vignette|Élevage de dindes avec mangeoires et abreuvoirs suspendus. Israël, 1971.

L'alimentation animale est une branche de la zootechnie qui décrit les besoins alimentaires des animaux en général (animaux d'élevage, animaux de compagnie, animaux de parc en semi-liberté…) et les moyens et méthodes permettant de les satisfaire. Cet article traite donc principalement des animaux domestiqués pour lesquels il existe des études concernant leur alimentation.

Les méthodes d'alimentation doivent aussi être compatibles avec le maintien en bonne santé des animaux, assurer la qualité finale des produits d'élevage, satisfaire aux différentes exigences d'un marché segmenté (premier prix, diététique, bio, gastronomique …) et rester économiques pour l'éleveur. L'alimentation constitue en effet le principal poste de charges d'un élevage.

Traditionnellement les animaux étaient classés en fonction de leur comportement alimentaire : herbivores, carnivores, omnivores, insectivores … Ces qualificatifs n'indiquent généralement qu'une tendance et sont donc peu pertinents. Cependant les zootechniciens établissent une première distinction entre alimentation des herbivores (ruminants, chevaux…) et alimentation des animaux monogastriques. Carnivora et Insectivora désignent encore aujourd'hui des ordres de mammifères. Les méthodes actuelles d'alimentation suivent des règles fondées sur la physiologie, établies scientifiquement et permettant un contrôle précis.

L'alimentation des ruminants est l'objet de pratiques variées allant du pastoralisme extensif à des systèmes ultra-intensifs tels que les feed-lots ou l'élevage des volailles en batteries. Au moins dans les pays à agriculture développée, l'essentiel de la production de porcs, de volailles et d'œufs est réalisée à partir d'aliments composés généralement d'origine industrielle.

Ces méthodes d'alimentation permettent d'obtenir des protéines de qualité en grandes quantités et ont contribué à la diminution importante des risques de malnutrition au niveau mondial. Elles ne sont pas cependant exemptes de critiques, d'une part dans la partie aisée des populations des pays riches en raison de certaines caractéristiques de ces aliments (opposition avec l'alimentation bio, bien-être animal), d'autre part dans les pays à agriculture en développement où le passage à l'élevage industriel contribue à évincer les populations de paysans traditionnels. Dans les pays développés, ces préoccupations commencent à être intégrées dans la législation concernant l'élevage.

L'élevage extensif permet la mise en valeur de territoires inexploitables autrement mais là encore l'alimentation naturelle peut être complétée ponctuellement par des apports d'aliments composés.

L'industrie des aliments pour animaux a un poids considérable. Par ses sources d'approvisionnement elle peut entrer en concurrence avec l'alimentation humaine ou participer à des modifications écologiques de grande ampleur.

De l'alimentation des animaux à l'état sauvage à l'alimentation raisonnée en élevage

À l'état sauvage, la taille d'une population d'herbivores dépend à la fois de la disponibilité de végétaux exploitables et de la pression exercée par les prédateurs.

Quand la nourriture d'un carnivore est une proie, dans la nature, s'installe un « équilibre dynamique » entre une population de proies et celle de leurs prédateurs. Cet « équilibre prédateur-proie » est expliquée par un modèle simple de rétroactions (positives et négatives) formant un système durable de « rétrocontrôle » d'une population par l'autre ; les différentes populations, de proie d'une part, et de prédateurs d'autre part) se contrôlent l'une l'autre, autour d'un niveau d'équilibre.

Ce niveau d'équilibre dépend in fine de la quantité et disponibilité en ressource alimentairePeter A. Abrams, Life History and the Relationship Between Food Availability and Foraging Effort ; Ecology Volume 72, Issue 4 (August 1991) (résumé) (et en habitats) offertes par le territoire aux proies. vignette|Clairière d'affouragement et d'agrainage dans une forêt danoise. Il en résulte que dans la nature un animal ne reçoit pas nécessairement une alimentation optimale et il peut même en mourir. Cependant la nourriture des animaux sauvages peut aussi être organisée (agrainage, affouragement), y compris avec des aliments composés, dans un but de maintien d'une population ou de chasse.

Au contraire les éleveurs d'animaux domestiques, professionnels ou particuliers sont tenus aujourd'hui de fournir à leurs animaux une alimentation adaptée à leurs besoins. En élevage l'animal ajuste son niveau d'ingestion principalement pour couvrir ses besoins en énergie. La composition des aliments fournis doit permettre de satisfaire tous les besoins nutritionnels de l'animal sur la base de ce niveau d'ingestion. Exemple : outil de rationnement de la FAO pour les vaches laitières.

