Les Témoins de Jéhovah n'acceptent pas de transfusion de sang total. Ils ne donnent pas non plus leur sang ni ne le mettent en réserve en vue d'une autotransfusionExtraits du supplément du 'Ministère du royaume' (km) de novembre 2006. Toutefois, l'organisation dirigeante laisse à la conscience des fidèles la décision d'accepter certaines fractions du sang comme l'albumine, les immunoglobulines ou les préparations pour hémophilesTableau Tableau.. Le corps médical dispose maintenant d'alternatives à la transfusion sanguine acceptées par les Témoins de Jéhovah ; toutefois, elles ne sont envisageables que , alors que TRANSFUSIONS DE GLOBULES ROUGES HOMOLOGUES : PRODUITS, INDICATIONS, ALTERNATIVES.
Des opposants aux Témoins de Jéhovah reprochent à leurs dirigeants d'avoir indirectement causé la mort de fidèles à la suite d'un refus de ce soin.. Yannick Thiels souligne que de nombreuses accusations portées contre les Témoins de Jéhovah pour leur refus des transfusions apparaissent comme des histoires sensationnelles sans grand contenu intellectuel.
Il est important de préciser qu'une diffusion du collège central en date du 20 mars 2026 indique que chaque chrétien peut décider par lui-même ce qu'il fera de son propre sang, et autorise donc la transfusion autologue. https://www.jw.org/fr/actualites/region/international/Point-actualit%C3%A9-no-2-du-Coll%C3%A8ge-central-2026/
Partie doctrinale
Doctrine des Témoins de Jéhovah
thumb|Les Témoins de Jéhovah refusent les transfusions de sang total.
Les Témoins de Jéhovah fondent leur point de vue sur l'utilisation du sang sur les versets de la Bible suivants : Genèse 9 : 5 ; Lévitique 17 : 13, 14 ; Actes 15 : 28, 29 ; et Actes 21 : 25. Suivant leur compréhension de ces versets bibliques, ils en déduisent le principe selon lequel le sang a un caractère sacré et qu'il ne peut en être fait un mauvais usage. En conséquence, ils refusent non seulement la consommation d'aliments contenant du sang humain ou animal, mais encore toute utilisation thérapeutique de sang, qu'il s'agisse de sang allogénique total, de plasma, de concentrés globulaires, plaquettaires ou leucocytaires. Ils s'opposent également à la collecte anticipée de leur sang pour une utilisation différée, puisque le sang sorti du corps doit être versé à terre. En revanche, à la suite de directives de leur mouvement sur ces points, nombre de Témoins de Jéhovah acceptent désormais la transfusion de sang autologue au cours de procédures telles que l'hémodilution ou la récupération per- ou postopératoire du sang, dans la mesure où ils considèrent que c'est une extension de leur système circulatoire. La décision concernant l'utilisation de certains produits de fractionnement du plasma (albumine, immunoglobulines, antithrombine, facteurs de coagulation…) est depuis peu laissée à la conscience de chacun.
Critiques
Plusieurs critiques peuvent être opposées à cette interprétation des écritures bibliques : Les transfusions sanguines n'existaient pas du temps des apôtres, ils ont donc prononcé cette interdiction d'un point de vue alimentaire : il ne fallait pas manger de sang. D'ailleurs, cet interdit biblique est entouré dans le texte par des interdits alimentaires. Le texte admet donc plusieurs interprétations. Se faire transfuser du sang n'équivaut pas à manger du sang. Pendant longtemps, les revues du mouvement religieux ont affirmé que médicalement c'était la même chose ; elles ont abandonné ce point de vue, néanmoins l'interdit demeure. Cette mesure était une règle de vie de la communauté chrétienne permettant d'apaiser les tensions entre juifs chrétiens et nouveaux convertis païens : les apôtres proposaient à ces derniers de suivre les lois réservées à ceux qui craignaient Dieu dans le judaïsme de l'époque. Par fornication, il fallait donc entendre certaines relations sexuelles autorisées chez les païens, mais considérées comme adultères par les juifs ; quant au sang, il s'agissait d'une certaine façon de cuisiner en usant de sang, donc rien à voir avec les transfusions. Par rapport à Lévitique 17:13,14, c'est la vie qui est sacrée (l'âme) et qui appartient à Dieu, le sang en lui-même n'est sacré que parce qu'il porte la vie. Les Témoins de Jéhovah se tromperaient dès lors de cible : on n'a pas le droit de prendre la vie d'un animal ou d'un humain sans la permission de Dieu, qui est le seul propriétaire de la vie ; pour démontrer le respect de cette règle, on rend la vie de l'animal tué à Dieu, en versant le sang. Or, dans le cadre d'une transfusion sanguine, le sang n'a pas été obtenu par un meurtre ou un abattage, le donneur restant bien heureusement en vie ; dès lors, dans ce cadre, le sang perd toute valeur sacrée. Dans tous les cas, ce passage est aboli par le Nouveau Testament, au même titre que les sacrifices d'animaux. La liste des produits tirés du sang, autorisés par les dirigeants du mouvement ou « laissés à la conscience du chrétien » (dans le langage Témoin de Jéhovah), a varié considérablement au fil des ans ; on ne sait toujours pas comment, à partir des textes cités ci-dessus, les Témoins de Jéhovah en arrivent à la liste des produits et techniques faisant appel au sang, autorisés ou interdits, reproduite ci-dessus.
