Les relations entre François Mitterrand et l'extrême droite sont le thème d'un certain nombre d'ouvrages de la fin des années 1990. Les relations de l'homme avec ce courant politique ont défrayé les chroniques journalistiques et alimenté des rumeurs plus ou moins fondées. Le livre de Pierre Péan Une jeunesse française, paru en 1994, exposait la jeunesse de François Mitterrand durant les années 1930 et les années 1940 ; avant lui, Franz-Olivier Giesbert dans son livre François Mitterrand ou la tentation de l'histoire (1977) avait décrit, entre autres, la jeunesse de Mitterrand et son parcours à l'époque de Vichy.

D'autres ouvrages ont concerné des périodes plus récentes, certains accréditant la thèse d'une stratégie politique dans les années 1980 favorisant la montée du Front national pour empêcher l'arrivée au pouvoir du RPR ou de l'UDF. Cette thèse est largement nuancée par les universitaires.

Origines François Mitterrand est né le à Jarnac (Charente) dans une famille conservatrice de la petite bourgeoisie provinciale. Il reçoit durant son enfance et son adolescence une éducation catholique.

En 1934, il part à Paris pour étudier à la faculté de droit et à l’École libre des sciences politiques. Il est alors hébergé à la Réunion des étudiants, un foyer des pères maristes situé 104 rue de Vaugirard.

Militantisme au sein de groupes d'extrême-droite Engagement aux Volontaires nationaux L'itinéraire de Mitterrand entre 1935 et 1942 a été l'objet de nombreuses interprétations contradictoires.

Sympathisant du colonel François de La Rocque, il adhère aux Volontaires nationaux, organisation de jeunesse des Croix-de-Feu en 1934. Cette adhésion à la vision de La Rocque dure entre un et trois ansFrançois Dalle et Jacques Bénet, camarades de chambrée dans le film de Patrick Rotman parlent de trois ans.. Néanmoins, il n'adhère pas au Parti social français (PSF), fondé après la dissolution des ligues en 1936.

Participation à la manifestation contre les « métèques » Le , François Mitterrand participe à la manifestation de l'Action française contre les médecins étrangers autorisés à exercer en France, aux cris de « La France aux Français » (plus connue sous le nom de manifestation contre « l'invasion métèque »).

Sa participation à cette manifestation fut attestée par deux photographies., publiées dans Les Camelots du roi de Maurice Pujo posthume, Les Éditions du Manant, 1989., où François Mitterrand apparaît face à un cordon de policiers. Le président ne niera pas avoir participé à cette manifestation mais n'en reconnaîtra pas le mot d'ordreEntretien télévisé avec Jean-Pierre Elkabbach en septembre 1994 : ..

Selon une théorie énoncée principalement par Jean Lacouture, mais abandonnée par cet auteur lors de sa collaboration ultérieure au livre de Patrick Rotman, la présence de François Mitterrand dans une foule confuse à la fin de cette manifestation contre « l'invasion métèque » en ne signifiait pas grand chose.

Relations avec les cagoulards En , Eugène Deloncle fonde une organisation secrète d'extrême droite, l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale (OSARN), surnommée « la Cagoule » par Maurice Pujo. C'est Eugène Schueller, le fondateur de la société L'Oréal, qui met ses moyens personnels et financiers à disposition de la Cagoule et organise des réunions au siège de sa société.

