Le film documentaire ou le documentaire est un genre cinématographique, audiovisuel, télévisuel et radiophonique qui se différencie de la fiction..
, le documentaire est présenté comme une preuve de l’existence d’un phénomène technique, sociétal (humain ou animal), ou historique, dont il veut établir une description minutieuse, voire tenter l’explication.
Les documentaristes nomment leur genre « images du réel » et l'opposent parfois à la fiction, dont les protagonistes sont en principe des personnages fictifs. Même si les films historiques s’appuient sur des personnages ayant existé, la véritable histoire est adaptée, voire soumise, aux règles de la dramaturgie, ce qui en fait des œuvres de fiction.
Cependant, une telle définition est artificiellement restrictive car un documentaire peut reprendre certaines caractéristiques de la fiction, notamment via la reconstitution comme le docufiction, ou le plus généralement à travers la réflexion en amont sur le sujet et sa construction par un scénario préalable. . Le documentaire aurait des vertus caractéristiques et n'en fonctionnerait pas moins par rapport au public de la même façon que la fiction.
En , l'Union mondiale du documentaire en donne une définition plus large et aussi plus exigeante : « Est considéré comme documentaire, toute expression rationnelle ou émotionnelle de la réalité, obtenue à l'aide de l'enregistrement cinématographique des faits ou de leur reconstitution sincère et justifiée, en vue de stimuler et d'étendre consciemment les connaissances humaines ainsi que d'exposer des problèmes et leur solution sur le plan économique, social et culturel. » Selon le public visé, le documentaire s'adapte par didactisme.
La Société civile des auteurs multimédia (Scam), qui rémunère notamment les documentaristes lorsque leurs films passent en salle devant un public ou sur l’un ou l’autre des réseaux télévisuels, définit une partie de ses missions comme étant la gestion des ..
La Scam cite encore comme « œuvre de l’esprit » (œuvre d’auteur) non seulement le documentaire et sa forme de docufiction, mais n’en exclut pas le reportage.
Une cinémathèque du documentaire a été créée en France, sous forme d'un groupement d'intérêt public, en 2017.
Histoire
Les origines Un doute existe quant à la qualité de documentaire des films les plus primitifs, ceux tournés à partir de 1891 par le premier réalisateur du cinéma, William Kennedy Laurie Dickson, l’ingénieur électricien employé de Thomas Edison. Enregistrés dans les laboratoires d’Edison à Orange, les premiers films sont typiquement « mis en scène ». Les essais de Dickson ont pour sujet l’équipe de collaborateurs autour du projet : Dickson et son assistant William Heise se congratulant devant la caméra Kinétographe : .. Une autre bande montre un pugilat amical improvisé entre les mêmes chercheurs. Viennent ensuite plusieurs dizaines de films , tous tournés dans le premier studio de cinéma, le Black Maria. Les choix de Dickson ont porté sur l’enregistrement des prestations d’artistes de music-hall, acrobates, danseurs, contorsionnistes, jongleurs. Tous ces sujets font ainsi partie de la réalité, mais le placement des artistes dans l’étroit studio devant un fond noir face à un appareil bien visible pourrait relever d’une « mise en scène ». .
Cette perception de l’enregistrement d’un « numéro » de spectacle explique d’ailleurs les réactions hostiles des premiers censeurs du cinéma, puisque ces prestations, alors réservées à la discrétion des music-halls et cabarets, étaient maintenant accessibles au grand public par l’intermédiaire des Kinetoscope Parlors, ces salles créées par Edison pour exploiter les films grâce aux kinétoscopes, des machines de visionnement individuel. Les jupons soulevés lors d’une rota typique de la danseuse hispanique Carmencita et les ondulations lascives, appelées pudiquement « Danse du muscle », mais en réalité danse du ventre, interprétée par la « Princesse Ali du Caire », vont ainsi déchaîner des hordes de manifestants pudibonds réclamant le retrait de ces bandes.
