Antonia Mercé y Luque, née à Buenos Aires le et morte à Bayonne le , plus connue sous son nom de scène La Argentina, est une danseuse et chorégraphe espagnole. Elle est considérée comme une novatrice de la danse espagnole du .
Elle est féministe et progressiste.
Elle hérite de Serge de Diaghilev la direction des Ballets espagnols à Paris . Au long de sa carrière, elle va collaborer avec des artistes de l'avant-garde espagnole : Manuel de Falla, Enrique Granados, Isaac Albéniz, José Padilla Sánchez ou Federico García Lorca.
Biographie Née de parents danseurs originaires d'Espagne, elle entre au Théâtre royal de Madrid à neuf ans. En 1910, elle est remarquée au Moulin-Rouge de Paris dans une « espagnolade », qui lui ouvre les portes de l'Opéra de Paris.
Le 1890, Antonia Mercé naît à Buenos Aires.
Formation En 1899, elle entre au conservatoire de Madrid. Elle suivra, de sa à sa , les classes de solfège, de musique générale, chant et danse. Elle aurait volontairement chanté faux pour rater ses examens : elle veut être danseuse. À 11 ans, elle réussit les concours de danse ; elle est engagée comme première danseuse au Théâtre Royal.
Elle donne en même temps des cours de danse. Ses succès et l'intérêt que suscite « Antonita la delgada » (la mince) vont convaincre sa mère de la laisser faire ce métier.
En 1903, son père meurt, après une longue paralysie. Elle a 13 ans, elle doit travailler.
Vie professionnelle À 14 ans, Antonia Mercé quitte le Théâtre Royal. Elle se sert de la technique académique pour présenter une danse folklorique stylisée, mais authentique.
Ce seront des années de travail et de lutte. À la fin du , les Italiens règnent à l’opéra de Madrid. Le public espagnol montre beaucoup d'engouement pour les zarzuelasCe sont des pièces en un acte, qui tiennent de la revue musicale et de l'opérette, ayant toujours l'Espagne pour toile de fond, et qui se succèdent à un rythme très soutenu sur les scènes madrilènes.. La famille royale encourage cette forme d'expression grâce à des prix. Elle gravit les premiers échelons du succès.
En 1906, elle fait sa première tournée au Portugal, et ses débuts au Jardin de Paris. Paris l'a toujours attirée.
En 1910, elle paraît au Moulin rouge, dans une opérette de MM. Halévy, Joullot et Mareil, musique de Joaquin Valverde, L’Amour en Espagne. De 1910 à 1914, elle se produit au Jardin de Paris, au Concert Mayol, au Moulin Rouge, à l'Olympia, aux Ambassadeurs... Sa renommée se répand en Europe. Sa Corrida, créée dans L’Amour en Espagne, deviendra le final de ses récitals jusqu'à la fin de sa vie.
En 1912, le sculpteur Sebastián Miranda offre un banquet en son honneur à Madrid. Le peintre Angel Nieto lui offre son portrait au pastel, signé par les intellectuels en vogue.
Pendant la guerre En 1914, le journaliste Néstor Lujàn la décrit ainsi : . Anatole France écrit à la même époque : « La Argentina est unique », puis, dans un article suivant : « ses attitudes ont tant de rythme et de grâce que ce sont de la musique pour les yeux ». Elle danse en France, en Angleterre, en Allemagne. A la déclaration de guerre, elle est en Russie, où elle est très appréciée.
En 1915, elle reçoit la médaille des Beaux-Arts de Madrid. L’Athénée, cercle madrilène d'intellectuels, la reçoit et lui rend hommageIls la conduisirent un jour à l'Athénée de Madrid. El Ateneo est une académie, une sorte de cercle, absolument fermé, où se rencontrent des intellectuels et des artistes, des écrivains et des poètes, des peintres et des musiciens. C'était la première fois qu'une danseuse était introduite dans ce temple de l'Art. Ce fut la seule. Entourée d'un public de choix, sentant que l'idéal qu'elle portait trouvait là un terrain propice et une compréhension totale, la jeune fille s'abandonna toute au dieu qui l'habitait. Elle dansa, et ceux qui la virent comprirent que la Danse, qui compte tant d'appelés et si peu d'élus, possédait désormais une prêtresse, dont les gestes et les pas comportaient une telle somme de beauté qu'ils conféraient à la danseuse quelque chose de sacré. L'enthousiasme qui les souleva fut immense. Le lendemain, toute l'Espagne des penseurs et des artistes commentait cette danse étonnante et y découvrait un peu de ce qu'Antonia Mercé s'efforçait d'y mettre. Tous avaient reçu une impression de beauté si absolue et si intense que celle-là même qui la leur avait dispensée en fut bouleversée.
