La rivière Petitcodiac, ou rivière Petitcoudiac (en français: , en anglais Prononciation en anglais retranscrite selon la norme API. ), est un cours d'eau canadien qui, le long de ses de cours, arrose le sud-est du Nouveau-Brunswick, formant la frontière entre les comtés d'Albert et de Westmorland. Siège du Grand Moncton, l'une des agglomérations ayant la plus forte croissances démographiques au Canada, sa vallée est habitée depuis des millénaires. La rivière est importante dans l'histoire des Micmacs et des Acadiens.
La Petitcodiac est l'un des cours d'eau dont l'écosystème est le plus menacé au Canada.
Toponymie
L'hydronyme provient du micmac Epetkutogoyek, qui signifie « qui se courbe comme un arc », en référence au Coude que la rivière forme à Moncton. L'hypothèse voulant que le nom soit issu du français « petit coude » est fausse.. Les Acadiens utilisaient autrefois différentes variantes de Petcoudiac ou Petitcoudiac, tandis que les Anglais transformèrent l'hydronyme en Petitcodiac, qui est la forme la plus usitée de nos jours. La prononciation dans les deux langues officielles s'approche plus de Petitcoudiac et de Petitcodiac que de Petcodiac. En raison de sa couleur brune en aval de Moncton, la rivière est surnommée la « rivière au Chocolat » ou la « rivière Chocolat » (Chocolate River en anglais)Sentinelles Petitcodiac - Patrimoine naturel.
Par extension, certains de ses affluents, comme le ruisseau Halls, sont appelés ruisseau au Chocolat. Le village de Petitcodiac tire son nom de sa position sur la rivière.
Géographie
Cours de la rivière La rivière Petitcodiac naît de la confluence des rivières Anagance et North, à une altitude d'environ , au village de Petitcodiac. Elle traverse le village en suivant un trajet sinueux vers le nord-est, avant de se diriger vers l'est après avoir traversé le village de Salisbury. La rivière s'élargit aux environs de Moncton et, après le méandre du Coude, se dirige vers le sud-sud-est.
En amont, la rivière suit les contreforts boisés des collines Calédoniennes, jusqu'aux environs de Salisbury. À partir de là, le terrain s'aplanit, les rives sont déboisées. Les berges sont endiguées et des aboiteaux permettent de protéger les terres fertiles. Au sud de Stoney Creek, la vallée devient plus abrupte, avec à nouveau les collines calédoniennes à l'ouest ainsi que les Grandes Buttes s'élèvent à l'est. À la pointe de Beaumont (ou du Fort Folly), la rivière Petitcodiac conflue avec la rivière Memramcook, son principal affluent. Deux kilomètres plus loin, entre Hopewell Cape et Dorchester Cape, la rivière s'élargit à nouveau pour former la baie de Chipoudy. L'eau se jette plus loin dans la baie de Chignectou et finalement dans la baie de Fundy. Près de l'embouchure se trouve le Parc provincial Hopewell Rocks.
Comtés et municipalités traversés:
Westmorland : Petitcodiac, Salisbury, Paroisse de Salisbury, Paroisse de Moncton, Moncton, Dieppe, Memramcook, Paroisse de Dorchester. Albert : Paroisse de Coverdale, Riverview, Paroisse d'Hillsborough et Hillsborough.
Hydrologie
Le bassin hydrographique de la rivière Petitcodiac a une superficie de . Son module, mesuré au pont-jetée, à mi-chemin entre la source et l'embouchure, est de /s. Le débit varie de façon significative tout au long de l'année, et d'une année à l'autre Évaluation de la qualité de l'eau et de l'hydrologie du bassin versant Petitcodiac. Les affluents de la rivière Petitcodiac sont en général des rivières de longueur moyenne et à faible débit. Les principaux sont, d'amont en aval, le ruisseau Bennet, la rivière Pollet, la rivière Little, le ruisseau Turtle, le ruisseau Jonathan, le ruisseau Halls, le ruisseau Mill, le ruisseau aux Renards (Fox), le ruisseau Stoney, le ruisseau Weldon et la rivière Memramcook.
