L’histoire de la Belgique de 1914 à 1945 est principalement marquée par les deux guerres mondiales. La Première Guerre mondiale

En 1914, en application du plan Schlieffen, l'Allemagne, qui a déclaré la guerre à la France, envahit la Belgique pour contourner les armées françaises par le nord en violation de la neutralité belge établie par le traité de 1831 reconnaissant l'indépendance belge et établissant la neutralité du pays sous la garantie des puissances européennes. La rupture du traité déclenche l'entrée en guerre du Royaume-Uni, un des pays garants de l'indépendance belge. Cette violation du droit est ouvertement et publiquement reconnue le devant le Reichstag par le Chancelier allemand Theobald von Bethmann-Hollweg. Celui-ci, lors d'une communication téléphonique privée avec l'ambassadeur britannique, qualifie le traité de 1839 (Traité des XXIV articles-Article VII, entérinant la neutralité de la Belgique, pourtant signé par l'Allemagne) de « chiffon de papier ».

L'armée belge ralentit l'attaque allemande vignette|303x303px|Carte de la ceinture fortifiée de Liège. En bleu, le dispositif de 1914, en rouge celui de 1940. thumb|Âme de la résistance morale, le cardinal Mercier, après sa pastorale Patriotisme et Endurance publiée le , appelle à soulager les victimes de la faim en 1917.

En fait, l'état-major allemand croit que la traversée de la Belgique sera rapide, condition primordiale du succès de l'offensive surprise contre la France. Fait sans précédent, l'Allemagne met en ligne d'hommes. Mais seulement devant Liège, soit six brigades qui convergent vers Liège sur un front qui va de Gemmenich à Malmedy (, , , , et ). Mais, dès les premières heures, ces troupes piétinent ou sont même contraintes de reculer devant la résistance de l'armée belge. Dès le petit matin du , le roi Albert et le gouvernement belge ont repoussé, par un télégramme envoyé directement à Berlin, l'ultimatum impromptu de l'ambassadeur allemand à Bruxelles sommant la Belgique de laisser passer les armées allemandes sans combattre. Ce refus est marqué par la proclamation du « roi-soldat » (appelé « roi-chevalier » à l'extérieur et « roi de la Neutralité » par Jacques Otlet) qui se rend à cheval au Palais de la Nation et prononce devant les Chambres réunies : « Un pays qui se défend s'impose au respect de tous ; ce pays ne périt pas. Dieu sera avec nous dans cette cause juste. Vive la Belgique indépendante ». Cependant, la ville de Liège proprement dite tombe le sans résistance, car elle n'est pas fortifiée et que la population ne bouge pas devant cette attaque allemande visant à contourner la résistance des forts et de l'armée. Ceci n'empêchera pas les Allemands de créer la légende des civils francs-tireurs qui, à Visé, Dinant et dans d'autres villes et villages justifiera des représailles meurtrières sur les populations. C'est la résistance des troupes de campagne agissant dans les intervalles entre les forts et appuyées par l'artillerie de ceux-ci qui va entraîner le renforcement des troupes allemandes, compromettant le plan Schlieffen d'offensive rapide vers le nord-est de la France. Le , soit un jour seulement après l'attaque, cinq des six brigades allemandes sont obligées de battre en retraite. La a perdu 30 officiers et . Or la vitesse commande la réussite du Plan Schlieffen. LOberste Heeresleitung envoie en renfort et une nombreuse artillerie (plus de 10 % de l'armée d'invasion opèrent alors contre l'armée belge). Les forts ne seront réduits complètement que le 18, tandis que l'armée belge fait retraite vers l'ouest, échappant ainsi à l'encerclement. Les Allemands ont perdu presque de temps et , soit des pertes que l'état-major allemand juge considérables en ce premier mois de guerre. Cette résistance inespérée de la Belgique vaudra à Liège d'être la seule ville étrangère à recevoir la Légion d'honneur.

vignette|gauche|upright=0.5|Le « roi-chevalier », à la tête de l'armée belge, maintient la résistance. Entretemps, sur la rivière Gette, les Allemands qui avaient dépassé Liège sont battus à la bataille de Haelen à l'issue d'un combat de cavalerie durant lequel les charges successives des Uhlans sont décimées par les feux de l'infanterie appuyée par de l'artillerie et suivies de contre attaques de lanciers.

