La basilique de Saint-Nicolas-de-Port est une basilique catholique située à Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle), à quelques kilomètres au sud de Nancy.
De style gothique flamboyant, elle est érigée aux par René II, duc de Lorraine et de Bar, en action de grâce pour la victoire contre le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, lors de la bataille de Nancy le qui a permis à la Lorraine ducale de rester indépendante.
Histoire Origines
vignette|redresse=0.8|Procession annuelle de la Saint-Nicolas. Vers 1087, selon la tradition rapportée par un marin qui a participé à la translation, le chevalier lorrain Aubert de Varangéville aurait volé la phalange droite de saint Nicolas dans la basilique Saint-Nicolas de Bari et l'aurait rapportée à Varangéville. La présence de cette relique amène l'abbaye de Gorze, dont Varangéville dépend, à construire une église dédiée à saint Nicolas de l'autre côté de la Meurthe, au port de Varangéville. La nouvelle église Saint-Nicolas de Varangéville est restée dépendante de l'église de Varangéville jusqu'à la Révolution. La relique devient un objet de pèlerinage nicolaïen majeur avec la traditionnelle procession.. Elle est conservée dans un bras reliquaire de la fin du en argent, or, émaux et diamantsPhoto du bras reliquaire.. Une première église est consacrée au saint dès le début du .
Selon la légende, Cunon de Linange, sire de Réchicourt, un chevalier lorrain emprisonné vers 1240 lors de la sixième croisade aurait été miraculeusement libéré de sa geôle alors qu'il allait être exécuté. Après une prière d'intercession à saint Nicolas, il se serait endormi et aurait été transporté pendant son sommeil puis se serait réveillé sur le parvis de l'église lorraine de Saint-Nicolas-de-Port. Pendant la célébration de l'office qui suivit, les chaînes qui enserraient la taille et les membres du captif tombèrent d'elles-mêmes (ces chaînes sont censées avoir été sauvegardées et sont conservées dans un reliquaire en cuivre doré de la fin du ). Le sire de Réchicourt ordonna qu'une procession ait lieu tous les ans et l'on vit jusqu'à la Révolution française une délégation des gens de Réchicourt lors de ces célébrations.
Rapidement le pèlerinage à Saint-Nicolas s'étend bien au-delà de la Lorraine et le saint est considéré comme le saint patron des Lorrains.
Jean de Joinville, sénéchal de Louis IX, participe à étendre la renommée de saint Nicolas. Dans son livre des saintes paroles et des bons faiz de nostre saint roy Looÿs, il raconte qu'au cours de la septième croisade, face au danger d'un naufrage près de Chypre, il assure la reine Marguerite de Provence qu'elle-même, le roi et leurs trois enfants rentreraient sains et saufs en France si elle promet de faire don d'une nef d'argent pesant cinq marcs à l'église de saint Nicolas. La reine promet et, son vœu exaucé et de retour à Paris, elle fait faire la nef, ce qui lui coûte cent livres, puis charge le sire de Joinville de l'apporter, en 1254, à l'église de saint NicolasNotice de la Lorraine, Augustin Calmet, 1840 (deuxième édition), 198.Livre des saintes paroles et des bons faiz de nostre saint roy Looÿs, Jehans de Joinville, 1309..
En 1602, la bienheureuse Barbe Acarie y aurait bénéficié d'une vision de Thérèse d'Avila lui demandant de rétablir l'ordre du Carmel dans le royaume de France.
La victoire du duc René II, duc de Lorraine et de Bar, face au grand duc d'Occident Charles le Téméraire en 1477 lors de la bataille de Nancy, va déterminer le jeune souverain à faire édifier un édifice plus imposant pour symboliser le retour à l'indépendance de la nation Lorraine ainsi que sa reconnaissance au saint patron de la Lorraine.
Le choix de Saint-Nicolas-de-Port qui s'appelle encore simplement Port est évident, puisque la ville est le centre économique du duché de Lorraine attirant de nombreux marchands de toute l'Europe lors des foires.
