vignette|250x250px|Danseurs de tango à Montevideo. Le tango est une danse sociale et un genre qui vient du rioplatense (c'est-à-dire du Río de la Plata, soit Buenos Aires et Rosario en Argentine, et Montevideo en UruguayOn peut aussi indiquer Rosario : selon Jorge Luis Borges, (, préface du livre Carlos Gardel de Carlos Zubillaga).) né à la fin du .
Comme forme rythmique, il s'agit le plus souvent d'une mesure à 2 ou .
Le tango comme genre musical englobe quant à lui trois formes musicales sur lesquelles se dansent traditionnellement les pas du tango : tangos, milongas et valses. Le bandonéon, intégré au sein des orchestres de tango, composés majoritairement d'instruments à cordes, est traditionnellement l'instrument phare du tango. L'orchestre dit tipica du tango est composé d'une section de bandonéons, une section de cordes et une section rythmique où on trouve le piano et la contrebasse.
Le tango est une danse de bal qui se danse à deux. C'est aujourd'hui une danse d'improvisation, au sens où les pas ne sont pas fixés à l'avance pour être répétés séquentiellement, mais les deux partenaires marchent ensemble vers une direction impromptue à chaque instant. Un partenaire (traditionnellement l'homme) guide l'autre, qui suit en laissant aller naturellement son poids dans la marche, sans chercher à deviner les pas.
Depuis 2009, le tango est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.. En 2021, les milongas. ainsi que les festivals de tango. sont inscrits à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France..
Étymologie Le terme tango, à l'étymologie très incertaine, serait originaire de la communauté noire d'Amérique latine issue de l'esclavage, et a connu divers sens au sein de cette communauté au cours des siècles, dont l'un des tout premiers fut celui-ci : tango : « Endroit où les personnes de couleur parquait les esclaves (en Afrique) avant l'embarquement ». Les documents anciens confondent parfois tango avec tambo, tambo ou tampu étant un mot quechua signifiant « lieu d'échange et de commerce ». Il est possible qu'il y ait eu assimilation entre ces tambo, souvent au bord de l'eau à l'époque concernée, et les lieux accueillant le commerce des esclaves, et où le négrier les parquait pour les vendre à leur arrivée. Selon d'autres auteurs, tango viendrait du mot kongo ntangu, qui signifie : soleil, heure, espace-temps Robert Farris Thompson, Tango: The Art History of Love, Pantheon Books, 2005, p.277 .
Histoire Origines Contexte social Le Río de la Plata à la fin du : un grand melting-pot Alors que pendant tout le , le Río de la Plata ne connaît qu'un assez lent développement, celui-ci s'accélère à la fin du siècle, avec la mise en place du commerce agro-alimentaire transatlantique avec l'Europe : viande réfrigérée et congelée venant de l'élevage extensif.
L'arrivée des immigrants fait partie fondamentale de ce développement. Le recensement de 1895 compte dans la ville de Buenos Aires argentins et étrangers. À la fin du , les trois communautés étrangères à Buenos Aires les plus importantes étaient l'italienne, l'espagnole et la française. vignette|L'"abrazo", et même l'"abrazo" bien serré, était déjà présent dans les danses sociales à la mode en Europe avant la naissance du tango. Voici ce tableau d'Auguste Renoir de 1883. Le développement économique et la relation avec l'Europe apportent à Rio de Plata les danses européennes à la mode : polka, mazurka, et surtout la valse, qui était la danse la plus importante du . Avec ces danses, arrive la prise couple, labrazo. La recherche du tango sera de développer l'étreinte du couple jusqu'aux limites de ses possibilités physiques.
