Thiaumont (anciennement en français Diedembourg, en allemand : Diedenberg/Diedenburg, en luxembourgeois : Diddebuurg/Diddebuerg, en wallon : Tiômont, en néerlandais Diedenberg) est une section de la commune belge d'Attert située en région wallonne dans la province de Luxembourg.
Thiaumont fût une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977 avec la commune d'Attert. Notez que les villages avoisinant de Lottert et de Tattert sont presque indissociables de Thiaumont, tant par leurs histoires que par leurs frontières géographiques (qui restent d'ailleurs floues et discutées par les Thiaumontois, Lottertois et Tattertois locaux).
Toponymie
1185 Diedenburg 1214 Dudenberg
Patronyme germanique Theudwald + latin montem. Forme allemande : diminutif Theudo + bas latin burgus « fortin ».
Une autre hypothèse étymologique, proposée par le Parc naturel de la Vallée de l'Attert, rattache le nom à Diedenburg, « montagne de Diden », une divinité germanique. L'association locale Atertdaul propose quant à elle une filiation entre Déide et les racines germaniques deutsch/duits/teuton, et entre Berich (mont) et Buerg, par référence à Lëtzebuerg et à l'appartenance multiséculaire de la région au Saint-Empire romain germanique.
Géographie
Géologie et carrière de Tattert Thiaumont, comme le hameau voisin de Tattert, se situe sur la première cuesta sinémurienne de la Lorraine belge, une formation géologique de la période du Jurassique inférieur propre au sud de la province de Luxembourg.
L'ancienne carrière de Tattert, exploitée de manière artisanale à partir d'environ 1860 pour le sable, la pierraille et la pierre, a cessé son activité vers 1988 avant d'être assainie et classée réserve naturelle en 1998. On y exploitait des sables et grès calcarifères du Sinémurien ; sa falaise présente un intérêt géologique particulier, documenté sous l'appellation de « poupées de Metzert ».
Le site est également connu dans le milieu géologique pour sa richesse en fossiles marins caractéristiques du Sinémurien, notamment la gryphée arquée (Gryphaea arcuata), des tiges de crinoïdes (Pentacrinus basaltiformis) et, plus rarement, des brachiopodes (Spiriferina walcotti) et des ammonites. Ces fossiles témoignent de la présence d'une mer peu profonde dans la région durant la période préhistorienne du Jurassique inférieur.
Devenu un milieu sableux sec et ensoleillé après l'arrêt de l'exploitation — habitat rare et menacé en région wallonne — le site abrite aujourd'hui une faune et une flore spécifiques, dont l'immortelle des sables (Helichrysum arenarium), seule station connue de cette espèce en Belgique. Elle y abrite aussi dorénavant quelques chèvres et des espèces d'oiseaux typiques de la région.
Thiaumont contient aussi l'Attert, un affluent de l'Alzette, qui prend source au nord-est du village et s'écoule vers Attert et le Luxembourg.
Histoire
Antiquité et haut Moyen Âge La vallée de l'Attert, dans laquelle se situe Thiaumont, a connu une occupation humaine continue depuis l'Antiquité. Entre 200 et 130 av. J.-C., des peuples germaniques franchissent le Rhin et s'installent sur le territoire de l'actuelle Belgique, occupation évoquée par Jules César dans La Guerre des Gaules. En 58 av. J.-C., César mentionne avoir vaincu dans la région des Celtes germanisés qu'il désigne sous le nom de Trévires. La présence romaine dans la vallée de l'Attert est attestée par de nombreux vestiges archéologiques (villas, cimetières, voies).
Aux et siècles, la région connaît successivement les invasions mérovingienne puis franque. La tradition locale rattache la naissance de Charles Martel, vers 600-700, au château de Bress situé près du hameau voisin de Lottert, sans confirmation historique établie.
