vignette|Zones contrôlées par le en (zones bleu foncé) et , au début de la mise en œuvre du Plan (zones bleu clair).

Le plan ou plan D, ( ד est la quatrième lettre de l'alphabet hébreu, similaire au « D » français) est le plan opérationnel établi par la en , en prévision des opérations à mener lors de la guerre contre les forces arabes qui s’annonçait. Il comprenait deux volets, l’un concernant le contrôle des zones attribuées à l’État juif aux termes de la de l'ONU - plan de partage de la Palestine (), des points stratégiques et des axes de communication ainsi que celui des zones d'implantation juive en dehors des frontières [de l’État hébreu], l’autre visant à la conquête et la destruction des villages arabes et l’expulsion de leurs habitants.

Il est rédigé par Israël Ber et Moshe Pasternak, sous la supervision de Yigaël Yadin, chef des opérations de la . Son interprétation est sujette à discussion : certains des nouveaux historiens israéliens tels que Ilan Pappé, ou les historiens palestiniens comme Walid Khalidi le voient comme un programme généralisé d'expulsion des Arabes palestiniens, tandis que d'autres historiens, israéliens comme Benny Morris ou Yoav Gelber, ainsi que l'historien français Henry Laurens, n'y voient qu'un plan d'opérations militaires restreint à un contexte particulier, dans l’objectif d’assurer la continuité territoriale du .

Deux lots d’archives, certaines déclassifiées, d’autres découvertes fortuitement en 2024, confirment que les expulsions et massacres faisaient partie des ordres donnés aux unités..Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( en français). , chapitre « Achever le travail : - », et suivantes..

Contexte

Contexte démographique

Au moment de la fin du mandat britannique, on estime que la population de la Palestine était de près de deux millions d’habitants, dont . et un peu moins de d’Arabes, essentiellement musulmans avec environ 10 % de chrétiens. Dans la partie de la Palestine allouée à Israël, les deux populations étaient équivalentes, avec une légère majorité d’Arabes (environ et ).. Ces proportions démographiques étaient un cauchemar pour les dirigeants du (d’autant plus que Ben Gourion ne voulait pas se contenter de la moitié de la Palestine ) ; officiellement, ils souhaitaient la rééquilibrer par l’immigration de Juifs de Diaspora ; officieusement, une partie de ses dirigeants voulait encourager l’émigration des Arabes de la région, et l’expulsion est vue comme la seule solution par certains, dont Ben Gourion. Le plan de partage de l'ONU ayant été largement récusé du côté arabe., les dirigeants de la (de mieux en mieux équipée et organisée) ont opté pour une stratégie offensive.

Contexte militaire

Le plan est rédigé pendant la première phase du conflit judéo-arabe de 1947-1949. À ce moment, la est toujours sur une position défensive par rapport aux forces de l'Armée de libération arabe de Fawzi al-Qawuqji et à celles de la Jihad al-Muqadas d'Abdel Kader al-Husseini. Elle n'ose pas intervenir ouvertement tant que les Britanniques sont toujours responsables de l'ordre en Palestine mandataire. C'est d'ailleurs le , 4 jours avant l'adoption du plan , qu'al-Qawugji passe avec le gros de sa troupe le pont Allenby en Jordanie et repasse le avec sa colonne motorisée sans que l'armée britannique qui tient le pont ne réagisseJacques de Reynier, À Jérusalem un drapeau flottait sur la ligne de feu, 1950, ..

Dès , Ben-Gourion a la certitude que l’armée juive sera assez forte pour conquérir une part substantielle de la Palestine et en expulser ses habitants arabesIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, .. Les forces israéliennes sont supérieures en nombre, qualité et armement à leurs homologues arabes : la compte dans ses rangs, dont une partie entraînés dans l’armée britannique, et les auxiliaires de la sont . Si l’équipement en matériel lourd (blindés, aviation, artillerie) est limité, à partir du les livraisons de Tchécoslovaquie permettent de pallier ce manque. La mobilisation fonctionne bien en Israël et les effectifs atteignent à la fin de l’été. Initialement, elle n’a face à elle que des paramilitaires sans équipement et mal ou pas entraînés ; les armées arabes ne disposent jamais de plus de , mal entraînés, et leur fournisseur, le Royaume-Uni, interrompt ses livraisons pendant toute la durée de la guerre. La essuie plusieurs revers importants : les cent mille Juifs de Jérusalem sont assiégés par les hommes d'Abdel Kader al-Husseini et il est difficile de les ravitailler avec la quasi-totalité du parc de véhicules blindés servant aux convois détruite. La situation d'isolement est la même pour les colonies de haute-Galilée, de la zone d'Hébron et du Néguev.

Problématique de la minorité arabe du futur état juif

En , au moment du vote du plan de partage, la Palestine mandataire compte environ pour

À l'époque, au vu des antagonismes existant entre les communautés arabes et juives en Palestine, personne n'envisageait viable un État juif où ces derniers n'auraient pas été majoritaires et sans un transfert de population, comme celui qui s'est produit lors de l'indépendance de l'Inde et du Pakistan, qui aurait été inévitable. Dans ce contexte, il existait avant la guerre un « état d'esprit » au sein des autorités sionistes et britanniques sur la « nécessité » de procéder à des « transferts de populations » si la Palestine sous mandat britannique devait être partagée entre un État arabe et un État juif viablesBenny Morris (2003), ; la comparaison à l'Inde et au Pakistan est faite ..