Grâce au retard infligé aux Allemands par l'armée belge, les armées françaises ont eu le temps de se reprendre pour arrêter l'offensive allemande sur la Marne, après leurs reculs du début du mois d'août. D'autant plus que les Belges, en remportant la victoire de la bataille de Haelen et encore, lors des sièges de Namur et d'Anvers, d'août à septembre, vont retenir qui vont manquer aux généraux allemands pour résister à la contre offensive française. La presse française de l'époque ne s'y trompe d'ailleurs pas quand elle exalte la résistance de l'armée belge. L'Echo de Paris: « Nous, Français, nous devons aux Belges, plus que de l'admiration, nous leur devons une inoubliable reconnaissance » ; Le Journal : « Avoir arrêté, dans les défilés de la Meuse, l'ennemi du genre humain qui, demain, ne pourra les franchir que sur un monceau de cadavres, c'est une page aussi glorieuse de l'histoire contemporaine que celle de Leonidas dans les fastes de l'Antiquité ». Le président Poincaré le reconnaîtra peu après.

Les atrocités d'août

thumb|300px|Destruction de Louvain photographiée en 1915 : 248 civils fusillés, détruits L'armée belge emmenée par le roi Albert inflige donc un grave échec à l'armée impériale allemande au tout début de la campagne. Considérant que cette résistance de l'armée belge est en quelque sorte illégitime, car, objectivement, elle sert la France, et aussi en fonction de multiples facteurs complexes, les troupes allemandes se forgent rapidement une fausse croyance sincère (Horne et Kramer) : des francs-tireurs assailliraient systématiquement leurs troupes. Ils répriment cette violation (totalement imaginaire) des lois de la guerre par des massacres massifs dans les parties du pays où l'invasion a lieu : la plaine centrale des provinces du Limbourg, du Brabant et du Hainaut, les provinces de Namur et du Luxembourg, voies d'accès à la France. C'est pourquoi les massacres ont lieu principalement dans des villes ou villages de Wallonie (celle-ci n'est pas visée en tant que telle mais se trouve dans l'axe principal de l'invasion). Sont ainsi visées des localités comme Herve (première ville martyre), Visé, Soumagne, Heure-le-Romain, Liège, Namur, Andenne, Tamines, Dinant, Hastière, Mons, Charleroi, Arlon, Jemappes, Ethe et une grande partie des villages Gaumais, Frasnes-lez-Couvin (dernière localité belge touchée)… Et en Flandre, Louvain, Saint-Trond, Aarschot… En France, les départements des Ardennes, de la Meuse, de Meurthe-et-Moselle. Ce sont les atrocités allemandes d'.