1916 — Granados l'emmène à New York créer la Danse des Yeux verts (couleur de ses yeux) sur la musique qu'il a composée pour elle et qui sera sa dernière œuvre. À New-York, à une exposition du Prince Troubetzkoï, le Musée Hispanique de New-York acquiert une statuette représentant Argentina. Ce même sculpteur fera d'elle, plus tard, une autre statuette, dans sa danse Cordoba.
En 1917, les ouvriers de Mexico lui offrent une médaille d'or gravée : « Les Ouvriers de Mexico, à la gentille Argentina ».
Après la guerre En 1919, elle revient danser en Espagne et en France, à la Réserve de Ciboure, près de Saint-Jean-de-Luz. Ciboure sera une étape importante de sa carrière : les Parisiens, réfugiés sur la côte basque, la virent là pour la première fois.
Pierre Laffitte et Robert Ochs, alors directeur de la revue Femina, de retour à Paris, annoncèrent sa réapparition sur les scènes françaises. Elle s'installe à Paris, 36 de la rue Singer, dans le Suzanne F. Cordelien, La vie brève de la Argentina, Paris, Librairie Plon, 1936..
En 1921, à Marid, « Montecristo », un célèbre journaliste, donne une soirée en son honneur et invite les aristocrates espagnols et le corps diplomatique.
Elle collabore, en 1922, avec le poète Garcia Lorca, le peintre Sert, le musicien Femandez-Arbos. En 1923, l'historien et critique de danse André Levinson la choisit pour illustrer ses conférences à Paris. En 1924, le public parisien la découvre à l'Olympia, en seconde partie, entre Antonin Berval qui fait ses débuts sur une scène parisienne et Gina Palerme, artiste de music-hall alors consacrée. Elle reviendra en vedette à l'Olympia en 1926.
En 1925, elle rencontre Arnold Meckel, manager russe, qui sera son impresario pour toute sa carrière ; il la suit dans son travail avec compétence et dévouement .
Elle monte, au Trianon Lyrique, à Paris, grâce à Bériza, L'Amour sorcier de Manuel de Falla. En face d'une critique hostile, Argentina triomphe. Le Tout-Paris se réunit pour elle dans les salons de la revue Fémina. Elle quitte le pour le : 15, rue Saint-Senoch.
Elle fait ses premières représentations, en tournée européenne, avec le compositeur Joaquin Nin, qui lui a dédié sa Danse ibérienne et la cantatrice Alicita Felici.
En 1926, l'Olympia présente : Un siècle de danse espagnole.
Le , Salle Gaveau à Paris, elle donne son premier récital, toujours partagé avec Joaquin Nin et Alicita Felici, et avec le même programme. Elle danse à la Comédie-Française pour la soirée d'adieu de Georges Berr, sociétaire. Le , dans la Salle Gaveau, Argentina participe à un hommage à Manuel de Falla, organisé par l'Université des Annales.
À partir de la fin de cette année 1926 et toute l'année suivante, elle se produira seule, accompagnée d'un pianiste, parfois d'un guitariste, dans toute l'Europe.
Elle fait de nombreux voyages dans les provinces espagnoles pour retourner aux sources de son art. Le roi Alphonse XIII d'Espagne lui offre, en gage d'admiration, un poudrier d'or gravé de sa signature. Le peintre allemand Max Slevogt fait son portrait dans le Tango Andalou.
En 1928, elle réunit une troupe et crée Les Ballets Espagnols. Elle poursuit ses tournées de récitals dans le monde entier : New-York, Chicago, Brooklyn, Boston, Worcester, Providence, New Haven, Montréal, Mexico, Cuba, Buenos-Aires, Los Angeles, San Francisco, Honolulu, Manille, Tokyo, Shangaï, Saïgon, Calcutta, Bombay, Le Caire, Tunis...
Le , La Argentina et ses Ballets espagnols créent à l'Opéra-Comique le ballet Triana de Enrique Fernández Arbós, réunion de trois morceaux orchestrés de la suite Iberia de Isaac Albéniz, El Albaicín, Fête-Dieu à Séville et Triana.
