Le château de Beaumesnil est une demeure qui se dresse sur le territoire de la commune française de Beaumesnil dans le département de l'Eure, en région Normandie.

Le château est partiellement classé au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé dans la commune du Mesnil-en-Ouche (Beaumesnil), dans le département français de l'Eure. (Haute-Normandie)

Historique L’existence d’un domaine à Beaumesnil est attestée depuis 911, date du traité de Saint-Clair-sur-Epte. Le château actuel, bâti entre 1633 et 1640, est probablement resté inachevé.. Restauré aux , il abrite un musée de la reliure.

Le château entra par alliance au dans la famille d'Harcourt et au , il devient l'apanage de la branche cadette de Robert d'Harcourt « dominus de Bellomesnillo » qui y établit sa résidence. À la mort du dernier de sa lignée à la bataille d'Azincourt, ses biens échurent à sa cousine Marie de Tournebu. Celle-ci se verra presque immédiatement confisqué des de Beaumesnil par le roi d'Angleterre qui les donnent à lord Willoughby. La place sera rendu en 1441 au vu des devant ses murs, à Pierre de Brézé qui s'en servira de base pour des coups de main dans la région. Jean de Tournebu recouvra alors le château, qu'il céda peu après au duc de Lorraine.

En 1604, Charles de Lorraine détachera le château du duché d'Elbeuf au profit de Félix Le Conte, marquis de Nonant, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et son lieutenant au bailliage d'Alençon. Jacques Le Conte, après avoir donné une grande fête dans le vieux château, confie sa reconstruction au « maître masson » rouennais Jean Gaillard et à l'entrepreneur Martin La Flèche. Les marchés de pierres de taille, de maçonnerie et de charpente s'échelonnent entre 1631 et 1633.

C'est la marquise de Nonant, petite-fille du chancelier de Sillery, qui, après la mort de Jacques Le Conte, finira les travaux comme en témoigne son chiffre « MDC » répété plusieurs fois sur la façade.

Propriétaires successifs

À ce jour, une quinzaine de familles propriétaires s’y sont succédé.

Meulan (jusqu’en 1171) Les premiers possesseurs connus du lieu sont de la lignée des comtes de Meulan, dont : Roger de Beaumont (1015-[1094), vicomte de Rouen ; il épouse Adeline de Meulan ; (1048-1118), comte de Meulan, fils du précédent ; (1104-1166), comte de Meulan fils du précédent ; (1142-1204), comte de Meulan, fils du précédent.

Harcourt (1171–1418) Robert d'Harcourt (v. 1150–ap. 1212), baron d’Harcourt, reçoit le bien en dot par son mariage en 1171 avec sa cousine Jeanne de Meulan, fille du précédent. Richard d'Harcourt (1180–1239), seigneur de Beaumesnil, fils des précédents ; il épouse Jeanne Tesson, dame d’Avrilly ; il fait construire un château fort. Robert d'Harcourt (1220), seigneur de Beaumesnil, fils des précédents ; il épouse Jeanne de Saint-Célerin. Robert d'Harcourt (1313), seigneur de Beaumesnil, fils des précédents ; il épouse Jeanne de Villequier. Robert d'Harcourt (1346), seigneur de Beaumesnil, fils des précédents ; il épouse Jeanne de Prunelé. Robert d'Harcourt (v. 1330-1390), seigneur de Beaumesnil, fils des précédents ; il épouse Marguerite de Mauvoisin Union avec famille d'Aché.. Robert d'Harcourt (1396), seigneur de Beaumesnil, fils des précédents. Marie d'Harcourt, dame de Flers, sœur du précédent.

Paynel (1396–1418) Guillaume Paynel (1343), seigneur de Milly, épouse la précédente. Marie Paynel (1360), dame de Flers, fille des précédents, mariée avec Guillaume de Tournebu (infra).

Intermède anglais (1418-1449) En 1418, durant la guerre de Cent Ans, installe au château Robert de Willoughby ; les Anglais en sont chassés en 1435 par Florent, sire d'Illiers, mais ils le récupèrent un peu plus tard.

120px|vignette|René de Lorraine. 120px|vignette|Claude de Lorraine-Guise. 120px|vignette|Nicolas Brûlart de Sillery.