Conception

Plans antérieurs

Le premier plan d'opérations général des Juifs en Palestine pour s’assurer le contrôle exclusif d’une zone et une prédominance démographique date de 1937, quand la grande révolte arabe (1936-1939) pousse le colon britannique à envisager le premier plan de partage de la Palestine, le plan Peel. Deux évolutions sont rédigées en 1946, les plans B puis C, lorsque le Royaume-Uni annonce son futur départ de Palestine. Le plan C (ou ), élaboré en 1947, prévoit un certain nombre d’actions punitives : tuer les dirigeants politiques, les agitateurs, les gens qui financent le mouvement national palestinien, les Arabes de Palestine qui ont lutté contre les Juifs, les officiers et hauts fonctionnaires palestiniens, attaquer les transports, les puits, les moulins, les villages qui pourraient soutenir des agressions, les lieux de réunion (cafés, clubs). Il repose déjà sur les dossiers de villages. Ce projet à peine achevé, Ben Gourion décide d’en élaborer une nouvelle version, le plan D ou qui est achevé le Seif Da'Na, « », , été-automne 2007, , ..

Officiellement, le plan D ou est appelé , d’après l’officier de la pressenti pour la diriger et abattu en au volant de sa voiture. Il était très respecté, et a été nommé général à titre posthume. Des camps portent son nom en Israël (comme ).

Dossiers Village

L’idée de dossiers consacrés à chaque village arabe vient, à la fin des , de Ben Zion Luria, historien de l’université hébraïque. Il s’agit au départ d’un relevé topographique des villages, pour lequel on a recours à la photographie aérienne ; puis on y ajoute un exposé de l’éventuel passé hébreu de ces villages.

Très vite, ces dossiers rassemblent toute l’information utile militairement sur chaque village de Palestine : cartes, population, clans en présence, militants ; ces dossiers sont compilés par des membres de l’université hébraïque et des membres des services de renseignement juifs à partir de 1940. De fréquentes réunions de son conseil dirigeant, avec Ben Gourion à sa tête, mettent au point les détails du plan de transfert des Arabes hors de Palestine dans l’éventualité d’une guerre, afin d’obtenir un État juif nettoyé de ses Arabes. Dans un premier temps, il avait été envisagé de demander au fonds national juif ces dossiers ; l’université hébraïque fournit quelques cadres enthousiastes : un topographe, des orientalistes, des photographes. Les informations relevées sont très nombreuses : topographie, routes d’accès, la qualité des terres, les sources, les revenus du village, sa composition socio-politique, les religions, les noms des moukhtars, les relations avec les autres villages, la liste des hommes entre , celle de ceux qui sont hostiles au sionisme, et encore celle des Arabes impliqués dans grande révolte arabe, les familles qui ont perdu un membre dans le combat contre les Britanniques ; et enfin, ceux qui ont tué des Juifs. Des envoyés collectent toutes ces données, parfois en profitant de l’hospitalité arabe. Après 1943, les dossiers s’enrichissent de nouvelles données : élevage, terres cultivées, nombre d’arbres plantés, qualité de chaque plantation d’arbres fruitiers (et même parfois de chaque arbre), démographie, clans et affiliations politiques, nombre de voitures, de commerces, d'artisans ; après 1945, les dossiers s’enrichissent encore de données sur le nombre de pièces des maisons des notables des villages, le nombre de gardes (souvent nul) et de l’armement des villages (souvent inexistant ou obsolète). Enfin, en 1947, des listes de personnes à rechercher sont dressées village par village (souvent des membres du mouvement national palestinien)., mais aussi les proches du mufti Amin al-Husseini et ceux qui ont combattu les Britanniques et les Juifs, ou encore les Palestiniens ayant été arrêtés par les Britanniques. Un ou deux pour cent des habitants étaient ainsi fichés comme « à rechercher ». S’y ajoutent encore les noms des fonctionnaires du Mandat, la description des mosquées et le nom des imams L’espion Ezra Danin joue un grand rôle dans l’amélioration méthodique des dossiers après 1943, ainsi que le futur orientaliste et ambassadeur et Tuvia Lishanski, spécialiste de l’expulsion des métayers arabes des terres rachetées par les Juifs aux grands propriétaires arabes qui souvent ne résident pas en Palestine et ne se soucient guère du sort des petits paysans qui cultivent leurs terres.. Un village de vacances est utilisé pour former les informateurs à côté de Fureidis.

Mode d’élaboration

Le nouveau plan d’opérations est donc élaboré à partir de l’automne 1947, dans la de Tel Aviv, ou au domicile personnel de Ben Gourion. Ce dernier réunit à partir de un petit comité autour de lui pour élaborer la politique menant à l’indépendance d’un État à majorité juive occupant la plus grande partie possible de la Palestine.

Ses réunions deviennent très régulières à partir d’octobre : un peu moins d’une par semaine en moyenne, avec parfois plusieurs jours de réunion successifs, et parfois plusieurs réunions dans la même semaine, jusqu’en . Dans ce qu’Ilan Pappé appelle le conseil consultatif, formé par Ben Gourion, sont réunis plusieurs personnes pour leurs compétences respectives : des militaires : Yigaël Yadin ; Yigal Allon, chef du et du front sud ; Yitzhak Sadeh, chef des blindés ; Israël Galili, du haut-commandement ; , front central ; des experts du monde arabe : Yossef Weiz, du service Installation du Fonds national juif ; Yohanan Ratner, conseiller stratégique de Ben Gourion ; pour le renseignement, qui avait collecté des informations contenues dans les dossiers « Village » : le colonel Isser Harel (futur chef des services de renseignement israéliens), Ezra Danin, et Yehoshua Palmon ; des personnalités politiques sont occasionnellement présentes : Moshe Sharett, ; d’autres militaires sont présents occasionnellement : Moshe Kelman, Moshe Carmel, Shimon Avidan, Shlomo Shamir et Yitzhak Rabin.