vignette|redresse|Bénédictines nobles de Forest.
L'abbaye de Forest (en néerlandais : Abdij van Vorst) était un établissement monastique fondé dans les années 1100, dans la commune de Forest en Région de Bruxelles-Capitale en Belgique. D'abord prieuré sous l'autorité de l'abbaye bénédictine d'Affligem, elle devient abbaye en 1239. L'abbaye se peuple principalement des femmes de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie et possède des terres étendues au Brabant, en Flandre et en Zélande. Ensemble avec la collégiale Saints-Michel-et-Gudule, l'abbaye de la Cambre, le Rouge-Cloître et l'abbaye de Dieleghem, l'abbaye fait partie des grands propriétaires terriens ecclésiastiques de la région bruxelloise. Détruite et reconstruite à plusieurs reprises, elle est définitivement fermée en 1797. Il en reste aujourd'hui un ensemble classé des bâtiments du qui hébergent un centre culturel.
Historique Prieuré de moniales bénédictines Les origines de l'abbaye de Forest se situent à Meerhem, un lieu-dit de Lede, en Flandre Orientale. Quand, en 1096, le chevalier Gislebert d'Alost, frère de Baudouin II de Gand, part en croisade, il donne à l'abbaye bénédictine d’Affligem des alleux situés à Alost, Essegem (un hameau de Hofstade) et Lede, terres qu'il avait achetées en 1088 à l’abbaye d'Hasnon, pour l'installation d'un monastère de femmes, prêt à accueillir sa mère Ode et sa sœur Lutgarde. C'est donc à Meerhem que l'abbé installe d'abord le nouveau prieuré de moniales.
L'évêque Odon de Cambrai fait don de l’église paroissiale de Forest à l’abbaye d’Affligem en 1105, et de 1110 date la première mention attestant explicitement l’installation des moniales dans cette église. C'est donc entre ces deux dates que Fulgence, avec le soutien du duc Godefroid Ier de Louvain, y transfère le prieuré de Meerhem, sur des terres données par Francon , châtelain de Bruxelles. S'y ajoutent rapidement plusieurs dons des serfs et des terres peu étendues, par des paroissiens de l’église ou les moniales qui s’y établissent, puis des dons venant de la famille de Francon pour agrandir l'assise initiale.
À la fondation, les règles de vie prescrites aux moniales sont sévères, le contact avec le monde extérieur limité au strict minimum. C'est l'abbé d'Affligem qui en choisit la supérieure. Dès le départ, une poignée de moines d'Affligem sont installés à côté du prieuré pour s'occuper des affaires spirituelles et économiques. Et c'est l'un d'eux qui garde les clefs de l'établissement. En 1205, ils sont au nombre de cinq : un prévôt, un prieur et trois moines. L'interdit de contact s'accommode mal avec le fait que les nonnes sont venues s’installer dans une église paroissiale existante. À l'époque, l’église porte une double titulature : saint Denis, patron de la paroisse, et sainte Marie, patronne de la communauté de moniales. Sous l'épiscopat de l'évêque de Cambrai Nicolas de Chièvres une nouvelle église est construite, entre 1122 et 1150, pour la paroisse. Dédiée à saint Denis, elle est accolée à la chapelle Sainte-Alène. La présence de la chapelle Sainte-Alène au sud de la première église paroissiale empêche une extension du complexe abbatial de ce côté (comme c’est traditionnellement le cas dans les monastères bénédictins occidentaux). L’abbaye s’est donc étendue au nord de l’église paroissiale.
Il existe de nombreux indices que, déjà à l'époque du prieuré, Forest attire principalement des aristocrates et des dames issues de la haute bourgeoisie — et ce en grand nombre, ce qui apporte des dots considérables. Ainsi, le prieuré amasse des terres étendues. En plus, le prieuré reçoit les dîmes de plus d'une douzaine des paroisses : Forest, Uccle, Burst, Oosterzele, Vollezele, Gammerages, Moerbeke (Grammont), Woluwe-Saint-Pierre, partiellement d'Anderlecht, Dilbeek, Rhode-Saint-Genèse, Schaerbeek, Obbrussel, Borsbeek, Lede, Alost… Six de ces paroisses sont spécialisées dans la production de lin, et le fait que la dîme consiste en dix pourcent de la production fait du prieuré de Forest un acteur majeur sur le marché du lin.