Construction vignette|upright=0.8|Plan de l'édifice. La construction de la basilique actuelle commence en 1481 en pierre calcaire blanche extraite des carrières de Viterne. Simon Moycet (14??-1520) en est le maître d'ouvrage et Valentin Bousch en est le maître-verrier.. Le prénom de l'un des architectes, un certain Michel, est connu par une expertise qu'il fait à Troyes en Michel, « maistre maçon de Saint Nicolas en Lorraine » est de passage à Troyes avec un maître maçon du duc de Lorraine, cf. Florian Meunier, Les cathédrales flamboyantes de Martin et Pierre Chambiges, dans Revue de l'art, n° 138 / 2002-4, p. 36, d'après les archives de la fabrique de la cathédrale de Troyes de 1505–1506..
De nombreux donateurs participent au financement de l'église : le duc René II, les seigneurs, prélats, marchands, bourgeois du lieu, les pèlerins. L'identité d'une partie de ces donateurs est visible dans les verrières de l'édifice, sous forme d'armoiries : ville de Strasbourg, ville de Bâle, évêque de Verdun, prieur de Varangéville Warin de Dommartin, les bourgeois Fiacre Fériet et Hans Berman..
L'édifice est inauguré, presque achevé, en 1544, la façade en 1545 et enfin il est consacré en 1560 peu après que les deux clochers-tours, édifiés en 1544, aient reçu leurs premières coupoles de plomb.
Incendie Au cours de la guerre de Trente Ans, en , la basilique subit un grand incendieLe drame lorrain et le sac de Saint-Nicolas-de-Port, Henri Sacchi, La guerre de Trente Ans, tome 3, 42-43. qui détruit la toiture et le mobilier et fait fondre le plomb de nombreux vitraux dont les verres s'effondrent. Noircies, bon nombre de peintures murales datant d'avant 1520 sont alors dissimulées sous un badigeon où elles sont redécouvertes lors de la restauration du .
Cet épisode qui marque les esprits (les flammes sont, dit-on, visibles depuis Nancy, à une dizaine de kilomètres), est le point de départ d'une nouvelle légende faisant état d'un miracle : Dom Moye, le prieur bénédictin qui célèbre la messe lors de l'assaut de l'ennemi, tentant d'échapper à une épée suédoise, a senti s'entrouvrir le pilier contre lequel il se serre et il disparaît à l'intérieur, la pierre se refermant sur lui. Depuis cette époque, en collant l'oreille contre ce pilier, le plus proche de la tour Saint-Pierre (tour sud), l'on pourrait entendre psalmodier le moine et, lorsque des évènements dramatiques menacent la Lorraine, l'on pourrait voir des gouttes suinter et couler le long de la pierre. Des paroissiens assurent que c'est ainsi le cas peu avant les guerres de 1870 et 1914, renforçant la légende « du pilier qui pleure »Histoire du pilier qui pleure dans Contes et légendes de Lorraine de Louis Pitz, pages 17 à 20 (Fernand Nathan)..
Restaurations ultérieures vignette|redresse=0.8|Plaque apposée à l'extérieur de la basilique de Saint-Nicolas (mur sud, côté chœur) en mémoire de Camille Croué-Friedman.
Une nouvelle charpente en chêne est posée vers 1664 et les tours sont recouvertes en 1725 par des nouveaux dômes d'ardoise en forme de bulbes qui subsistent au début du .
En 1840, la basilique est inscrite sur la première liste de 1840 des monuments historiques.. En 1950, elle est consacrée basilique mineure par Pie XII.
Fortement détérioréePhotos des dégâts. lors de la Seconde Guerre mondiale par le bombardement du Coupure de presse avec photo de la nef endommagée., elle est restaurée de 1983 à 2005 grâce à Camille Croué Friedman., une riche Portoise mariée à un Américain : au cours d'une croisière, ayant fait naufrage au large de Chypre, elle en réchappe et attribue ce sauvetage à saint Nicolas, comme la reine quelques siècles plus tôt. En remerciement, elle finance la restauration de la basilique et à son décès à New York, en 1980, elle fait un legs de sept millions de dollars. à la basilique . La restauration aura nécessité vingt-deux années pour redonner à l'édifice sa splendeur initiale.
