thumb|400px|Chambériens brandissant des drapeaux français au pied du château des ducs lors du rattachement de la Savoie à la France en 1860. L'annexion de la Savoie à la France est le nom générique donné à la réunion, selon l'expression utilisée dans le traité de Turin dans sa version française, de l'ensemble de la Savoie et du comté de Nice, alors partie intégrante du royaume de Sardaigne, à la France (Second Empire) en 1860.

Bien que le pays ait été occupé, voire annexé, à plusieurs reprises (par les Français : de 1536 à 1559 ; de 1600 à 1601 ; 1689 puis de 1703 à 1713 ; par les Espagnols de 1742 à 1749 ; à nouveau par la France durant la Révolution de 1792 à 1814), le désir de limiter les pays à la ligne de partage des eaux préoccupe toujours chefs, l'expression renvoie à la clause de prévue par l' du traité de Turin du Pour une lecture du texte du traité de Turin (1860). en référence au fait que la France et la Savoie aient été dirigées conjointement durant l'Empire carolingien.

Terminologie Usage des termes Les termes pour désigner la période varient et quatre d'entre eux se sont imposés dans les usages : « annexion » ; « réunion » ; « cession » ; « rattachement ».

Les mots et , préférés à celui de , sont les termes utilisés lors des débats de 1860 par les personnalités tant favorables qu'opposées à l'union à l'Empire français.. Toutefois, c'est le terme qui apparaît dans le texte du traité de 1860. . En effet, celui-ci donne l'impression que les populations consentent aux décisions des princes. Le professeur Luc Monnier, dans son ouvrage L'Annexion de la Savoie à la France et la politique suisse (1932), souligne (). D'ailleurs, le comte de Cavour semble avoir insisté pour que le mot « réunion » soit utilisé en place de « cession ». L'acceptation par les populations de cette cession sera mise en avant avec les résultats du plébiscite d'. Cet événement marque d'ailleurs de son empreinte la définition du terme dans le Larousse du . L'expression est régulièrement écrite avec un A majuscule, notamment dans certains ouvrages. Christian Sorrel, dans son Histoire de la Savoie en images: images & récits, écrit à propos de l'usage de cette majuscule : .

Le terme de « réunion » est par ailleurs repris lors du cinquantenaire de 1910 (cf. infra). Cependant, lors de la célébration du centenaire de 1960, les documents officiels utiliseront plutôt celui de , que l'on retrouve encore lors des célébrations du cent-cinquantenaire.Pour le cent-cinquantenaire, le site 150 ans Pays de Savoie ne mentionne que le terme rattachement dans l'éditorial commun des présidents de Conseils généraux des deux Savoie...

Les historiens savoyards spécialistes de la thématique, comme les professeurs Jacques Lovie ou Paul Guichonnet, utilisent le terme . Les auteurs italiens lui préfèrent celui de (« cession »), correspondant plus à une réalité juridique.

Usages locaux Les principales villes de Savoie possèdent une « rue de l'Annexion ». Toutefois, l'expression est beaucoup plus présente dans le nord de la SavoieEn Haute-Savoie, avec Annecy et les villes proches de la Suisse comme Annemasse, Bons-en-Chablais, Rumilly, Sallanches ou Thonon-les-Bains que dans le sud, où Chambéry, ex-capitale du duché, l'a fait renommer avenue du Général-de-Gaulle..

Histoire Prélude : Un accord secret left|thumb|Camille Benso, comte de Cavour, en costume officiel. Le , l’empereur Napoléon III et Camille Benso, comte de Cavour, président du conseil du royaume de Piémont-Sardaigne, se rencontrent secrètement à Plombières pour discuter d’une aide au royaume de Piémont-Sardaigne dans sa lutte contre l'Empire autrichien, en échange des territoires savoyards et niçois. À la suite, un traité est signé à Turin le pour sceller l'alliance franco-piémontaise par le prince Napoléon Jérôme, qui se marie quatre jours plus tard avec la princesse Clotilde de Savoie.