Leurs conséquences internationales : l'Allemagne déconsidérée Le fait de la violation du droit, ces massacres de civils vont donner à la Belgique une auréole de martyr et soulever l'indignation de l'opinion internationale. La campagne de recrutement de soldats aux États-Unis en 1917, se fait sous le slogan Remember Belgium. Sur le plan moral, l'Allemagne s'est discréditée. L'Allemagne est alors déconsidérée dans l'opinion internationale. Les puissances de la Triple-Entente peuvent se justifier de mener la guerre « du droit ». En 1940, on connaîtra l'exode massif de populations civiles terrifiées. Les soldats wallons de 1940, face au retour du même envahisseur, se battront durement, notamment à la Bataille de la Lys, face à un ennemi jugé barbare. En Flandre, l'activisme flamingant imposera une autre mémoire, liant plutôt le souvenir des événements au mythe des officiers ne parlant que le français. Or, l'armée belge étant composée d'un peu plus de 75 % de soldats flamands, la grande majorité des sous-officiers et, surtout, des sergents et des caporaux est composée de soldats flamands sortis du rang pour compenser les pertes importantes du début de la guerre. Le commandement sur le terrain est donc largement exécuté dans la langue des soldats. Une armée dont les soldats ne comprendraient pas les ordres n'aurait pas pu opposer la remarquable résistance qu'elle a montrée depuis Liège jusqu'à l'Yser et pendant les quatre ans qu'a duré la guerre. Les grades plus élevés sont certes exercés par des officiers de langue française, même quand ils sont flamands et qu'ils comprennent les dialectes des soldats. Mais il y avait la nécessité de communiquer avec l'allié français et même anglais dont les officiers comprenaient le français. De ce fait, le français fut, le plus souvent, la « lingua franca » des états-majors alliés sans qu'il y eût, dans cet état de fait, une intention de bafouer les autres langues de la coalition (dans laquelle, il y eut des Portugais qui avaient choisi le français comme langue de communication des ordres d'état-major). Les ordres, sur le terrain, étaient, par nécessité, donnés, dans toutes les armées, dans la langue des soldats. Mais la légende de soldats flamands morts pour ne pas avoir compris des ordres donnés en français sera cultivée pour développer le sentiment d'une injustice morale grave qui va marquer la conscience flamande et va permettre au nationalisme flamand de créer un ancrage historique à sa doctrine pan-germaniste. D'ailleurs, des tentatives de propagande incitant les soldats flamands à déserter sont le fait d'une « flamenpolitik » organisée par l'occupant allemand dans le but de saboter l'armée belge et d'entreprendre, dans le pays occupé, une politique de division visant le rattachement de la Flandre au domaine germanique. D'où le fait qu'après la guerre, l'hostilité à l'Allemagne sera moins grande dans certains milieux de Flandre qu'en Wallonie, allant même, parfois, jusqu'à une volonté de rapprochement qui débouchera, à partir de 1930 jusque pendant la guerre, à une collaboration étroite avec le nazisme. C'est ce que l'on appelle l'activisme flamingant qui sera la base d'une politique pro-allemande de partis politiques flamands fondant leur action sur le refus de toute alliance de la Belgique avec la France. Il s'agit, pour ce courant politique, de contrecarrer toute tentative de renouveler la résistance de 1914-1918 dans le cas d'une nouvelle guerre avec l'Allemagne.

Les conséquences militaires

La victoire de la Marne

En , l'armée française bénéficie sans aucun doute du retard pris par l'armée allemande, du fait de la résistance de l'armée belge au nord, devant Liège, puis lors du siège d'Anvers avec les trois sorties de l'infanterie belge qui immobilisent plus de allemands et toute une artillerie. Il en résulte une solution de continuité dans le front offensif allemand au sud. Ce dont le généralissime Joffre tire parti pour lancer une contre-offensive qui aboutit à l'éclatante victoire de la Marne. Les Allemands, arrivés aux portes de Paris (voir ci-dessous), doivent alors reculer de plus de . Puis, les belligérants vont se figer dans une guerre de position au lendemain de la Marne et de la victoire alliée de l'Yser, bataille d'arrêt remportée par les franco-anglo-belges en octobre. Cette guerre de position dans les tranchées durera quatre ans (voir les positions de la carte ci-dessous, sur le front occidental). De meurtrières offensives lancées de part et d'autre dans l'espoir de percer le front adverse, pour retrouver ainsi une liberté de manœuvre, n'aboutiront pas jusqu'à la mi-.

thumb|Stabilisation du front en 1914, sur des positions, qui, notamment derrière l'Yser (tout en haut de la carte) ne se modifieront guère avant l'automne 1918.

La victoire de l'Yser