Architecture vignette|redresse=0.5|Nef. vignette|redresse=0.5|Clochers à bulbes de la basilique.
Globalement orientée du nord-ouest (portail) au sud-est (chevet), la basilique possède les proportions d'une véritable cathédrale de style gothique flamboyant : onze travées, une nef principale et deux latérales avec deux bas-côtés terminés par deux absidioles. Les dimensions impressionnantes de l'église sont de de longueur pour de largeur avec : une nef culminant à au-dessus du sol ; au niveau du transept, deux colonnes élancées de (les plus hautes de France) dont l'une est torsadée afin de masquer un faux aplomb de vingt centimètres ; deux tours de 85 et respectivement coiffées de clochers à bulbes.
L'édifice est d'une grande homogénéité de style, d'une sobriété rare à la fin de l'époque gothique, du fait de sa construction assez rapide (environ 60 ans) pour ses dimensions avec respect des plans initiaux. Il possède d'harmonieux volumes. On y retrouve des influences champenoises dues au premier architecte, Michel Robin : le plan du chœur s'inspire directement de la cathédrale Saint-Étienne de Toul et la coursière qui permet de faire le tour intérieur de l'édifice à la base des fenêtres basses, à sept mètres du sol, est un véritable passage à la champenoise. Toutefois la tradition lorraine reste respectée puisque l'on peut noter l'absence de déambulatoire derrière le chœur ou les cinq pans de l'abside pourvus de très hautes fenêtres comme à Toul qui a également influencé la structure de la façade et notamment de ses tours (passage original et élégant d'une section carrée à une section octogonale).
Le transept, pourtant non-saillant, est très marqué de l'extérieur par la puissance de son volume ainsi que d'une grande originalité : s'il n'est pas identifiable dans le plan il l'est très nettement en élévation car il est composé en réalité de deux nefs fusionnées, aussi hautes que la nef principale et chaque bras du transept est, à la croisée, uniquement soutenu par une colonne très élancée, proposant à l'admiration du visiteur certainement les plus hautes colonnes de la période dite gothique.
Une autre particularité est également bien visible dès l'entrée : l'axe de la nef n'est pas rectiligne mais accuse une déviation de six degrés vers la droite. Cette déviation a suscité quelques hypothèses, certaines fantaisistes, d'autres plus sérieuses notamment celle évoquée par Dom Augustin Calmet écrivant que . Les contraintes parcellaires (disponibilité du terrain) semblent, encore à ce jour, être les meilleures explications de cette déviation. Les maîtres de la seconde campagne de chantier, démarrée en 1515, utilisent des travées et voûtes non orthogonales pour conserver une homogénéité visuelle en dépit de cette déviation d'axe.
À l'extérieur, côté nord, la déclivité du terrain a permis d'insérer, sous le sol des chapelles latérales, six loges ouvrant sur la rue des Fonts et destinées à l'origine au commerce.
Façade de nuit, vue depuis la rue des Trois-Pucelles. Tour nord, vue depuis le bas de la rue Simon-Moycet. Statue de saint Nicolas au centre du grand portail. À ses pieds, les trois « enfants » debout dans le saloir. Rue des Fonts et les six loges situées sous les chapelles nord à l'extérieur de la basilique. Plaque à la mémoire de Camille Croué-Friedman, apposée à l'extérieur de la basilique, sur le mur sud de la sacristie, côté chœur. Vue sur la façade en contre-plongée. Vue de nuit de la basilique. Basilique vue depuis le pont sur la Meurthe.
Intérieur de la basilique
Cannelure torse masquant un faux aplomb sur l'une des colonnes de . Buffet d'orgue de Joseph Cuvillier. Plafond de la nef. Crypte et sa mise au tombeau.
Les fresques De nombreuses peintures sur pierre sont également visibles sur les colonnes (descente de Croix, Job, saint Yves, saint Martin, sainte Aprône, saint Didier) ou en fresques (ravissement de sainte Marie Madeleine).
Colonne torsadée dans le bras sud du transept. Elle porte à sa base une fresque représentant sainte Aprône (début du ). On aperçoit, à gauche, la colonne qui lui fait pendant dans le transept nord et qui porte des cannelures droites.