La même année 1929, elle fait une tournée aux États-Unis. Elle y reviendra six années de suite. Elle danse devant Helen Keller, sourde, muette et aveugle. Elle lui écrivit cette dédicace :
L'Institut des Espagnes, à New-York, lui rend hommage : interviennent le poète Garcia Lorca, le philosophe Federico de Onis, le peintre Garil Maroto, le critique d'art Angel del Rio. Une brochure est éditée.
Elle continue de créer, offre son concours bénévole à de nombreux galas de bienfaisance, donne des récitals dans le monde entier. Elle se fixe à Neuilly-sur-Seine, 12 boulevard des Sablons, gardant le rez-de-chaussée de la rue Saint-Senoch comme studio de travail.
En 1931, rentrée de ses tournées habituelles en Europe et en Amérique, Argentina donne un premier récital à l'Opéra de Paris. Il l'accueillera jusqu'à ses derniers concerts. En 1933, elle illustre, à Paris, à l'Université des Annales, les conférences de Guy de Pourtalès. Le 1934, au Palais Royal, elle danse pour le corps diplomatique de la Présidence de la République. En avril, elle monte L'Amour Sorcier à Madrid. La presse espagnole salue son succès. Pour la création de sa Suite Argentine, la Presse Latine, à Paris, lui offre un Laurier d'Or.
Le 1935, elle danse à la Maison-Blanche. Elle paraît ensuite à Madrid, au Théâtre Espagnol, au profit d'un vieux chanteur espagnol, Femando de Riana, pour l'aider à vendre son livre Arte y Artistos flamencos. Le , elle danse à l'Academy of Music de New York, dans un programme des All Star Concert Series.
En 1936, après celles d'André Levinson et de Guy de Pourtalès, elle vient illustrer la conférence de Paul Valéry, à l'Université des Annales, le . En , elle rencontre le danseur indien Uday Shankar. Les 19, 22, 24 et , elle danse à l'Opéra de Paris dans L'Amour Sorcier. Au cours du spectacle, elle se sent mal et prend des pilules pour le cœur.
Le lendemain , elle fait une conférence, en français, sur le langage des lignes. Le , elle assiste, à Saint-Sébastien (Pays basque espagnol), à une fête folklorique, donnée en son honneur par le R. P. Donostia. Le Père Donostia était un savant musicien, compositeur du Pays basque. Argentina l'avait appelé à Bayonne pour qu'il lui apprenne des vieux chants du folklore basque, sur lesquels elle voulait danser« Passez, madame, lui aurait dit le douanier, la reconnaissant à la frontière, vous êtes une des gloires de l'Espagne ! ».
Elle revient dans sa villa de Bayonne, pour un repos inhabituel de quelques jours. Elle meurt d'une crise cardiaque, le , à quarante-cinq ansSuzanne de Soye, "Toi qui dansais, Argentina", Les Éditions la Bruyère, Paris 1993.. Les journaux annoncent la perte de celle qu'ils considéraient comme la Pavlova du Flamenco.vignette|La danse est sa vocation. vignette|Enrique Granados en 1914.thumb|Manuel de Falla, ca. 1913vignette|Son portrait par le peintre Max Slevogt. vignette|Federico García Lorca en 1914.
Distinctions 1930 : elle est décorée de l'Ordre de la Légion d'honneur à Paris. 1932 : à l'issue d'un récital à Madrid, elle est décorée du lacet de l'Ordre d'Isabelle la Catholique. 1933 : le bey de Tunis, Ahmed Pacha, la décore de l'Ordre de Nichan Iftikhar.
Principales créations de La Argentina Toutes ces créations sont d'inspiration ibérique.
Danses de concert vignette|Pablo de Sarasate. vignette| Joaquim Malats. vignette|Tomás Bretón. 1912 : El Garrotin, sur une musique populaire ; La Corrida, musique de Valverde (extraite des chorégraphies faites en 1910 pour l'opérette l’Amour en Espagne) ; Tango andalou, musique de Ballesteros. 1916 : Danse des Yeux Verts, musique de Granados dédiée par le compositeur. 1916-1921 : Habanera, musique de Pablo de Sarasate ; Cordoba, musique d'Albéniz ; Danza V, musique de Granados. 1921 : Sevilla, musique d'Albeniz ; Serenata, musique de Joaquim Malats ; Sérénade andalouse, musique de C. Rëcker.