La réputation de la future abbaye sera par la suite assurée en raison des miracles opérés par les reliques de sainte Alène, après dispute répartis entre abbaye et paroisse. C'est l'abbé Godescale qui, à la fin du , participe activement au lancement du culte de sainte Alène, afin d'augmenter les recettes du prieuré ; le , il vient élever les reliques à Forest. La , seule source sur la vie de la sainte, est un roman hagiographique du , copier-coller des plusieurs autres vies de saintes, qui ne contient donc pas d'information sur la vraie Alène, si elle a existé. Un examen scientifique des reliques conservées à Forest comme celles de sainte Alène a donné comme résultat qu'elles proviennent principalement d'une seule personne, âgée d'environ à sa mort, de sexe non identifiable, et qu’elles datent avec 95 % de probabilité de la période 780 à 980, et sont donc bien antérieures à la fondation du prieuré de Forest.
Des travaux de drainage, de canalisation, l'aménagement des viviers et des moulins permettent une bonne exploitation des terres au bord de la Senne. Dès le , l'ensemble des bâtiments conventuels est achevé : salle capitulaire, bibliothèque, réfectoire, infirmerie, sacristie, cellier, hôtellerie.
Abbaye de Forest
On ne connaît pas les raisons du différend entre l'abbaye d'Affligem et le prieuré de Forest qui apparaît pour la première fois en dans les documents qui nous sont parvenus. Mais une communauté de plus de cinquante aristocrates à revenus élevés n'est peut-être pas facile à contenir. En déjà, l'évêque Guy de Cambrai tranche, en détachant Forest d'Affligem : le , Forest est déclaré abbaye directement sous sa curatelle. Quelques jours plus tard, la dernière prieure, Pétronille, fille de Siger II, châtelain de Gand, est élue première abbesse par ses sœurs.
vignette|gauche|La ferme Tasseniers à Gammerages.
Le , l'abbesse se fait confirmer par le Saint-Siège les possessions qui lui paraissent les plus importantes. Il s'agit de treize grosses fermes en plus du Veehof, adjacent à l'abbaye : Waterloo, Fond'Roy à Uccle, Splotsberg/Slotsenberg à Forest, à Schaerbeek, Elishout dans le hameau Aa d'Anderlecht, Obbrussel à Saint-Gilles, Hof ten Berg à Woluwe-Saint-Lambert, à Mollem, Aalst-op-den-Berg/Ten Berghe à Alost, Meerhem à Lede, à Gammerages, à Vollezele et Zaamslag dans les polders de Zélande. On peut encore y ajouter des fermes secondaires à Evere, Zaventem et Dilbeek, ainsi qu'une multitude des petites possessions.
Au , une grande église abbatiale de de long remplace l'ancienne église Saint-Denis. Elle est terminée en 1447.
À l'intérieur du mur d’enceinte de la propriété se trouvent d’autres constructions qui assurent l'autarcie de la communauté : boulangerie, écurie, moulin, ferme et granges, brasserie, etc. Tout un monde de domestiques, hommes et femmes, y travaillent. Des œuvres de charité sont également organisées à l'abbaye.
Les baux que l'abbaye conclut avec ses métayers au montrent une grande diversité des clauses et des payements prévus. L'abbaye se base sur un examen très approfondi de la situation de chaque ferme : cas par cas, l'abbaye vise non seulement l'acheminement vers Forest de ressources judicieusement choisies, mais aussi et surtout tend à orienter très étroitement le travail des fermiers et leurs investissements. Ceux à proximité doivent livrer des vivres en nature, des travaux de corvée et accueillir le bétail de l'abbaye. Ceux de Flandre-Orientale, très éloignés, payent un loyer principalement en argent.
Siècles de tourmentes vignette|gauche|Vue de l'abbaye en 1659, qui montre l'église abbatiale (aujourd'hui disparue), la plus petite église paroissiale (toujours debout) avec la chapelle de la sainte Alène attachée. vignette|gauche|Vue de l'abbaye vers 1730, qui montre quelques bâtiments en plus.
À partir du , l'abbaye de Forest possède un refuge à l'intérieur de la seconde enceinte de Bruxelles, rue de l'Escalier, agrandi, au vers la rue d'Or et au en bas de la . Les îlots concernés cèdent la place à la jonction Nord-Midi au .
