Galla Placidia ou Placidie, née entre 388 et 393 à Thessalonique ou Constantinople, et morte le 26 ou 27 novembre 450 à Rome, est une princesse et impératrice romaine de la dynastie valentiniano-théodosienne. Fille de l’empereur et d’Aelia Galla, demi-sœur d’Arcadius et d’Honorius, mère de , elle appartient par sa naissance aux deux familles impériales autour desquelles s’organise la transmission du pouvoir à la charnière des .

Passée aux mains des Goths lors des troubles liés au sac de Rome de 410, elle épouse leur roi Athaulf en 414. Après la mort de ce dernier, elle est rendue à la cour de son demi-frère, l’empereur d’Occident Honorius, où elle est unie en 417 au général Flavius Constance, élevé à la pourpre sous le nom de en février 421. Placidia reçoit le titre d’Augusta, devenant la première femme de la dynastie théodosienne à le porter en Occident.

Veuve dès le mois de septembre suivant, elle entre peu après en conflit ouvert avec Honorius, pour des motifs que les sources n’éclairent pas, et quitte la cour en 423 avec ses deux enfants, Honoria et Valentinien, pour gagner Constantinople. À la mort d’Honorius, la même année, elle obtient de son neveu l’appui militaire qui permet d’écarter l’usurpateur Jean, puis d’élever son fils, âgé de six ans, à la dignité d’Auguste d’Occident, le 23 octobre 425.

Durant la minorité de ce dernier, Galla Placidia tient un rôle de premier plan au sein d’un gouvernement où l’exercice du pouvoir se partage entre la famille impériale, la cour, les hauts fonctionnaires et les chefs militaires. Régulièrement qualifiée de « régence », cette position ne correspond pourtant à aucune fonction ni titulature propre à l’Empire romain, et sa nature demeure discutée.

La période est marquée par les violentes rivalités entre des généraux comme Felix, Boniface et Ætius, ainsi que par l’installation des Vandales en Afrique. La prépondérance acquise par Ætius à partir de 433 et le mariage de Valentinien avec Licinia Eudoxia en 437 modifient les équilibres de la cour sans effacer l’Augusta, dont l’une des dernières interventions politiques attestées survient en 449, lorsque sa fille Honoria fait secrètement appel au souverain des Huns Attila.

Chrétienne nicéenne fervente, Galla Placidia prend part à plusieurs affaires ecclésiales de son temps et déploie un mécénat monumental à Ravenne comme à Rome. Dans les derniers mois de sa vie, elle intervient encore auprès de la cour de Constantinople aux côtés de l’évêque Léon , à propos des suites du concile d’Éphèse de 449, avant de mourir à Rome en novembre 450.

L’édifice de Ravenne traditionnellement désigné sous le nom de « mausolée de Galla Placidia » témoigne de la richesse de son patronage, bien qu’il ne s’agisse vraisemblablement pas de sa sépulture. L’association durable de son nom à ce monument contribue néanmoins, dès le Moyen Âge, à entretenir sa mémoire, largement réinvestie par la littérature et les arts aux .

Par son fils, sa descendance se prolonge jusque dans la haute aristocratie de Constantinople à la fin du . Sa trajectoire, connue par une documentation fragmentaire et souvent indirecte, fait l’objet d’une historiographie spécialisée, particulièrement renouvelée depuis la fin du , ainsi que de recherches consacrées à l’histoire de l’art, à l’archéologie et aux formes du pouvoir féminin dans l’Empire romain.

Contexte

En 379, Gratien, qui gouverne la partie occidentale de l’Empire romain avec son jeune demi-frère , appelle le général hispanique à partager l’imperium, après la débâcle de l’armée romaine d’Orient face aux Goths à la bataille d’Andrinople, au cours de laquelle l’empereur Valens disparaît.