Cependant, le , à la suite de l'armistice de Villafranca, Napoléon III renonce à la Savoie, .. À leur passage, les troupes françaises sont acclamées par les populations savoyardes Gravure de propagande impériale – vers 1859-1860 – mettant en scène le patriotisme d’un montreur de marionnettes savoyard : « Voyez mesdames, c'est comme à la bataille de Magenta trois contre un. », pour leur aide à la cause italienne. Cavour, ne voyant pas aboutir ses projets, doit abandonner le pouvoir et laisser la place à l'impopulaire Urbain Ratazzi.

Les débats sur une réunion à la France thumb|Victor-Emmanuel II de Savoie. D' à , la Savoie s'inquiète de l'incertitude de son avenir. Les libéraux se mobilisent en faveur de l'attachement de la Savoie pour leurs souverains. Un parti annexionniste voit le jour, tandis que dans le nord du duché, l'idée d'un rattachement à la Suisse voit le jour.

Ainsi le , vingt-cinq ou trente personnalités savoyardes sans réelles envergures politiques ou économiques, principalement chambériennes, menées par le docteur Gaspard Dénarié et l’avocat Charles Bertier., rédacteur en chef du journal conservateur Courrier des Alpes, posent une adresse au roi Victor-Emmanuel II de Savoie lui demandant de prendre en compte les vœux de la province ducale :

Ces mots sont l’affirmation d'une , selon la Revue des deux Mondes.. Cette adresse fait l'objet d'un pétitionnement à travers la Savoie, marquant à partir d'août un mouvement d’opinion à travers le pays, et notamment à travers la presse savoyarde, turinoise, genevoise et française...

Quelques jours plus tard, le , à Annecy, une dizaine de députés savoisiens, , demandent au gouvernement de se préoccuper du sort matériel de la province de Savoie..

Le gouvernement d'Urbano Rattazzi tente cependant d'en limiter les effets, et suspend la parution du Courrier des Alpes le ., pour avoir réclamé pour la Savoie les mêmes droits de vote de nationalité que les populations de l’Italie centrale (les parutions reprendront le ). thumb|Appel du Comité de Saint-Jean-de-Maurienne. En , le comte de Cavour, qui se repose en Suisse, rentre dans le royaume de Sardaigne en passant par la Savoie. Il en profite pour rencontrer des personnalités comme l’Intendant général Pietro MagentaPietro Magenta (1807-1862) est un fonctionnaire piémontais. Il termine sa carrière comme vice-gouverneur de Gènes. Il est commandeur de l'Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. En poste à Chambéry, il s'évertue à défendre l'idée que le duché ne sera jamais abandonné. démocrate, en fonction à Chambéry depuis 1856, mal vu des conservateurs, ainsi que les anti-annexionnistes François Buloz, cofondateur de la Revue des deux Mondes et le libéral Albert Blanc, qui publie La Savoie et la Monarchie constitutionnelle. Cette "visite" est suivie par celle des deux jeunes fils du roi, mais l'accueil reste poli constatent les historiens de la période comme Henri Menabrea. Cependant, La Revue des Deux Mondes, anti-annexionniste, indique : ..

Entre et , des émissaires secrets sont envoyés par le gouvernement pour savoir si l’opinion savoyarde était favorable - ou non - au projet de réunion à l’Empire français. .

À Turin, le comte de Cavour revient au pouvoir le , après six mois de retrait, en tant que président du conseil, prêt à réaliser l'unification italienne : ..

L'option suisse Courant février et mars, des pétitions circulent en faveur d'une réunion à la Confédération suisse, dans les communes du Chablais et du Faucigny.. La pétition indiquait : . Cette dernière reçut signatures dans 60 communes du Faucigny, 23 du Chablais et 13 aux environs de Saint-Julien-en-Genevois (cité par Paul Guichonnet)On note aussi que certains signataires ont une signature étranges : MM Pain, Viande, Rotisseur, etc. ou encore que des "idiots" ont apposé leur signature. Citation tirée de ..