Vers la fin du , les troubles commencent. En 1489-1490, le monastère est mis à mal lors du conflit armé qui oppose Charles VIII, roi de France, et Maximilien d’Autriche. Des misères s’ensuivent : épidémie de peste et famine. À cette époque l'abbaye compte . L'évêque intervient dans les affaires de l'abbaye, en installant une abbesse venue de l'extérieur, Marguerite de Liedekerke, auparavant moniale à Ghislenghien, avec comme tâche la réorganisation de l'abbaye de Forest — ce qu'elle réussit à faire sur tous les fronts, juridiques, spirituels et économiques.
Plus graves encore sont les guerres de Religion du siècle suivant. En 1566, les moniales doivent se réfugier à Bruxelles. Leur abbaye est incendiée le et elles sont même forcées de quitter leur refuge en ville. L'abbesse Adrienne de Petit-Cambrai entreprend, à partir de 1587, de reconstruire l'abbaye. Le retour définitif des moniales se fait en 1602.
Une centaine d’années plus tard, de 1684 à 1689, les conflits avec la France, sous le règne de Louis XIV, occasionnent de nouvelles destructions et un appauvrissement général de la région.
Lorsque Jeanne de Brabant, vers la fin du ajoute Forest à la cuve de Bruxelles, la ville de Bruxelles entre en conflit avec l'abbaye sur la juridiction sur ses terres. Le conseil souverain de Brabant tranche, vers la fin du : la juridiction inférieure à l'abbaye, la haute juridiction à la ville.
Reconstruction de l'abbaye vignette|Projet de Dewez de 1765.
En 1764, un incendie accidentel détruit à nouveau une partie des bâtiments. C’est l’occasion pour l’abbesse de l’époque, Marie-Joséphe de Bousies de Rouveroy, de mettre en chantier les plans d’une toute nouvelle abbaye, comme beaucoup d’autres le font, d’ailleurs, durant ce siècle de renouveau. L’architecte choisi est Laurent-Benoît Dewez, un spécialiste des grands ensembles architecturaux. Le projet mis en chantier en 1764 est remarquable, mais cependant, tout ne sera pas achevé. C'est Charles-Alexandre de Lorraine qui précisément en pose la première pierre le .
À partir de 1770, Dewez passe la main à un successeur et disciple, Jean-François Wincqz.. Finalement, l’église abbatiale gothique et l’enclos monastique ne sont pas modifiés. Seuls le bâtiment des hôtes avec sa cour d’honneur et le portail d’entrée avec ses dépendances en semi circonférence, sont réalisés.
Politique de Joseph II vignette|L'abbaye de Foret sur la carte de Ferraris du .
L’abbaye échappe aux mesures de Joseph II, en 1780, lequel, pour assainir les finances publiques et diminuer le poids de la dîme, fit supprimer dans tout l'empire les couvents dits « inutiles » ; en effet, l'abbaye était engagée dans l’enseignement des jeunes filles.
En 1787 restent à l'abbaye encore , , un confesseur, trois chapelains, un organiste et un sacristain, un chirurgien pour l'infirmerie, deux demoiselles séculaires pour donner l'enseignement aux pensionnaires au nombre de 34.
À la fin de l'ancien régime, l'abbaye possède 75 % du territoire de la future commune de Forest ; cette union économique, juridique et religieuse est unique en région bruxelloise.
Révolution française Sous le régime français, à partir de 1792, l'abbaye est d'abord plusieurs fois mise aux contributions de guerre. La seconde occupation française en vue, les religieuses de Forest se réfugient, le , à l'abbaye de Sainte-Cécile de Cologne, en Allemagne, emportant les biens les plus précieux, les reliques et la châsse de sainte Alène. Elles rentrent au mois de à Forest, mais sans les reliques.
La loi du supprime les ordres religieux en Belgique. Le , l'abbaye de Forest dresse une liste des membres de la communauté : et . À partir du , en quelques jours, les monastères belges sont évacués. Les Forestoises se réfugient à Würzburg, en Allemagne, où elles restent jusqu'en 1810, année où elles reviennent à Bruxelles. La dernière d'entre elles décède en 1837.