatas do Flamengo, de la ville de Rio de Janeiro.

Cette appellation est vraisemblablement apparue dès les premières rencontres dans les années 1920 et s'est maintenue par la suite, même s’il est permis de croire que c’était alors Vasco da Gama l’équipe la plus populaire, à l’inverse d’aujourd’hui. Depuis le début des années 1970, le derby s’est imposé également comme le clássico le plus populaire au niveau national.

De nombreux sondages effectués depuis 20 ans montrent que, malgré des fluctuations certaines, les supporters des deux équipes totalisent en moyenne le tiers de la population brésilienne, soit environ 60 M de supporters (dont typiquement 40 M pour Flamengo et 20 M pour Vasco), ce qui en fait presque certainement, le derby le plus populaire de la planète. Dans leur fief de l’État de Rio de Janeiro, les deux équipes cumulent environ les 3/4 des supporters déclarés, soit environ 40 % de la population de l'État pour Flamengo contre 20 % pour Vasco, loin devant leurs deux autres rivaux locaux, Botafogo et Fluminense, crédités à égalité de 10 % des préférences chacun, selon les derniers sondages de 2004. À noter que Flamengo possède autant de supporters que tous ses rivaux réunis, ainsi comme Vasco possède autant de supporters que ses deux autres rivaux réunis.

La rivalité intense entre les deux clubs, avant même de se manifester sur les terrains de football en 1923 lorsque Vasco accéda à la de l'État de Rio, existait déjà depuis la fin du dans les régates d’aviron puisque les deux clubs avaient été fondés en tant que club de régates, appellation (Clube de Regatas) qu’ils portent toujours (Flamengo en 1895 et Vasco en 1898). L’aviron était alors le sport à la mode importé d’Angleterre. Aujourd’hui les deux clubs maintiennent de équipes de compétition dans de nombreux sports (aviron toujours, basket, natation, futsal, judo et autres), souvent à haut niveau brésilien, sud-américain et même international. Ainsi par exemple, Vasco a pu dans un effort ponctuel envoyer plus de 70 athlètes aux jeux olympiques de Sydney en l’an 2000, probablement un record mondial en s’agissant d’un seul club multi-sportif.

Historique Les débuts (1900-1930)

La rivalité, dès les premières années des régates d'aviron, s’exerçait sur un fonds de préjugés sociaux et raciaux. En effet les membres du Club de Régates du Flamengo, le quartier le plus huppé et cossu de ce début de (Copacabana n'était alors qu'une vaste plage déserte sans accès) ne rataient pas une occasion de se moquer de ces représentants de la colonie portugaise qui avaient fondé le Club de Régates Vasco de Gama (ainsi nommé car fondé dans l'année de célébration du de la découverte du chemin des Indes Orientales par le navigateur portugais). Ceux-ci habitaient le plus souvent la zone nord de Rio de Janeiro, certes autrefois prestigieuse sous l’Empire (1822-1889) car proche du palais impérial, mais déjà à l'époque délaissée et habitée par des immigrés récents qui côtoyaient les esclaves affranchis souvent venus de Bahia et de la vallée du Paraíba, conséquence da la proclamation de la République et de l’abolition de l’esclavage (1888) qui en avait été la principale cause.

Cependant la rivalité a pris une autre dimension lorsque le football, introduit au Brésil dans les années 1910, suscita un engouement populaire qui ne se démentirait plus tout au long du et qui en viendrait à faire du Brésil le pays-symbole même de ce sport. Flamengo avait décidé de créer un département de football dès 1911 et débaucha pour ce faire des joueurs de Fluminense, ce qui déclencha une rivalité entre les deux clubs qui fut longtemps la plus importante du Brésil, surtout probablement parce qu'elle était (et continue toujours à l'être) entretenue par l'élite des beaux quartiers du sud de la ville. En effet, Fluminense Football Club (en anglais dans le texte) était le voisin de Flamengo basé dans le quartier de Laranjeiras (« Les Orangeraies »), encore plus aristocratique que celui de Flamengo (« Le Flamand »). Fluminense interdisait tout joueur de couleur ou simplement métis de s'adonner à ce nouveau sport de gentlemen récemment importé d'Angleterre.