Plusieurs jeunes gens, amis et étudiants pour la plupart, résidant à l’internat des pères maristes du 104, rue de Vaugirard à Paris, fréquentent alors les chefs de la Cagoule. Sans tous adhérer au mouvement ou faire état publiquement d'une quelconque approbation, on y retrouve Pierre Guillain de Bénouville, Claude Roy, François Mitterrand et André Bettencourt. vignette|gauche|Jean Bouvyer photographié dans son uniforme du régiment des chasseurs d'Afrique après son arrestation à Constantine et son rapatriement en France métropolitaine en janvier 1938, dans le cadre de l'enquête sur la Cagoule. Pierre Péan, indique dans son livre que Robert Mitterrand, frère du président, épousa en 1939, Édith Cahier, fille de Paul Cahier, dont la sœur Mercédès est l'épouse d'Eugène Deloncle. La propre sœur de Robert et François Mitterrand, Marie-Josèphe de Corlieu (« Jo »), fut, de 1941 à 1947, la maîtresse de Jean Bouvyer, ancien cagoulard« La genèse d'un chef », L'Express, 8 septembre 1994.. Mais Péan se dit formel sur la non-appartenance de Mitterrand à la Cagoule ; il fonde son affirmation sur, entre autres, le fait que le nom de Mitterrand ne figure pas sur la liste dite « Corre », qui fournit à la police le nom de nombreux cagoulards et dont il publie dans son livre, l'extrait, à la lettre « M ».

Le journaliste Philippe Bourdrel indique également que plusieurs éléments liant Mitterrand à la Cagoule posent question, sans que l'on puisse obtenir de réponse claire .. Il indique, notamment, que Mitterrand avait accepté le double parrainage de cagoulards Gabriel Jeantet et Georges Soulès-Abellio lorsqu'il se vit remettre la francisque en 1943. D'autres sources indiquent qu'il s'agirait, non pas de Georges Soulès-Abellio, mais de Simon Arbellot..

À la Libération, Bouvyer bénéficie du témoignage en sa faveur de François Mitterrand, qui explique que l'ancien cagoulard avait caché chez lui du matériel et fabriqué de faux papiers pour le Mouvement national des prisonniers de guerre, le mouvement de résistance dirigé par François Mitterrand et Maurice Pinot. Lors de son incarcération à Fresnes, Bouvyer affirma, dans un courrier à sa mère, avoir renié ses idées des années 1930, se disant prêt à dénoncer tous les dirigeants de la Cagoule qu'il connaît, et même à s'entendre avec les communistes autrefois abhorrés. La mère de Jean-Marie Bouvyer, Antoinette, devint en 1946 la marraine de Jean-Christophe Mitterrand.

Les liens avec Eugène Schueller sont moins directs. En 1945, Mitterrand fut nommé, pour peu de temps, président-directeur général des Éditions du Rond-Point (appartenant au groupe de Schueller), lesquelles publiaient un magazine intitulé Votre BeautéSa campagne électorale dans la Nièvre en 1946 aurait été financée par Schueller, selon la version de Michel Bar-Zohar dans Une histoire sans fard - L'Oréal, des années sombres au boycott arabe. Cet historien israélien indique également que François Mitterrand et André Bettencourt auraient témoigné en faveur de Schueller lui épargnant un procès pour collaboration..

Pour Pierre Péan, la rumeur d'appartenance de François Mitterrand à la Cagoule est entretenue par la droite et l'extrême droite, en particulier depuis le début des années 1950, surtout en raison de Selon lui, cette rumeur prend forme, en 1953, dans une publication interne , l'A.R.S. Péan affirme que les Renseignements généraux amplifient ensuite cette rumeur, ou seraient eux-mêmes à son origine puisqu'une note de leurs services datée du , consacrée au docteur Martin, cite le nom de Mitterrand parmi plusieurs autres.

La est ensuite bien installée, lorsque le , Jean-André Faucher un proche de Roland Dumas qui se dit de Mitterrand, insinue, dans sa publication confidentielle Lettre à un cousin, que François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur, aurait des liens avec plusieurs cagoulards, tels Eugène Schueller, François Méténier, Jacques Corrèze. Il évoque également, sans plus de précisions, les confidences de policiers ayant exploité la liste Corre et de deux cagoulards Jacubiez et Roger Mouraille. Il suggère que le juge d'instruction Robert Lévy pourrait dire

Cette rumeur le poursuivra pendant toute sa carrière politique et sera reprise à diverses occasions par ses adversaires, en particulier gaullistes. En au moment de l'affaire des fuites, les députés Jean Legendre (indépendant) et Raymond Dronne (gaulliste) accusent Mitterrand, toujours ministre de l'intérieur, d'avoir été cagoulard. Ils l'attaquent vivement, notamment lors des débats à l'Assemblée nationale, le .. Après les attaques redoublent à ce sujet, par exemple de la part de François d'Aubert, Jacques Toubon et Alain Madelin, en . Dans les années 1980, Jean-Edern Hallier utilise cette rumeur dans ses attaques contre le président.