En revanche, quand Louis Lumière enregistre en 1895 les premières vues photographiques animées à l’aide de la caméra Cinématographe, la presse enthousiaste loue les sujets qui semblent tellement réalistes : La Poste (quotidien aujourd'hui disparu) du .. Pourtant, le premier ouvrage Lumière, la Sortie de l’usine, n’est pas tout à fait une image « prise sur le vif ». . Ce regard patronal sur les ouvrières est à tel point prégnant que, lors des deux autres versions de cette Sortie , le personnel a obéi aux exigences de la Direction qui lui a demandé de venir en habits du dimanche, après la messe, pour se présenter sous son meilleur aspect, brouillant la frontière entre documentaire et vue arrangée.
1939 - 2000 De très nombreux courts-métrages documentaires furent réalisés pendant et après la guerre, ceux de Rouquier (Le Tonnelier en 1942, Le Charron en 1943), de Roger Leenhardt (Lettre de Paris en 1945, Naissance du cinéma en 1946), de René Clément (La Grande Pastorale en 1942, Ceux du rail en 1943), les films scientifiques de Jean Painlevé (dont Le Vampire en 1945) ou de Jacques-Yves Cousteau (Par dix-huit mètres de fond en 1943, Autour d'un récif en 1948)Jean Painlevé qui fait sienne cette définition, Les poètes du documentaire, conférence au Palais de Chaillot, 5 février 1948, p.2, cité par Roxane Hamery, Jean Painlevé le cinéma au cœur de la vie, Presses Universitaires de Rennes, 2009, p.190..
Entre les années 1950 et les années 1960, le documentaire profite de l'évolution technique et du bouillonnement critique de l'après-guerre pour s'émanciper par rapport aux compagnies de production. Les Raquetteurs, documentaire québécois tourné en 1958, est également un bon exemple de cette nouvelle distanciation par immersion dans le sujet filmé. On peut noter également l'importance prise par la cinémathèque du ministère français de l'Agriculture qui, dès 1947 autour de Armand Chartier, fidélise de nombreux nouveaux talents : plus de 500 documentaires d'éducation populaire et rurale produits et une moisson de 127 prix internationaux. De futurs réalisateurs de films de fiction, tels Alain Resnais (Nuit et brouillard en 1955, Toute la mémoire du monde en 1956, Le Chant du styrène en 1958), Agnès Varda (Du côté de la Côte en 1958), Maurice Pialat (L'amour existe en 1961) s'exercent eux aussi au court métrage documentaire. Dans la seconde moitié du les grands noms du documentaire de ce genre restent François Reichenbach, Jean Rouch, Chris Marker et Joris Ivens qui illustrent ce que l'on a appelé le « cinéma vérité ».
Parallèlement, dans un registre récréatif, les studios américains Walt Disney vulgarisent pour le grand public, dans les années 1950 à 70, des films de nature comme La Terre, Cette Inconnue, Les Oiseaux Aquatiques ou encore Le Désert Vivant. La philosophie de ces films vise à atténuer la dureté de la lutte pour la vie dans le milieu naturel et introduit de l’humour dans les récits où chaque animal porte un nom, bien que ce ne soit pas le même qui soit suivi tout au long du film (cette philosophie sera revue dans les années 1990, ne gardant que la personnalisation des animaux suivis par les documentaristes).
En 1956, Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle présentent Le Monde du silence, un long métrage centré sur les prises de vues sous-marines, qui participe au Festival de Cannes, où il remporte la Palme d'or. Un an plus tard, le film sort aux États-Unis, où on lui décerne l'Oscar du meilleur film documentaire. Le volcanologue Haroun Tazieff, réalise également un certain nombre de films dont les plus connus sont Les Rendez-vous du Diable (1958) et Le Volcan interdit.