Le trio était complété par Botafogo de Futebol et Regatas, du quartier alors récemment mis en valeur de Botafogo (« Le Boute-feu »), la nouvelle frontière de Rio de l'époque avec ses splendides nouvelles ambassades, palazzi et maisons de maitres dans des écrins de verdure. Enfin, du côté du nord de la ville, séparés déjà par le parc naturel urbain de la forêt de la Tijuca, América Football Club représentait la classe moyenne du quartier de Tijuca.

C'est donc en 1917 que Vasco décide de créer son département de football et, étant donné les conditions modestes de son entourage basé dans le quartier historique de São Cristóvão (« Saint-Christophe »), fait appel à des joueurs de couleur et des immigrés portugais, voire des métis. Suprême insulte aux règles du sport amateur de l'époque, il s'autorise à rémunérer souvent en nature ces joueurs généralement démunis. Après des débuts difficiles, la montée est spectaculaire et en 1923 Vasco est promu à la , puis remportera le titre lors de sa première année avec plusieurs tours d'avance, préfigurant la percée qui sera celle du football brésilien sur la scène internationale quelques années plus tard. Ce sera Flamengo déjà en 1923 qui, parmi les clubs de la zone sud, prendra le leadership de cette rivalité, lorsque la seule défaite de Vasco dans le championnat sera célébrée outrageusement par les supporters de Flamengo comme un titre en soi. C'était le début d'une inimitié, plus qu'une rivalité, celle des brésiliens « de souche » contre l'équipe de gueux portugais et mulâtres.

Le fossé Zone Nord - Zone Sud (1931-1950)

Très vite la réussite du trublion Vasco attire les foudres des beaux quartiers. Vasco est accusé d’utiliser des professionnels dans un sport qui devrait rester amateur. La technique d’esquive des joueurs de Vasco face à la violence des défenseurs et de la complicité des arbitres fera école. Vasco n’est pas le premier à enrôler des noirs ou métis, Bangu entre autres l’ayant déjà fait, il est le premier à réussir aussi spectaculairement. En 1924, Vasco est de nouveau champion et donc deux fois d’affilée à peine promu.

Les clubs de zone sud prétexteront que seuls les clubs ayant un stade particulier peuvent participer au championnat. Vasco n'en a pas. Qu’à cela ne tienne, la laborieuse et relativement riche colonie portugaise de Rio organise une entraide et finance la construction du stade de São Januário (« Saint Janvier »), du nom du quartier de São Cristóvão où Rio aurait eu sa deuxième fondation. Ce stade de places sera le plus grand d’Amérique Latine pendant longtemps et recevra les matchs de la sélection brésilienne jusqu'à la construction du Maracanã.

Ayant acheté son entrée parmi les dorénavant cinq grands (quatre aujourd’hui avec le déclin de América), il en restera toujours les accusations de préjugés raciaux, encore visibles aujourd’hui dans la mascotte et le symbole imposés par ses adversaires et relayée par la presse (la morue et le portugais bedonnant et moustachu en sabots), alors que les symboles internes sont l'amiral et la caravelle. Par ailleurs la situation s’est inversée vis-à-vis du seul Flamengo, qui s’est imposé comme le club des couches sociales les plus basses, en cela suivant l’évolution sociale qui a vu la zone nord de Rio devenir quartier de classe moyenne, souvent basse, mais souvent plus fortunée que la Baixada (littéralement, « bassade » ou Pays-Bas) où se situent les énormes favelas et l’essentiel de la violence à Rio et où la pénétration de Flamengo dépasse facilement plus de 50 %. Contradiction manifestement brésilienne et surtout carioca, le club de loin le plus populaire du Brésil est aussi et surtout celui des élites de Rio, à l'image des novelas faisant rêver les bidonvilles ou encore, dans l'autre sens, de la fascination des branchés de la zone sud envers l'école de samba Mangueira.