Tournebu (1449-1463) Jean de Tournebu, fils de Guillaume de Tournebu et de Marie Paynel, dame de Flers (précédemment citée), qui avait elle-même hérité de Beaumesnil de sa mère Marie d’Harcourt, ramène cette terre dans le giron français ; il épouse Louise de Hangest.

Harcourt-Lorraine (1463–1604) Jean d'Harcourt (1473), comte d’Harcourt, comte d’Aumale, baron d'Elbeuf, achète Beaumesnil à Jean de Tournebu ; il meurt sans alliance ni postérité. René II de Lorraine, duc de Lorraine et de Bar (1451–1508), neveu du précédent ; il épouse en 1485 Philippe de Gueldre. Claude de Lorraine, duc de Guise, fils cadet des précédents; il épouse en 1513 Antoinette de Bourbon-Vendôme. René de Lorraine , baron d'Elbeuf (1536–1566), fils des précédents ; il épouse en 1555 Louise de Rieux. Charles de Lorraine , duc d’Elbeuf (1556–1605), fils des précédents ; il épouse en 1583 Marguerite Chabot et vend Beaumesnil en 1604 au suivant.

Le Conte de Nonant (1604-1660) Félix Le Conte, baron de Nonant (1622), achète Beaumesnil en 1604 à Charles d'Harcourt-Lorraine pour son fils Jacques. Jacques Le Conte, marquis de Nonant, écuyer, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (1641), fils du précédent, fait construire le nouveau château qui sera transmis exclusivement par héritage ou par mariage jusqu’en 1927 ; il épouse en 1623 Marie Dauvet des Marets, petite fille de l’ambassadeur Nicolas Brûlart de Sillery ; chaque année, après avoir accompli son service, il revient passer trois mois sur ses terres. Pomponne François Le Conte, marquis de Nonant (1644-1654), fils des précédents. Catherine Le Conte de Nonant (1693), sœur du précédent, mariée en 1660 avec Hérard Bouton de Chamilly, qui suit.

Bouton de Chamilly (1660–1722) Hérard Bouton de Chamilly, chevalier, comte de Chamilly, gouverneur de Dijon (1630–1668), épouse en 1660 Catherine Le Conte de Nonant (supra), qui lui apporte Beaumesnil en dot. François Bouton de Chamilly, comte de Chamilly, ambassadeur extraordinaire au Danemark (1663–1722), fils des précédents ; il épouse en 1690 Catherine Poncet de La Rivière. Madeleine ou Magdeleine Bouton de Chamilly (1772), comtesse de Graville, fille des précédents, mariée avec François Martel, comte de Clères († , inhumé dans l'église de Clères). Veuve, elle se remarie en 1730 avec Louis-Robert Malet, comte de Graville, marquis de Valsemé. Elle laisse uniquement une fille de son premier mariage : Françoise Martel de Clères (Paris, - Paris, ), mariée dans la chapelle du château de Beaumesnil le avec son cousin, Charles Martel, comte de Fontaine, seigneur d'Esmalleville, seigneur châtelain de Bellencombre. Comme sa mère, Françoise Martel de Clères laissa aussi une fille unique : Louise Suzanne Edmée Martel (1745-1779), mariée en 1760 avec le duc de Charost, qui va suivre.

Malet de Graville de Valsemé (1722–milieu du ) Louis Robert Malet de Graville (1698), marquis de Valsemé, lieutenant général des armées, épouse en 1730 Madeleine Bouton de Chamilly, veuve.de François Martel, comte de Clères, sans enfant.

Martel (milieu du –1760) Louise Suzanne Edmée Martel, née en 1745, elle meurt au château de Beaumesnil le , elle épouse à Paris en 1760 Armand Joseph de Béthune, duc de Charost, qui va suivre. Elle est la fille de Françoise Martel de Clères et de Charles Martel d'Esmalleville (1760), comte de Fontaine Bolbec ; la petite fille de Madeleine Jauche-Bouton de Chamilly et de son premier époux, François Martel (1726), comte de Clères, maître de camp.

Béthune-Charost (1760–1802) Armand Joseph de Béthune (1738–1800), duc de Chârost, pair de France, descendant direct de Sully, épouse en 1760 Louise Suzanne Edmée Martel (qui précède) ; à la Révolution, le château est pillé, le duc est arrêté et, bien qu’il ait aboli les droits féodaux sur ses terres, son fils Armand de Béthune (1771-1794) est guillotiné à l'âge de . Maximilienne Augustine Henriette de Béthune (1772-1828), à la fois cousine et veuve d’Armand de Béthune Charost, hérite de la propriété.