Théodose reçoit la direction des provinces orientales et la charge de rétablir la situation militaire dans les Balkans, où des groupes gothiques circulent et s’opposent aux armées impériales. Vers le mois de juin 379, il établit sa base à Thessalonique, ville portuaire située sur la Via Egnatia, à partir de laquelle il tente de reconstituer les forces militaires de l’Empire. Malgré plusieurs succès tactiques, Théodose ne parvient pas à remporter de victoire décisive sur les Goths et se résout à négocier : en 382, il conclut un traité qui permet leur établissement sur le territoire impérial, puis consent à l’intégration de combattants goths au sein de ses armées, .. vignette|upright=0.8|alt=Relief de pierre en deux registres : quatre figures impériales siègent au-dessus de deux groupes d’hommes agenouillés qui présentent des offrandes.| reçoit la soumission des vaincus au milieu de sa cour, entouré de ainsi que d’ et d’, obélisque de Théodose, Istanbul. Ces dispositions ne mettent pas fin aux conflits, mais inscrivent durablement des groupes gothiques au sein de l’Empire, où ils deviennent des acteurs à part entière des luttes de pouvoir, des conflits militaires et des équilibres politiques. Après la mort — suspecte — du jeune , seul Auguste légitime d’Occident, le 15 mai 392, le puissant général Arbogast prend de fait le commandement des provinces occidentales. Après quelques mois de flottement, il place Eugène, un civil issu de l’administration impériale, sur le trône occidental le .

En réaction, et probablement influencé par son épouse Aelia Galla, sœur de , Théodose élève en janvier 393 son fils Honorius, alors âgé d’environ huit ans, au rang d’Auguste. En désignant un membre de sa propre famille comme titulaire légitime du pouvoir occidental, il oppose la continuité dynastique théodosienne au pouvoir d’Eugène et d’Arbogast, ..

Cette élévation s’inscrit dans une succession de règnes inaugurés durant l’enfance, après ceux de Gratien et de Valentinien II, qui contribue progressivement à transformer les conditions d’exercice du pouvoir impérial en Occident. La personne de ces jeunes souverains peut en effet constituer un puissant principe de légitimité et de continuité dynastiques pour les différents acteurs — dynastiques, civils ou militaires — qui prennent part, à des degrés divers, au gouvernement constitué autour d’eux. La concurrence pour y occuper une position dominante nourrit à plusieurs reprises des rivalités entre acteurs aux intérêts et aux choix politiques divergents, voire opposés, qui peuvent déboucher sur des luttes de pouvoir et parfois sur des affrontements armés.

Biographie

Origines

vignette|upright=0.8|alt=Relief d’argent montrant un empereur assis de face sur un trône, vêtu d’une tunique richement ornée et d’un manteau, tenant un rouleau dans la main droite.|Détail du missorium de l’empereur Théodose , , Académie royale d’histoire, Madrid. Née entre 388 et 393, à Constantinople ou à ThessaloniqueLa date et le lieu de sa naissance ne sont pas assurés et sont débattus ; cf. , , , ., Galla Placidia appartient par sa naissance aux deux familles impériales autour desquelles s’organise alors la transmission dynastique du pouvoir. Son père est , tandis que sa mère, Aelia Galla, seconde épouse de celui-ci, est une fille de et de Justine, et donc la sœur de . Galla Placidia est ainsi théodosienne par son père et valentinienne par sa mère, tandis qu’Arcadius et Honorius, nés du premier mariage de Théodose avec Aelia Flacilla, sont ses demi-frères, ..

Cette double appartenance confère très tôt à Galla Placidia une valeur dynastique propre : par son mariage et sa descendance, elle peut transmettre une légitimité susceptible de renforcer, voire de concurrencer, le pouvoir impérial établi. Sa présence auprès d’Honorius contribue ainsi à rattacher le jeune Auguste théodosien à l’héritage valentinien, dont elle est alors la dernière représentante vivante.