Les origines afro-américaines du tango La communauté noire issue de l'esclavage représente un poids important dans la société portègne du Río de la Plata, tout au long du et jusqu'au début du . La fin du régime de Juan Manuel de Rosas en 1852, régime qui lui était favorable, marque le début du lent déclin de cette population noire dans le Rio de la Plata, jusqu'à sa quasi-disparition de l'Argentine dans le début du (cette disparition questionne les historiens : guerres dont les bataillons seront composés d'esclaves noirs et dont peu reviendront, épidémies, rejet croissant des noirs dans la société, métissage et surtout l'arrivée massive de population européenne, comme indiquent les recensements). Les musiques et les danses de cette communauté noire constitueront l'un des piliers fondamentaux de la genèse du tango.
Premièrement, le terme lui-même, tango, qui circule depuis longtemps dans toute l'Amérique atlantique, du golfe du Mexique au Río de la Plata, est fort probablement d'origine afro-américaine voire africaine (le terme tambo pour désigner un lieu, ou un lieu de réunion existe antérieurement dans la langue quechua). Le terme connaîtra différents sens, qui tous, sont marqués du sceau de l'esclavage, des Noirs et de l'Afrique :
en langue kongo, il signifierait « lieu fermé », lieu dans lequel il faut être initié pour entrer et où se pratiquent des rituels au son du tambour. Le terme aurait d'abord désigné les tambours eux-mêmes, appelés tamgú (« tambour » et / ou « danse au son du tambour ») dans la langue ibibio (une des langues de la famille linguistique nigériane-congolaise), et par suite la musique produite par ces tambours ; le négrier appelait tango l'endroit où il parquait les esclaves avant l'embarquement. Plus tard, en Amérique, on appela tango le lieu où on les vendait. Divers sens apparaissent ensuite, comme le lieu clos où l'on entreposait les tambours, puis enfin Bailes de tangos, les danses et les jeux de tambours des noirs ; en 1789, Manuel Varnes, représentant la cabildo (autorité locale) de Buenos Aires, considère scandaleux « que l'on ait permis depuis quelques années jusqu'à nos jours, à la multitude de Noirs libres et esclaves qui vivent dans cette ville, de se réunir pour faire leurs tambos et danses à l'extérieur de la ville, contrevenant aux lois divines et humaines » (Novati) ; à Montevideo en 1806, la municipalité s'énerve contre les , , et en 1816, à plusieurs reprises :
Mais, avant la fin du , le tango ne renvoie pas encore à une forme musicale ou dansée définie, mais à des musiques et des danses très diverses, plus au moins ritualisées, pratiquées par les populations afro-américaine.
Genèse du tango dansé Au tournant du siècle, dans le Río de la Plata, les danses de salon venues d'Europe, mazurka, scottish, valse… croisent la culture afro-argentine et plus globalement l'influence des populations noires américaines. Danses de Blancs, danses de Noirs, habaneras, s'influencent et s'imitent mutuellement.
Parmi elles, Il y a la milonga, qui appartient à cette catégorie de termes au contenu incertain (le terme est aussi d'origine afro-américaine), et qui est aussi à l'origine du tango et dont l'origine se confond avec celui-ci. (Beaucoup d'œuvres intitulées milongas seront rebaptisées plus tard tangos) R. Lynch Ventura écrit à propos de la forme dansée : « Ce sont les compadritos de la ville qui la dansent ; ils l'ont inventée pour se moquer des danses que pratiquent les Noirs dans leurs bals. Elle a la même mesure que la habaneraFolklore bonaenrense, R. Lynch Ventura, Buenos Aires, 1953. » (mesure : croche pointée/ double croche/ croche/ croche).
Michel Plisson écrit :
Il y a une légende qui dit qu'à l'aube du , tango et milonga sont des danses liées aux bordels. Pourtant il y avait un arrêté municipal qui interdisait le bal dans les bordels. Aussi, le métier des bordels n'était pas la danse. Il y a peut-être une confusion entre les bordels, où les services étaient rapides, et les maisons closes, c'est-à-dire les grandes maisons confortables pour les clients riches, avec femmes, musique, nourriture, boissons, jeux de société etc. On dansait dans les maisons closes.