Parmi les promoteurs de cette solution, figurent les avocats de Bonneville, Edgar Clerc-Biron et Joseph BardJoseph-Léandre Bard, né le à Bonneville, est un avocat, auteur de brochures sur les différentes questions de la période, indiquées en bibliographie ci-dessous., l'avocat de Saint-Julien, Henri Faurax ou encore le géomètre de Thonon, Adolphe Bétemps.. L'idée est aussi défendue à la Chambre de Turin par le député Joseph-Agricola ChenalSes penchants sont d'ailleurs notés par le correspondant du Journal de Genève à Turin : « (il) défend la cause suisse avec une persévérance extraordinaire. Il est un peu pour la Savoie ce que Garibaldi est pour Nice. Malheureusement, tout ce qui touche au gouvernement ne fait que décourager ces tentatives. MM Chenal et Garibaldi sont représentés par le monde ministériel comme des exaltés s'opposant à des nécessités inévitables » cité par Guichonnet, op. cit., 1982, .. Mais l'affaire ne dure pas plus longtemps. Quelques journaux extérieurs à la province s'en firent l'écho. Le Journal de Genève publie la pétition, le journal parisien La Patrie participe au débat en publiant une motion émanant de Savoisiens habitant le nord du duché. La réaction des conservateurs pour le maintien de l'unité savoisienne ne se fait pas attendre, ils rappellent dans les journaux locaux la domination bernoise du .

Cette perspective d'une scission de la Savoie du Nord fait réagir des notables, notamment quinze personnalités de Chambéry, soutenues par une quarantaine d'autres, qui publient le une Déclaration, dans laquelle on dénonce Une partie des signataires fera partie de la délégation reçue aux Tuileries.

Le gouvernement français écarte l'idée d'une Savoie indépendante, le . 350px|thumb|Croquis de M. Moulin, paru dans Le Monde Illustré, journal hebdomadaire, , . Commentaire : .

Le , Napoléon III annonce au Corps législatif son intention de réclamer le pourboire convenu à Plombières, c'est-à-dire de ., à savoir Nice et la Savoie, en échange de son appui à l’unité italienne. Les conseils divisionnaires, réunis à Chambéry, émettent un vœu en faveur du maintien de l'unité savoisienne le (c.-à-d. le refus d'une partition de la Savoie entre la Suisse et la France).

Le traité et le plébiscite alt=Médaille|vignette|Médaille célébrant l'annexion de la Savoie et du Comté de Nice. Le est signé à Turin la convention préliminaire secrète reconnaissant la cession de la Savoie et de Nice à la France. Le principe de la consultation des populations est retenu.

Les conseils divisionnaires du duché se réunissent et décident de l'envoi le d'une délégation de 41 savoisiens (nobles, bourgeois, officiers ministériels) favorables à l'AnnexionLa délégation menée par le comte Amédée Greyfié de Bellecombe, comprend pour la province de Chambéry le député d'Aix Gustave de Martinel, les conseillers provinciaux Louis Bérard, Maurice Blanc, Ernest de Boigne, les barons Frédéric d'Alexandry d'Orengiani et Louis Girod de Montfalcon, ainsi que Charles Bertier, Alexis Falcoz, Pierre-Louis Besson, l'avocat Antoine Bourbon, le docteur Dardel, Jacques Prosper Degaillon, Charles François, Jacques Prosper Degaillon, Félix Gruat, Pierre Viviand, Savey-Guerraz et le major de la Garde nationale Vuagnat. La province d'Annecy est représentée par les députés Albert-Eugène Lachenal, Joseph Ginet (Rumilly), Hippolyte Pissard (Saint-Julien) et Jacques Replat (Annecy), accompagnés par Claude Bastian (ancien député de Saint-Julien), Dufour, les barons Scipion Ruphy (Annecy) et Jules Blanc (Faverges), François Bétrix (directeur de la Banque de Savoie), le docteur Descotes, Magnin, Masset, Alexis Rollier. Le Chablais, plutôt favorable à un rapprochement avec la Suisse voisine n'envoie que Édouard Dessaix, Félix Jordan, François Ramel et Gustave Folliet. Cité par Régine Boisier, op. cit., ., menée par le comte Amédée Greyfié de BellecombeVoir l'article Amédée Greyfié de Bellecombe pour le discours prononcé par le comte., qui sera reçue solennellement aux Tuileries par l'Empereur.