Le mascaret de la rivière Petitcodiac, deux fois par jour, varie entre quelques centimètres à . Autrefois l'un des plus importants au monde, il pouvait atteindre deux mètres. Sa vitesse peut atteindre 13 kilomètres à l'heure. L'importance de ce mascaret résulte des grandes marées de la baie de Fundy. Plusieurs témoignages, certains datant de plus de 250 ans, mentionnent la puissance du mascaret.
Géologie La vallée de la rivière Petitcodiac s'est formée au cours du Mississippien, il y a environ 250 millions d'années. Des éruptions volcaniques durant la dernière période glaciaire ont vraisemblablement eu un impact important sur la topographie de la région, comme en témoigne la grande variété de minéraux existant dans le comté d'Albert, à l'ouest, sur la rive droite de la rivière. Le sol est composé principalement de grès de teintes gris à rouge, de conglomérats et de silt. La plus grande partie du bassin se caractérise par un sol composé d'une fine couche de sable et de silt avec un peu d'argile. Sous cette couche se trouve habituellement des moraines d'ablation Petitcodiac Water Classification Report 1997-2001. Sur la rive gauche de la rivière, le sous-sol est composé principalement de grès et de schiste avec des roches ignées ou des conglomérats. Le sol de la rive droite est similaire, avec du grès. D'autres formations rocheuses se trouvent dans les collines Calédoniennes. Des roches sédimentaires et ignées du précambrien ou du cambrien caractérisent cette région. Du calcaire est aussi présent. Par contre, les marais et la plaine inondable de la rivière possèdent des sols composés surtout d'argile et de silt, avec un peu de sable fin.
Faune et flore
La grande quantité de sédiments emportée par la rivière Petitcodiac contribue à la richesse exceptionnelle des nutriments dans la baie de Fundy et ses différents bras.
Les espèces de poissons présentes dans la rivière sont l'achigan à petite bouche (Micropterus dolomieu), l'alose d'été, l'anguille d'Amérique (Anguilla rostrata), la barbotte brune (Ameiurus nebulosus), le baret (Morone americana), le brochet maillé (Esox niger), l'éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax), le gaspareau (Alosa pseudoharengus), le meunier noir (Catostomus commersonii) et l'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis). Le saumon atlantique (Salmo salar) et l'alose savoureuse (Alosa sapidissima) sont deux espèces ayant disparu de la rivièreSentinelles Petitcodiac - Espèces de la Petitcodiac. Les espèces de mollusques d'eau douce sont l'alasmidonte argenté, l'alasmidonte naine, la moule dulçaquicole, la moule perlière d'eau douce (Margaritifera margaritifera), le Pyganodon cataracta et l'Alasmidonta undulata. À marée basse, l'eau découvre une grande superficie de vasières qui abritent le corophie tourneur (corophium volutator), une sorte de petite crevette. Les plantes marines sont la salicaire commune (Lythrum salicaria), la naïade souple (Najas flexilis), le nénuphar à fleurs panachées (Nuphar variegatum), le potamot émergé (Potamogeton epihydrus), la quenouille à larges feuilles (Typha latifolia), la renouée à feuilles de patience (Persicaria lapathifolia) et la sagittaire latifoliée (Sagittaria latifolia).
Un mastodonte a été découvert en 1937 sur les berges de la rivière, près d'Hillsborough. L'âge du fossile a été estimé à . Il est exposé au Musée du Nouveau-Brunswick.
Quelques espèces présentes dans la rivière et sur ses berges :
Mythe
Histoire Préhistoire ( millénaire av. J.-C.-1604) Les Micmacs habitent sur les rives de la rivière Petitcodiac depuis plus de deux millénaires. Il y a aujourd'hui une réserve amérindienne à Fort Folly. Avant la colonisation européenne, les principaux établissements Micmacs étaient situés à Beaumont, près de l'embouchure de la rivière, et près de sa source, où se trouve l'actuel village de Salisbury; ils y avaient établi un camp d'hiver. Plusieurs cimetières amérindiens existent le long de la rivière mais le seul indiqué est celui de Beaumont, datant du Sentinelles Petitcodiac - Le Patrimoine historique de la Petitcodiac. La rivière était une voie de transport importante pour les Micmacs. En se servant du mascaret, ils pouvaient se rendre de Beaumont à la source, une distance de , en seulement un après-midi. Une fois accosté, un portage de cinq ou six kilomètres les amenait à la Kennebecassis, d'où ils pouvaient rejoindre le fleuve Saint-Jean.
