Émile de Marcère, né le à Domfront et mort le à Messei, est un homme politique français.
Représentant en 1871, député de 1871 à 1884, plusieurs fois ministre de l'Intérieur entre 1876 et 1879, il est le dernier sénateur inamovible de la République. Son action parlementaire, marquée par une vive défense des idées républicaines contre les idées monarchistes, a contribué à affermir les institutions et à décentraliser le pouvoir, en donnant notamment plus de libertés aux conseils généraux et municipaux. Il participa également à la rédaction des lois constitutionnelles de 1875.
Situation personnelle
Origines Fils de Louis Émile Deshayes de Marcère (1791-1828), ancien garde du corps du roi, officier au d'infanterie légère, maire de Banvou (1826-1827), et de Renée Françoise de NeufvilleÉdouard de Marcère, Les de Neufville de Banvou d'Auvilliers et du Boisguillaume, Follope, s.d., 68 p.Archives départementales de l'Orne., Émile de Marcère appartient à une vieille famille de Normandie, les des Hayes, maintenue dans l'élection de Rouen, le . Cette famille possédait les fiefs nobles de Bonneval, Gauvinière et Marcère (ou Marçaire). Ses armes sont : De gueules, à la croix d'argent, chargée d'un croissant de sable en cœur et de quatre merlettes de mêmeLouis de Magny, Armorial de France, 1874-1875, 2 tomes..
Formation et carrière professionnelle Lauréat de la faculté de droit de l'université de Caen, il soutient en 1849 une thèse intitulée Des actes juridiques entre épouxEmile-Louis-Gustave Deshayes de Marcère, Des actes juridiques entre époux, Caen, Impr. de B. de Laporte, 1849. Disponible à l'Université de Caen.. Après avoir été attaché quelque temps au ministère de la Justice, il entre ensuite dans la magistrature sous le Second Empire et devient substitut à Soissons le , puis à Arras le , procureur à Saint-Pol-sur-Ternoise en 1861, président du tribunal d'Avesnes-le-Comte, en 1863, et enfin conseiller à la Cour impériale de Douai en 1865.
Parcours politique Débuts et élection comme député vignette|gauche|redresse|Caricature d'Émile de Marcère par Charles Gilbert-Martin, 1875.
Il fait son entrée en politique en 1871, en publiant au moment des élections législatives une Lettre aux électeurs à l'occasion des élections pour la Constituante de 1871. Élu député du Nord le par sur ., il se rallie à l'idée républicaine et siège au Centre gauche, groupe dont il est l'un des fondateurs, et soutient la politique d'Adolphe Thiers. Il se montre attaché aux idées de décentralisation et au maintien des institutions républicaines, idées qu'il défend dans une brochure intitulée La République et les conservateurs. Entre 1871 et 1875, il prononce de nombreux discours portant notamment sur l'organisation des conseils généraux et les élections municipales. Il attaque très habilement la disposition de prorogation des conseils municipaux dans un projet de loi dont le rapport lui avait été confié et qu'il publie à profusion, aux frais des gauches, dans les départements. Le , il réaffirme à la tribune de l'Assemblée Nationale une formelle adhésion à la République, en déclarant : « Dans un pays de démocratie et de suffrage universel, la République est seule possible ». Il vote contre le septennat, considéré comme une manœuvre politique visant à faciliter la venue au pouvoir du comte de Paris, contre la loi des maires et contribua en au renversement du cabinet de l'ordre moral du monarchiste Albert de Broglie.
thumb|285px|La commission des Trente présidée par Batbie, en , réunie dans une des salles du Musée de Versailles, gravure d'Amédée Daudenarde, d'après un dessin de Gustave Janet et un croquis de Jules Pelcoq. Il vote l'amendement Wallon sur les lois constitutionnelles de 1875 et se retrouve ensuite membre de la commission des Trente, chargée d'élaborer les lois constitutionnelles complémentaires. Le , il est élu député du centre gauche de la d'Avesnespar sur .. Il indique dans sa profession de foi :
Responsabilités ministérielles thumb|285px|Portrait par Étienne Carjat (1828-1906). Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg.
