Lhistoire du Liban couvre la période de la république moderne du Liban, ses précurseurs (le Grand-Liban et la Mutassarrifiya) mais aussi l'histoire millénaire de l'ensemble de la région couverte aujourd'hui par l'État moderne.
Le pays Liban existe dans ses frontières actuelles depuis 1920, date de la création du Grand-Liban sous mandat français et britannique, issu du démembrement de l'Empire ottoman à la fin de la Première Guerre Mondiale. Avant cette date, la désignation « Liban » concerne un territoire aux frontières vaguement définies, englobant la chaîne montagneuse du mont Liban et ses périphéries (principalement, le littoral méditerranéen et les plaines de la Bekaa et du Akkar). Située au Proche-Orient, dans la partie occidentale du Croissant fertile, cette région a été peuplée depuis la préhistoire et a été successivement sous la domination de grands ensembles politiques dont le dernier est l'Empire ottoman. C'est sous la domination ottomane que la région voit se former une entité politique, l'émirat du Mont-Liban puis le moutassarifat, qui, après la chute de l'Empire ottoman, donnera naissance à l'État moderne.
L'Antiquité Période de 3000 au Habitée depuis l'Antiquité, la région est décrite dans la Bible comme « la terre du lait et du miel »
Le Liban a toujours attiré les conquérants en raison des ports abrités qui jalonnent la côte et des possibilités défensives qu'offrent les hauts sommets.
Le monde phénicien Au , à la faveur de contacts assidus avec la Mésopotamie, la Syrie du Nord et de l'Égypte, la côte s'urbanisa à son tour. Byblos (l'actuelle Jbeil, جبيل), où cette évolution fut bien attestée, est alors la plus ancienne cité en pierre connue de l'humanité. En 1274 , près de Homs, se déroule la bataille de Qadesh opposant les empires égyptien et hittite.
Plus tard, aux environs de 1200 , les Phéniciens qui n'ont jamais pu se regrouper autour d'un objectif commun apte à les réunir dans une même entité nationale à l'instar des autres peuples de la région se sont différenciés par leur appartenance à leur Cité-État. C'est ainsi que les uns et les autres ne se reconnurent qu'à travers leur identité spécifique comme le prouvent les récentes publications. On est sidonien ou tyrien ou autre mais pas Phénicien. Ce qui manquait à ces occupants de cette région du monde pour créer une quelconque civilisation est de se définir, en premier, un royaume ou autre entité politique à l'instar des Grecs ou Assyriens. À la place de cela chaque Cité-État a noué des ententes de subordination à telles ou telles puissances régionales. Pharaonienne pour Byblos, perse pour Tyr, etc. Cet état de soumission aux différentes puissances de l'époque facilitait la seule activité économique florissante : la vente du bois de cèdre… Ils se révélèrent des artisans exceptionnels, des commerçants doués et diffusèrent le premier véritable alphabet araméen-cananéen qui a supplanté l'écriture cunéiforme. Les Phéniciens, peuple sémitique issu du peuple cananéen, tinrent leur nom des Grecs qui leur donnèrent ce nom (du grec phoinix), les désignant probablement par rapport à la teinture de pourpre, dont les artisans phéniciens avaient seuls le secret. Longtemps, ils furent en concurrence avec les Grecs, de même que leurs descendants puniques avec les Romains.
Pour les Grecs (de Grèce vivant au Liban), qui utilisèrent les premiers le nom de Phénicie, le territoire s'étendait sur la zone côtière comprise entre le mont Casius au nord et Haïfa au sud. À l'intérieur de cette zone, les cités d'Ougarit (Ras-Shamra), d'Arwad, de Byblos (Jbeil), de Béryte (Beyrouth), de Sidon (Saïda), de Tyr (Sour) et d'Akka, constituaient les fameuses cités-États. La Phénicie occupait alors cette bande côtière, entre la montagne libanaise et la mer Méditerranée. Un espace varié entre sites portuaires, petites plaines ainsi qu'un arrière-pays de montagne, où poussent sapins et cèdres.