Moyen Âge Le pays d'Arlon, dont relève Thiaumont, constitue déjà un comté avant le . Sous Henri III, celui-ci devient marquisat. En 1214, le mariage de Waléran, fils d'Henri III, avec Ermesinde, comtesse de Luxembourg, s'accompagne de la cession du marquisat d'Arlon par Henri III à son fils, intégrant Thiaumont aux domaines princiers.
Époque moderne En 1636, la vallée de l'Attert subit les ravages de la guerre opposant la France et l'Espagne, aggravés par le passage de troupes mercenaires indisciplinées.
En 1673, la seigneurie de Thiaumont est achetée par Jeanne Ersille de Montecuculli, marquise du Pont d'Oye ; son histoire se confond dès lors avec celle de cette seigneurie voisine. Une carte de 1690 conservée à la Bibliothèque nationale de France atteste l'usage du nom « Thiaumont ».
Au , le roi d'Espagne vend la seigneurie de Thiaumont à Ernestine, comtesse de Reckem. Celle-ci englobe alors trois mairies : Thiaumont (avec Tattert, Lottert et Lischert), Hachy (avec Fouches, Sampont et le « Bois Rond ») et Nobressart (avec Heinstert, Almeroth et Louchert).
Période contemporaine En 1795, sous administration française, le Luxembourg devient le Département des Forêts et les droits seigneuriaux sont abolis. Thiaumont relève alors du canton d'Habay-la-Neuve, puis à partir de 1802 du canton d'Arlon.
Le traité de Londres de 1839 fixe définitivement le rattachement de Thiaumont, comme de l'ensemble du pays d'Arlon, au royaume de Belgique, tandis que la partie germanophone du Luxembourg devient le Grand-Duché indépendant.
En 1838, la commune compte 150 maisons, une ferme, trois églises, deux écoles et 746 habitants. L'économie repose alors sur la culture du froment, du seigle, du méteil, de l'orge, de l'avoine et de la pomme de terre, ainsi que sur l'élevage (60 chevaux, 22 poulains, 90 bêtes à cornes, 35 veaux et 85 porcs). Deux moulins à farine, un moulin à huile et un four à chaux sont recensés la même année.
En 1840, la commune de Thiaumont compte 822 habitants répartis entre les hameaux de Thiaumont (261), Lischert (225), Lottert (209) et Tattert (117).
En 1923, après une période de rattachement administratif à Attert, Nothomb et Parette forment une commune séparée, avant que l'ensemble ne soit réuni à Attert lors de la fusion des communes du 1977. À cette date, Thiaumont, jusqu'alors commune autonome, devient une section de la nouvelle commune d'Attert.
Légendes La tradition orale locale rapporte la légende de la « Dame en blanc du Wäissebierg » : sur cette colline située à mi-chemin entre Lischert et Thiaumont, une femme vêtue de blanc aurait marché chaque nuit le long des haies en direction du lieu-dit Elcheroth, sans que la raison de cette apparition n'ait jamais été expliquée ni qu'elle n'ait causé de tort à quiconque.
La vallée de l'Attert, qui traverse aussi bien Lottert que Redange-sur-Attert au Grand-Duché de Luxembourg, partage aussi la légende du Kropemann (« l'homme au crochet »), une figure de croquemitaine aquatique traditionnellement utilisée pour mettre en garde les enfants contre les dangers des points d'eau. Le personnage, décrit comme une silhouette barbue couverte d'algues armée d'une perche à crochet, doit sa notoriété moderne au poète luxembourgeois Willy Goergen, auteur d'un poème intitulé De Kropemann inspiré de légendes orales plus anciennes sur les esprits des eaux. Une initiative de Thiaumont et Lottert (hameau voisin) a notamment vu le jour, en 2007, par un projet d'ateliers et de spectacle bilingue réunissant des enfants belges et luxembourgeois, puis d'un spectacle de théâtre de rue joué par des acteurs lottertois lors de la Fête du Parc naturel de la Vallée de l'Attert en 2009. Les spectacles de théâtre de rue y étaient d'ailleurs annuels et populaires jusqu'aux environs de 2020 et comprenaient un bar, des spectacles de feu et des représentations de légendes jouées par des jeunes tout comme des plus âgés.