Montmorency-Laval (1802–1851) Eugène-Alexandre de Montmorency Laval (1773-1851), puis duc de Laval, épouse en 1802 Maximilienne de Béthune (précitée). Devenu veuf, il se remarie en 1833 avec Constance de Maistre, fille de l'écrivain Joseph de Maistre. Il fait alors appel à l'architecte Joseph Antoine Froelicher pour une remise en état du château. Ayant fait vœu d’édifier une chapelle si les Bourbons revenaient au pouvoir, ils tiennent parole à l’avènement de et la chapelle est consacrée en 1820. Le duc de Laval meurt sans postérité, léguant le château à son beau-frère : Rodolphe de Maistre.

de Maistre (1851–1927) Rodolphe de Maistre (1789–1866), frère de Constance, hérite du domaine ; il épouse Charlotte Espérance de Plan de Sieyes. Charles de Maistre (1832–1897), comte de Maistre, fils du précédent. Rodolphe de Maistre (1868–1934), comte de Maistre, fils du précédent. 120px|vignette|Dimitri Pavlovitch Romanov. Gonzague de Maistre (1873–1936), frère du précédent ; ayant sauvé de la ruine le château que son frère lui avait cédé après la Première Guerre mondiale (il a recours aux services de l'architecte Henri Jacquelin), il le vend en 1927 à une société américaine.

Audrey Emery (1927-1937) - Romanov (1937–1939) Audrey Emery riche héritière d'origine américaine achète le château à Gonzague de Maistre en 1927 et à son divorce en 1937 le lègue à son époux grand-duc Dimitri Pavlovitch (1891–1942) ; Audrey Emery fera restaurer les pavillons.

Fürstenberg (1939 à nos jours) Jean Fürstenberg (1890-1982) et son épouse Eugénie achètent la propriété en 1939 ; bibliophiles, ils y créent après la guerre un musée de la reliure. Sans enfant, ils apportent la propriété en 1964 à une fondation dédiée, la Fondation Fürstenberg Beaumesnil. Au décès de Jean, en 1982, la fondation Fürstenberg Beaumesnil, reconnue d’utilité publique en 1966, s'efforce de maintenir en état l’ensemble du domaine et de ses collections.

Description

redresse=1.5|vignette|Façade ouest.

De la forteresse élevée au , il ne subsiste, pour la mémoire, qu’une énorme motte circulaire couverte d’un labyrinthe végétal qui matérialise l’emplacement d’une ancienne tour talutée.

Rare exemple de château baroque d’époque (l’essentiel de la construction, dirigée par l’architecte Jean Gallard, se situe entre 1633 et 1640), la demeure actuelle, contemporaine de la fontaine Médicis et de l’hôtel de Sully, porte l’empreinte de la Renaissance finissante, mais on y trouve aussi la marque de courants nouveaux, venus d’Italie (style florentin) et de Hollande. Les matériaux utilisés sont la brique et la pierre. La brique, bon marché, était produite en grande quantité en Normandie mais, pour remédier aux éventuels défauts de fabrication, il était d’usage de renforcer les parties les plus fragiles avec de la pierre.

Côté ouest, l’entrée principale est précédée par un pont, une vaste cour formant terrasse et un escalier d'une vingtaine de marches aboutissant à mi-hauteur entre le sous-sol et le premier étage. Venant du parc, côté est, on franchit un autre pont qui débouche sur un double escalier donnant directement sur le premier étage.

L’ensemble comprend : un avant-corps central surmonté d’un lanternon, symbole de puissance où deux feux signalaient toute la nuit aux alentours l’emplacement du château ; un corps de logis rectangulaire comportant trois travées de part et d’autre de l’avant-corps, où se trouvaient les appartements des maîtres de maison et les pièces réservées aux invités de marque ; deux pavillons latéraux, ajoutés au , où on logeait les personnes de moindre importance ; le tout coiffé d’une haute toiture en ardoise. Le logis se compose de quatre niveaux : un sous-sol, deux étages et un étage de combles.