En 1958, le long métrage belge les Seigneurs de la forêt de la fondation Roi Léopold, présente la nature dans les profondeurs du Congo belge, ainsi que des traditions indigènes, à travers une production en cinémascope réalisée avec de grands moyens et distribuée dans le monde entier par la Twentieth Century Fox. Le documentaire, cantonné à la première partie des films de fiction et au court métrage, devient ainsi un genre majeur.
Depuis 2000 Le documentaire connaît un regain de reconnaissance en France depuis la fin des années 1990, figurant en bonne place au tableau des sorties hebdomadaires en salles, comme Les Terriens d'Ariane Doublet, allant jusqu'à des succès populaires exceptionnels avec Être et avoir de Nicolas Philibert. Le genre animalier s'est renouvelé sous l'impulsion de Jacques Perrin (Microcosmos, Le Peuple migrateur, Océans, La Marche de l'empereur).
Aux États-Unis en 2004, Michael Moore connaît un succès commercial mondial, avec son film Fahrenheit 9/11 sur les trucages électoraux de George W. Bush et Bowling for Columbine, docu-fiction sur les tueurs en série adolescents de la fusillade du lycée Columbine en 1999. Super Size Me (2004), de Morgan Spurlock, rencontre un succès identique.
La télévision va influencer le genre avec l'apparition des procédés légers de prise de vues et de prise de sons (voir notamment Caméra Éclair 16, ainsi que Nagra) puis la mutation des captations vers les procédés d'enregistrement vidéo, offrant des sensibilités à la lumière et des durées supérieures à celles des procédés issus du cinéma. Parallèlement, cette évolution a apporté aux cinéastes documentaristes les moyens de s'émanciper des contraintes d'un matériel lourd et encombrant.
Le marché Sunny Side Of The Doc et le festival Les États Généraux du Documentaire sont des rendez-vous incontournables de la profession.
« Philosophie » du documentaire L’une des plus célèbres vues photographiques animées de Louis Lumière est sans doute L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat, filmée plus tard, qui souligne aussi la présence d’un appareil de prise de vues cinématographique remarquée par les gens qui attendent sur le quai ou qui viennent de descendre des wagons. Leurs regards caméra entre en relation avec l’opérateur, bien visible pour eux avec sa machine inhabituelle. Tous les films censés rapporter des « images du réel » passent ainsi par le filtre du discours que veut tenir celui ou celle qui dirige les prises de vues. .
Mais le spectateur n’est en général pas au courant de cet aiguillage qui le dirige malgré lui vers une destination voulue dès avant le tournage, une manipulation de prestidigitateur dont le roi est le réalisateur. .
Cette illusion de vérité est d’ailleurs la base de la perception des films, quels qu’ils soient. Vérité et non pas vraisemblance. Une bonne partie des scénarios de films de fiction est peu vraisemblable, c’est-à-dire que l’histoire racontée est par définition extraordinaire, même si parfois elle est tirée de la réalité et s’impose par une information préalable succédant au titre, du genre : « Ce film est tiré d’un fait réel ». Ce rapprochement pourrait se retrouver a contrario dans le documentaire : « Ce fait réel est fictionné », même en dehors du docudrama, car le réalisateur des « films du réel » est toujours maître de ses choix, tout autant que le réalisateur de fiction, et, s’il aiguille son public vers la direction qui est la sienne, il est tout à fait libre également de le tromper. .
Lors du tournage de Nanouk l'Esquimau, parangon du documentaire pour les historiens du cinéma, Robert Flaherty viola constamment la réalité. Par exemple, il obligea les chasseurs de morses, habituellement utilisateurs de fusils, à se servir de harpons qu'ils n'utilisaient plus depuis longtemps, mettant ainsi leur vie en danger. Autre exemple : la scène de chasse au phoque est arrangée, au mépris de la réalité, pour éviter une attente trop longue et un gâchis de pellicule. Nanouk tire sur sa corde au bout de laquelle il y a un phoque déjà mort. Cette petite scène et bien d'autres éléments illustrent bien les limites auxquelles se heurte la simple captation du réel, exigée en principe par la démarche documentaire.
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