Arrivée au ministère de l'Intérieur et premières mesures Il entre au gouvernement présidé par Jules Dufaure le comme sous-secrétaire d'État à l'Intérieur puis comme ministre de l'Intérieur () à la mort d'Amable Ricard. Il tente alors, malgré les difficultés venues en partie de l'entourage du maréchal de Mac-Mahon, quelques modifications dans le personnel de l'administration départementale et évoqua souvent l'intention du gouvernement de laisser plus de liberté dans les élections et sur la nomination de certains maires. Le , lors du débat sur le mode de nomination des maires, il s’oppose à Léon Gambetta. Marcère défend la position conservatrice, celle de la nomination par le gouvernement, héritée du Second Empire. Son argument consiste à expliquer que les conseils municipaux ne sont pas encore entièrement acquis à la cause de la République. Léon Gambetta, quant à lui, juge ce procédé incompatible avec un régime républicain. Lors du vote, l’Assemblée soutient MarcèreÉmile de Marcère, Histoire de la République, , .. Léon Gambetta, ayant voté contre, lui aurait alors dit :
De l'opposition aux monarchistes à la crise du 16 mai 1877
En butte aux attaques des monarchistes pour ses idées républicaines, il doit donner avec le gouvernement dont il fait partie sa démission en . Jules Simon succède à Jules Dufaure comme président du Conseil. Il devient alors président du parti de Centre gauche à l'Assemblée et remet en avant ses idées républicaines. En ralliant les Républicains à sa cause, de Philippe Devoucoux à Louis Blanc, il obtient la dissolution de la Chambre, à la suite de l'ordre du jour de défiance qui est voté par le célèbre manifeste des 363 et qui demande le la démission du gouvernement d’Albert de Broglie formé le « contrairement à la loi des majoritésOdette Hardy-Hemery, L'Envers d'une fusillade, L'Harmattan, . ».
Marcère parvient à se faire réélire le dans sa circonscription d'Avesnespar sur , contre à M. Bottieau.. Nommé au comité directeur des gauches (comité des dix-huit), il forme, le une commission d'enquête parlementaire sur les agissements de l'administration née de la crise du 16 mai 1877. Devant la formation d'un nouveau gouvernement présidé par Gaétan de Rochebouët, franchement antiparlementaire, et dont les membres sont choisis en dehors de la majorité parlementaire, Marcère dépose une motion par contre 204 dans laquelle la Chambre déclare refuser d'entrer en rapport avec lui et se décider à « ne reconnaître qu'un ministère formé selon les règles parlementaires et respectueux des droits du suffrage universel »Charles de Freycinet, Souvenirs 1848-1878, vol. 1, chap. XII, « Le 16 mai - La Dissolution », Delagrave, 1912..
Mac Mahon se soumet, Marcère revient aux affaires Le maréchal de Mac Mahon, pliant devant l'attaque, se soumet et accepte de modifier sa politique, Marcère revient aux affaires le avec le portefeuille de l'Intérieur dans le nouveau cabinet Dufaure. Il remplace, dès le , 83 préfets installés par le gouvernement d'Albert de Broglie en et montre un esprit très libéral pour toutes les élections en modifiant notamment le personnel des maires, dans un sens républicain. Il nomme ainsi un jeune sous-préfet, Paul Deschanel, qui a été son secrétaire au ministère de l’Intérieur et qui deviendra président de la République. Il déclare à cette occasion qu'il ira
Scandale à la Préfecture de police et démission Il conserve son portefeuille dans le cabinet de William Henry Waddington () mais doit démissionner, le , à la suite d'un scandale à la préfecture de police dévoilé par le journal La Lanterne, au sujet d'abus graves commis par la police. Marcère est en réalité soupçonné d'avoir couvert les agissements du Préfet de police, Albert Gigot, et ne pas avoir procédé à l'épuration des cadres de la Préfecture de police hérités du Second Empire. Interpellé par le radical Georges Clemenceau qui le somme de s'expliquer, il défend le même jour, à la tribune, la nécessité d'une police politique pour protéger la République de ceux qui ont encore l'espoir de la renverser :
En réalité, Marcère fait les frais de pressions exercées par Léon Gambetta, qui juge le gouvernement trop ressemblant à ceux de la monarchie de JuilletGuillaume Sacriste, « Droit, histoire et politique en 1900. Sur quelques implications politiques de la méthode du droit constitutionnel à la fin du », dans La Science juridique entre politique et sciences humaines (), Frédéric Audren et alii, Revue d'Histoire des Sciences Humaines, Presses Universitaires du Septentrion., en particulier dans ses aspects les plus conservateurs et autoritaires. Ne trouvant aucun appui dans les rangs du gouvernement et de l'assemblée, Marcère présente sa démission. Il est alors remplacé par Charles Lepère, précédemment ministre de l'Agriculture et du commerce. Cette chute devait entraîner le déclin du centre gauche, qui tenait le gouvernement depuis Émile de Marcère, Le Seize mai et la fin du septennat, ., et amorce l'avènement de la Gauche républicaine de Jules Grévy et Jules FerryÉmile de Marcère, Le Seize mai et la fin du septennat, ..
