La charte du Manden, charte du MandéLa Charte du Mandé et autres traditions du Mali, 2003., (en langue malinké : Manden siguikan) est la transcription d'un contenu de tradition orale, lequel remonterait au règne du premier souverain Soundiata Keïta qui vécut de 1190 à 1255.
Il existe deux textes de la charte, provenant des travaux menés à partir des années 1970 par Wa Kamissoko et Youssouf Tata Cissé : le Serment des sages, qui remonterait à 1222, et la Charte de Kouroukan Fouga, qui remonterait à 1236, et aurait été solennellement proclamée le jour de l'intronisation de Soundiata Keïta comme empereur du Mali. Le premier discours serait l'inspirateur du second.
La charte du Manden est considérée par les Mandenkas (peuples qui ont en commun la langue mandingue) comme l'une des plus anciennes références concernant les droits fondamentaux.
Sa reconnaissance par l'UNESCO qui l'a inscrite en 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel assoit sa valeur juridique et sa portée universelle. Cependant, cette charte reste contestée.
Origine Œuvre de lettrés, ce texte en forme de serment est connu dans deux versions : l'une datée de 1222 et comportant sept chapitres : le Serment des chasseurs, l'autre de 1236 et comportant quarante-quatre articles : la Charte de Kouroukan Fouga. Ces deux versions ont été retranscrites à partir de travaux conduits depuis les années 1960 auprès de griots dépositaires de ces récits, appartenant en particulier à la confrérie des chasseurs.
En 1949, le lettré guinéen Souleymane Kante publie une compilation de juridiques qu'il date de 1236 et situe à « Kurukan Fuga ». En 1960, Djibril Tamsir Niane publie Sunjata ou l’épopée mandingue, traduction en français d'un récit oral produit par Mamadou Kouyate qui évoque la construction d'un corpus juridique à « Koroukan fouga ». En 1998, à l'occasion d'un atelier sur la collecte et la sauvegarde du patrimoine oral africain, organisé à Kankan (Guinée) par l’Agence pour la francophonie et le CELTHO (Centre d’études linguistiques et historiques par la tradition orale), Siriman Kouyaté compose un texte de 44 articles à partir de plusieurs récits oraux qu'il date de 1236. Enfin, Youssouf Tata Cissé publie le Testament de Sunjata puis le Serment des chasseurs, d'après des récits de Wa Kamissoko qu’il date de 1222. Le Serment des chasseurs est renommé Charte du Mandé en 2007Amselle, 2011..
Contenu de la Charte Après un préambule « à l'adresse des douze parties du Monde et au nom du Mandé tout entier », la charte mentionne sept paroles, qui sont autant d'entêtes d'articles de la charte : « Une vie est une vie » ; « Une vie n'est pas plus ancienne ni plus respectable qu'une autre vie, de même qu'une autre vie n'est pas supérieure à une autre vie » ; « Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause du tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable » ; « Le tort demande réparation » ; « Pratique l'entraide » ; « Veille sur la patrie » ; « La faim n'est pas une bonne chose, l'esclavage n'est pas non plus une bonne chose » ; « La guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves ; c'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu au Mandé, a fortiori mis à mort, parce qu'il est fils d'esclave » ; « Chacun est libre de ses actes, dans le respect des interdits des lois de sa patrie ».
Selon les transcripteurs de la charte du Manden, l'abolition de l'esclavage fut une œuvre maîtresse de Soundiata Keïta et de l'empire du Mali. On trouverait dans cette charte les notions de respect de la vie humaine, de droit à la vie, de sécurité alimentaire, de paix sociale dans la diversité, les principes d'égalité et de non-discrimination, de liberté individuelle, de liberté d'expression, de justice, d'équité et de solidarité.
Texte Mbmiste
Patrimoine culturel national et international Le , le gouvernement malien adopte en Conseil des ministres un projet de décret portant le classement de la Charte du Manden dans le patrimoine culturel national.
La Charte du Mandén, proclamée à Kouroukan Fouga est inscrite en 2009 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l'UNESCO..
Débats La charte du Manden fait l'objet d'un intérêt marqué en Afrique de l'Ouest et en particulier au Malimaliweb.net :: Charte du Manden ou de Kurukanfuga : Le ministère de la Culture ouvre le débat. Son ancienneté prétendue en fait un argument localement fort pour lutter contre l'esclavagePDF/Full%20English%20Slavery%20in%20Niger.pdf.
Elle « parle aussi du Mali médiéval, de la domination des Mandingues sur les autres communautés ».
D'un point de vue historique, elle soulève de nombreuses questions, à commencer par celle de la fiabilité des sources orales, de leur reconstruction et de leur réinterprétation durant l'histoireVoir ainsi à propos de l'épopée de Soundiata, Seydou Camara, "La tradition orale en question", Cahiers d'études africaines, 144, 1996, p. 775 : "Au fur et à mesure que le texte était véhiculé par les nyamakala, il se transformait selon les intérêts de chacun"..