Tout au long de leur avancement, les Phéniciens s'installèrent également sur les îles, grandes places stratégiques sur leur chemin d'évolution : la première vraie escale fut basée à Chypre (l'île du cuivre). Les fouilles évoquent une présence phénicienne au moins dès le . Le centre principal fut Kition mais il y eut d'autres comptoirs à Paphos, Tamassos ainsi que dans d'autres villes.
Après Chypre, les marins phéniciens s'aventurèrent dans l'archipel de la mer Égée. Homère mentionne des comptoirs commerciaux, des points d'appui fondés par des marchands. La Crète, l'Eubée et les îles du Dodécanèse semblent avoir conservé certaines des traces de cette présence à l'aube du premier millénaire. Lors de ces premiers échanges les Grecs apprirent à utiliser l'alphabet phénicien qu'ils adaptèrent par la suite à leur propre langue.
On retrouvait les Phéniciens à Malte, (Tas Silg), en Sicile (Motyé), en Sardaigne (Cagliari, Tharros, Nora), Tunisie (Carthage, Thapsus, Hadrumète) pour arriver en Espagne (Cadix, Ibiza) le pays des métaux et des richesses (l'or et l'argent). Les navires phéniciens franchirent aussi les colonnes d'Hercule et allèrent jusqu'en Bretagne et en Cornouaille à la recherche des mines d'étain.
De la conquête d'Alexandre à la colonisation romaine Dès le , le Liban phénicien fut menacé par l'expansion des grands empires continentaux qui se succédèrent dans l'Orient ancien : Égypte, Assyrie, Empire néo-babylonien puis Perse achéménide. Avec la conquête par Alexandre le Grand en , le Liban s'ouvre aux influences hellénistiques. Le territoire fut d'abord dominé par l'Égypte des Ptolémées, puis par la dynastie des Séleucides ; la conquête romaine se produisit au .
De la naissance du christianisme au Moyen Âge Période du jusqu'à l'arrivée de l'Islam
Progressivement christianisé à partir du , sans que les communautés chrétiennes connussent alors un développement comparable à celles des autres provinces voisines (Syrie, Jordanie, Arabie actuelles, voire Yémen)Michele Piccirillo, L'Arabie chrétienne, éd. Mengès, 2002, le Liban chrétien, jusque-là dépendant de l'Empire byzantin, alla se constituer à partir de la conquête arabe musulmane au , notamment par le retrait dans la montagne libanaise de communautés religieuses hétérodoxes : au Nord, ce furent les chrétiens monothélites chassés de Syrie, les maronites. (À savoir que la montagne a été christianisée au par le disciple de saint Maron Ibrahim l'ascète). La montagne libanaise servit également de refuge à partir du , au Sud, à la communauté musulmane dissidente druze.
L'islam arriva au en provenance de la péninsule Arabique : il fut véhiculé par les Bédouins qui entreprirent de multiples successions de missions religieuses et devint la religion prédominante de toute la péninsule depuis le désert d'Arabie..
Le Liban devint dès lors un pays très diversifié sur le plan religieux — ce qui explique qu'il soit devenu un État multiconfessionnel aujourd'hui.
Période du
L'islam gagna ainsi le Liban (à l'époque Jabal Loubnan) au . Il n'y avait jamais eu de changement au sein de la religion chrétienne au Liban, les chrétiens gardant leurs prérogatives jusqu'à nos jours. Au s'installent les Mardaïtes . , que les empereurs byzantins feront avorter en signant la paix avec le califat. Les Mardaïtes se détachent alors de l'autorité de Byzance et (soit un peu plus grand que le Liban actuel). Mais les terres reconquises sur les musulmans seront peu à peu abandonnées et le Liban maronite se réduira à la chaîne occidentale du Mont-Liban, entre le Akkar au Nord et Beyrouth au Sud. C'est un choc titanesque pour l'époque. , les Mardaïtes se fondent dans leur montagnes et . : le Liban ne tombera sous domination islamique qu'après les Croisades. Même les historiens musulmans comme Al-Balâdhurî reconnaissent cette défaite de leurs troupes.