Patrimoine et Culture Le village a conservé plusieurs éléments de petit patrimoine religieux et populaire : dans la cour de l'église Saint-Hippolyte se trouvent des pierres tombales en schiste réalisées par les ateliers d'Orval vers 1780, certaines rédigées en allemand, témoins de l'héritage linguistique francique mosellan transmis par les Francs installés dans la région dès le . Un tilleul vénérable, planté derrière l'entrée de l'église, est estimé à plus de 700 ans. Le village compte également plusieurs calvaires classés (1705, 1734) ainsi qu'une chapelle Stoffel datée de 1898.
Comme l'ensemble du pays d'Arlon, Thiaumont participe à la tradition du maitrank, vin blanc aromatisé à l'aspérule odorante consommé traditionnellement au printemps. La commune accueille également une microbrasserie artisanale qui contribue à la production locale et au patrimoine diverse des bières belges.
La fête patronale annuelle, « Thiaumont en Fête », comprend notamment un concours de whist, une marche traditionnelle (Hämmelsmarch), un repas de kermesse et une fête foraine. Celle-ci se trouve à la salle Aurore, lieu de rencontre historique à Thiaumont et local d'entraînement pour sa fanfare.
Le Grand Feu Comme dans de nombreux villages de l'Ardenne belge, du Pays d'Arlon, et du Luxembourg, ainsi que dans les Traditions de Wallonie, le grand feu (« Buergbrennen » en luxembourgeois) est un rite traditionnel de purification d'origine païenne destinée à chasser symboliquement l'hiver et à marquer le retour de la lumière (solstice d'été), mais aussi éloigner le mal du village pour l'année à venir. Il est généralement organisée le week-end suivant le Carnaval. La tradition est, dans la quasi-totalité des villages de la région, portée par les clubs des jeunes locaux, qui y voient à la fois un rite de passage des saisons et une occasion de retrouvailles pour les jeunes du village partis étudier ou travailler ailleurs. Historiquement, des brandons lancés dans les vergers y étaient brûlés pour éloigner le malheur, et les villageois observaient la chute de la perche sommitale du bûcher comme présage (mariages, naissances, décès à venir). Le folklore comportait aussi des pratiques de séduction rituelle aujourd'hui largement abandonnées (jeunes hommes "chauffant" les filles près du feu). En province de Luxembourg, l'usage actuel privilégie un bûcher avec, au sommet, une effigie de sorcière brûlée symboliquement.
Le club des jeune de Lottert (village voisin) organise également chaque année un grand feu. L'événement local, habituellement organisé par le CDJ Lottert à la mi-mars, comprend l'allumage du bûcher et le brûlage symbolique d'une effigie de sorcière, confectionnée chaque année par les élèves de l'école de Thiaumont.
Enseignement Thiaumont dispose d'une école fondamentale communale datant de 1882 et rattachée à l'entité scolaire « Heinstert-Thiaumont-Nobressart », l'une des quatre directions d'écoles fondamentales de la commune d'Attert. Conformément à la politique communale de maintien des écoles de village, l'établissement propose un enseignement organisé en classes flexibles au niveau primaire et en classes transversales au niveau maternel, ainsi que des cours d'allemand dès la première année primaire, ce qui témoigne toujours de l'attache du village à ses racines luxembourgeoises.
Vie associative Thiaumont accueille le siège social du Syndicat d'Initiative du Val d'Attert, association fondée en 1981 et active dans la promotion touristique, le patrimoine culturel et le développement rural de l'ensemble de l'entité d'Attert. Cette association a comme initiative, par exemple de fleurir le village et d'y organiser des marches annuelles. Le village, associé au hameau de Tattert, a d'ailleurs été classé à plusieurs reprises parmi les villages en tête du challenge provincial « Luxembourg, villages propres et fleuris ».