Mérytrê-Hatchepsout (l’Aimée de Rê, Première parmi les Nobles Dames) est la grande épouse royale du pharaon — elle fut la seconde à porter le titre après Satiâh — et la mère du pharaon .
Son nom n'implique pas nécessairement un lien de parenté avec la reine homonyme Hatchepsout.
Attestations
La reine est attestée par de nombreux documents, sur lesquels elle porte les titres : « iryt-pat » (jryt-pˁt), « l'Unique, Grande des louanges » (wr.t-hsw.t-wˁtjt), « Maîtresse des Deux Terres » (nb.t-tȝ.zy), « épouse du roi » (ḥm.t-nsw.t), « grande épouse royale » (ḥm.t-nsw.t-wr.t), « souveraine des épouses royales », « mère du roi » (mw.t-nsw.t), « épouse du dieu » (ḥm.t-nṯr) et « main du dieu » (ḏrt-nṯr).
Les attestations de la reine sous le règne de son époux sont : la chapelle d'Hathor excavée à Deir el-Bahari avec le temple de Thoutmôsis à Deir el-Bahari, daté de la fin du règne du roi ; la reine fait face à la vache Hathor et la gratifie d'un monceau d'offrandes ; le temple d'Amon à Médinet Habou ; elle est représentée officiant avec le roi sur les murs intérieurs et extérieurs du reposoir à barque du temple ; une stèle du temple de Ptah à Karnak (CG 34013) ; le nom de la reine a été effacé pendant l'époque amarnienne avant d'être regravé fautivement à l'époque ramesside avec le nom de Satiâh, l'autre grande épouse royale de , cependant les traces résiduelles ne correspondent pas au nom de Mérytrê-Hatchepsout, et la stèle a en réalité connu trois campagnes de gravure successives : la première est la version originale, la deuxième a été regravée par les premiers usurpateurs, et la troisième a été regravée par . Le nom de Satiâh apparaît dans les deux dernières versions, et les traces du signe lunaire de la première version de son nom restent bien visibles. Quant à la version originale, trois signes nfr sont nettement discernables dans les deux cartouches ; une stèle fragmentaire érigée dans le temple des millions d'années de à Thèbes-Ouest (CG 34015) ; là aussi, le nom de la reine a été détruit à l'époque amarnienne puis a été regravé à nouveau fautivement à l'époque ramesside, cette fois avec le nom de la mère de , la reine-mère Iset. Selon une autre hypohèse le nom de Mérytrê-Hatchepsout aurait peut-être été modifié dès le règne de , remplacé par celui de la reine mère, afin de faciliter l’accession au trône du nouveau prince héritier. En honorant la reine mère, on pouvait ainsi rattacher la légitimité pharaonique à une ascendance royale reconnue ; il est probable que Mérytrê-Hatchepsout elle-même ait vu cette évolution d’un œil favorable, puisque le nouveau prince héritier était son propre fils ; la statue de l'échanson royal Néferpéret, découverte dans la cachette de Karnak ; la statue montre Néferpéret agenouillé tenant une stèle sur laquelle figure le roi et la reine debout face à face ; au-dessous, Néferpéret est figuré deux fois de manière symétrique adorant respectivement le roi et la reine ; elle porte le titre particulier de « souveraine des épouses royales » ; une stèle vouée à Hathor de Dendérah et à Min, fils d'Isis et conservée à Florence (inv. 2584) de Djéhoutymès, préposé au fard de la reine ; sur la stèle, Djéhoutymès loue la reine, dont le nom et celui du roi sont inscrits entre les deux divinités ; un fragment de stèle découvert à proximité de la rampe d'accès du temple des millions d'années d'Hatchepsout à Deir el-Bahari ; la tombe KV34 de , dans la salle du sarcophage : sur l'un des piliers, elle est figurée derrière le roi et devant les reines Satiâh et Nebtou ainsi que la princesse Néfertari, sur l'un des murs, dans la partie dédiée à la quatrième heure de Livre de l'Amdouat, où son nom est inscrit deux fois ; les dépôts de fondation de KV42, sa propre tombe, qu'elle n'utilisera finalement pas ; une barque trouvée dans le temple des millions d'années de ; des scarabées.
La reine est également attestée sur des monuments de son fils ainsi que des monuments privés de ce règne : un montant de porte à Karnak-Nord dédié par , où son nom, quoique gratté, peut être aperçu sous celui de Tiâa, l'épouse d' et mère de ; une canne découverte dans la tombe KV35 d' ; dans la tombe TT72 de grand prêtre d'Amon nommé Rê ; la reine et le roi reçoivent un culte de la part du défunt ; dans les tombes TT93 de l'intendant du roi Qenamon et TT96 du maire de Thèbes Sennefer ; des statues du roi et de la reine sont offerts au roi à l'occasion du Nouvel An ; un scarabée avec son cartouche associé à celui de son fils.
De grandes statues de reine anonymes datées du règne de sont à attribuer soit à Satiâh, soit à Mérytrê-Hatchepsout. Un décor de la tombe (TT100) du vizir Rekhmirê montre la fabrication de telles statues.
Généalogie
La reine est la fille de la dame Houy, attestée sur une statue. Unie au pharaon , elle lui donne au moins six enfants : le roi , comme l'attestent plusieurs documents de réalisés sous le règne de son fils sur lesquels elle porte le titre de « mère du roi », ainsi que cinq autres fils et filles du roi mentionnés sur la statue de Houy : le prince Menkhéperrê et les princesses Mérytamon (nom inscrit dans un cartouche), Mérytamon (sans cartouche), Nebetiounet et Iset.