L'islam fut ainsi adopté par différents peuples tout autant en quête de philosophies existentielles que désireux de repousser la domination par l'Empire byzantin de cette région de la péninsule arabique. Toutefois, tant en Irak qu'en Syrie, certains villages chrétiens gardèrent la langue araméenne et leurs habitudes jusqu'à très récemment. Durant cette première période musulmane, l'islam n’était pas imposé. Respectueux des autres croyances religieuses, ainsi que du droit de chacun de disposer comme il l'entendait de sa liberté de religion et de son opinion, c’était l'islam tolérant de la période omeyyade. Cette période s'acheva par le bouleversement provoqué par les Croisades.
Au , pendant la période des croisades, le Liban était englobé dans les États latins du Levant : le nord appartenait au Comté de Tripoli et le Sud (avec Tyr, Beyrouth et Sidon) relevait du Royaume de Jérusalem jusqu'en 1291. À cette époque, les maronites apportèrent une aide active aux croisés. Aussi, lors du retour des musulmans à la fin du , avec la reconquête par l'Islam des États latins d'Orient, la communauté chrétienne dut subir des persécutions, notamment de la part des mamelouks égyptiens, les nouveaux maîtres du pays jusqu'au début du .
Le Liban sous l'Empire ottoman (1516-1918)
La dynastie des Assafs (1517-1579) La victoire de Sélim sur les Mamelouks en fait de la Syrie au sens large, incluant le Liban, une partie de l'Empire ottoman. Lors d'un séjour a Damas en 1517, Sélim nomme un turkmène sunnite, du clan Assafs, comme gouverneur de la région entre Beyrouth et Tripoli. La collecte des impôts dans l'arrière-pays de Tripoli lui est aussi confié. L'émir Assafs s’établit alors à Ghazir. Le leader druze, Jamal al-Din Hajji du clan Buhturid, refuse de prêter allégeance et se voit emprisonner en 1518 pour mourir 3 ans plus tard ce qui met fin à l’hégémonie historique des Buhturid sur la région. Par ailleurs, l’émir Assafs meurt en 1518 laissant le gouvernorat a son fils Emir Hasan. Les Assafs contrôlent effectivement les régions du Kesrouan, et Jbeil, pendant que les régions montagneuses restent largement contrôlées par les druzes et les chiites, par ailleurs les Assafs favorisent les maronites (chrétiens), qui constitue une large part de la population des régions sous leur contrôle, régions qui bénéficient d'une stabilité politique, et d'un dynamisme économique éventuellement permis par un niveau de taxes assez bas, comparé à l'anarchie prévalente dans la Bekaa chiite, et la situation de révolte endémique dans le sud druze . C'est vers 1540 que la famille Khazen vient s'installer dans le Kesrouan, avant de prendre une place prépondérante dans la politique maronite au pour les Khazen, et dans le Liban moderne pour les Gemayel . Vers 1560, l'émir Mansur, fils de Hasan, via l'entremise du maronite Yusuf Hubaysh, contrôle une principauté de fait de Beyrouth à Homs dans laquelle il fait construire des palais à Ghazir, Beyrouth and Jbeil.
La dynastie des Maan (1544-1697) L'histoire de la montagne libanaise prend un tournant inédit au lorsqu'elle se constitue en une entité juridico-politique : l’émirat du Mont-Liban. Car s'il existe au sein de l'Empire ottoman plusieurs régions à forte diversité communautaire, la spécificité libanaise qui s'affirme dans le Mont-Liban à partir du provient de l’émergence de « forces d’intégrations » entre les trois communautés maronite, druze et chiite. C'est la symbiose entre ces communautés qui permet l'affirmation d'un émirat de la montagne libanaise.
L’émirat de la Montagne est marqué par la figure de Fakhreddine II, qui régna de 1590 à 1635. Cherchant à s’émanciper de l'emprise exercée par l'Empire ottoman, il dut faire face à plusieurs campagnes militaires menées par les troupes de la Sublime Porte. Capturé par ces dernières, il fut décapité à Constantinople.