L'engouement des masses (1951-1971)

Si Flamengo x Fluminense sera longtemps réputé le derby brésilien par excellence de par son charme, ses couleurs, ses supporters « frères ennemis » et nom folklorique même, dans la pratique c'est Vasco et Flamengo qui s'attirent le plus de sympathie populaire. De nombreux indices permettent de croire que Vasco était alors l'équipe du peuple, qui s'identifiait avec ce style de football métis et artistique qui était la marque de Vasco et qui deviendrait plus tard celle du style brésilien. Également Vasco avait drainé une grande partie des supporters de América, et régnait sur le Nord de la ville en maître, celle des zones pauvres voire misérables, mais aussi celle qui voyait en même temps la naissance de la samba. Vasco était le club des blancs européens et de noirs africains, mais aussi des métis brésiliens. Assez significativement, Pelé quoique né à Santos déclarera avoir soutenu Vasco dans son jeune âge. À tout cela s'ajoutait le succès de Vasco dans les années 1940 et 50, où il a pu aligner jusqu'à 9 titulaires en équipe nationale lors de la Coupe du monde, remporter le premier championnat sud-américain de clubs et plus tard les premières coupes intercontinentales avant la lettre (tournois de Paris), et fut ainsi surnommé « L'Express de la Victoire » (de même que son grand rival continental de l'époque, River Plate, était surnommé « La Maquina »).

De son côté, Flamengo était déjà devenu le club le plus populaire de la zone Sud, grâce au côté moins guindé de ses membres, mais vraisemblablement, de manière plus prosaïque, grâce à ses couleurs. Comme l'avait déjà noté Gilberto Freyre dès 1930, le rouge et le noir étaient des couleurs fondamentales dans la culture indienne, européenne e surtout africaine, symbole de vitalité. C'est sans doute la raison pour laquelle malgré ses origines élitistes (encore visibles aujourd’hui avec son siège dans quartier de la Gávea (« La Hune »), le plus huppé de Rio), Flamengo est devenu progressivement le club le plus populaire de Rio devançant largement Vasco, et bientôt du Brésil, grâce également au pouvoir de fascination culturelle qu'exerce toujours Rio sur le reste du Brésil malgré sa décadence économique relative. Flamengo a réussi à s'imposer comme le club des couches les plus pauvres, celles des favelas, surtout noires ou fortement métissées, au fur et à mesure que le rôle pionnier de Vasco était rapidement oublié avec la généralisation de joueurs noirs et métis dans tous les clubs du pays. Vasco a été progressivement cantonné à une image de club de colonie (portugaise), à l'instar de Palmeiras (italienne) à São Paulo, alors que soutenir Flamengo devenait synonyme de brésilianité. Cependant l'assise populaire de Vasco, devenue plutôt ouvrière et de gauche car moins infortunée que celle des favelas, est restée forte grâce à son positionnement géographique et à son identification avec la foisonnante culture populaire de la zone nord de Rio, illustrée par de nombreux sambistes comme Martinho da Vila, Paulinho da Viola ou encore Jamelão.

Dans le schéma qui s'est peu à peu installé dans les années 1960, Flamengo était devenu de loin le club du peuple, Vasco le club des ouvriers, Botafogo des classes libérales ou artistiques (aidés en cela par le style et le génie de Garrincha) et Fluminense cantonné à ceux prétendus fidalgos (nobles ou élites en tout cas). Ceci est à nuancer bien sûr sur des bases statistiques. Ainsi, Flamengo reste en absolu le plus populaire sur toutes les tranches sociales et d’âge.

L’âge d'or (1972-2001)