Origine discutée
Elle fut longtemps considérée par de nombreux spécialistes comme la fille cadette de et d'HatchepsoutSelon cette hypothèse, elle serait restée dans l'ombre durant tout le règne de sa mère et le début du règne autonome de ., sur la base de deux témoignages contemporains : celui d'Ahmès Pen-Nekhbet, qui évoque l’aînesse de Néférourê« J'ai élevé sa fille aînée, la princesse Néférourê (juste de voix), alors que, enfant, elle était encore au sein. »Kurt Heinrich Sethe, Urkunden der 18. Dynastie , , . 16-17.James Henry Breasted, Ancient Records of Egypt , . ; celui de Senmèn, « Assistant de SénènmoutDont une brique, dans sa première tombe, dit qu'il « occupa un poste auprès de la plus jeune fille Hatchepsout, aussi bien que pour l'aînée Néférourê », Flinders Petrie, A History of Egypt . During the th and th Dynasties, ., Gouverneur du Palais de la fille royale, Père nourricier et Tuteur de l'Épouse du dieu Néférourê » qui se déclare également « Père nourricier de l'Épouse du dieu Hatchepsout »Urk. , 418, . 16..
Mais ces témoignages ne sont pas déterminants pour plusieurs spécialistes : l’aînesse de Néférourê pourrait faire référence à son jeune demi-frère . Quant au témoignage de Senmèn, certains spécialistes relèvent une erreur de lecture, en la corrigeant par : « Père nourricier de la fille de l'Épouse du dieu Hatchepsout », c'est-à-dire Néférourê. En outre, Mérytrê-Hatchepsout n'est représentée sur aucun des monuments ni nommée sur aucune inscription datant du règne d'Hatchepsout, et ne porte également jamais les titres de « Fille du roi », ou de « Sœur du roi ».
Elle est probablement la fille d’une dame Houy, dont le statut est attesté par ses nombreux titres : « Supérieure des Recluses d’Amon »Elle est la première femme attestée à porter ce titre., « Supérieure des Recluses du temple de Rê », « Divine Adoratrice d’Amon », « Divine Adoratrice dans le Temple d’Atoum ». La statue représentant cette femme éminenteConservée au British Museum (EA 1280). la qualifie de « mère d'une épouse du dieu et d'une grande épouse royale ». Les titres d'Épouse du dieu et de Grande épouse royale ne sont, à cette époque, portés simultanément que par Mérytrê-Hatchepsout, sous le règne d'. Sur la statue sont nommés plusieurs de ses petits-enfants, dont certains peuvent être rapprochés des enfants avérés du couple royal. n'y figure pas, probablement parce qu'il était déjà devenu pharaon à ce moment-là.
Épouse estimée vignette| et sa famille, tombe KV34. Dans le registre inférieur, Mérytrê se tient juste derrière le roi. Le nom de Mérytrê n'apparaissant pas dans l'Akhmenou, la « Salle des fêtes » édifiée par à Karnak, on peut supposer qu'elle devient la nouvelle grande épouse royale du règne vers l’an 30 du règne, succédant à Satiâh.
Elle reçoit en outre les titres d'« Épouse du dieu », de « Main du dieu », « Princesse héréditaire », « Maîtresse des Deux Terres » et, enfin, « Mère du roi » sous le règne d'. Ce titre d'« Épouse du dieu » est un titre sacerdotal important, la première détentrice de la étant la reine Ahmès-Néfertary ; ce titre, que ne possédait pas la première grande épouse royale Satiâh, montre toute l'importance et le rang de cette reine. Elle transmettra d'ailleurs ce titre à sa fille Mérytamon. Toutefois, le titre d'Épouse du dieu de Mérytrê-Hatchepsout n'est attesté que sous le règne d', de même que celui d'Iset n'est attesté que sous le règne de .
Elle figure fréquemment dans les temples ou constructions royalesComme la chapelle d'Hathor du Château des Millions d'Années de son époux à Deir el-Bahari, aujourd'hui exposée au Musée égyptien du Caire., officiant à côté du roi, ainsi que dans des inscriptions dédiées par des particuliers. Sur la statue de Néferperet, l'échanson du roi, elle est qualifiée de « souveraine des épouses royales ».
Mère de l'héritier au trône, Mérytrê est représentée en premier parmi les épouses royales dans la tombe de (KV34) et reçoit l'exceptionnel privilège d'être intégrée dans le cycle solaire figuré sur les parois de la tombe, à deux reprisesSeul le nom de Mérytrê apparaît dans la tombe ; « Hatchepsout » est omis à chaque occurrence..
Mérytré-Hatchepsout survit à son époux, et meurt durant le règne de son fils , sans qu'il soit possible d'en préciser la date. En effet, dans la tombe de , elle n'est pas qualifiée de « juste de voix », contrairement à la reine Satiâh et la princesse Néfertari.
Sépulture
À partir de la quatrième décennie de son règne, fait creuser une sépulture pour Mérytré-Hatchepsout dans la vallée des Rois. Il s'agit de la tombe KV42, dont les dépôts de fondation attestent qu'elle en fut bien la bénéficiaire.
La tombe accueillit finalement Sentnay, nourrice d' et épouse de Sennefer, maire de Thèbes. Initialement attribuée à ce haut dignitaire, elle contenait en réalité la grande majorité du mobilier funéraire ayant appartenu à Sentnay, qui en fut l’occupante définitive, et la momie de Mérytrê-Hatchepsout n'a pour l'instant pas été identifiée.
Il est possible que son fils ait finalement décidé de l'inhumer ailleurs, peut-être dans sa propre tombe.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
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Catégorie:Index égyptologique Catégorie:Grande épouse royale Catégorie:XVIIIe dynastie égyptienne Catégorie:Thoutmôsis III Catégorie:Personnalité religieuse du XVe siècle av. J.-C.