Partie juridique
La législation
France En France, le droit a évolué ces dernières années à propos de la relation médecin-patient. En particulier, l'article L. 1111-4 du Code de la santé publique, issu de la loi Kouchner du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, établit clairement le respect de la volonté du patient :Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix. Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre un traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en œuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables. […] Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment.
Dans le cas des mineurs, selon le même article, le médecin doit prendre les décisions qu'il juge nécessaires à la santé de l'enfant, même contre l'avis des parents :Le consentement du mineur ou du majeur sous tutelle doit être systématiquement recherché s'il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. Dans le cas où le refus d'un traitement par la personne titulaire de l'autorité parentale ou par le tuteur risque d'entraîner des conséquences graves pour la santé du mineur ou du majeur sous tutelle, le médecin délivre les soins indispensables.
La jurisprudence Voici une liste d'affaires en rapport avec les Témoins de Jéhovah et la transfusion sanguine et pour lesquelles la justice est intervenue, soit pour passer outre à un refus de transfusion sanguine, soit pour condamner des médecins qui l'avaient pratiquée contre l'avis de leur patient.
Europe La Cour européenne des Droits de l'Homme a rendu en 2024 deux arrêts à l'unanimité, relatifs à deux décisions de la justice danoise et de la justice espagnole, qui affirment qu'un patient Témoin de Jéhovah peut refuser une transfusion sanguine indispensable à sa survie, pourvu que son refus puisse être authentifié.. Ces deux affaires, Pindo Mulla c/ Espagne et Lindholm c/ Danemark, ont vu un patient Témoin de Jéhovah être transfusé contre son gré lors d'une situation d'urgence. Il ressort de ces décisions que les États sont tenus de prendre en compte les directives anticipées des patients mais que celles-ci ne doivent pas nécessairement être contraignantes. L'Espagne a cependant été condamnée car sa législation donne un effet contraignant aux directives du patient, et qui n'avaient pas été respectées malgré une actualisation de celles-ci auprès des médecins ; dans le cas du Danemark sa décision n'a pas été remise en cause car le patient n'était pas en mesure de réitérer son refus des transfusions indiqué dans ses directives anticipées.
France Même après l'adoption de la loi de 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, la jurisprudence française reste constante pour ce qui est d'autoriser le médecin à transfuser un patient contre son gré, si le pronostic vital le justifie.
Dans son ordonnance du Ordonnance de référé du Conseil d'État français, 16 août 2002, n°249552 (commentaire par Patrick Mistretta, « Transfusion sanguine : Jéhovah ne résiste pas à Hippocrate !», La Semaine Juridique, Édition Générale, n° 48, 27 novembre 2002, II 10184), le Conseil d'État a considéré que « le droit pour le patient majeur de donner, lorsqu'il se trouve en état de l'exprimer, son consentement à un traitement médical revêt le caractère d'une liberté fondamentale », mais que les médecins ne portent pas une atteinte grave et manifestement illégale à celle-ci « lorsqu'après avoir tout mis en œuvre pour convaincre un patient d'accepter les soins indispensables, ils accomplissent, dans le but de tenter de le sauver, un acte indispensable à sa survie et proportionné à son état ».
Affaire de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris - 2000 : Une femme, Témoin de Jéhovah, a été hospitalisée en vue de recevoir des soins de chirurgie réparatrice, puis a été victime d'une hémorragie dont l'importance (perte en une heure de plus du tiers de la masse sanguine) a suscité une intervention d'urgence accompagnée d'une transfusion sanguine, alors que cette patiente avait exprimé par écrit son refus de toute thérapeutique faisant intervenir l'utilisation du sang sous quelque forme que ce soit. La patiente a alors demandé la condamnation de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, qui avait donné les soins, au paiement de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral qu'elle estimait avoir subi. La Cour administrative d'appel de Paris, dans un arrêt du , a rejeté sa requête, car « ne saurait être qualifié de fautif le comportement de médecins qui, dans une situation d'urgence, lorsque le pronostic vital est en jeu, et en l'absence d'alternative thérapeutique, pratiquent les actes indispensables à la survie du patient et proportionnés à son état, fût-ce en pleine connaissance de la volonté préalablement exprimée par celui-ci de les refuser pour quelque motif que ce soit »..
Affaire de l'Assistance publique des Hôpitaux de Paris - 2001