La même légende suggère qu'il y avait durant cette époque d'immigration massive, un déséquilibre dans la répartition homme/femme ; pourtant la proportion hommes/femme n'était pas loin de moitié et moitié (54 %/46 %). La légende dit aussi que la concurrence est donc rude et, du fait de la rareté des femmes et surtout parce qu'il serait inconvenant pour une jeune femme de quitter seule la maison pour le faire, on s'entraîne souvent à danser entre hommes. Le tout sur fond de nostalgie du pays éloigné, de pauvreté, du désir inassouvi.
Les accents de cette danse naissante inciteront, à leur tour, les musiciens à modifier les contours de la musique qui accompagne la danse. Dans ces petits orchestres, la guitare et la flûte prédominent, bien avant que ne s'impose progressivement le bandonéon.
Le tango émerge de cette alchimie entre, d'un côté, les Noirs qui métissent leurs danses avec les danses européennes de salon, et de l'autre, les Blancs qui se moquent des Noirs en singeant leurs figures. Le tango dansé présente ainsi à cette époque un aspect provocant et insolent qu'il perdra au fur et à mesure de son ascension sociale. On a l'habitude de nommer souvent ce style originel du tango dansé tango canyengue, pourtant il n'y a pas de sources originales de l'époque qui utilisent cette dénomination. Ce style caractéristique, né tardivement avec l'introduction de la contrebasse et l'arrivée du nègre Thomson dans l'orchestre de Canaro, est encore revendiqué par certains danseurs aujourd'hui. Il est relativement peu pratiqué en bal, mais régulièrement lors de démonstrations.
Pour la musique, Michel Plisson résume ainsi le résultat de ce métissage qu'est le tango : « On dit que le tango est joué par des italiens qui jouent des airs espagnols, basés sur des rythmes de musique afro-américaine, avec un instrument allemand. »
Le tango, d'essence nomade Nathalie Clouet, une des pionnières de la renaissance du tango parisien, écrit :
Du début du siècle aux années 1930 : des bas-fonds à la bourgeoisie rioplatense en passant… par l'Europe Cette nouvelle danse inspire à Georges Clemenceau la phrase suivante :
Au début du , de nombreux jeunes hommes de bonne famille aimant à s'encanailler et à séduire facilement, vont découvrir le tango. Il leur est cependant impossible de le danser avec les jeunes filles de leur milieu, car immoral aux yeux de leur classe. C'est donc à Paris, lors de leurs voyages initiatiques de jeunes bourgeois, qu'ils initieront la société parisienne, cosmopolite et à l'affût de toutes les nouveautés pour s'égayer, à cette danse des bouges et des tripots. Très vite, le tango va être adopté par la capitale française. Choyé, il acquerra ainsi ses lettres de « bourgeoisie ». C'est grâce à cette aura européenne que le tango se diffusera dans la bonne société argentine et uruguayenne, en retournant ainsi sur ses terres natales. Il semblerait que l'un des premiers tangos donnés en représentation, l'ait été à la Comédie Royale dirigée par Max Viterbo, vers 1913.
Cependant en Europe il y avait une forte désapprobation pour cette nouvelle danse; par exemple à Rome, Vittorio Emanuele III de Savoie l'interdit dans les danses du Palais du Quirinal. De même, l'empereur allemand Guillaume II, le roi de Bavière Louis III interdit à leurs officiers en uniforme de danser sur ce nouveau rythme. Dans la capitale autrichienne, il existe notamment des documents démontrant que le tango argentin a été délibérément exclu du programme du bal de la ville de Vienne (année 1920-30). Ce n'est que depuis 2017 que le tango argentin est entré dans les danses traditionnelles de Vienne à travers le prestigieux bal de l'université technique de Vienne (Technische Universität Ball), qui inclut désormais une milonga chaque année dans son programme.