Activités parlementaires En parallèle, il ne cesse ses travaux parlementaires. En , il est rapporteur en faveur du projet de rétablissement du divorce. Il appuie également les projets de loi sur les délits de presse et de colportage. Réélu député le par sur , contre à M. Lecomte, radical., il dirige un temps le journal Le Soir (1882). En 1882, il est rapporteur du projet d'organisation municipale. Il ne délaisse pas non plus la vie mondaine. Fréquentant le cercle de Juliette Adam, il estime que son salon Cité par Anne Martin-Fugier, Les Salons de la République : Art, littérature, politique, Perrin, 2003, ..
Sénateur à vie thumb|150px|Portrait dans son autobiographie Souvenirs d'un témoin, vision d'un siècle (1914).
Marcère est élu sénateur inamovible le , à la mort de Gauthier de Rumilly, par sur 167contre 7 voix à M. Leroy-Beaulieu et 18 bulletins blancs.. Il devient le président du Centre gauche à la Chambre haute et poursuit la même ligne politique qu'à l'Assemblée Nationale. Il rapporte le projet d'augmentation du nombre des conseillers généraux. Farouche défenseur des idées républicaines, il vote toutefois contre l'expulsion des princes. Le , il soutient le rétablissement du scrutin d'arrondissement. Le , il est élu le , par , membre de la commission sénatoriale des Neuf, chargée de l'instruction et de la mise en accusation du général Boulanger devant la Haute Cour de justice. Parallèlement, il fonde, la même année, un nouveau parti, « l'Union libérale » qui a pour but de moderniser le vieux Centre gaucheLa République en quête de Constitution, séminaire préparatoire de Sciences Politiques, 9 janvier 2006.. Le , il préside une commission extraparlementaire chargée de « rechercher les moyens propres à assurer une surveillance plus étroite des vagabonds et gens sans aveu, et à faciliter la découverte des auteurs de crimes et délits ». En 1899, en plein cœur de l'affaire Dreyfus, il prend la décision de rompre avec le « consensus républicain » et propose, dans la mouvance idéologique de la Ligue de la patrie française, une révision de la Constitution de 1875 qu'il avait pourtant contribué à rédigerGuillaume Sacriste, "Sur quelques implications politiques de la méthode du droit constitutionnel à la fin du ". Revue d’histoire des Sciences Humaines, vol. 1, , Presses Universitaires du Septentrion, 2001, .. Comme de nombreux hommes politiques de son temps, Marcère ne reste pas étranger au monde des Affaires ; il est président du Conseil d'administration de la Compagnie des mines de Béthune et administrateur du Crédit foncier. Il siège au Sénat jusqu'à sa mort en 1918. Il est, à ce titre, le dernier sénateur inamovible.. Il repose dans l'enclos funéraire de la famille de Marcère au cimetière de Banvou (Orne).
Antimaçon et antisémite