Galla Placidia a également pour frère germain GratienLe réemploi de noms impériaux au sein de la dynastie participe à la construction d’une continuité familiale et politique. Le fils de Théodose et de Galla nommé Gratien porte le nom du demi-frère impérial de sa mère — ainsi que celui de —, reliant ainsi les lignées valentinienne et théodosienne. De même, le fils de Galla Placidia et d’Athaulf reçoit le nom de son grand-père maternel, Théodose., probablement né en 388 ou au début de 389 et mort en bas âge entre 390 et 394 ; Aelia Galla meurt en couches en 394 avec un autre enfant, peut-être le Jean mentionné parmi les membres de la dynastie dans une inscription de Ravenne.

À la cour de Théodose

L’élévation d’Honorius en janvier 393 donne lieu à de fastueuses célébrations organisées à Constantinople, au cours desquelles la foule peut contempler Théodose et ses enfants : si l’on en croit ClaudienPanégyrique sur le quatrième consulat d’Honorius ; c’est notamment sur ce passage que se fondent les tenants d’une date de naissance antérieure à 393, puisqu’il est fait mention d’une enfant et non d’un nouveau-né ; cité par ., le char le plus richement décoré du cortège transporte Honorius, accompagné de son frère aîné Arcadius et de la jeune Galla Placidia, les trois enfants étant vêtus de la même manière, dans des tenues conçues pour éblouir la foule.

Aelia Galla meurt en couches en 394 et, la même année, Théodose quitte Constantinople pour affronter Eugène et Arbogast en Italie. Il rassemble une armée qui intègre en majorité des éléments goths, huns et alains, venus de la frontière danubienne. En outre, l’encadrement des troupes associe des officiers romains à plusieurs chefs d’origine extérieure à l’Empire, parmi lesquels le Goth Gaïnas, dont Alaric est alors l’un des officiers. L’armée d’Eugène et d’Arbogast comprend elle aussi de nombreux combattants d’origine franque et alamane. Ce sont ainsi deux coalitions engagées dans une guerre civile pour le pouvoir impérial, et non deux ensembles homogènes de « Romains » et de « Barbares » qui s’opposent en septembre 394 lors de la meurtrière bataille du Frigidus. droite|vignette|alt=Carte du bassin méditerranéen et de l’Empire romain montrant la répartition des provinces entre le gouvernement occidental d’Honorius et le gouvernement oriental d’Arcadius après 395.|Répartition des provinces de l’Empire romain entre les gouvernements d’Honorius en Occident et d’Arcadius en Orient après la mort de Théodose en 395. Victorieux, Théodose réunit brièvement sous son autorité les parties orientale et occidentale de l’Empire. Il s’installe alors à Milan, où il fait venir auprès de lui ses jeunes enfants Honorius et Placidia, conduits depuis Constantinople par leur cousine Serena. Les deux enfants y reçoivent le baptême chrétien et, vers la même époque, Placidia est qualifiée par son père de nobilissima puella (« très noble jeune fille »), titre qui marque son rang au sein de la famille impériale. Tandis que des fêtes publiques sont organisées pour célébrer sa victoire, Théodose meurt inopinément en janvier 395.

Ses deux fils, déjà élevés au rang d’Auguste, demeurent à la tête de l’Empire : Honorius, âgé d’environ dix ans, est l’Auguste des provinces occidentales, mais le gouvernement de la cour impériale milanaise est dominé par le général Stilicon, tandis que son épouse Serena exerce une autorité importante au sein de la maison impériale ; Arcadius, âgé de dix-huit ans, est lui l’Auguste des provinces orientales depuis Constantinople, où c’est le préfet du prétoire d’Orient Rufinus qui domine la cour. Cette répartition consacre durablement deux cours impériales distinctes, dont les relations alternent entre coopération, rivalité et compétition pour la prééminence. Elle ne supprime cependant pas la représentation officielle d’un Empire commun, dont les deux souverains demeurent les Augustes et dont les monnaies et les actes impériaux continuent d’affirmer l’intégrité malgré la séparation des gouvernements.

Dans l’entourage de Stilicon et de Serena