Sur l'authenticité Pourfendeurs L'authenticité de cette charte est contestée par notamment deux universitaires : l'anthropologue et ethnologue Jean-Loup Amselle et l'historien et maître de conférence à l'université d'Aix-Marseille Francis SimonisSimonis, 2012., qui estiment qu'il s'agit d'une reconstruction contemporaine inspirée par l'idéologie afrocentriste.
Selon Simonis, « l'invention de la charte, au sens que les archéologues donnent à ce terme, date en effet de » et l'UNESCO « a donc classé, sans s'être livré (sic) à une nécessaire expertise scientifique ou historique, un texte qui ne lui a pas été communiqué, en amalgamant par un raccourci audacieux les deux versions concurrentes d'une « charte » dont personne ne peut dire ce qu'elle est vraiment ».
Pour Jean-Loup Amselle, de plus, « comparer la charte de Kurukan Fuga au “Bill of Rights” et à la “Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen” n’a pas grand sens [… car] cette charte ne marque en aucune façon le surgissement d’un soulèvement contre une monarchie absolue […] ou une préoccupation relative aux droits de l’individu, quels qu’ils soient. […] Cette charte concerne exclusivement la passation de pactes ou d’alliances entre groupes »Amselle, 2011, p. 452..
Défenseurs
Pour l'anthropologue Éric Jolly :
Selon Noël Sanou, maitre de conférences de sciences du langage au département de lettres modernes de l’Université Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso :
Sur l'abolition de l'esclavage Seydou Camara a écrit à propos de l'épopée de Soundiata Keita :
L'état de la société décrit dans la geste de Soundiata contredit fortement le texte de la charte. À cet égard, le deuxième texte, la charte de Kurukanfuga, parfois assimilée à celle de Manden, et qui daterait de 1236, telle que retranscrite en 1998 par le CELTHO, ne mentionne pas l'abolition de l'esclavage mais seulement dans son article 20, l'obligation pour les maîtres de se comporter humainement.
Actualité Pour l'essayiste sénégalais Boubacar Boris Diop, qui s'est penché dans un ouvrage sur la Charte de Kurukan Fuga, « le vrai défi est d'éviter de faire de la Charte du Mandé un document figé... Pour qu'elle devienne une réalité vivante, il faudra savoir en parler au besoin avec irrespect, en essayant toujours cependant d'y retrouver le fil conducteur de notre identité politique et sociale moderne ».
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Textes La Charte du Mandé et autres traditions du Mali, calligraphies d'Aboubacar Fofana, traduction Youssouf Tata Cissé et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Albin Michel, 2003 Youssouf Tata Cissé, Wa Kamissoko, La grande geste du Mali - Des origines à la fondation de l'empire, Paris, Karthala, coll. « Hommes et Sociétés » Youssouf Tata Cissé, Wa Kamissoko, Soundjata, la gloire du Mali, Paris, Karthala, coll. « Hommes et Sociétés » Djibril Tamsir Niane, Sunjata ou l’épopée mandingue, 1960
Analyses CELTHO (collectif), La Charte de Kurukan Fuga. Aux sources d'une pensée politique en Afrique, Paris, L’Harmattan / Conakry (Guinée), Société africaine d’édition et de communication, 2008 Jean-Loup Amselle, « L’Afrique a-t-elle “inventé” les droits de l’homme ? », Syllabus Review, 2 (3), 2011, p. 446-463, télécharger le PDF Éric Jolly, « L’épopée en contexte Variantes et usages politiques de deux récits épiques (Mali/Guinée) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2010/4, 885-912, voir en ligne Djibril Tamsir Niane, « Recherches sur l'Empire du Mali au Moyen Âge », Recherches africaines, , 6-56, en ligne sur Guinee.net. L'article ne mentionne pas que la tradition ait transmis de façon précise les principes fondateurs de l'empire mandingue
Francis Simonis, « L'âme de l'Afrique - Épopée, contes et légendes », Le Point Références, novembre-, pages 70 et 71 Francis Simonis, « Le griot, l’historien, le chasseur et l’Unesco », Ultramarines, , 2015, télécharger le PDF
Articles connexes
Droits de l'homme, Libertés fondamentales Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 Déclaration universelle des droits de l'homme Abolition de l'esclavage
Liens externes
(extrait de "Soundjata, la Gloire du Mali", éd. Karthala, ARSAN, 1991). http://sociolingomali.wordpress.com/2007/05/28/the-mande-charter-controversy-a-magna-carta-for-africa/ Une publication plus explicite de la charte se trouve à http://www.cimaisevirtuelle.com/afriquecrit/afeour.htm Charte de Kurukanfuga sur le site de l'Ambassade du Mali au Canada : http://www.ambamalicanada.org/kurukanfuga.html
Animation audio-visuelle (en français) : https://www.youtube.com/watch?v=wstRpSNWq74.
Catégorie:Texte juridique édictant des libertés fondamentales Catégorie:Empire du Mali Catégorie:Abolition de l'esclavage Catégorie:Patrimoine culturel immatériel de l'humanité au Mali