Participation aux manifestations contre Gaston Jèze Durant l'hiver 1936, François Mitterrand participe à des manifestations contre le professeur de droit public Gaston Jèze.

Ces manifestations, qui durent de janvier à , à l'instigation de la droite nationaliste et de l'Action française, demandent la démission de Gaston Jèze, pour avoir accepté d'être le conseiller d'Hailé Sélassié, négus d'Éthiopie, chassé d'Addis-Abeba par les troupes mussoliniennes, Quid.Pierre Bergé évoque la participation de François Mitterrand dans : Inventaire Mitterrand, Stock, Paris, 2001, 33..

Selon Jean Lacouture, dans un point de vue non repris lors de sa collaboration avec Patrick Rotman, ces manifestations contre Gaston Jèze étaient un chahut d'étudiants contre un enseignant tyrannique, accusé d'obliger ses étudiants à apprendre les notes de bas de page de ses ouvrages de finances publiques et qui s'est soldé par des pétitions demandant sa démission et exploité a posteriori par l'Action française (pour défendre un fiscaliste républicain).

Actions durant la Seconde Guerre mondiale

Le sergent-chef Mitterrand est mobilisé en septembre 1939 au sein du d'infanterie coloniale (RIC). Blessé par un éclat d'obus, il est fait prisonnier en Allemagne, le . Il est alors l'un des de guerre.

En , il s'évade (et figure parmi l'une des réussies pour l'année 1941).

« Vichysto-résistant » Fonctions à Vichy vignette|Gabriel Jeantet lors du procès de la Cagoule, . Installé à Vichy en , bien que recherché par les Allemands comme prisonnier évadé, il occupe un emploi contractuel d'abord à la Légion française des combattants (LFC) puis en , au Commissariat général aux prisonniers de guerre et rapatriés et aux familles de prisonniers de guerre (sous les ordres de Maurice Pinot) dont la compétence est principalement civique et sociale, où la période en question est relatée de façon assez détaillé : la chronologie : mars 1942-11 novembre 1942 : , . En , le commissariat prendra cependant une orientation pro-nazieSelon l'historien C. Lewin . François Mitterrand, alors chef de service de l’Information du commissariat pour la zone sud, démissionne.

Il garde un poste à la tête des centres d’entraide et c’est à ce titre qu’il reçoit la Francisque gallique en mars-La date est imprécise et diffère selon les sources.À l'automne 1943, selon : : À propos de cette décoration, Jean Pierre-Bloch écrit dans De Gaulle ou le temps des méprises, éd. La Table Ronde, 1969, 216-218 : Cependant, après la parution du livre de Pierre Péan, en 1994, certains à l'instar de Pierre Moscovici sembleront découvrir la réalité de cette décoration et le reprocheront à François Mitterrand., indique : . Pour recevoir cette distinction honorifique, il est parrainé par deux membres de la Cagoule (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain, et Simon Arbellot). Cette décoration lui sera reprochée par ses adversaires tout au long sa carrière politique, depuis les communistes (dès 1948) jusqu'aux gaullistes (dès 1954) et la SFIO (dès 1958).

Pour certains, à la lecture du livre de Pierre Péan, il ne fait aucun doute que François Mitterrand a été maréchaliste et plein de confiance et d'admiration pour l'homme Pétain, notamment à la lecture d'une de ses lettres à sa sœur, rédigée le et dans laquelle il écrit :

Dans une lettre du , il avoue n'être pas particulièrement inquiet du retour aux affaires, en , de Pierre Laval, qui doit selon lui faire ses preuves, mais il condamne la fonctionnarisation de la Légion française des combattants (LFC), lui préférant le modèle du Service d'ordre légionnaire (SOL), que vient de mettre en place Joseph Darnand.

Résistance