Acadiens (1604-1763)
Des pêcheurs scandinaves, basques, bretons, normands et probablement espagnols et anglais fréquentent régulièrement la région à partir du , attirés par les baleines et la morueBona Arsenault, Histoire des Acadiens, Fides, , p. 20.. Samuel de Champlain explore le littoral de la baie de Fundy entre 1604 et 1608. Les Acadiens qui explorent la région lui donnent le nom de Trois-Rivières, en référence aux trois vallées que forment la rivière Petitcodiac, la rivière Memramcook et la rivière Chipoudy.
Quelques années après la fondation de Chipoudie en 1698, des Acadiens fondent le village de Petcoudiac, l'actuel HillsboroughPaul Surette, Petcoudiac - Colonisation et destruction - 1731-1755, Moncton, Les Éditions d'Acadie, 1998, .. Vers les années 1730, des colons venus de Chipoudy et de Petitcoudiac mais surtout des Mines colonisent le cours supérieur de la rivière, en amont du Coude. Au début des années 1750, la majeure partie de la rivière est habitée. Une grande partie de ces villages existent toujours, en général sous d'autres noms. Les berges de la rivière étant principalement composées de marais, les colons utilisent des digues munies d'aboiteaux pour les assécher et permettre la culture sur les nouvelles terres fertiles. Ce système est toujours utilisé.
Du Régime britannique à nos jours (1763-) La vallée tombe sous le contrôle britannique durant la guerre de Sept Ans, avec la prise du fort Beauséjour en 1755. La déportation des Acadiens commence la même année. Le premier raid britannique est celui de Sylvanus Cobb, en août de la même année. Ils ne capturent aucun Acadien, ces derniers s'étant cachés dans la forêt. En septembre de la même année, la bataille de Petitcoudiac a lieu au village éponyme. La bataille oppose les Canadiens, Acadiens et Wolastoqiyik, sous le commandement de Charles Deschamps de Boishébert, aux Britanniques. Les fortes marées jouent un rôle dans la défaite britannique. Un cairn construit en 1937 commémore l'évènement. Malgré le fait que les Britanniques aient détruit la plupart de leurs villages et enlevé bon nombre de leurs concitoyens, les Acadiens résistent pendant encore quatre ans. La victoire de Petitcoudiac et la résistance qui a suivi a permis la survivance de ce peuple au sud-est du Nouveau-Brunswick. Très peu d'Acadiens habitent de nos jours sur la rive droite, mais Moncton, Dieppe et Memramcook, sur la rive gauche, comptent parmi les principaux centres acadiens.
À la suite de la guerre de Sept Ans, de nouveaux arrivants s'établissent dans les villages ruinés. Moncton, l'ancienne Terre-Rouge, voit en 1766 l'arrivée des Allemands de Pennsylvanie. Un autre établissement important est Hillsborough. Ces immigrants poursuivent le travail d'assèchement des marais commencé par les Acadiens. thumb|Un bateau au quai de Moncton en 1910.
Durant les années 1850, l'industrie de la construction navale de la rivière Petitcodiac, comme dans le reste des Maritimes, devient florissante. Dirigés par l'industriel Joseph Salter, les chantiers de la région construisent plusieurs grands trois-mâts. Plusieurs ruines de ces chantiers sont toujours visibles. Outre celui de Moncton, il y avait aussi des chantiers à Salisbury, Hopewell Cape, Dorchester et Harvey Bank. La marine marchande décline à la fin de l'industrie de la construction navale, dans les années 1870. Les ports de Moncton et Hillsborough restent actifs jusqu'au milieu du Article anglais.
En 1849, le scientifique Abraham Gesner découvre à Albert Mines un minéral bitumineux, qu'il nomme l'albertite. Un port situé à Hillsborough permet l'expédition vers Boston, pendant trois décennies, du minerai extrait par une usine, ainsi que le gypse des mêmes mines, et ce partout dans le monde.