Historique et perspectives vignette|Chaudière avec son accessoire étuveuse à pommes de terre en place dans la cuve, Allemagne. L'histoire de l'alimentation des animaux se confond avec leur domestication qui commence, il y a entre 15 et , pour le chien. On a commencé à domestiquer les animaux productifs Il y a environ ans au Proche-Orient, la chèvre, le mouton et la vache, précisémentSauvant, Daniel. « Chapitre 1. Nutrition et alimentation animale : évolution des connaissances et des concepts », éd., Alimentation des animaux et qualité de leurs produits. Lavoisier, 2018, . . Il est impossible de domestiquer une espèce sans assurer son alimentation. Inversement, alimenter des animaux c'est commencer à les domestiquer comme cela se passe encore actuellement pour des espèces d'élevage nouvelles comme le saumon. L'alimentation des animaux est un sujet fondamental pour des précurseurs comme l'agronome anglais Robert Bakewell à partir de 1760. Les nouvelles rotations quadriennales sans jachère (modèle flamand, rotation de Norfolk) permises par la révolution agricole vont introduire l'usage significatif de légumineuses et de raves dans l'alimentation animale, les rations deviennent plus riches en protéines et abondantes en toutes saisons grâce au stockage. Cette amélioration devient effective dans la plupart des pays à agriculture avancée vers 1850. Des machines simples (hâche-paille, coupe-orties, étuveuse, petits moulins) permettaient de tirer parti des opportunités présentes sur ou autour des exploitations : faluns (balles de battage), sons, écarts de triage de légumes, petites pommes de terre, orties, ajoncs, citrouilles, topinambours et raves fourragères, babeurre et lactosérum, déchets de brasserie et de cuisine … La chaudière, une marmite à foyer intégré d'une capacité moyenne de 40 l, permettait de cuire la soupe aux gorets. Ces pratiques permettaient d'entretenir une basse-cour variée à peu de frais et facilitaient l'alimentation des petits ruminants. Leur efficacité a été parfois sous-estimée : ainsi en 1915 dans l'Empire allemand, les autorités, sur le conseil de scientifiques, décidèrent l'abattage obligatoire de millions de porcs () pour réserver principalement les céréales de qualité à l'alimentation des soldats. Il en résulta une baisse importante de la production de fumier et par ricochet la baisse des rendements céréaliers. Lorsque les cochons eurent été mangés, les populations civiles durent se rabattre sur les rutabagas et topinambours auparavant destinés à ces porcs. Le mécontentement à l'égard des autorités impériales s'installa durablement (steckrübenwinter, l'hiver des rutabagas).

Ces pratiques diminuent au fur et à mesure de la spécialisation des élevages et de leur agrandissement pour disparaître dans les années 1970, en même temps que l'alimentation des animaux se rationalise.

Valérie Chansigaud, historienne des sciences, en conclut que la domestication, ce système de domination de l'homme sur les animaux, a abouti aux modes d'alimentation et d'élevage industriels actuels qui globalement permettent de nourrir économiquement une population humaine encore en expansion mais a aussi entraîné un appauvrissement de la biodiversité et favorisé des dérives telles que la malbouffe, l'augmentation ponctuelle de la diffusion de certains pathogènes ou de la production de gaz à effet de serre.

Pour l'avenir de nombreux scénarios envisagent une diminution de la consommation de produits animaux et donc de l'élevage dans les pays développés mais au contraire. une augmentation dans les pays les plus pauvres. d'une planète à dix milliards d'habitants vers 2050.

Principales contraintes Équilibre alimentaire Quel que soit l'animal, sa ration journalière doit mettre à l'équilibre besoins et apports nutritionnels. On distingue besoins d'entretien, besoins liés au travail (par exemple pour les animaux de trait), besoins de croissance et besoins de production : viande (engraissement, finition), lait, laine, œuf, gestation. De plus, surtout pour les herbivores, la ration doit apporter une quantité importante de matière sous forme de fibres afin d'assurer une bonne digestion.

Dans la nature, et dans une moindre mesure en élevage extensif, l'animal ajuste lui-même sa ration à ses besoins. En élevage intensif l'alimentation est l'objet d'analyses et de calculs précis. Il faut respecter l'apport énergétique journalier (calculé en énergie digestible), mais aussi en azote total et, suivant les espèces, en acides aminés indispensables et en minéraux. Les besoins nutritionnels sont calculés en fonction de l'animal, de sa race, de son âge, de sa production.

Ces calculs sont effectués à l'aide de tables de valeurs et d'algorithmes (en France, fournis par l'Institut national de la recherche agronomique et les instituts d'élevage), ces systèmes de calculs sont aujourd'hui informatisés pour l'utilisation en élevage. Les tableurs sont particulièrement adaptés à ces types de calcul. Il faut définir les besoins de l'animal et calculer une ration équilibrée en fonction des apports en nutriments des aliments disponibles en tenant compte des coûts d'approvisionnement.

Hygiène vignette|Alimentation de bovins dans un élevage intensif du Kansasvignette|Type le plus fréquent d'alimentation d'un chiot : croquettes industrielles et eau propre. Allemagne, 2010 L'alimentation animale mal raisonnée peut être dangereuse pour la santé. Les aliments apportés à l'animal doivent être sains pour préserver la santé de l'animal. L'éleveur devra toujours éliminer de l'alimentation de ses animaux les aliments avariés, mal conservés (par exemple les foins qui ont « chauffé »), ou contenant des moisissures, de la terre…. Dans l'industrie les aliments composés sont chauffés de façon à détruire les pathogènes.

Contraintes économiques Les coûts des aliments sont très variables en fonction de la situation géographique de l'exploitation, de la météorologie, de la période de l'année ; le prix des céréales est par exemple plus élevé en zone de montagne qu'en zone céréalière ; le prix du tourteau de soja est moins coûteux à proximité des ports mais son prix est très variable en fonction des perspectives de récoltes aux États-Unis ou au Brésil ; le prix des céréales est moins cher au moment de la récolte et augmente souvent assez régulièrement entre septembre et le mois de juin de l'année suivante, mais peut aussi beaucoup varier en fonction des cours mondiaux.vignette|Alimentation complémentaire de plein air pour herbivores.